Mourir pour des non-existants : Patrie, Etat et Nation par Bertrand Lemennicier Traditionnellement, le rôle de l’armée est la sanctuarisation du territoire « national » et la protection de sa population devant diverses menaces. Mais est-ce le rôle du militaire que de « nettoyer les plages souillées par le pétrole, charrier les monceaux d’ordures provoqués par la grève des éboueurs » ? Est-ce la mission de l’armée (sous entendue française) que de se mettre au service d’une politique internationale d’exportation de la démocratie occidentale en chassant un dirigeant politique qui refuse de respecter le verdict des urnes ou bien en invoquant un droit d’ingérence pour protéger une partie de la population d’un pays opprimée par ses propres dirigeants, droit d’ingérence appliquée souvent de manière réaliste et donc à géométrie variable? Est-ce le rôle de d’une armée étrangère (sous entendue américaine) que d’imposer la paix et la reconstruction politique et économique d’un pays en guerre civile selon les canons de la démocratie occidentale au prétexte que les démocraties entre elles ne se font pas la guerre? Est-ce à l’armée de mener des opérations de police internationale contre la piraterie, le terrorisme ou le commerce illégal de la drogue alors que ses opérations sont menées habituellement par la douane ou la police? Quel est le prix à payer pour de telles opérations ? L’armée française a perdu depuis 2004, au moins 70 militaires tués en opération pour « sécuriser et reconstruire l'Afghanistan », essentiellement des sous officiers. Est-ce que cela vaut la peine qu’un sous officier meurt en Afghanistan, pour une solde de 2500 euros par mois ? L’armée hollandaise a perdu 24 soldats et se félicite d’avoir construit des écoles et un centre de formation pour les policiers afghans, vacciné la plupart des enfants et amélioré les moyens de transport dans sa zone d’opération. Est-ce vraiment son rôle que de vacciner une population ou de construire des écoles ? Au total, on dénombre, depuis 2001 jusqu’ à l’heure actuelle, 2611 soldats tués en Afghanistan dont 1680 américains. Est-ce que ces soldats sont morts pour défendre le sol de leur patrie ? Non. Cette doctrine militaire de contre insurrection et de reconstruction d’un État à la mode occidentale théorisée par David Galula ou Roger Trinquier à propos des guerres modernes a été appliquée en Afghanistan par le Général David Petraeus commandant en chef des troupes en Afghanistan entre Juillet 2010 et juillet 2011. Même si l’histoire ne se répète pas, ces soldats risquent d’être morts pour rien. On connaît l’aboutissement de ces guerres asymétriques, longues et hasardeuses, menées par des démocraties au nom d’un combat pour la liberté. Les leçons de la guerre d’Algérie ou de celle du Vietnam, en dépit de cette doctrine militaire, n’ont pas été totalement intégrées. Dans de tels conflits de longue durée, l’obstacle principal est celui de l’opinion publique. L’horizon des gouvernements démocratiques est contraint par les échéances électorales et soumis à la pression des opinions publiques respectives. Ils finissent toujours par retirer leurs armées et par abandonner le pouvoir local qu’ils ont soutenu. Pouvoir qui est généralement repris par les gens que l’on a combattus dès que les armées publiques étrangères quittent le territoire si des armées privées ne prennent pas le relais! Le malaise des armées n’est pas uniquement celui du passage d’une armée de conscription dans l’emploi de la force, initiée par Napoléon et théorisée par Clausewitz, à celle d’une armée professionnelle engagée dans des conflits au sein des populations selon Rupert Smith ou celui de la mutualisation des moyens communs aux différentes armées et/ ou à leur externalisation liée aux économies budgétaires, il est essentiellement le résultat d’une éducation qui repose sur des concepts qui n’ont pas de contrepartie dans la réalité tels que les mots « la France », « l’État » et « la Nation ». Ceux-ci expliquent le désarroi intellectuel dans lequel les militaires français se trouve face à un monde contemporain