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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 

Externalités positives, bien collectifs et mécanismes d'appropriation

par Bertrand Lemennicier

 

Nous venons d'évoquer la notion d'externalité négative et nous l'avons assimilée à un dommage causé à autrui, donc à une violation d'un droit de propriété qui exige réparation. Tournons-nous maintenant vers son contraire : l'externalité positive.

Dans la version extrême des externalités positives un individu supporte en totalité les coûts d'une action et ne peut en saisir les bénéfices car ceux-ci vont à des tiers n'ayant pas fondamentalement contribués aux coûts. Il n'arrive pas à s'approprier les gains de son action. Faute de les saisir, il renonce à cette action. Dans un tel cas, il n'y a pas de violation de droit de propriété, ni de dommage créé à autrui. Il y a simplement une opportunité de profit qui ne peut être saisie.

La raison principale à cette anomalie réside dans l'impossibilité d'exclure des bénéfices les individus qui refusent de payer ou de contribuer aux coûts de cette action.

Pour beaucoup d'économistes, les services rendus par la défense, la police ou les phares pour la sécurité des bateaux en mer sont les archétypes même de biens ou services dont les bénéfices sont difficilement appropriés par ceux qui veulent les produire. Ces biens s'appellent des " biens collectifs ".

Le mot de bien collectif a pris une signification précise dans la théorie économique. Cette signification est due au prix Nobel, Paul Samuelson, qui a défini ce concept dans les années 1954-55 de la façon suivante.

Un bien collectif serait un bien dont :

" tout le monde jouit en commun dans le sens où la consommation de ce bien par chacun n'en réduit pas la quantité consommable par quelqu'un d'autre".

ou un bien qui:

" se distingue simplement par le fait que sa consommation s'assortit d'effet externes, c'est à dire qu'il figure dans les fonctions de préférence de plusieurs individus"

Enfin, comme corollaire de la première définition, puisque plusieurs personnes peuvent consommer le bien sans priver les autres de leur consommation, le coût supplémentaire d'un usager additionnel de ce bien est nul.

L'utilisation par quelqu'un d'une route ou des services de police ou de défense n'empêche pas quelqu'un d'autre au même moment d'en user aussi. Cet attribut des biens collectifs est souvent décrit par l'idée de non rivalité dans la consommation. La protection apportée par un vaccin non seulement ne prive pas les autres d'une protection contre la maladie mais bien au contraire les protège.

On ajoute en général d'autres attributs pour caractériser le bien collectif.

-Une première caractéristique porte sur le nombre d'individus concernés. Ce nombre peut varier de deux à l'ensemble des membres de la communauté. Un lit peut se partager à deux, une voiture à cinq personnes. En revanche, la protection territoriale concerne un grand nombre de personnes et la découverte de la formule d'un vaccin efficace contre la grippe concerne tout le monde.

-Une deuxième caractéristique concerne les biens publics ; il est souvent difficile ou très onéreux d'exclure de la jouissance de ce bien ceux qui ne paient pas. Cette impossibilité d'exclusion est souvent considérée comme la caractéristique essentielle d'un bien collectif. Un individu peut bénéficier des services rendus par un bien sans qu'il ait contribué à son coût. Un individu qui ne se vaccine pas bénéficie de la protection sans supporter le coût d'être vacciné car on ne peut par définition l'exclure du service rendu lorsque l'éradication de la maladie est réalisée. Si la protection territoriale est offerte par une agence privée, ceux qui ne contribuent pas et qui habitent dans la zone où cette protection est assurée jouissent de la paix sans débourser d'argent. Cette situation est souvent comparée au problème posé par un comportement de " cavalier seul " ou de " free rider ", voire de " dilemme du prisonnier ".

-Une troisième caractéristique est souvent présente lorsque l'on décèle dans un bien un problème d'encombrement. Une route peut être utilisée simultanément par plusieurs voitures. Mais si le nombre de voitures croît les services offerts par la route, qui consistent à se déplacer d'un point à un autre en toute sécurité et dans un temps limité, peuvent ne plus être rendus.

- Enfin, il faut ajouterune quatrième caractéristique : les services rendus par ce bien peuvent être obtenus d'une autre manière. Si la route est encombrée, on peut utiliser le train. Si le train est en grève, on peut faire appel aux vélos ou à l'avion. La sécurité des biens et des personnes peut être assurée de multiples façons, du port ostensible d'armes individuelles à la patrouille de police, de l'assurance contre le vol à l'utilisation d'une porte blindée. On peut toujours substituer un bien privé à un bien collectif.

Dans le cas particulier d'un bien ou d'un service qui, à la fois, concerne un grand nombre d'individus, n'a pas de moyens d'exclure ceux qui ne paient pas, ne donne pas lieu à encombrement et n'a pas de proches substituts nous avons ce que l'économiste appelle "le paradoxe des biens collectifs".

 

16.1 Le paradoxe des biens collectifs : "dilemme du prisonnier" et "cavalier seul"

Pour bien comprendre cet argument, prenons un exemple traditionnel : celui des phares. Une fois un phare construit pour signaler des récifs à fleurs d'eau ou pour indiquer une direction ou un chemin pour approcher un port et accoster, tout navire qui passe à proximité bénéficie des services rendus par cette construction sans que les autres bateaux en soient privés. Il y a non-rivalité dans la consommation. Les capitaines des navires concernés sont en grand nombre et ne se connaissent pas. L'utilisation du phare par beaucoup de navires ne réduit pas, non plus, les services rendus. Il n'y a pas d'encombrement. On imagine difficilement que, à chaque fois qu'un bateau passe devant le phare, le gardien sort en mer avec sa vedette et fait payer pour le service rendu. On ne peut exclure les navires qui refusent de payer pour le service rendu par le phare. Enfin, il n'y a pas si longtemps il n'y avait pas de substitut à cette forme de signalisation en mer. Nous avons réuni, dans cet exemple, toutes les conditions d'un bien collectif.

Reprenons cet exemple pour mieux percevoir les limites et les hypothèses sous jacentes au paradoxe des biens collectifs.

Jules est un armateur et veut construire un phare sur la côte. Pjmax, le prix maximum qu'il serait prêt à payer pour éviter les naufrages de ses navires pour une période donnée correspond à l'utilité attendue de la construction du phare. Si Jules produit le phare tout seul, il lui en coûte C. Maintenant Pierre peut aussi produire le phare. Si celui-ci est construit par Pierre, comme ce dernier ne peut exclure Jules du service rendu par le phare, Jules bénéficie du phare sans contribuer à son coût, Pjmax. En revanche, Jules et Pierre peuvent coopérer pour construire, ensemble, le phare en question. En partageant les frais, ils peuvent adopter une technologie qui divise les coûts par deux. Chacun paie alors C/4 et le phare est produit. Représentons par une matrice cette structure d'interaction.

Si Pierre construit seul le phare, comme Pjmax > Pjmax- C/4, la stratégie dominante pour Jules est de ne pas coopérer. Si le coût de construire un phare excède le prix maximum que chacun est prêt à payer, Pjmax- C <0, lorsque Pierre ne construit pas le phare, Jules ne le construit pas non plus. La stratégie dominante pour Jules est alors de ne pas construire le phare ni de coopérer à sa construction. Comme le jeu est symétrique, Pierre en fait autant. Le bien n'est pas produit alors qu'il améliorerait la satisfaction de tous, puisque pris ensemble le coût à produire le phare pour chacun serait inférieur au prix maximum que chacun est prêt à payer : Pjmax > C/4 . C'est le paradoxe des biens collectifs.
Pierre
ne coopère pas
coopère
Jules
ne coopère pas
0
Pjmax
coopère
Pjmax-C <0
Pjmax - C/2

On déduit vite, trop vite de ce paradoxe en forme de dilemme du prisonnier qu'à l'échec de la coopération et du marché dans la fourniture de ces biens ou services collectifs, s'opposerait le " succès " de l'État qui pourrait, grâce à son monopole sur l'usage de la contrainte publique, résoudre le dilemme du " prisonnier " décrit plus haut en imposant la solution "efficace" grâce à un financement du bien par l'impôt.

Un des points clé du raisonnement repose sur le théorème du "dilemme du prisonnier". Malheureusement l'application de ce théorème à l'appropriation des services rendus par les biens collectifs repose sur deux fautes de raisonnement :

1) un sophisme de pertinence : le secundum quid, le théorème fait d'une exception une règle générale.

2) une violation d'un des axiomes de la pensée, la loi de la non contradiction : une chose ne peut " être et ne pas être " en même temps et pour la même relation

a)Théorème du " dilemme du prisonnier " ou théorème du " cavalier seul "?

Utiliser le théorème du "dilemme du prisonnier" comme argument principal pour justifier le paradoxe des biens collectifs présuppose des hypothèses particulières dans la production du bien à externalité positive. Comme le rappelle V.Mises si un des armateurs considère les avantages de la construction du phare si importants pour lui-même qu'il est disposé à assumer tous les frais, on ne voit pas pourquoi il ne le construirait pas. C'est la première critique.

