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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
2.1 La notion de coût d'opportunité
 

2.1 La notion de coût d'opportunité

Choisir de faire une chose revient, par définition, à renoncer à autre chose. Il est difficile d'échapper à ce dilemme. Le coût de faire ou d'avoir quelque chose est alors mesuré par la valeur maximale de ce à quoi on renonce. C'est cette valeur comparée aux bénéfices attendus de l'action que l'on veut entreprendre qui décidera si cette action doit être entreprise.

Prenons un exemple simple : poursuivre sa scolarité d'une année. Si les études sont payantes (une année d'étude vaut environ 10 000 euros par an) les poursuivre revient à se priver de ce montant qui aurait pu être utilisé à autre chose (acheter une voiture) et aussi à renoncer à un travail salarié ou à des loisirs. Or, la valeur des revenus annuels que l'on pourrait obtenir en travaillant (avec le diplôme précédent) peut s'élever à 14 400 euros si un employeur était prêt à vous embaucher à 1200 euros par mois. Les 24 400 euros mesurent donc le coût d'opportunité de cette année scolaire à venir. De la même façon si la valeur que l'indivdu attache au loisir excède la valeur des revenus du travail, le coût d'opportunité de poursuivre sa scolarité se mesure par la valeur des loisirs auxquels il renonce. Cette notion de coût d'opportunité permet d'expliquer de façon souvent contre-intuitive des phénomènes encore plus simples.

Pourquoi les pauvres prennent-ils le train alors que les riches eux préfèrent l'avion ?

La première réaction que l'on attend de vous est celle de Monsieur Tout-le-monde : les riches ont les moyens de se payer l'avion, pas les pauvres. L'économiste a un point de vue différent. Il vous répondra que chaque individu adoptera le moyen de transport dont le coût d'opportunité est le plus faible. En effet, se déplacer coûte du temps. Le temps vaut plus cher pour un riche que pour un pauvre. On suppose que le coût du temps du riche vaut par exemple 50 euros de l'heure et celui du pauvre 5 euros. Pour se rendre à Marseille (de Paris), ils peuvent choisir entre le train ( 6 heures de trajet pour un coût du billet de 40 euros) et l'avion (1 heure de vol) à laquelle il faut ajouter 2 heures de transport centre-ville/ aéroport/ centre-ville pour un coût de 70 euros). Sachant que le coût d'opportunité est la somme d'un coût monétaire et d'un coût temporel, on peut évaluer la valeur de celui-ci pour chaque individu. Le voyage en train pour le riche coûte 340€ (40 + (6 x 50)). Celui en avion vaut 220€ (70+ (3 x 50). Au contraire le pauvre préférera prendre le train, dont le coût d'opportunité est plus faible (70€ contre 85€).

Attention à la notion de coût du temps.
 Le temps n'a pas de coût en soi, ce sont les actions qui ont un coût. Le temps en tant que tel ne peut avoir de coût puisqu'il n'est soumis au contrôle d'aucun individu, et aucun individu ne peut évaluer le temps. Ce que nous évaluons, ce sont nos actions - plus tôt ou plus tard - qui nous permettent dans le cas particulier des différents moyens de transports de faire -plus tôt- autre chose avec le moyen de transport le plus rapide. C'est le seul cadre analytique applicable au temps. On le sait puisque le service rendu par un moyen de transport dépend de l'usage que l'on pense en faire. Un "riche" peut prendre le train, qui est plus lent que l'avion, parce qu'il pourra travailler dans le train alors qu'il ne pourra pas le faire aussi facilement dans l'avion.

 Le coût d'opportunité d'une chose (resp. d'une activité) se mesure toujours par la valeur de ce à quoi on renonce pour l'obtenir (resp. l'exercer).