où les sociétés militaires privées côtoient les armées publiques, (Xe ou Saladin en Afghanistan) où les États-nations disparaissent soit par sécession en plus petits États (Belgique, URSS) soit au profit d’un État à tendance supra national (l’Europe) soit au profit d’institutions internationales (FMI, ONU, OTAN), soit par dissolution de l’identité « nationale » devant l’enracinement de communautés aux mœurs et langues très différentes sur un même territoire. Nos militaires français sont tellement imprégnés des visions mystiques de l’État ou de la nation qu’ils en oublient que le monde Anglo-Saxon de la « Pax Americana » ne partage pas du tout les mêmes conceptions de l’État ou de la Nation que nous. Les théories organicistes de l'État abondent parmi les intellectuels français. Il est souvent considéré comme un organe de réflexion et un instrument rationnel chargé de réaliser l’intérêt général, constituant ainsi un centre de décisions autonome qui agit au nom de la collectivité comprise comme un tout. C'est une entité transcendante, dotée d'un pouvoir suprême unique et cohérent, avec un système de valeurs propre. Cette entité située, au-delà des individus, se lance souvent dans des actes qui exigent omniscience, omnipotence, et bénévolat. Mais qui peut être omniscient, omnipotent et bénévole, si ce n'est la somme de toutes les perfections, Dieu lui-même. N’est-ce pas d'ailleurs ainsi que l’on a appelé ainsi, par dérision, un Président de la République ? Autrefois, le Roi incarnait l'État et l’essence de l'État était d'origine divine. La croyance de nos contemporains dans la toute puissance de l’État et des hommes qui parlent en son nom tient manifestement plus d’une croyance religieuse que d’une réflexion rationnelle. Il existe également des versions holistes de l'État. Celle de Jean Bodin qui écrit à propos de la République : « Tout ainsi que le navire n’est plus que bois sans le vaisseau, quand la quille, qui soutient les costés, la proue, la poupe et le tillac sont ostées: aussi la République sans puissance souveraine qui unist tous les membres et parties d’icelle et tous les mesnages et collèges en un corps, n’est plus République ». Ou encore des visions mystiques celle de Jean Jacques Rousseau qui considère l'État comme un pacte social où : « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre une partie indivisible du tout ». La façon dont Jean Jacques Rousseau définit la volonté générale mérite d’être mentionnée : «Il y a souvent de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale ; celle-ci ne regarde qu’à l’intérêt commun, l’autre regarde à l’intérêt privé, et n’est qu’une somme de volontés particulières : mais ôtez de ces mêmes volontés les plus et les moins qui s’entre-détruisent, reste pour somme des différences la volonté générale ». Finalement cet « acte d’association produit un corps moral et collectif composé d’autant de membres que l’assemblée a de voix, et auquel le moi commun donne l’unité formelle, la vie et la volonté. Cette personne publique qui se forme ainsi par l’union de toutes les autres prend en général le nom de corps politique, lequel est appelé par ses membres État ». Ces visions mystiques, organicistes ou holistes jouent un rôle important pour modifier les croyances et faire accepter aux individus qui les adoptent des actions qu’ils ne feraient pas autrement. L’enjeu pour ceux qui commandent aux militaires est essentiel car c’est sur ces croyances que l’on va obtenir d’eux le sacrifice de leur vie pour un salaire dérisoire comme le démontre la rémunération des soldats dans les armées privées. Autre paradoxe, ces croyances déterminent de façon ultime la stratégie militaire et les missions des armées. C’est cela dont nous allons débattre dans ce texte. La première chose que doivent faire les militaires pour éliminer le malaise qu’ils éprouvent est de se débarrasser de ces fausses croyances sans contrepartie dans la réalité qui créent chez une dissonance cognitive entre ce qu’ils croient et ce qu’ils observent.
La France, l’État ou la Nation sont des non existants.