" Le fait que son projet profite aussi à d'autres, ne le dissuade pas d'accomplir ce qui améliorera son propre bien être. Quand une compagnie de chemins de fer élève des talus pour protéger ses voies des congères ou des avalanches, elle protège également les maisons des terrains adjacents. Pourtant les avantages que reçoivent les voisins ne détournent pas la compagnie d'entreprendre des travaux coûteux mais qui lui paraissent en valoir la peine. "

L'argument n'est donc pas celui-ci. En fait dans la première structure nous avons fait comme si :

" Les frais nécessaires du projet sont si élevés qu'aucun de ceux qui en profiteraient n'est disposé à les assumer en totalité. Le projet ne peut être réalisé que si un nombre suffisant d'entre les intéressés prennent leur part des frais. "

C'est là encore une hypothèse très particulière.

Revenons à notre structure d'interaction et modifions là. La production du phare rend un service que chaque individu évalue au prix maximum qu'il est prêt à payer : Pmax. Admettons pour l'instant que tous les individus évaluent de la même manière le service rendu. En revanche, la contribution C sera d'autant plus faible qu'un grand nombre de gens, n, coopèrent à la production du bien considéré. Elle est égale à C/2n, si n personnes coopèrent. Quand une seule personne produit le bien, la contribution C est supposée en excès du prix que les individus sont prêts à payer : Pmax.

Observons la matrice de gains ci-dessous.
Pierre
ø
1-ø
ne coopère pas
coopère
Jules
ne coopère pas
0, 0
Pjmax-µ , {Pmax -C/n }
coopère
(Pjmax -C)<0 , 0
Pjmax -C/(n +1 ), Pmax- C/(n +1)

Nous avons introduit une asymétrie. Des armateurs (ou un armateur) peuvent s'entendre entre eux pour produire le bien collectif. Par ailleurs le coût de fabrication du phare est d'autant plus faible qu'il y a un grand nombre de gens qui coopère. Nous avons aussi présupposé, comme précédemment, que notre armateur, Jules, ne pouvait, tout seul, produire le phare.

Si Jules ne coopère pas lorsque les autres coopèrent, parce que Pjmax<C et Pjmax-µ > Pjmax-C/(n +1), le bien collectif sera produit si et seulement si Pmax > C/n . En effet, dans un tel cas pour les autres, nous avons Pmax - C/n >0 et Pmax-C/(n +1)>0, et ils sont incités à produire le bien collectif. Si c'est le cas, Jules est alors un " free rider ". Il fait "cavalier seul". Mais faire cavalier seul est peut être " mal " mais n'a aucune conséquence sur la production du bien collectif, car le nombre de gens qui coopèrent suffit amplement à produire le bien considéré. Les autres armateurs peuvent même inciter Jules à coopérer, si les autres l'identifient. Car dans un tel cas, ils peuvent l'ostraciser en lui faisant supporter un coût, mesuré par, µ, lorsqu'il se comporte comme un " free rider ".

Pour retrouver le "dilemme du prisonnier", c'est-à-dire une stratégie dominante d'absence de coopération pour Jules, mais aussi pour les autres, il faut introduire les hypothèses supplémentaires suivantes :

1) que la contribution de Jules joue un rôle décisif , par exemple, si la contribution de Jules fait défaut, alors C/n excède Pmax, tandis que s'il coopère, c'est le contraire : Pmax > C/(n +1).

2) qu'il n'est pas possible ou trop coûteux de trouver, et mettre en oeuvre, un mécanisme qui incite Jules à coopérer.

Si la contribution de Jules est décisive et s'il n'est pas possible de trouver un mécanisme d'incitation pour l'identifier et le faire coopérer, alors les autres ont intérêt à ne pas coopérer. C'est en ce sens là que le théorème se présente comme une exception à la règle et non comme une règle générale d'absence de coopération.

Revenons à Jules. Si les autres n'ont pas besoin de la contribution de Jules pour produire le phare, comme Jules ne viole aucun droit de propriété et comme on ne peut pas lui reprocher un comportement qui empêcherait la production du bien collectif lui-même, le fait qu'il fasse "cavalier seul" ne pose aucun problème particulier.

On peut même imaginer que le coût d'inclure Jules dans l'entente, déjà réalisée par les autres, excède l'économie que les autres réaliseraient s'il participait aux frais. "Faire cavalier seul" est un donc faux problème.

On ne peut donc pas assimiler le paradoxe des biens collectifs au problème soulevé par les comportements de " cavalier seul". Ce paradoxe des biens collectifs concerne nécessairement le cas spécifique d'un dilemme du prisonnier où la contribution de Jules est non seulement décisive pour la production du phare mais encore qu'il existerait une impossibilité pour les uns et les autres de mettre en oeuvre un mécanisme qui permettrait de produire ensemble le bien collectif.

b) Révélation des préférences, appropriation et pré-contrat à option

La structure du "dilemme du prisonnier" fait comme si les individus n'étaient pas conscients du problème soulevé par le type d'interaction dans laquelle ils sont impliqués. D'un côté on présuppose qu'ils sont rationnels en suivant leur intérêt personnel et en choisissant la stratégie qui maximise leur satisfaction, on suppose aussi que ces acteurs ont une connaissance parfaite de la matrice de gains et de l'autre on fait comme s'ils n'étaient pas suffisamment rationnels pour se rendre compte qu'il existe des opportunités de profits à saisir.

Le théorème du " dilemme du prisonnier " ne prête pas suffisamment de rationalité aux individus. L'économiste prétend qu'il existe une opportunité de profit à saisir et prétend simultanément qu'il est impossible de la saisir alors que par ailleurs il croît fermement au principe d'arbitrage.

On devrait donc trouver un entrepreneur qui s'efforce de saisir cette opportunité de profit en incitant les gens à coopérer. Et s'il ne le fait pas c'est que, vraisemblablement, le coût d'opportunité de la saisir excède son gain.

Il existe, en effet, un moyen simple de produire des biens collectifs.

1) On informe la population concernée (les armateurs) du montant des dépenses d'investissement et de maintenance qu'il faut encourir pour produire un phare au coût total de C.

2) Chaque personne intéressée stipule, dans un pré-contrat, le montant qu'elle est prête à payer, Pmax, sachant que le montant effectivement payé correspondra seulement à une fraction de ce qu'il déclare C/n.

3) Si le montant total des dépenses n'est pas couvert par l'ensemble des contrats collectés, le phare n'est pas produit et les contrats sont nuls.

Cette façon de révéler les préférences des individus résout le problème du dilemme du prisonnier. Cette solution, proposée par E. R. Brubaker, modifie la structure d'interaction de la manière suivante.

Pierre
ne coopère pas
coopère
Jules
ne coopère pas
0, 0

0, 0
Pmax <C/n
coopère
0, 0
Pjmax -C/(n +1 ), Pmax- C/(n +1)
Pmax>C/(n + 1)

Prenons la première ligne. Jules ne coopère pas et les autres coopèrent. Supposons la contribution de Jules décisive. Avec le pré-contrat à option le bien collectif n'est pas offert par les autres si Jules ne coopère pas. Admettons qu'il coopère, deuxième ligne. Si les autres ne coopèrent pas, le bien collectif n'est pas produit, Jules ne perd rien contrairement à la structure d'interaction précédente où il perdait Pjmax-C puisqu'à lui seul il ne pouvait couvrir le coût d'opportunité de la construction du phare par une utilité personnelle supérieure. Réciproquement si Jules est prêt à payer sa part pour produire le phare et que les autres ne coopèrent pas, comme le coût total n'est pas couvert, le bien collectif n'est pas offert.

En revanche, si les autres coopèrent le bien collectif est effectivement produit. Avec cette structure d'interaction la stratégie dominante pour Jules, comme pour les autres, est de coopérer. Le dilemme du prisonnier est facilement tourné par cette souscription conditionnelle.

Pourquoi ne l'adopte-t-on pas systématiquement ? D.Friedman rappelle les difficultés rencontrées par ce type de financement. Il peut exister des coûts à introduire et à mener à bien cette souscription. Si la souscription est volontaire et que le bien collectif est produit, on peut en déduire que la valeur des services rendus par le phare excède non seulement le coût de fabrication et d'entretien de ce monument mais aussi le coût de la souscription optionnelle. Dans le cas contraire cela démontre que le coût de la souscription et / ou le coût de production du phare excède la valeur que l'ensemble des propriétaires attache à cette protection.

Un entrepreneur pourrait estimer la valeur que représente le service rendu par le phare pour chacun des propriétaires d'un bateau. Il pourrait établir un contrat par lequel chacun s'engagerait à contribuer pour un montant qui correspond à la valeur qu'il attribue à ce service, conditionnellement au fait que les autres paient leur part et faire circuler ce contrat. Chaque propriétaire sait que s'il refuse de signer, le phare ne sera pas construit.