Question d'évaluation
L'affirmation suivante est-elle vraie, fausse ou incertaine ? Si les droits d'inscription à l'Université passe de 2000 F l'an à 2200 F, le coût d'une année d'étude pour un étudiant augmente de 10 %. ( tiré de D.McCloskey(1985))
Réponse : faux

Les frais d'inscription (de 2000 F l'an) ne couvrent pas le véritable coût des études (évalué pour une université de qualité moyenne à 60 000 F par an et par étudiant). Ils ne mesurent pas non plus le coût d'une année d'étude supplémentaire pour un étudiant qui supporte d'autres frais; les dépenses alimentaires et de logement, l'achat de livres et les frais de déplacement (même si une partie de ces dépenses aurait été, de toute façon, acquittée). En outre, en poursuivant sa scolarité, l' étudiant prive ses parents, ou ceux qui paient les frais d'inscription à sa place, les contribuables, d'une somme de 60 000 F qu'ils auraient pu dépenser à autre chose.. Enfin, l'étudiant se prive de loisirs ou d'un travail rémunéré. L'ensemble des sommes monétaires et non monétaires sacrifiées en poursuivant des études mesure le coût d'opportunité de prolonger sa scolarité d'une année. Après le BAC, un étudiant peut, au moins, obtenir 6000 F de revenus par mois soit 72 000 F l'an. Le coût total d'une année scolaire supplémentaire est en réalité de 132 000 F (60 000 F de frais d'inscription annuel que devrait payer l'étudiant plus 72 000 F de coût de renonciation à un travail salarié). En payant des droits d'inscription dérisoires, le coût est nécessairement plus faible, mais reste encore très conséquent. Si les droits d'inscription de 2000 F par an passe à 2200 F, le coût d'une année d'étude pour l'étudiant n'augmente pas de 10 % , il augmente de 74000 F à 74200 F c'est-à-dire de 0.27 %

La valeur des alternatives sacrifiées mesure donc le coût d'opportunité. Ce dernier est, par la force des choses, purement subjectif puisque les services rendus par les biens ou les activités menées sont eux-êmes subjectfs. Si vous attachez plus d'importance aux loisirs qu'à un travail salarié, la partie du coût d'opportunité correspondant au sacrifice de votre temps ne sera pas l'ensemble des revenus salariaux perdus, mais la satisfaction supérieure que vous procurent les loisirs et dont vous êtes privés. En prenant comme estimation systématique du coût d'opportunité du temps les salaires perdus, on sous-estime le coût d'opportunité total. La notion de cout d'opportunité est plus profonde qu'il n'y parait.

Par exemple le cout d'opportunité des festivités du 14 juillet organisées par votre Maire permet de soulever des questions fondamentales sur la nature de l'Etat. Ainsi, si c'est bien la valeur maximum de l'ensemble des biens ou services dont on se prive pour organiser les festivités d'un 14 juillet, on suppose implicitement que la Mairie organise ces fêtes sur son budget, c'est-à-dire sur de l'argent prélevé par la coercition sur le contribuable. L'alternative sacrifiée correspond donc à l'usage que les contribuables auraient fait de l'argent prélevé sans leur consentement, auquel il faut ajouter les alternatives sacrifiées pour le prélèvement de l'impôt lui même.

Celui-ci n'est pas, non plus, sans coût d'opportunité: il faut mobiliser des gendarmes et des inspecteurs des impôts pour prélever par la force l'argent que le contribuable ne veut pas donner de son plein gré à la Mairie ou aux fêtes que le Maire organise. Or, ces dépenses elles mêmes pourraient être utilisées à autre chose qu'à forcer les gens à faire ce qu'ils n'ont pas envie de faire.

On peut aller plus loin dans le raisonnement. Le coût d'opportunité effectif (mais non réel) de la décision publique correspond au coût d'opportunité de celui qui prend la décision publique. Le maire, qui prend la décision de d'organiser cette fête, considère son coût d'opportunité. Et pour lui, ce coût correspond aux votes marginaux qu'il perd si, à la place des festivités, il construit un stade ou un hôpital.