La principale illusion qui fausse le jugement des militaires, et de beaucoup d’autres personnes avec eux, est la croyance dans l’existence de concepts qui n’ont pas de contrepartie dans la réalité. La France, l’État ou la Nation sont de tels concepts holistes ou organicistes qui sont des constructions intellectuelles, des abstractions, qui ne prennent une existence que dans notre esprit. Ils sont à l’image des croyances religieuses. On rencontre des gens qui parlent au nom de la France, de l’État, de la Nation ou de Dieu, mais nous n’avons jamais rencontré Dieu, ni la France encore moins la Nation ou l’État. Ce ne sont pas des personnes, et les personnes qui parlent souvent au nom de ces abstractions n’ont aucune autorité morale ou intellectuelle pour le faire. Prenons l’exemple du nom: « la France ». « […] Mesdames et Messieurs, la France est fière de l'action de ses soldats en Afghanistan parce que les soldats français servent une cause juste, celle de la paix et de la dignité humaine. » Nous avons extrait cette phrase du discours du Président de la République le 12 juin 2008 lors d’une visite à Kaboul. Il parle de la France comme s’il s’agissait d’une personne. Cette pratique est dangereuse comme le soulignait déjà, en 1848, Frédéric Bastiat dans son pamphlet contre l’État : « Je prétends que cette personnification de l'État a été dans le passé et sera dans l'avenir une source féconde de calamités et de révolutions ». Cette réflexion sur l’État, comme beaucoup d’autres, d’ailleurs, de la part de cet économiste si décrié par la profession, a été prémonitoire quand on pense aux calamités qu’a entraîné le développement de l’État-Nation entre la guerre de 1870 et l’effondrement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques en 1989. L’historien P.T. Moon (1930) de l’université de Columbia a explicité cet argument lorsqu’il a écrit sur l’impérialisme des États au XIX siècle. " Le langage rend souvent opaque la vérité. Plus souvent qu’on le croit, nos yeux sont aveugles aux phénomènes des relations internationales par de simples artifices de la langue. Quand quelqu’un utilise la monosyllabe : " France ", il pense la France comme une unité, une entité. Quand il s’agit d’éviter une répétition, nous utilisons un pronom personnel en se référant au pays - quand par exemple nous disons-la France a envoyé ses troupes pour conquérir la Tunisie- nous imputons non seulement l’unité mais aussi la personnalité au pays. Les mots mêmes cachent les phénomènes et font des relations internationales un drame glorieux dans lequel des nations personnalisées sont des acteurs, et on oublie trop facilement la chair et le sang des hommes et des femmes qui sont les véritables acteurs. Combien cela serait différent si l’on n’avait pas de mot tel que la -France-, et si on devait dire au lieu - 38 millions d’hommes de femmes et d’enfants aux intérêts et aux croyances les plus divers, habitant un territoire de 218 000 miles au carré ! Alors on devrait décrire plus précisément l’expédition de Tunis de la façon suivante : - un petit nombre des 38 millions de personnes ont envoyé 30 000 autres personnes pour conquérir Tunis- Cette façon d’écrire suggère une question, ou plutôt une série de questions. Qui est le petit nombre ? Pourquoi envoie-t-il 30 000 personnes à Tunis ? Et pourquoi obéissent-ils ? " On peut, par analogie, reprendre l’argument de Moon à propos de l'intervention française en Afghanistan (ou ailleurs). Si nous n'avions pas de mot tel que « la France », alors on pourrait décrire plus correctement l'intervention militaire française comme suit : une petite poignée d'hommes, les membres du gouvernement, a envoyé un corps expéditionnaire composé de 4000 hommes dans ce pays. Cette manière de poser les faits suggère des questions différentes. Qui est la poignée d'hommes? Des militaires, des hommes politiques, une coalition d’hommes politiques de différents pays ? Eux-mêmes agissent-ils comme des mandataires ? Et qui sont les mandants, des citoyens, des factions politiques ou des groupes de pression ? Pourquoi a-t-on envoyé un corps expéditionnaire composé de 4000 hommes? Pourquoi ces derniers obéissent-ils à cette poignée d’hommes ? Ce sont, en fait, ces milliers d’hommes qui sont les acteurs et qui vont agir sur le terrain. Les autres n’ont fait que commanditer ces actions. Par quel mystère obéissent-ils? Pour la solde et les primes ou l’avancement de leur carrière, par goût d’aventure, parce qu’ils ont pris l’habitude d’obéir au supérieur hiérarchique ? Par fraternité de combat, comme l’ont fait leurs aînés qui, à la chute de Dien Bien Phu, se portent volontaires pour sauter sur le camp retranché sachant qu’ils vont mourir avec leur frères d’armes ? Est-ce que faire la guerre pour une cause juste est juste ? Pourquoi faire la paix est-elle une cause juste ? D’ailleurs quelle paix ? Qu’est-ce que la dignité humaine ? Paix, Cause juste, dignité humaine sont des abstractions, ont-elles une contrepartie dans la réalité ? Les êtres humains sont des individus. C'est l'individu qui a une conscience, une