Pour qu'un tel système fonctionne l'entrepreneur doit trouver un mécanisme pour que chaque armateur révèle ses véritables préférences. Sa tâche est rendue plus difficile car les propriétaires se rendent vite compte qu'il est dans leur intérêt, comme dans n'importe quel échange, de ne pas révéler le véritable prix maximum qu'ils sont prêts à payer. L'entrepreneur doit donc proposer une contribution de départ suffisante pour ne pas dissuader les armateurs de signer le contrat et en même temps réunir suffisamment de gens pour que la contribution finale par chacun soit inférieure à celle signée au début de la souscription. Dès qu'il y a un grand nombre de personnes concernées ou pour atteindre un grand nombre d'armateurs et réduire le coût, il faut sans doute encourir des dépenses supplémentaires de publicité et de démarchage.

Il peut exister des coûts à introduire et à mener à bien cette souscription. Si la souscription est volontaire et que le bien collectif est produit, on peut en déduire que la valeur des services rendus par le phare excède non seulement le coût de fabrication et d'entretien du phare mais aussi le coût de la souscription optionnelle.

En réalité il existe une autre explication pour comprendre pourquoi une telle souscription n'émerge pas : la possibilité d'user de la contrainte publique pour financer la construction du phare. En effet, la contrainte offre une opportunité de profit supplémentaire : faire payer à des non -usagers du phare les investissements et l'entretien de ce bien, ce qui réduit à un coût presque nul la contribution de ceux qui bénéficient des services rendus par le phare. Il suffit de convaincre quelques hommes politiques en quête d'électeurs que les bienfaits des phares s'étendent à tous. Le gain attendu de l'usage de la contrainte est une diminution du coût à produire le bien collectif : C/2n tend vers zéro si n tend vers l'infini. Même si l'usage de la contrainte publique n'est pas sans coût d'opportunité, il est toujours attrayant d'user de la contrainte publique pour faire supporter aux autres ses propres coûts. Nous rediscuterons de ce point dans un chapitre ultérieur.

La faute de raisonnement commise ici est classique. Elle est courante chez les économistes mathématiciens et plus rare chez les autres mais on la retrouve quand même chez A. Smith qui voit dans la production de bien collectif une fonction essentielle de l'Etat. En effet il écrit :

" ,[que l'Etat a] le devoir de produire certains biens publics et institutions qui ne peuvent jamais être dans l'intérêt d'aucun individu ou petit groupe d'individus, de produire parce que le profit ne peut jamais rembourser les dépenses de l'individu ou du petit groupe d'individus, bien que les bienfaits procurés à l'ensemble de la collectivité excèdent largement les dépenses encourue. "

Si le caractère non profitable de la construction d'un phare supplémentaire vient uniquement du fait que les armateurs dans leur calcul ne prennent pas en compte les avantages que procure ce phare aux autres, alors en renonçant à sa production il prive les autres d'un gain. Comme cet armateur ne se lance pas dans ce projet parce qu'il n'est pas rentable pour lui, ce serait le devoir du gouvernement de le faire à sa place. Dans cette conclusion deux sauts sont faits sans le dire. Le premier est pourquoi si tous les armateurs pris individuellement connaissent l'avantage procuré aux autres par la construction supplémentaire, ils ne trouvent pas le moyen d'inciter les autres à coopérer -via une souscription conditionnelle-. ? Si la raison en est qu'il est trop coûteux d'organiser cette souscription, c'est qu'ils jugent que les sommes consacrées au fonctionnement de cette souscription sont mieux utilisées en renonçant à la construction du phare qui implique une telle organisation. Substituer le gouvernement n'élimine pas le coût à inciter à la coopération que ce soit par l'échange volontaire ou par la force. En effet ici l'incitation à la coopération prend la forme de la coercition étatique. Il faut non seulement payer des collecteurs d'impôts mais aussi des statisticiens pour obtenir l'information sur lesquels les collecteurs d'impôts vont agir. Or, les sommes consacrées à celle activité de collecte auraient pu être mieux utilisées ailleurs. Il faut donc faire la preuve que non seulement le coût de la coercition est plus faible que le coût d'organiser une souscription conditionnelle et que cette action coercitive génère plus d'avantages que les sommes qui auraient été utilisées à d'autres usages par les contribuables s'ils avaient pu disposer librement de l'argent qui a été prélevé par la force. On remarquera aussi qu'il faut que quelqu'un apporte la preuve que le coût d'opportunité de l'usage de la coercition est plus faible que celui d'une souscription conditionnelle volontaire. Or, qui est habilité à apporter cette preuve : l'économiste, fonctionnaire de l'Etat ? Mais celui-ci est juge et parti puisqu'il est payé par l'Etat. Comment cet économiste peut-il apporter cette preuve ? En réalité cette preuve ne peut pas être apportée parce qu'il y a usage de la coercition comme nous l'avons évoquée au chapitre 2 à propos d'un échange forcé.

 

16.2. Une solution traditionnelle au paradoxe des biens collectifs

Dès que le bien collectif ne présente plus les caractéristiques signalées précédemment : petit nombre, répétition de l'interaction, possibilité d'exclusion, encombrement et substitution, le paradoxe des biens collectifs ne s'impose plus.

Le cas des petits groupes.

Si le bien collectif concerne des petits groupes, l'entente directe et spontanée suffit à produire le bien lui-même. Plus la dimension d'un groupe est restreinte plus il est difficile pour un individu de se comporter en " cavalier seul ". Les armateurs dans les milieux maritimes sont peu nombreux et souvent finissent plus ou moins par se connaître tous dans le domaine restreint où ils ont leurs activités.

Ils peuvent être amenés à produire des phares, dont les services ont une grande valeur, en coopérant entre eux. Les sanctions contre ceux qui ne respectent pas cette coopération peuvent être efficaces : désapprobation ostensible, diminution des contacts, refus de collaborer avec les " free riders " etc. Il se peut aussi qu'un armateur, compte tenu de la taille de sa flotte, trouve rentable de construire lui-même le phare pour protéger ces propres bateaux. Enfin, il ne faut pas oublier qu'une entreprise charitable peut vouloir offrir ce service pour protéger les marins qui naviguent en mer. Des congrégations religieuses peuvent vouloir isoler leurs ermites sur une petite île ou sur un rocher en mer et offrir en même temps ce service.

Les Possibilités d'exclusion et de non rivalité

Lorsque la possibilité d'exclusion existe la solution des droits de propriété est envisageable. Il suffit que les sommes du coût de production et celui du dispositif d'exclusion restent inférieures au total que les individus sont prêts à payer pour en bénéficier.

S'il n'est pas possible d'arraisonner les bateaux qui passent devant le phare, en revanche, il est possible de les identifier. Et un jour où l'autre ces bateaux vont accoster. A ce moment là, le propriétaire peut les faire payer en les empêchant de débarquer leurs marchandises.

On peut aussi imaginer que les constructeurs de phares ne sont pas les armateurs, mais leurs assureurs. Ces derniers sont intéressés directement à réduire la probabilité d'apparition des accidents maritimes puisqu'ils paient les dommages. Ils peuvent contraindre les armateurs à payer pour les phares ou s'ils les construisent eux-mêmes à répercuter sur les primes d'assurance le coût de cette protection supplémentaire.

Beaucoup de biens, dits collectifs, sont produits de façon privée parce qu'il est possible en réalité d'exclure ceux qui ne paient pas. On peut le lier à des biens privés complémentaires aux phares de bateaux où le mécanisme d'exclusion fonctionne (cas de l'assurance).

Encombrement

Lorsque les navires arrivent au port, il y a rareté de l'espace et encombrement. Les navires font la queue pour rentrer dans le port. Ils paient les services d'un pilote pour accéder aux quais. Les ports eux -mêmes, lorsque l'on regarde les emplacements sur les quais où les bateaux déchargent leurs marchandises, peuvent être privatisés. Il est facile alors d'exclure les bateaux qui n'ont pas payé pour les services rendus par les phares en les empêchant de débarquer leurs marchandises et / ou leurs passagers à quai.

Substituts

Le transport par mer n'est pas le seul moyen de transport. L'avion concurrence le bateau. Quand les routes maritimes sont dangereuses même avec des phares, les entreprises utilisent d'autres moyens de transports de marchandise, les " pipes lines " par exemple. Aujourd'hui le phare lui-même n'est plus compétitif pour rendre le service de protection qu'on attend de lui. Les radars, les sonars et le guidage électronique par satellite peuvent guider de façon plus sûre les bateaux. Les phares sont devenus des constructions que l'on visite comme des monuments historiques ou que des touristes en mal d'originalité habitent l'été.

 

16.3. Règle d'optimisation des biens collectifs

L'idée qu'un bien collectif, même s'il pouvait être produit de manière privée, devrait être laissé au marché a été combattu par le Prix Nobel Samuelson. Le fait qu'un usager supplémentaire n'entraîne aucun coût additionnel imposerait la gratuité de sa production écrit-il. Cet argument mérite un détour.