Ce n'est pas terminé. Cette notion soulève des problèmes philosophiques et méthodologiques essentiels. Elle présuppose que vous ayez un libre arbitre, une liberté de choix. Par ailleurs, à chaque fois que l'on observe une action humaine, elle suppose que l'on compare le résultat de cette action, ou l'action elle même, à une autre action qui n'existe pas, mais qui aurait pu exister : celle que l'on a sacrifiée. Du fait meme de la subjectivité du coût d'opportunité, on ne peut même pas comparer cette alternative sacrifiée, qui aurait pu exister, au choix fait de cette alternative par un autre individu. C'est ce qui rend si difficile l'interprétation des statistiques ou de l'économétrie dans notre discipline.

Pour vous montrer la difficulté du concept de coût d’opportunité reportons-nous aux deux auteurs Ferraro et Taylor qui dans  "Do Economists Recognize an Opportunity Cost When They See One? A Dismal Performance from the Dismal Science" dans un article soumis au The B.E. Journals in Economic Analysis & Policy , ont testé la compréhension de cette notion de coît d'opportunité sur un échantillon d'étudiants d'économie en Doctorat lors d'un Congrès de l'ASSA (Allied Social Sciences Association) à Philadelphie en 2005 avec le test suivant

Entourez d'un cercle la réponse à la question suivante:

Vous avez gagnez  un billet gratuit pour voir le concert de Éric Clapton (qui ne peut être revendu). Bob Dylan fait un concert la même soirée et c’est l'alternative que vous jugez la meilleure si vous n'alliez pas au concert de Clapton. Le billet pour aller voir Dylan coûte 40 dollars. A n'importe quelle date vous êtes prêt à payer 50 dollars pour aller voir Bob Dylan.  Supposons qu'il n'y a pas d'autre coût pour aller voir l'un ou l'autre de ses deux artistes.

Fondé sur cette information quel est le coût d'opportunité d'assister au concert de Éric Clapton?

A- $0

B-$10

C-$40

D-$50

Réponse:

Les auteurs offrent la réponse B sur la base du raisonnement suivant:

Le coût d'opportunité est l'ensemble des alternatives sacrifiées pour aller voir le concert de Clapton. La première que l'on sacrifie c'est l'utilité ou la satisfaction que l'on aurait eu en assistant au concert de Dylan, cette satisfaction vaut $50. Mais en allant au concert de Clapton, on évite de sacrifier $40, le coût qu'il aurait fallu supporter pour aller voir Dylan puisque le billet du concert de Clapton est gratuit. $50-$40 font $10 (réponse B).

Un coût évité est un bénéfice et un bénéfice perdu est un coût.

Les réponses aux 199 questionnaires qui ont été remplis donnent les résultats suivants:

A- $0          25.1 %

B-$10        21.6 %

C-$40        25.6 %

D-$50        27.6%

Et nos deux auteurs d'en conclure que seule une minorité d'étudiants en économie comprend le concept de coût d'opportunité.  Ce qui correspondrait à une faillite de l'enseignement aux États Unis.

Nos deux auteurs semblent oublier que l'énoncé, tel qu'il a été posé, discute non pas du coût d'opportunité du concert d'Éric Clapton, mais de l'impact de la gratuité du billet  sur ce coût d'opportunité pour aller voir le concert  de cet artiste sans nous préciser par ailleurs quel est le prix que la personne concernée par ce billet gratuit aurait été prête à payer pour aller voir Clapton (Je tiens à remercier Claude Boisson pour m'avoir signaler cet article lors d'une discussion sur la notion de coût d'opportunité )

On peut contester la réponse offerte par ces deux auteurs pour une raison simple : l'énoncé fait intervenir, entre les deux concerts, une différence artificielle du prix du billet puisque l'un est gratuit et l'autre vaut $40. Supposons, compte tenu de la concurrence que le coût de produire le concert de Éric Clapton vaut autant que celui de Bob Dylan : soit $40.

Cela signifie que quelqu'un d'autre a supporté le coût du billet gratuit offert à la personne concernée. Ce premier coût explicite n'a pas disparu. Il a été déplacé sur quelqu'un d'autre.  Admettons que l'on néglige cet aspect car il s’agit d’un don qui améliore l’utilité du donateur (ce qui n’est plus le cas s’il s’agit du contribuable) et que l'on parle du coût d'opportunité de la personne qui bénéficie de ce billet gratuit.