identité, des besoins, des talents, une volonté. C'est lui qui a des préférences ou des valeurs. C'est lui seul qui, de façon ultime, sait ce qui est bon pour lui. Cela ne veut pas dire qu'il ne se trompe pas ou que des amis ne puissent savoir mieux que lui ce qui est bon pour lui-même. Mais c'est lui qui vit une existence séparée, qui en supportera les peines et les plaisirs, qui fait des choix et, s'il en a la liberté, qui prend des décisions. Enfin, et on ne saurait trop souligner cet aspect, c'est lui seul qui contrôle et "possède " son corps humain. Il en est le seul et premier occupant. Un tiers peut agir à la place de l'individu, peut essayer d'influencer la volonté de l'individu pour qu'il use de son corps dans une certaine direction. Ce tiers peut obtenir, en initiant la violence, qu’il fasse des choses qu’il ne ferait pas si la violence n’avait pas été exercée. Il peut même modeler ses croyances en contrôlant son éducation pour lui faire croire, dès sa prime enfance, en Dieu, à la Nation, en l’État ou en Gaïa. Cependant de manière ultime c'est l'individu qui accepte ou non l’emprise de cette violence, qui s’affranchi ou non de ses « croyances » irraisonnées. Il peut refuser d’agir et/ou se défendre individuellement ou en groupe contre l’exercice de cette violence qui lui est faite en prenant les moyens nécessaires pour la combattre. Un groupe en tant que groupe, n’a ni valeur ni préférence, il n’agit pas non plus. Ce sont les individus qui composent ce groupe qui agissent. Ils ont des valeurs et des préférences. Ils prennent des décisions individuelles ou collectives selon des procédures qui émergent spontanément de leurs interactions individuelles ou qui sont élaborées pour prendre une décision qui ne pourrait être prise autrement. Ils prennent souvent des décisions dont les conséquences sont inattendues et dont les coûts sont supportés par certains et les gains appropriés par d’autres. Tout fait social observé en réalité est le résultat des actions et interactions des individus qui composent une société. Puisque seul l’individu agit, on en déduit que chaque individu est naturellement « propriétaire de son corps ». En fait, le droit de propriété sur soi, et par extension les droits de propriété sur les choses, émerge pour résoudre des problèmes fondamentaux d'interaction individuelle et de conflits d'intérêt ou d'usage à propos d'une ressource que plusieurs personnes convoitent. Il n'est pas altérable sans créer des dommages considérables dans l'ordre social en trompant les attentes légitimes des individus. Une société en harmonie ou pacifiée est en fait une société où chacun peut compter sur la sûreté de ces droits de propriété individuels et le transfert volontaire (que l’on appelle communément le marché) de ces droits pour les mettre dans les mains de ceux qui pensent en faire le meilleur usage. Chacun à la pleine souveraineté sur lui-même. De la souveraineté individuelle à la concurrence dans la production de sécurité militaire Dans une telle société, l’organisation de la protection de ces droits individuels est dans les mains des individus eux mêmes. Lorsque l’individu s’associe avec d’autres pour protéger ces droits individuels, il s’engage dans une société politique. Il le fait dans l’esprit de l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui est inscrit au préambule de la constitution de 1958. « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété et la résistance à l’oppression » Article qui nous rappelle le passage suivant de John Locke Ou celui de Frédéric Bastiat , "Quant à nous, nous pensons que l'État, ce n'est ou ce ne devrait être autre chose que la force commune instituée, non pour être entre tous les citoyens un instrument d'oppression et de spoliation réciproque, mais, au contraire, pour garantir à chacun le sien, et faire régner la justice et la sécurité." Lorsque l’individu détient des armes ou paie des gens d’armes, c’est pour assurer la protection de ses droits fondamentaux que sont la liberté, la propriété et la résistance à l’oppression. C’est aussi la raison du deuxième amendement de la constitution américaine du 17 septembre 1787 « A well regulated Militia being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms shall not be infringed. » En effet, n’importe quel type de gouvernement, y compris démocratique, peut devenir tyrannique. Rappelons que : « La tyrannie consiste à exercer le pouvoir politique au-delà de son domaine légitime.. C’est ce qui se produit chaque fois qu’un individu se sert du pouvoir qu’il détient, non pour le bien de ceux sur qui il l’exerce, mais pour son avantage personnel et particulier » Cette vision lockéenne est celle des pères fondateurs de la constitution américaine et de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen français de 1789. Bien qu’avec le temps les déclarations successives se sont muées en déclamations de droits positifs impossible à réaliser, c’est au nom de ces déclarations de droits individuels universalisables que nombre d’interventions militaires contemporaines sont initiées et justifiées.