Revenons à notre phare de bateaux. Le fait qu'un navire supplémentaire passe à proximité n'ajoute rien au coût. Même s'il était facile d'exclure du service rendu par le phare quiconque n'acquitte pas un péage, il ne serait pas optimal de le faire car le coût additionnel du passage d'un navire supplémentaire est nul. En faisant payer un prix positif, les navires renonceraient à utiliser cette route maritime aussi souvent qu'ils le souhaiteraient. Priver les armateurs des gains que procure le phare alors qu'il n'en coûte rien à l'entreprise qui le gère n'est pas optimal du point de vue social puisqu'il est possible d'améliorer l'utilité des armateurs sans diminuer celle des autres ni des propriétaires du phare.

L'erreur commise, ici par Samuelson est qu'il se trompe sur la nature du coût marginal sur lequel se fonde la décision. Le coût marginal dont il s'agit ici est celui de construire un phare supplémentaire, ce n'est pas celui d'accepter un utilisateur supplémentaire. Le prix positif encourage d'autres entrepreneurs à construire des phares.

Le véritable coût du phare est un coût d'opportunité. Quels revenus me donneraient les ressources utilisées à la construction du phare si elles étaient consacrées à autre chose? Si l'entrepreneur ne peut imposer un prix positif pour tirer un revenu de l'utilisation du phare, il ne le construit pas. Le problème de la distribution du bien ne peut être séparé de sa production. Cet argument est doublement absurde car quel est le bien privé qui ne serait pas passible d'une analyse identique ? Un taxi par exemple contient souvent quatre places. Ajouter un passager supplémentaire ne coûte rien au propriétaire du véhicule. Sous prétexte que cela ne lui coûte rien, son taxi devrait être mis gratuitement à la disposition de tous ! (Pensez aux arguments invoqués régulièrement par les hommes politiques de gauche comme de droite pour diminuer la pollution dans les grandes villes : il faudrait partager son véhicule avec d'autres personnes). Le coût marginal d'opérer un taxi n'est pas le coût supplémentaire d'un passager additionnel mais son coût de maintenance, le prix d'achat du taxi représente un coût fixe pour opérer un taxi ou un coût marginal s'il s'agit d'augmenter la flotte de taxis. Si le taxi que vous opérez n'est pas rempli constamment par des clients c'est que peu de monde réclame le service que vous offrez. Le fait que vous mettiez un prix nul montre a contrario que le service offert n'est pas désiré et que les ressources employées à opérer un taxi auraient été mieux utilisées ailleurs. Ce qui est vrai du taxi est vrai d'un pont ou d'un phare. Cependant le prix Nobel Samuelson a formalisé ce que l'on appelle la production optimale de biens collectifs.

Sacrifions à l'orthodoxie et rappelons sa démonstration.

Lorsque l'on a affaire à un bien privé l'individu choisit de consommer les services rendus par ce bien jusqu'au point où le coût d'opportunité à l'échange est juste égal au prix maximum que l'individu est prêt à payer compte tenu des dotations déjà en sa possession. Il en va autrement avec un bien collectif.

La condition d'optimalité de Samuelson implique que le coût d'opportunité d'offrir le bien collectif soit d'un montant égal à la somme des prix maxima que chacun est prêt à payer pour la quantité offerte du bien ou service considéré.

Cette démonstration est très générale et est utilisée très souvent par les tenants de l'interventionnisme étatique. On peut formaliser cet argument de la manière suivante.

Appelons G, le bien collectif, Xi et X j les quantités de biens privés, X, consommées par les individus i et j. Par définition, G le bien collectif, une fois produit, peut être consommé par les deux individus. Ni l'un, ni l'autre ne peut être exclu de sa consommation. j :

et

où U i et U j sont les fonctions d'utilité des individus i et j.

Chacun dispose d'un revenu Ri et R j donné. Le coût de produire G est mesuré par la fonction de coût :

Pris individuellement chacun maximise sa fonction d'utilité sous sa contrainte de revenu pour un niveau donné de consommation publique de l'autre :

Formons le Lagrangien :

on obtient la condition habituelle:

Des deux premières équations on déduit :

La quantité minimale de bien collectif exigée pour sacrifier une unité de bien privé, et maintenir constant sa satisfaction, doit être égale ou inférieure au coût d'opportunité du bien collectif, c'est-à-dire au montant de bien collectif que l'on obtient en sacrifiant une unité de bien privé.

Il en va de même pour l'individu j :

Graphiquement nous avons :

Au point F nous avons l'optimum de l'individu i. Il consomme e0 de bien privé et 0g1 de bien public s'il est le seul à contribuer au coût de production du bien public. Mais si l'autre individu j désire un niveau de bien public, g2, égale à la distance AD, la contrainte de budget de i se déplace de AB en DC puisqu'il ne peut être exclu de sa consommation. Son niveau optimal passe de F à H et il consomme 0i de bien privé et 0j de bien public. Son niveau optimal de consommation des deux biens public et privé dépend du niveau désiré de bien public de l'autre individu et réciproquement.

Admettons pour simplifier que le prix maximum que chaque individu est prêt à payer, pris individuellement, soit inférieur au coût d'opportunité de produire le bien, G, dont il est question de telle sorte que personne ne peut se l'offrir. Mais du fait même que le bien est collectif, c'est- à-dire que lorsque i consomme G, il ne prive pas j d'en profiter autant qu'il le désire, il existe une possibilité d'entente entre eux pour produire conjointement le bien G.

En effet si

c'est à dire si:

Il existe des gains à l'échange inexploités. On peut trouver une certaine contribution telle que :

où le bien peut être produit et consommé.

Pour produire le bien, G, conjointement, il faut que la somme des revenus couvre les dépenses encourues en finançant les quantités consommées de bien privé (dont le prix est égal à Px ) et le coût de produire le bien public G.

On doit donc avoir:

On maximise alors l'utilité de l'individu i sachant que, d'une part la contrainte de revenu totale est satisfaite et que d'autre part l'utilité de j est maintenue constante.

On a le programme de maximisation suivant:

Formons le Lagrangien

les conditions de premier ordre donnent:

est l'utilité marginale de X pour l'individu i,est l'utilité marginale de X pour l'individu j,etsont les utilités marginales du bien collectif respectivement pour les individus j et i, enfinest le coût marginal du bien collectif.et µ sont les multiplicateurs de Lagrange associés aux contraintes de revenus et d'utilité.

De 3) on tire:=et de 3) et 5) on tire µ = -, substituons dans 4) µ etpar leurs valeurs tirées de 3) et 5) on obtient la condition d'optimalité :

8 )

La somme des taux marginaux de substitution dans les préférences pour le bien collectif des deux individus doit être égal au coût marginal du bien offert.

Cette manière d'offrir un bien collectivement impose pour avoir un optimum, une discrimination des prix ou des contributions de chaque personne qui accède à ce bien G en fonction de l'utilité marginale que chacun tire.

Mais par quel procédé les gens vont-ils révéler l'utilité marginale qu'ils attachent au bien G alors que l'on ne peut les exclure ou que l'on s'interdit de les exclure ? Habituellement l'exclusion est le moyen par lequel les gens révèlent leurs véritables préférences.

 

16.4. Une application : l'exemple qui n'a jamais existé

Avec la défense nationale, la loi, les routes et les ponts, les phares constituent l'exemple type du bien collectif que certains économistes, pas tous, fort heureusement, aiment citer dans leurs manuels d'économie. Les phares apparaissent dans la littérature économique, nous dit le prix Nobel R. Coase, pour la soi-disant lumière qu'ils jettent sur la question des biens collectifs et de la fonction du gouvernement!

La note de Samuelson sur les phares tirée de son manuel " L'Économique " (onzième édition parue en 1980, alors que l'article de Coase date de 1974) mérite d'être reproduite ici.

" Un exemple typique des services produits par l'État est celui des phares. Ils économisent des vies humaines et des bateaux mais les gardiens de phares ne peuvent pas arrêter les bateaux pour prélever un prix mais s'ils pouvaient, cela ne serviraient pas l'efficience sociale de pénaliser les bateaux pour avoir utiliser les services offerts par un phare. Car nous avons une divergence entre les coûts privés et les coûts sociaux ". (note de bas de page, page 44) ...quelques pages plus loin (p.151) Samuelson revient sur cet exemple et se fait plus précis.

" Dans l'exemple des phares, on doit remarquer une chose: le fait que les gérants des phares ne puissent facilement s'approprier les bénéfices en faisant payer les bateaux, fait certainement que la production de phare est du ressort de l'État. Mais même si les gérants pouvaient par un moyen quelconque faire payer les usagers qui passent à proximité, ce fait ne constituerait pas une preuve suffisante pour qu'il soit produit de façon privée. Pourquoi? parce qu'il en coûte rien à la société de laisser une bateau supplémentaire utiliser les services du phare. Tout bateau qui serait découragé de naviguer dans les eaux à proximité du phare par l'existence d'un péage constituerait une perte sociale."