Posons-nous la question de savoir quel aurait été le coût d'opportunité d'aller voir Clapton si le billet n'avait pas été gratuit, c’est-à-dire subventionné par quelqu’un. Avec le même raisonnement que précédemment en allant voir Clapton, on sacrifie $10, qui est l’utilité nette à aller voir Dylan, puisque de toute façon il faut payer le prix de $40 que l’on aille ou non voir Dylan ou Clapton. En revanche, en allant voir Dylan on sacrifie une utilité nette inconnue puisque l’on ne connaît pas le prix maximum que l’individu est prêt à payer pour aller voir Clapton.

Admettons que cette valeur inconnue soit de $X. Si cette personne avait choisi d'aller voir Dylan plutôt que Clapton au prix de $40 le billet, elle aurait révélée qu'elle n'était pas prête à payer $40 pour aller  voir Clapton (concert qui coûte autant que celui de Dylan) donc la satisfaction réelle d’aller voir Clapton, $X est inférieure à $40. Si elle avait choisie d'aller voir Clapton plutôt que Dylan, elle aurait révélée qu'elle était prête à payer plus que $40 pour aller voir ce concert donc $X est au moins supérieure à $40 mais comme on sait qu’il estime à $50 la satisfaction à aller voir le concert de Dylan, $X est supérieure à $50.

Nous avons deux options

Si $X>$50 en allant voir Dylan on sacrifie plus que $10 d’utilité nette

Si $X<$40 en allant voir Dylan on évite une perte d’au moins $40-$X

Maintenant posons l’hypothèse que le billet pour le concert de Clapton est gratuit, le coût d'opportunité d'aller voir Clapton est réduit du montant qu'il aurait fallu sacrifier pour allez voir le spectacle de Clapton que l'on suppose être ici de $40, le prix du billet du concert de Dylan (l'énoncé ne le dit pas, rappelons le). Maintenant à ce sacrifice économisé, on ajoute l'utilité perdue en allant voir Clapton plutôt que Dylan, cette utilité perdue est la différence entre $50 et une somme inférieure à $40 que cette personne aurait été prête à payer si le concert de Dylan n'avait pas eu lieu au même moment. Admettons que cette somme $X soit égale à zéro, la personne ne tire aucune utilité à écouter Clapton, le coût d'opportunité est donc de $50-$40 =$10 qui est la réponse B au lieu de $90 si elle avait du payer le billet $40. Mais si cette utilité est de $10, l'utilité nette perdue est de $40, si elle avait du payer le billet $40 le coût d'opportunité aurait été de $80, comme le billet est gratuit son coût d'opportunité est de $40 qui est la réponse C. Imaginons que ce prix maximum à payer pour aller voir Clapton est de $50 , l'utilité nette perdue est de $0, comme le billet est gratuit le coût d'opportunité est nul, ce qui est la réponse A.

Toutes les réponses peuvent-être bonnes, il suffit de développer votre esprit critique!  

Cette discussion démontre aussi la valeur de ces questions d’évaluation, elles sont faites pour évaluer la richesse du raisonnement économique et non pas, comme dans un exercice de mathématique, la précision de la réponse à la question posée.

Pour aller plus loin quelques notions de méthodologie sont indispensables et l'application suivante illustre l'importance de cette notion.

Le coût d’opportunité à naître handicapé.