En réalité, dans cette conception, chaque individu accepte de verser son sang dans le but de préserver vies, liberté et propriété des siens et celles des hommes avec lesquels il s’associe par contrat et réciprocité. L’individu ne sacrifie pas (ou plus) sa vie pour des abstractions comme la France, l’État ou la Nation au grand regret de la minorité qui parlent au nom de ces fictions dont la fonction rhétorique est de soumettre les esprits faibles aux volontés et croyances de quelques uns.
Dans cette vision individualiste, mais non atomiste contrairement à ce qu’écrit John Christophe Barry, un principe immédiat se dégage sur l’usage de la force c’est-à-dire des missions des armées, prise individuellement ou en groupe, celui de la légitime défense. L’usage de la force armée pour se protéger contre des agressions implique l’existence d’une action qui se caractérise par un manquement grave à l’obligation de respecter les droits fondamentaux des individus, par un dommage mesurable et par une connexion entre le manquement à l’obligation et le dommage. Le premier – le manquement à l’obligation- doit causer le second- le dommage. Ainsi dans l’attentat du 11 septembre la destruction des tours doit provenir de la percussion des avions et non pas d’un effondrement des tours qui aurait pu être causé par un autre phénomène concomitant. Si oui, elle implique la légitime défense des victimes qui, s’il y a dommage, peuvent poursuivre les agresseurs où qu’ils soient et les contraindre à réparation en utilisant tous les moyens nécessaires qui ne violent pas les droits individuels de tiers innocents. Il n’y a pas de différence entre une agression individuelle et une agression par une bande organisée ou par une armée d’État envahissant et pillant les propriétés d’individus sur un territoire voisin. Les principes de la responsabilité civile s’appliquent à l’un ou l’autre cas.
La mission des « armées » publiques ou privées est donc simple et claire. Il s’agit d’un corps de « professionnels » des armes spécialisés dans une protection particulière, la protection contre des bandes armées qui viendraient en masse dans le but de violer la « propriété » (au sens de Locke) des individus vivant sur un territoire de taille variable dont la gouvernance est assurée par une structure de copropriété (mission classique de sanctuarisation du territoire où ils vivent) et que l’on ne pourrait arrêter autrement. Les autres types de menaces font appels à d’autres professionnels spécialisés dans la protection des droits fondamentaux des individus hors du territoire où ils habitent (Projection de force). Il va de soi que l’emploi de ces forces reste de façon ultime dans les mains des victimes de l’agression ou de leur ayant droit et des sociétés de protection avec lesquelles les victimes ont contracté (assurances et sociétés militaires publiques ou privées). Ce sont les victimes qui dictent la conduite à tenir face à ces agressions. Ce sont eux qui, de façon ultime toujours, dictent la stratégie à suivre car ce sont eux qui ont financé par leurs primes d’assurance les agences privées de protection. Les victimes ou leurs ayant droits n’ont pas intérêt à déléguer le monopole de cette protection à une armée en particulier fut-elle publique. Ils ont intérêt à mettre en concurrence les armées privées et/ ou publiques entre elles comme le suggérait en 1849 Gustave de Molinari : « S'il est une vérité bien établie en économie politique, c'est celle-ci : Qu'en toutes choses, pour toutes les denrées servant à pourvoir à ses besoins matériels ou immatériels, le consommateur est intéressé à ce que le travail et l'échange demeurent libres, car la liberté du travail et de l'échange a pour résultat nécessaire et permanent d'abaisser au maximum le prix des choses. Et celle-ci: Que l'intérêt du consommateur d'une denrée quelconque doit toujours prévaloir sur l'intérêt du producteur. Or, en suivant ces principes, on aboutit à cette conclusion rigoureuse: Que la production de la sécurité doit, dans l'intérêt des consommateurs de cette denrée immatérielle, demeurer soumise à la loi de la libre concurrence. D'où il résulte: Qu'aucun gouvernement ne devrait avoir le droit d'empêcher un autre gouvernement de s'établir concurremment avec lui, ou obliger les consommateurs de sécurité de s'adresser exclusivement à lui pour cette denrée. »
En effet, concentrer le monopole de la force armée dans les mains des hommes politiques c’est accepter qu’ils l’utilisent pour étendre leur propre pouvoir et non pas pour protéger les victimes d’une agression. Hélas l’histoire militaire française est pleine d’exemples où elle a servi les intérêts politiques et non ceux des victimes d’une agression. Sans évoquer l’utilisation de l’armée pour coloniser des populations étrangères ou pour mater des mouvements sécessionnistes comme la commune de Paris en 1870 ou celle de nouvelle Calédonie, l’État français détenteur du monopole de la force n’a jamais rendu les services que l’on attendait de lui et s’il l’a fait c’est de manière exceptionnelle ou par effet collatéral non attendu.
Ce dernier argument est bien illustré par l’attentat contre le DC 10 de l’UTA qui coûta la vie aux 170 passagers et membres d'équipages du vol UT-772, le 19 septembre 1989. Les familles des victimes attendent toujours que les assassins soient arrêtés, jugés et condamnés. On connaît en partie le nom des exécutants et commanditaires. Les ayant droits des victimes se sont organisés en association pour demander justice et réparation. Ils attendent encore que justice soit faite, ils ont même vu le commanditaire principal, Kadhafi, le chef d’État Libyen venir se pavaner à l’Élysée. Les recours en justice ont tous échoué devant plusieurs cours nationale et internationale au nom de l’immunité diplomatique. Cette association de victimes n’a pas osé braver l’État français et faire justice elle-même en s’emparant de Kadhafi et en payant un commando ou une armée privée pour l’enlever et l’amener devant le juge Bruguière qui avait instruit l’affaire. Les chefs d’État se soutiennent entre eux en se distribuant des privilèges et immunités pour les crimes qu’ils commettent. Mais ils ne peuvent le faire que parce qu’ils ont le monopole des armes sur leur territoire. Cependant, les choses évoluent grâce à cette primauté de l’individu sur le collectif et à la demande accrue d’une protection des droits individuels à l’encontre des hommes d’État qui bientôt seront traités, dans tous leurs actes politiques, comme les individus ordinaires de la société civile et non pas comme des citoyens au dessus des Lois comme hélas cela arrive trop souvent.