Coase a tout de suite remarqué le paradoxe qu'il y a à dire que le gouvernement doit prendre en charge la production d'un bien public quand on ne peut exclure autrui des bénéfices et en même temps à dire que, si c'est possible, de toute façon il ne faut pas laisser l'initiative privée se charger de la production des phares car mettre un prix positif n'est pas socialement efficace en évoquant un phénomène de rendements croissants, coût fixe élevé pour produire le phare et coût additionnel ou variable d'un usager supplémentaire nul.

S'il est vrai que des phares ont été construits par l'État, celui d'Alexandrie 280 ans avant Jésus Christ a été construit sur l'ordre d'un Pharaon par des milliers d'esclaves ou par des autorités locales et souvent portuaires, nous avons des contre-exemples. L'expérience britannique de la construction des phares est très instructive car les phares ont été produits par des initiatives privées et les propriétaires de phares ont prélevé un péage et fait des profits. Même aujourd'hui le gouvernement anglais ne finance ni l'entretien ni la fabrication des phares. L'institution qui s'en charge est la Trinity House (pour Galles et Angleterre), les commissionners of Northern Lighthouses (Ecosse) et le Irish Lights (Irelande). Les dépenses sont couvertes par le Général Lighthouse fund. L'argent de ce fond provient d'un droit prélevé sur les propriétaires de bateaux et non sur le contribuable et ils sont prélevés par les autorités douanières dans les ports!

Très tôt la Trinity House qui s'occupait de bien d'autres choses que les phares de bateaux (elle était surtout un fond d'assurance et de retraite pour les marins et leur famille) a obtenu de la couronne d'Angleterre un monopole sur la réglementation des activités et des routes maritimes en 1514. En 1566 elle obtient le privilège de s'occuper des signaux en mer et sur terre. Au dix-septième siècle, elle construit deux phares de bateaux. Entre 1610 et 1675 elle ne construisit aucun phare de bateaux. Les individus privés qui désiraient construire des phares ont alors obtenu de la couronne une licence les autorisant à construire des phares et à lever une redevance sur tous les bateaux susceptibles d'avoir bénéficier des services rendus par les phares. Le péage était prélevé à l'arrivée dans les ports et était proportionnel au tonnage du bateau.

Sous l'impulsion de la concurrence, la Trinity House s'est alors lancée, elle aussi dans la construction de phares indirectement en obtenant une licence et en la louant à des individus privés. En 1820, il y avait 45 phares en existence, seulement 11 d'entre eux avaient été construits par la Trinity House, les 34 autres l'on été par des individus privés. 24 phares étaient gérés par la Trinity House et 22 par des individus ou des organisations privées. En 1834, 56 phares étaient en services et la Trinity House qui en avaient acheté d'autres en géraient au total 42. Les 14 autres étaient gérés par le privé. Le parlement anglais de l'époque a proposé que la Trinity House achète les derniers phares privés. L'argument utilisé à l'époque était très transparent. Il y avait une inégalité de péage dont certains très chers par rapport à d'autres. L'idée fondamentale était d'instaurer un prix uniforme et le plus bas possible étant entendu que le trésor anglais financerait la Trinity House pour que les droits soient réduits au minimum. En 1898, on a substitué à la Trinity House, le General Lighthouse fund. C'est avec cette institution que la Grande Bretagne opérait encore dans les années 1970. Bien que dans un tel exemple l'Etat intervienne de manière massive, il n'intervient pas au niveau de la production des phares mais au niveau de la collecte des fonds. Ce sont les douanes qui prélèvent le péage et pour cause puisque les ports ne sont pas privés. Il concède un monopole à une institution privée le Trinity House. Il finance par le trésor une baisse du prix et une uniformité du péage sous la pression des divers groupes d'intérêts d'armateurs craignant la concurrence des ports hollandais. Ces interventions de l'Etat n'ont rien à voir avec la fourniture d'un bien collectif.

Ce que l'on peut conclure de cette incursion historique dans la production des phares est que cet exemple de bien collectif pur, que seul l'État devrait produire, n'est pas un bon exemple! Ce qui vaut pour les phares devrait s'appliquer avec encore plus de force pour des biens collectifs moins pur.

Paradoxalement le caractère collectif d'un bien n'est pas propre au bien comme veut nous le faire croire le Prix Nobel Paul Samuelson. Le caractère collectif est clairement fonction de la façon dont on produit le bien et de la façon dont on choisit de le mettre à disposition du client c'est-à-dire dont on le distribue. Le choix d'offrir le bien sous la forme privative ou publique précède le caractère privé ou collectif du bien lui -même. Comme le souligne K. Goldin :

" L'évidence montre que nous n'avons pas affaire à un ensemble de biens et services qui ont par nature des caractéristiques de biens publics. Plutôt, on fait face à un choix inévitable pour la distribution de chaque bien ou service : chacun doit-il avoir un accès égal au service ( dans un tels cas le service ressemblera à un bien public) ou le service doit-il être disponible avec une sélection pour quelques uns et pas d'autres? En pratique, la théorie des biens collectifs est souvent utilisée d'une telle manière qu'elle escamote ce problème de décision "

Cette évidence est facile à démontrer. Il suffit de prouver qu'il n'existe pas un seul bien qui ne soit pas passible de la définition de bien public présentée par Samuelson et que l'État n'a pas en charge la production de tous les biens publics et qu'il a en charge des biens purement privés. N'oublions pas que les choses que l'on consomme sont habituellement les services rendus par des biens et non les biens eux-mêmes. On ne consomme pas la voiture mais les kilomètres qu'elle permet de parcourir. La non rivalité et l'impossibilité d'exclusion portent sur les services rendus non sur le bien lui même. La voiture de cinq places est au sens de Samuelson un bien public puisqu'elle offre à trois personnes (chauffeur non compris) la possibilité de consommer cent kilomètres en une heure sans priver une quatrième personne de cette consommation. Or ce bien est fourni de façon privative. Les lettres que vous recevez vous sont destinées. Le fait que quelqu'un d'autre lise les lettres qui vous sont destinées a un coût. Ce bien est purement privé. Sa production demeure privée mais sa distribution est publique! On pourrait multiplier les exemples et s'apercevoir que les biens produits ou distribués par l'État n'ont rien à voir avec la nature publique ou privée du bien lui-même.

Le coût de produire un service ou un bien doit prendre en compte non seulement le travail, les équipements nécessaires pour le produire mais aussi les frais de commercialisation et de distribution y compris les coûts d'exclusion pour éviter que les gens profitent du service sans payer. Les cinémas et le métro investissent dans des moyens d'exclure ceux qui ne contribuent pas. Les coûts d'exclusion sont compris dans la production du bien. La décision de les rendre accessible à tous sur une base d'égalité et d'accès gratuit en échange d'un impôt ne démontre pas que les coûts de distribution ont diminué. Le coût d'exclusion comme nous l'avons déjà écrit est remplacé par un coût de prélèvement de l'impôt sur des personnes qui ne profitent pas du bien offert. Agents du fisc, surveillance des transactions par l'État, prisons et diminution du bien être de ceux qui contribuent mais ne consomment pas remplacent les barrières que les entrepreneurs privés installent pour exclure les passagers clandestins. Il faut alors démontrer que les coûts d'exclusion sont supérieurs aux coûts qu'il faut supporter pour rendre accessible gratuitement à tous le bien ou service considéré pour justifier la mise à disposition publique de ce bien.

Y -a-t-il, nous dit Goldin, une main invisible qui préside au choix entre deux systèmes de distribution - l'accès égalitaire ou l'exclusion- et qui reposent sur les coûts comparés de ces deux procédures de commercialisation des produits? Ou l'accès égalitaire bénéficie-t-il tout simplement à la majorité au dépens de la minorité?

En conclusion, l'argument des "biens collectifs" apparaît comme bien peu scientifique. Il n'existe pas des biens ou des services qui, par nature, devraient être fournis "collectivement" et même s'il en était ainsi on ne peut en déduire que "l'État" doit les fournir avec l'argent des impôts.

Ce concept de bien collectif en apparence simple et purement descriptif, recouvre en réalité un grand nombre de jugements de valeurs incompatible avec l'idée que les économistes se font de leur propre science.

1) Tout d'abord, il faut prouver que le bien collectif dont il est question est un " bien " pour tous et non pas un " mal " simultanément pour d'autres personnes. Car dans ce cas il faudrait subventionner ou dédommager ceux pour qui le bien " collectif " est un " mal ". Les économistes oublient l'aspect subjectif des services rendus par les biens.

2) S'il existe des " biens " collectifs cela ne prouve pas qu'ils doivent être fournis avec l'argent de l'impôt au lieu d'être fourni par une souscription prenant la forme d'un contrat conditionnel ou à option. Dans le second cas lorsque le bien collectif est produit, au lieu et place d'un bien privé substitut, on est certain que les individus concernés pensent en tirer un bénéfice car personne ne les forcent. En revanche, quand il est financé par l'impôt, c'est-à-dire par la coercition, on peut toujours soupçonner que la production de ce bien ne se fait pas à l'avantage de tous mais de quelques personnes. Par ailleurs on ne peut démontrer que l'argent ainsi prélevé pour fournir ce bien collectif n'aurait pas eu un meilleur usage autrement.