Les dernières décennies ont été marquées par la banalisation des diagnostics et tests génétiques effectués avant la naissance d’un enfant. Parallèlement, le nombre de poursuites pour « vie injustifiée » (wrongful life action) et pour « naissance injustifiée » (wrongful birth action) s’est notablement accru. Les demandes d’indemnisation pour naissance injustifiée sont effectuées par les parents. Ils estiment que le médecin a été négligeant pendant la grossesse de la mère ; il n’a pas été à même de fournir une information fiable au sujet de l’anormalité du fœtus, à l’origine du handicap à la naissance. Les parents n’ont donc pas eu la liberté de choisir entre mener la naissance à terme et avorter. Les demandes d’indemnisation pour vie injustifiée sont effectuées par l’enfant handicapé lui-même, pour les mêmes raisons que celles soulevées par les parents. L’essence de la plainte auprès des tribunaux  de l’enfant est qu’il aurait préféré ne pas venir au monde plutôt que naître et vivre avec un handicap qui lui a causé et continue de lui causer de la souffrance, ainsi que des pertes financières. Petit à petit, les actions en naissance et/ou vie injustifiée sont devenues une catégorie de plainte recevable auprès des tribunaux. La plupart des actions pour vie injustifiée qui ont été menées  n’ont pas abouti ; les tribunaux ont indemnisé les parents, mais pas les enfants.

Cependant un tribunal français a créé un précédent le 17 novembre 2000, en indemnisant le dénommé Nicolas Perruche. Nicolas Perruche est né le 14 janvier 1983, atteint d’un profond handicap ayant pour origine la rubéole que sa mère a attrapée durant sa grossesse. La cour a reconnu la responsabilité du médecin, qui n’avait pas détecté la maladie de la mère. Si la mère de Nicolas Perruche avait été correctement informée de son état, elle aurait pu avorter et son enfant Nicolas ne serait pas venu au monde. Ainsi, une relation causale a été établie entre une faute médicale (une erreur de diagnostic) et le handicap profond d’un enfant. Rappelons qu’en Droit, une action A cause B, si en absence de A, on n’aurait pas observé B.

Le 17 novembre 2000, un tribunal a reconnu la validité de la demande d’indemnisation de l’enfant pour « vie injustifiée » et lui a attribué une compensation sur le motif: « Dès lors que les fautes commises par le médecin et le laboratoire dans l’exécution des contrats formés avec Madame Perruche avaient empêché celle-ci d’exercer son choix d’interrompre sa grossesse afin d’éviter la naissance d’un enfant atteint d’un handicap, ce dernier peut demander la réparation du préjudice résultant de ce handicap et causé par les fautes retenues ».

En condamnant le médecin pour « vie injustifiée »,  le tribunal a reconnu que la vie d’un enfant peut constituer en soi un préjudice pouvant faire l’objet d’une réparation. Une telle position suppose que la non-existence puisse être préférable à l’existence. En d’autres termes, la cour reconnaît qu’il aurait été préférable pour l’enfant de ne pas naître. Mais quelle est la valeur monétaire de l’alternative sacrifiée que l’on appelle la « non existence » ? On comprend bien qu’un handicap, suite à un accident de la route, donne droit à une compensation au moins égale ou inférieure à l’ensemble des revenus (monétaire et non monétaire) prévisibles que l’on aurait eu si l’accident n’était pas survenu. Ce que fait l’individu lorsqu’il s’assure contre ce risque.  Mais une telle question a-t-elle un sens vis-à-vis de la « non existence » alors que l’euthanasie consentie du handicapé semble être une solution si simple comme le suggère une demande récente d’une mère vis-à-vis de son enfant handicapé? Sur quelle base indemniser l’enfant handicapé pour la vie de souffrance que l’on anticipe? C’est là ou les caractéristiques du coût d’opportunité sont essentielles pour résoudre ce paradoxe.  Rappelons la définition de la notion de coût d’opportunité par trois auteurs célèbres : Ludwig Von Mises[1] , G.F.Thirlby[2] , et le Prix Nobel James Buchanan[3].