Références John Christophe Barry 2010, » Le « Boulanger d’Adam Smith, ou la chimère néolibérale du citoyen-soldat au mercenariat universalisé » dans Armées privées, Armées d’État, Mercenaires et auxiliaires d’hier et d’aujourd’hui, sous la direction de Jean Christophe Romer et Laurent Henninger, Mai 2010, n°2 volume 2 Jean Bodin, 1755, Abrégé de la République, Tome 1, Londres, Jean Nourse, Gallica Bertrand Lemennicier 1997 «« Droits individuels et défense nationale » in An Austrian in France, sous la direction de Kurt Leube, Angelo Petroni et James Sadowsky, La Rosa éditrice Bertrand lemennicier 2005, « La privatisation des armées et l’argument des biens collectifs » dans Insécurités publiques, sécurité privée ? Essais sur les nouveaux mercenaires, Sous la direction de Jean Jacques Roche, Paris Economica Bertrand Lemennicier, ,2006 « La notion de guerre juste » dans L’homme libre, Mélanges en l'honneur de Pascal Salin, Edition les Belles Lettres Gérard Radnisky 2003, “Is Democracy More Peaceful than Other Forms of Government?” in The Myth of National Defense, Essays on the Theory and History of Security Production, edited by Hans Herman Hoppe, The Ludwig Von Mises Institute Jean Jacques Rousseau, 1762, Du Contrat Social, Notion du corps social, Chapitre III, Social Ière version. Paris, Oeuvres complètes de la Pléiade Tome III, 1964 Rudolph Rummel 1994, Death by Government, New Brunswick, Translation Publisher. General Sir Rupert Smith, 2007, L’Utilité de la Force, L’Art de la Guerre Aujourd’hui, Paris Economica Roger Trinquier 2008, La guerre moderne, Paris Economica
General Sir Rupert Smith, 2007, L’Utilité de la Force, L’Art de la Guerre Aujourd’hui, Paris Economica
Rudolph Rummel 1994, Death by Government, New Brunswick, Translation Publisher.
Au XX ième siècle, sur l’ensemble du monde, plus de 4 milliards de personnes sont décédées toutes causes confondues, les hommes d’´État sont responsables, par l’usage de la violence politique, de la mort de 185 millions de personnes dans le siècle, soit un taux de mortalité de 462,5/100 000, la mortalité sur les routes en France est inférieure à 10/100 000 Vous remarquerez le paradoxe des hommes politiques qui justifient très souvent la mortalité de grande ampleur (l’avortement et les guerres) et s’efforcent par tous les moyens de réduire la petite mortalité (celle sur les routes, celle dues au tabac ou l’alcool... !). T.H.Moon 1930, Imperialism and World Politics, New York, Macmillan.
Bertrand Lemennicier, ,2006 « La notion de guerre juste » dans L’homme libre, Mélanges en l'honneur de Pascal Salin, Edition les Belles Lettres Notre enseignement scolaire et universitaire est profondément imprégné par la sociologie. Or, la sociologie française, sous l'impulsion du groupe de normaliens rassemblé autour de Durkheim, a été construite en opposition à l'hypothèse que les phénomènes sociaux et, en conséquence, les phénomènes économiques et politiques, puissent s'expliquer par la nature même des individus qui la composent. Prenons la définition de la sociologie donnée par M. Mauss et Fauconnet (1901) ( P.Fauconnet et M. Mauss »La sociologie : objet et méthode » extrait de la Grande Encyclopédie ; reproduit dans M. Mauss, Essais de Sociologie, 1968 éditions La Découverte Paris.) Elle est exemplaire de cette attitude et mérite à ce titre d'être reproduite : «Un premier fait est constant, c'est qu'il existe des sociétés, c'est-à-dire des agrégats d'êtres humains... Ils présentent tous ce caractère qu'ils sont formés par une pluralité de consciences individuelles, agissant les unes sur les autres et réagissant les unes aux autres. C'est à la présence de ces actions et réactions, de ces interactions, que l'on reconnaît les sociétés. Or la question est de savoir si, parmi les faits qui se passent au sein de ces groupes, il en est qui manifestent la nature du groupe en tant que groupe et non pas seulement la nature des individus qui la composent. Y en a-t-il qui sont ce qu'ils sont parce que le groupe est ce qu'il est ? A cette condition et à cette condition seulement, il y aura une sociologie proprement dite.» John Locke 1690,Deuxième Traité du Gouvernement Civil, (Traduction française de Bernard Gibson) Paris Librairie Philosophique J.Vrin, 1985 chap. IX Des Fins de la Société Politique et du Gouvernement, pp.146-147 Frédéric Bastiat, 1848, « L’État » Journal des Débats, numéro du 25 septembre Seuls les copropriétaires votent et leur objectif est de maximiser la valeur du terrain sur lesquels ils vivent. Voir la communication précédente: La régénération des Nations Schwitzer werden189 - la voie suisse p, par M. Bernard Wicht
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