3) S'il existe des " biens " collectifs quel argument moral peut-on avancer pour que tout le monde dans la collectivité soit forcé de payer alors qu'une fraction de la population ne bénéficie pas de ce bien, ce qui est bien le cas des phares, des routes, de la défense nationale etc. La contrainte devrait s'exercer sur les seules personnes concernées par le bien lui-même, dans l'exemple des phares : les armateurs.

4) Enfin il existe toujours des substituts privés plus ou moins parfaits aux " biens " collectifs. Comment peut-on affirmer que le service désiré serait "mieux rendu" si la fourniture du service prenait la forme d'un " bien collectif " financé par l'impôt plutôt que d'un bien privé si d'entrée on empêche par la force l'émergence de ces biens privés : les services de police ou de justice par exemple ?

 

16.5. Une discussion: la privatisation de la défense nationale

La défense nationale est considérée, même par les adeptes d'un Etat strictement limité comme une fonction essentielle d'un gouvernement. F.Bastiat dans ses harmonies économiques écrit :

« L'essence du gouvernement est qu'il agit sur les citoyens par l'intermédiaire de la contrainte. En conséquence, il ne peut avoir d'autre fonction que la légitime défense des droits individuels. Il n'a pas d'autre autorité que celle de faire respecter la liberté et les propriétés de tous.. Au-delà je mets au défi quelqu'un d'imaginer une intervention de l'Etat qui ne soit pas une injustice…Ainsi : préserver la sécurité publique ; administrer le domaine public ( rivière, forêts, routes) prélever les impôts, ici je crois est la circonférence dans laquelle la fonction du gouvernement doit être circonscrite. »

Adam Smith reconnaît à l'Etat trois fonctions essentielles :« Premièrement le devoir de protéger la société des violences et invasion d'autres sociétés indépendantes ; deuxièmement, le devoir de protéger autant que possible, chaque membre de la société de l'injustice ou de l'oppression de chacun des autres membres ; et troisièmement, le devoir de produire certains biens publics et institutions qui ne peuvent jamais être dans l'intérêt d'aucun individu ou petit groupe d'individus, de produire parce que le profit ne peut jamais rembourser les dépenses de l'individu ou du petit groupe d'individus, bien que les bienfaits procurés à l'ensemble de la collectivité excèdent largement les dépenses encourues »

En négligeant d'autres définitions plus extensives de la sphère de l'Etat, comme celle de R. Musgrave qui définit les trois fonctions de stabilisation, d'allocation et de redistribution ne laissant aucune place libre aux mécanismes de marchés, nous remarquons la différence entre Bastiat et Smith. Smith ouvre la voie à la notion de bien « collectif» en plus de la sécurité extérieure et intérieure que tous les deux partagent et mettent en priorité. Mais laisser l'Etat produire la défense n'est pas sans contrepartie affirme G. Molinari dans son article sur la production de sécurité publié en 1849 dans le Journal des Economistes.

L'un des besoins fondamentaux des individus est la sécurité. Tout le monde s'accorde sur ce point. Si chacun, comme en tant de guerre, risque sa vie en se déplaçant d'un point à un autre ou même à son domicile, il cesse de faire toutes les activités qui le mettent en danger et qui ne sont pas essentielles à sa survie. La vie économique se contracte drastiquement. Or, fait-il remarquer le consommateur n'obtient satisfaction que si les producteurs des biens qui servent ses besoins matériels et immatériels sont soumis à la loi de la libre concurrence. En suivant ce principe écrit-il :

« La production de sécurité doit, dans l'intérêt des consommateurs de cette denrée immatérielle, demeurer soumise à la loi de la libre concurrence. D'où il résulte : Qu'aucun gouvernement ne devrait avoir le droit d'empêcher un autre gouvernement de s'établir concurremment avec lui ou d'obliger les consommateurs de sécurité de s'adresser à lui exclusivement pour cette denrée. »

Quelle est la raison de cette exception relative à la sécurité ou à la défense ? Pourquoi la production de défense est-elle soumise aux deux principes du « monopole et du communisme » ?

La réponse ne repose pas sur les idées modernes de monopole naturel ou de bien collectif mais sur le fait qu'un processus de monopolisation de la force par ceux qui ont un avantage comparatif dans la violence induit des méfaits considérables. Un individu qui détient le monopole de la force peut mettre un prix à la sécurité bien au-dessus de sa valeur, bien au -dessus du prix qu'elle aurait sous un régime de libre concurrence. Les consommateurs finiront par résister et lorsqu'ils vont vaincre et s'emparer de ce monopole au lieu de mettre en place une libre concurrence entre des producteurs privés de sécurité, ils vont chercher à l'exploiter en commun pour leur propre compte. Cette forme de production est connue sous le nom de « communisme ». La défense est nationalisée. Cette monopolisation de la force suscite un intérêt de la part de tous les groupes de pression et engendre tous les autres monopoles en contrepartie d'argent dont les gouvernants ont toujours grands besoins pour poursuivre leurs intérêts personnels. Le communisme ou la nationalisation de cette industrie engendre une société de pénurie, en matière de défense comme dans les autres domaines où les monopoles s'étendent, mais aussi une société où l'emploi de la force devient arbitraire, avec une armée mal gérée et une police vexatoire etc. Par ailleurs, elle offre la possibilité aux majorités de rencontre et aux divers clans qui gèrent cette industrie d'opprimer et de discriminer les minorités les plus diverses, ce qui serait impossible dans un régime de concurrence et d'entreprises privées. Molinari désire mettre en concurrence la défense parce que celle-ci est le meilleur moyen de protéger les minorités contre les abus du monopole de la force par ceux qui en détiennent les commandes.

G.Molinari ignore l'argument des biens collectifs ou ceux du monopole naturel. Cette ignorance n'ôte en rien l'intérêt de son argument. En effet si la sécurité n'est pas un bien collectif mais un bien privé comme un autre alors son point de vue s'impose.

Qu'est-ce que la défense?

La notion de protection militaire ou de défense « nationale » est une notion générale et abstraite. Tout le monde demande une défense et une protection de ces droits fondamentaux comme de sa propriété et/ ou copropriété ( si ces droits sont définis) à la fois contre des prédateurs agissant individuellement mais aussi contre ceux qui agissent en masse c'est-à-dire en bandes armées.

La notion de défense a le degré de généralité de la notion de loisir ou de repos. Tout le monde demande du repos et des loisirs. Les biens concrets qui constituent la défense ou la protection militaire, se composent de grillages, de système de télésurveillance, de portes blindées et fermées à clés, de coffres forts, d'armes individuelles tels les chiens d'attaque, les pistolets ou fusils d'assaut, d'abris antiatomiques, de masque à gaz etc. mais aussi de chars d'assaut, d'hélicoptères de combat, de bombes atomiques, de sous-marins nucléaires, d'avions dont l'objet est de concentrer une puissance de feu pour arrêter des bandes armées qui agissent collectivement pour s'emparer et piller un territoire donné.

Ces équipements et hommes organisés en une force que nous appelleront « Delta » offrent une certaine protection pendant une durée déterminée contre ces bandes armées. Cette force « Delta » n'est pas autre chose qu'une armée. On fait une différence fondamentale entre la protection contre des intrus qui agissent individuellement et celle contre des bandes armées (privées ou publiques) qui concentrent un pouvoir de destruction dans leurs mains, car il faut leur opposer une puissance de feu égale ou supérieure. La protection militaire consiste donc dans la constitution d'une force armée ayant la capacité de faire face à ces bandes armées. La protection contre des infiltrations civiles ou militaires, contre des attaques terroristes, prend une autre forme et concerne d'autres corps spécialisés : police, gardes frontières etc.. Ce point est non négligeable. La question essentielle est en effet de repérer cette bande armée, de la localiser et de la détruire en lui opposant une force « Delta » efficace. Les défaites militaires de la force Delta sont souvent le résultat de cette incapacité qu'elle a sur le terrain de repérer où est l'ennemi. Elle ne réside pas dans la puissance de feu en soi. En effet la concurrence des fabricants d'armes fait que les innovations se propagent plus ou moins rapidement et équilibrent les forces. En revanche, quant il s'agit d'infiltrations, la question est reportée sur le mur qui enclos le territoire que l'on cherche à protéger des intrus ou des personnes non désirés, qu'il s'agisse d'une maison, d'une entreprise, d'un quartier, d'une ville ou d'un pays. C'est une question de gardiennage et de mobilisation d'équipes de chasse proportionnées aux infiltrations.