 « La valeur attachée à la satisfaction que l’on sacrifie pour atteindre le but fixé »
« Le coût n’est pas la monnaie qui s’écoule selon certains canaux comme résultat d’une décision, mais c’est la perte future ou réalisée, pour la personne qui prend la décision, de l’opportunité d’utiliser cet argent dans des actions alternatives. A fortiori, ce coût ne peut être découvert par une personne autre qui observerait éventuellement et qui enregistrerait le flux de monnaie qui s’écoule le long de ces canaux »
Le Prix Nobel  James Buchanan [3] donne une version  plus complète  de ce concept  : “1) le coût « d’opportunité » doit être supporté uniquement par la personne qui prend la décision; 2) le coût « d’opportunité » est subjectif: il existe dans le cerveau de celui qui prend la décision et nulle part ailleurs; 3) le coût « d’opportunité » repose sur des anticipations, il est nécessairement un concept ex ante ou tourné vers le futur; 4) le coût « d’opportunité » ne peut jamais être réalisé par le fait de l’action elle même: ce à quoi l’on a renoncé ne peut être une source de satisfaction. ; 5) le coût « d’opportunité » ne peut pas être mesuré par quelqu’un d’autre que celui qui a pris la décision parce qu’il n’y a aucun moyen d’observer directement une expérience subjective; 6) Finalement le coût « d’opportunité » ne peut être daté qu’au moment de la décision ou du choix lui-même. Dans une théorie des choix le « coût d’opportunité » ne peut être appréhendé que dans l’espace des utilités.
Retenons de ce rappel que le coût « d’opportunité » d’une vie handicap:
-1)  ne diffère pas de celui d’une vie de « non handicapé ». Cette notion est vraie pour tout être humain, qu’il soit handicapé ou non. Par exemple, un Professeur d’économie talentueux ne subit-il pas un coût d’opportunité immense à avoir consacré des années de labeur pour réaliser une thèse de doctorat qui lui rapporte peu de revenus, plutôt que d’avoir diriger les talents dont il disposait pour embrasser une carrière de footballeur ou de chanteur qui aurait pu le mener à la  célébrité et à la richesse? (Bien que cette comparaison, pour un économiste, soit erronée puisqu'en moyenne, à long terme, la richesse d'un footballeur ou d'un chanteur ne peut différer de celle d'un professeur d'université quand le principe d'arbitrage aura éliminé toutes les différences de rémunérations qui ne recouvrent pas un coût supplémentaire pour exercer l'activité choisie. Par exemple, la probabilité de devenir célèbre est faible, il faut donc donc d'une part pondérer la richesse des plus célèbres par la probabilité de succès dans ces professions et d'autre part comptabiliser la prime de risque exigée par les individus pour s'engager dans une profession aux revenus si incertains.)
-2) ne peut être évalué par qui que ce soit d’autre que le plaignant lui-même. Cela vaut pour le juge qui, lui aussi, est dans l’incapacité de faire une telle évaluation. Cela signifie aussi que les parents (ou la personne qui  prend sous tutelle l'handicapé s'il ne peut exprimer sa volonté) ne peuvent parler au nom de leur enfant parce qu’ils ne sont pas à la place de leur enfant et qu’ils n’ont aucun moyen d’expérimenter à la place de leur enfant une vie de handicapé. 
-3) Comme ce coût « d’opportunité » est un concept tourné vers l’avenir, personne ne peut le mesurer « objectivement »: car personne ne connaît l’avenir, et personne ne connaît quelle sera la valeur future d’un individu sur le marché, ou quelle aurait été sa valeur en d’autres circonstances. En fait, Ce sont les autres qui accordent une valeur à la vie de chacun, qu’il soit malade ou non. Personne ne sait la valeur que les autres accorderont à la vie d'une personne qui naît handicapée, car Il n’y a pas de limite entre un enfant handicapé et un enfant qui ne l’est pas, si l’enfant handicapé est valorisé par les autres pour un talent que l’enfant normal n’a pas. Les spectateurs d’une « foire aux monstruosités » donnent plus de richesse à Elephantman qu’aux autres s’ils le désirent. -4) Enfin, faut-il rappeler que, quand une décision a été prise, on a renoncé à une alternative, la satisfaction ou la