Une fois ce point précisé, on peut faire la remarque que la protection militaire ne présente aucune des caractéristiques mentionnées dans ce chapitre pour définir un bien collectif pur. S'il est vrai que la force « delta » en détruisant la bande armée qui parcourt et pille un territoire rend un service à tous, même à ceux qui n'ont pas payé ou ne sont pas concernés présentement par cette bande qui n'a pas encore atteint le territoire où l'on habite, cela n'implique pas que le paradoxe des biens collectifs s'applique.

D'abord, elle ne concerne pas la totalité de la population mais uniquement ceux qui ont quelque chose à protéger : leur propriété terrienne : maisons ou immeubles pour les habitants, usines ou commerces pour les entrepreneurs. Les propriétaires de ces terrains sont nécessairement localisés dans l'espace et cet espace présente des caractéristiques de protection différentes. Les propriétaires concernés forment donc un petit groupe vis-à-vis des moyens de défense adaptés à la topographie de la localité où ils habitent. Par définition la possibilité d'exclure ceux qui ne paient pas la protection est aisée. La localité qui n'a pas contribuée à sa protection ne bénéficie pas du service de protection offert. Cette localité peut prendre la forme d'une ville, d'un village, d'un quartier de ville ou d'un pâté de maisons. Lorsque les hommes politiques parlent de zones de non droit ( un quartier constitué de HLM) nous avons le négatif de cette exclusion puisque des petits groupes d'habitants chassent la police, en charge de sa protection, du territoire qu'ils contrôlent. Enfin il existe des substituts à la protection militaire. On peut ne pas être propriétaire d'un terrain et mettre toute sa fortune sur un marché financier ou dans son capital humain beaucoup plus mobile qu'un terrain dont seul l'usage peut être altéré. Les Israéliens ont toujours gardé cette possibilité de mobilité en diversifiant leurs sources de revenus et en maintenant des liens étroits avec une communauté juive hors d'Israël.

Les moyens utilisés pour se protéger sont aussi très variés entre le mur grillagé et électrifié, combiné à un système de vidéo surveillance sophistiquée pour empêcher l'immigration clandestine ( celui organisé par le régime communiste pour diminuer la pression de l'émigration vers Hong Kong ) et la surveillance par satellites pour repérer les concentrations de bandes armées ou surveiller la fabrication d'armements jugés comme dangereux par des Etats bandits, il y a des différences considérables. La question fondamentale est celle posée par G. Molinari : pourquoi l'industrie de la protection devrait-elle être un monopole, et en plus une industrie nationalisée ? Les arguments du bien collectif et du monopole naturel jouent un rôle important pour justifier cette structure industrielle particulière. Nous ne reprendrons pas ici les critiques que nous avons faites au paradoxe des biens collectifs ni à celui du monopole naturel discuté dans un autre chapitre, nous voulons simplement rappeler aux lecteurs les alternatives privées à la défense nationale telles qu'elles existent, ont existé ou pourraient exister.

Milices et armées privées

Si le bien collectif concerne des petits groupes, l'entente directe et spontanée suffit à produire le bien lui-même. Plus la dimension d'un groupe est restreinte plus il est difficile pour un individu de se comporter en " cavalier seul ". Les propriétaires d'un terrain ont des voisins. Ils sont peu nombreux et souvent finissent plus ou moins par se connaître tous.

Ils peuvent être amenés à produire une protection militaire, une milice, dont les services ont une grande valeur, en coopérant entre eux. Les sanctions contre ceux qui ne participent pas cette coopération peuvent être efficaces : désapprobation ostensible, diminution des contacts, refus de collaborer avec les " free riders " etc. Il se peut aussi qu'un propriétaire, compte tenu de sa richesse, trouve rentable de construire lui-même une force Delta pour protéger sa maison et les dépendances qui vont avec mais aussi celles de ses voisins puisqu'il repousse au-delà de sa propriété la zone d'intervention de la force Delta, les dommages collatéraux seront pour ses voisins. Enfin, il ne faut pas oublier qu'une entreprise charitable ou une entreprise privée peut vouloir offrir ce service pour protéger ses propres activités. Des congrégations religieuses peuvent vouloir développer une force de protection pour assurer ses œuvres humanitaires ou son messianisme (Les chevaliers de Malte, les templiers ou chez les islamistes : El Quaïda) et une entreprise privée peut développer une force delta pour protéger ses comptoirs (la Compagnie des Indes). Enfin des mercenaires et des armées privées ont offert et offrent toujours leur service sur un marché de la sécurité au niveau national ou mondial. Corsaires autrefois, mercenaires traditionnels : les Suisses ou les affreux comme Bob Denard, Jean Schramme, dont l'activité est la protection des personnes, le conseil, la prise de pouvoir et les armées privées celles des Condottiere ou aujourd'hui Sandlin , Executive Outcome, MPRI, DSL , Kroll etc. Ces dernières ont des activités très variées : du conseil militaire à l'entraînement des forces gouvernementales ou au soutien logistique, déminage, gardiennage, renseignements ou protections contre l'espionnage industriel, soutien ou participation à des opérations militaires.

Copropriétés

Un promoteur immobilier achète tout ou partie d'un territoire avant de dire qu'il va offrir une force Delta en même temps que d'autres services individualisés ou collectifs pour sécuriser le territoire contre des attaques de bandes armées. Il aménage ce territoire et revend le terrain plus cher qu'il ne l'a acheté puisque l'ensemble des services offerts a beaucoup de valeur pour les nouveaux propriétaires. Là encore l'achat en masse des terrains peut faire monter les prix des terrains. Certains propriétaires peuvent refuser de vendre. Bien qu'il soit facile de procéder comme précédemment par souscription conditionnelle ou achat à option à un prix déterminé et mettre en concurrence plusieurs territoire entre eux pour contourner cet obstacle, cette opération n'est pas sans coût. Mais le problème est plus simple si on subdivise le territoire et on laisse la population qui vit sur ces territoires de petite taille assurer leur propre protection en créant leur propre copropriété. Ces multitudes de copropriété pourraient s'associer entre elles en passant cette fois des contrats unanimes pour défendre des zones de la taille de nations ou de continents.

En effet la question de la privatisation de la protection militaire peut se faire en réalité au sein de la copropriété. Chaque copropriétaire est tenu de payer les charges afférentes à l'entretien et à la protection des parties communes comme des propriétés elles-mêmes, même le locataire et le nomade, via des droits de passage, paieront la protection militaire et donc son financement. La protection militaire peut elle-même être offerte par des compagnies d'assurance ou de grandes entreprises spécialisées déjà dans la fourniture de services territoriaux comme le service des eaux. On devine aussi quelles technologies militaires seront demandées.

Ces copropriétés font déjà face très souvent à des invasions d'insectes ou de rats. Elles utilisent des outils de destruction massive à l'égard de ces animaux. Et vous remarquerez le problème délicat qui est posé et résolu lors de ces interventions « militaires ». Il faut des armes sélectives qui ne détruisent pas les êtres humains ou leurs animaux familiers ni la copropriété elle-même. Les armes chimiques que nous utilisons massivement contre ces animaux ou ces insectes sont telles, qu'elles réussissent l'exploit de mettre en échec les invasions de ces prédateurs ou parasites étrangers sans détruire les locataires ou les propriétaires ni leurs animaux de compagnie. La copropriété développera des technologies militaires chimiques semblables pour faire face à des invasions non désirées d'êtres humains qui viendraient en bandes armées pour piller et terroriser les habitants de la copropriété. Ces techniques peuvent même préserver la vie de ces prédateurs.

Devant d'autres menaces, plus traditionnelles, les copropriétés peuvent s'associer entre elles pour disposer d'armements plus sophistiqués et plus coûteux (dissuasion nucléaire).

Les propriétaires qui ne désirent pas le même niveau de protection ou n'en veulent pas, se tournent vers d'autres copropriétés ou demandent, si cela est possible techniquement, à ne pas être protégés militairement. De la compétition avec les pieds entre copropriétés émerge un montant optimal de protection sur un territoire donné.

Enfin, on ne doit jamais perdre de vue que la protection militaire peut être un bien pour certains mais aussi un « mal » pour d'autres. Par exemple, dans le domaine de la défense nous partons tous de l'hypothèse que tous les citoyens - ou copropriétaires - souhaitent également être défendus contre les mêmes adversaires. Mais ce n'est pas nécessairement le cas.

Et c'est en fait le point d'achoppement fondamental à une défense « nationale ». Dans certains territoires, une fraction de la population peut ne pas désirer être défendue contre une invasion par les troupes d'un pays avec lequel elle nourrit des affinités étroites (pensons aux minorités allemandes, des États d'Europe centrale, aux conflits yougoslaves du début du siècle ou de la fin de siècle). De même, il y a des citoyens qui, pour des raisons morales, idéologiques ou de principe, sont opposés à l'utilisation des armes ou de certaines d'entre elles.