richesse perdue suite à ce choix constitue un "coût d’opportunité  irrécupérable" et  ce coût est hors de propos concernant les nouvelles décisions. Le fait que vous auriez voulu ne pas naître est non pertinent pour vos décisions futures car vous êtes né. La décision future est de savoir si vous voulez vous suicider ou être euthanasié avec votre consentement. L'idée que si vous aviez fait d’autres choix dans le passé qui auraient pour conséquences une meilleure vie, est nulle et non avenue, car le passé est passé et vous ne pouvez le refaire sans supporter un nouveau coût « d’opportunité » pour rétablir le passé tel que vous auriez voulu qu'il soit.
Revenons au cas Perruche. Nous pouvons désormais critiquer l’absence d’explication offerte par le juge pour casser cet arrêt et s’opposer à l’idée même que la compensation d’une vie de handicapé devrait être de l’ordre de la solidarité nationale. En effet, « Nul ne peut se prévaloir d’un préjudice du seul fait de sa naissance. » n’est pas une explication mais une affirmation ne reposant sur aucun argument. Ensuite affirmer :  "La compensation de ce dernier relève de la solidarité nationale" est aussi une affirmation sans justification.
Il n’y a pas de raison de compenser les parents puisque ces derniers peuvent prendre une assurance ou bien  refuser de signer une décharge à l'obstétricien qui suit la grossesse (auquel cas c'est lui qui s'assure contre une erreur médicale). Le dommage causé par l’erreur médicale est réel et présent suite à cette erreur. En conséquence, l'assureur joue son rôle et paie les dommages en proportion du montant de la prime d'assurance négociée soit par les parents soit par l'obstétricien. Les juges n'ont pas à se substituer à l'assureur, ce n'est pas leur métier. En revanche, ils doivent établir les responsabilités des uns et des autres suite au dommage cuasé.
Par ailleurs, la demande de compensation de l’enfant ne peut être acceptée parce que la valeur de sa vie n’est pas encore réalisée, et si sa vie a une valeur elle n’est pas objective ni n’a une valeur intrinsèque mais est subjective et future. Cette valeur sera donnée par la « main invisible du marché » c’est-à-dire par l’interaction des individus, qui dans le futur, estimeront ce que valent les services rendus par une personne née handicapée. Or, par définition, il n’y a aucun moyen de compenser, aujourd’hui, quelque chose qui n’existe pas encore. Lorsque le gouvernement crée un fonds de solidarité nationale pour les handicapés, cela implique, comme toute action gouvernementale, de sacrifier les revenus de tiers innocents pour améliorer le sort d'un autre individu fut-il handicapé. Il n'y a aucune solidarité derrière cet acte parce qu'il n'est pas demandé aux tiers innocents leur consentement, ce que fait un mécanisme d'assurance privé. Ce fond de solidarité, pour respecter ce principe de consentement, doit être la propriété des assureurs qui en assurent la provision et la gestion. Ce qu'ils font au titre des mécanismes de réassurance que ces institutions mettent en œuvre pour se prémunir contre les conséquences de la faillite d'une assurance sur la bonne gestion des autres.

[1] Mises L. (1949) Human Action, New Haven: Yale University Press.

[2] G.F.Thirlby 1946 « The Subjective Theory of Value and Accounting Cost » Economica, Vol.13,N°49 (February), 32-49

[3] Buchanan J. 1969, Cost and Choice, Midway Reprint the University of Chicago Press.pp 43


 

 

2.1: La notion de coût d'opportunité

 2.2: Fongibilité, substituabilité et subjectivité

2.3: Analyse marginale

2.4: Les droits de propriété pacifient les conflits à propos de l'usage d'une ressource rare

2.5: L'échange librement consenti

 2.6 Principe des avantages comparatifs et division du travail

2.7: Mécanisme de prix et coordination des plans individuels

2.8: Le principe d'arbitrage

2.9: Le principe de coopération et la nature de la firme

2.10:Le principe de compétition: ordre compétitif ou concurrence pure et parfaite?

2.11:La nature de l'Etat et le principe démocratique

2.12: Principe d'auto-organisation et de sélection

 
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