En général, il existe au moins quatre parties en présence dans un conflit entre deux pays. Les deux gouvernements et les deux peuples infortunés qui vivent sous ces gouvernements. Une fraction importante des français a collaboré avec l'ennemi pendant les années 1940-1944. Ces français ne voyaient pas sans doute les occupants du même œil que les résistants. Les communistes français qui constituaient, il n'y a pas si longtemps 20 % de l'électorat français, par quelle armée voulaient-ils être vraiment défendus? Par l'armée soviétique ou par l'armée française ? Il est arrivé à un communiste français à la télévision de parler de l'armée rouge comme de « son » armée. Ce lapsus était révélateur du fait que la notion de défense nationale n'est pas nécessairement la même pour tous, car pour le communiste français le sentiment d'appartenance à un territoire comme la France ne primait pas sur son sentiment de solidarité vis-à-vis des communistes de l'ex-union soviétique.

Mais ce problème est permanent. Demain, il peut en être de même avec les musulmans intégristes, avec la communauté juive ou plus bêtement avec les Français eux-mêmes : corses, bretons, basques, niçois, clodoaldiens etc. Là encore, avec une privatisation et une compétition entre les armées et un arrangement institutionnel de copropriétés de tels problèmes disparaissent.

On remarquera immédiatement l'avantage, en matière de protection militaire, de l'arrangement institutionnel sous forme de copropriété. En effet, le territoire se trouve divisé en de multiples copropriétés. Les armées privées en compétition n'accepteront de protéger que celles qui paient le véritable prix de la protection militaire. Et ces copropriétés ont toujours le choix d'adopter une protection militaire alternative produite en autarcie. Si les habitants situés sur les routes d'invasion traditionnelle avaient pu s'adresser à des armées privées, ils auraient, forts de leur expérience passée, construit une ligne Maginot le long de cette route d'invasion, c'est-à-dire le long de la frontière belge. Ils auraient dépensé plus d'argent pour leur protection que les habitants proches de la frontière italienne. Malheureusement la protection était nationalisée et la ligne Maginot a été construite ailleurs !

L'assurance

On peut aussi imaginer que les constructeurs de forces Delta ne sont pas les propriétaires ou copropriétaires de terrains, mais leurs assureurs. Ces derniers sont intéressés directement à réduire la probabilité d'apparition des dommages causés par des bandes armées. Ils peuvent contraindre les propriétaires et copropriétaires de terrains à payer pour cette force Delta ou s'ils la construisent eux- mêmes, répercuter sur les primes d'assurance le coût de cette protection supplémentaire. En fait cette solution a été développée par H.H.Hoppe à la suite de M. et L.Tannehill . Elle fonctionne comme pour l'assurance automobile avec un agresseur et une victime.

En fait la protection est étroitement liée aux mécanismes d'assurance. Il faut distinguer l'auto protection personnelle de la protection impersonnelle, celle qui partage les risques de celle qui les diversifie. Contribuer financièrement à une mutuelle qui couvrira les risques d'une fraction de la population partageant une caractéristique commune diffèrent d'une assurance qui s'efforcera de diversifier ces risques sur un pool plus large de la population aux caractéristiques variées. Deux obstacles naissent à propos de l'assurance.

1) Il n'est pas possible de s'assurer pour des risques qui sont provoqués par l'individu lui-même ou qu'il peut éviter avec un minimum de précaution. Par exemple la couverture totale du risque par l'assureur peut inciter l'individu à ne plus prendre de précaution. Alors la probabilité d'apparition du risque s'accroît de manière insupportable pour l'assureur. ( hasard moral)

2) Les mauvais risques chassent les bons parce que l'assureur ne peut connaître avec certitude quels sont les individus dans son pool qui sont de bons risques et ceux qui sont de mauvais risques.

Ainsi chaque individu n'a-t-il pas un contrôle étroit sur la probabilité d'être attaqué ? N'a-t-il pas provoqué une attaque sur ses biens et sa personne ? Reprenons l'argumentation de H.H.Hoppe.

Il n'existe pas d'assurance inconditionnelle même pour les risques les plus élémentaires comme les accidents de voiture y compris dans les formules d'assurance tous risques. Il va de soi que seul les attaques provoquées ou induites par les victimes ne sont pas assurables. En revanche, celles qui ne sont pas provoquées par les victimes sont assurables exactement comme pour l'assurance automobile ou pour les accidents liés à des risques industriels. Chaque assureur peut avoir un critère différent pour définir la provocation mais par principe ils vont exclure chez leur client toute action d'agression ou de provocation. Une des conséquences immédiates de ce principe est que les agresseurs ne trouveront pas d'assurance pour les protéger, ils deviennent économiquement isolés et vulnérables. Toute personne qui désire une protection plus impersonnelle se trouve contrainte par l'assurance à avoir une conduite civilisée. En effet celle-ci va édicter des normes de sécurité avec une description des produits ou des contrats qu'il faut acheter pour être protégé par l'assureur. Les assureurs entre eux développent des procédures d'arbitrages pour résoudre les conflits (avec restitution ou dédommagement et inscription dans des registres communicables à autrui). En souscrivant à ces contrats d'assurance les individus sont liés à un système compétitif d'assurance qui minimise la probabilité d'agression.

Cette description élémentaire ne distingue pas différentes formes d'assurance, par exemple les assurances contre les risques industriels et celles liées aux catastrophes naturelles. Ainsi certains territoires sont plus soumis que d'autres aux risques de catastrophes naturelles. L'assureur connaît mieux que les individus eux mêmes la fréquence de ces risques pour une région donnée et il établit une prime de risques en conséquence. Il discrimine ses prix par région. Mais il ne connaît pas nécessairement le risque dans une localisation particulière de la région assurée. La prime de risque est alors la même pour la région sauf que les mauvais risques ne peuvent chasser les bons car la localisation ne peut être déplacée. On suppose ici que ces risques ne sont pas connus de la population sinon celle-ci se déplace vers des habitats moins risqués. Si maintenant on prend les risques industriels, ceux -ci sont le résultat d'actions humaines, en fait d'efforts de production. Chaque risque industriel est spécifique et ne peut être assuré en le diversifiant entre différents industriels. Il doit être assuré individuellement. Ce qui signifie que ce risque doit être diversifié sur le temps. On ne sait pas quand surviendra l'accident aussi chaque année l'industriel paie une prime de risque qui ne peut être diversifiée mais qui implique de la part de l'assureur l'accumulation de réserves suffisantes pour faire face aux dommages causés par ce risque industriel. En revanche l'assureur peut s'assurer lui-même auprès d'autres assurances pour faire face au risque de défaut de paiement (réassurance). L'assurance contre les risques d'invasions militaires se situe sans doute entre ces deux extrêmes. Par analogie avec les catastrophes naturelles les guerres ou invasions présentent une caractéristique territoriale. Les routes d'invasion en France sont connues de puis longtemps. Habiter sur la frontière belge a toujours été plus risqué que d'habiter dans le sud de la France. La différence avec les catastrophes naturelles est que la frontière est arbitraire alors qu'elle ne l'est pas avec les catastrophes naturelles. Aujourd'hui habiter près de la frontière belge est aussi sûr (du point de vue des routes d'invasions) que d'habiter auprès de la frontière espagnole. Une autre différence significative est que la catastrophe naturelle ne discrimine pas entre riches et pauvres entre jeunes et vieux, elle est aveugle. En revanche les bandes armées discriminent entre jeunes et vieux entre riches et pauvres mais aussi entre territoires riches et territoires pauvres. Ces bandes armées s'emparent de ce qui a de la valeur des champs de pétrole par exemple.

Il existe cependant des frontières non arbitraires : celles de la propriété privée. Chaque propriétaire ou copropriétaire d'un terrain a révélé qu'il attache une valeur au terrain qu'il a acheté. Ces frontières sont objectives tout en étant le résultat d'évaluations subjectives. Donc chaque propriétaire préfère une localisation sûre à une qui ne l'est pas. Il aurait pu choisir une autre localisation. Le risque est alors semblable à celui du risque industriel : spécifique au propriétaire. L'assurance contre les agressions en bandes armées ressemblera donc beaucoup plus aux risques industriels qu'aux catastrophes naturelles. L'assureur va donc discriminer les prix par propriétaire en tenant compte du fait que celui -ci émigre vers les zones sûres dont le terrain prend de la valeur et évite les zones peu sûre dont la valeur du terrain est faible.

Protection personnelle

La force Delta n'est pas le seul moyen de se protéger contre les bandes armées de brigands. En fait, il existe toujours des substituts à la protection militaire. Par exemple être invisible, ne pas susciter l'envie pour ne pas attirer les brigands pris individuellement ou en masse. Dans la même veine, on peut adopter un mode de vie où on ne détient aucune ressource sur le territoire où l'on vit. Si un conflit apparaît, on fait comme beaucoup font, on émigre vers des cieux plus cléments en emportant son baluchon et ses instruments de travail : le téléphone et l'ordinateur portable avec les numéros codés des divers comptes bancaires en Suisse ou ailleurs dont on a la propriété.

 

Questions d'Evaluation

Question 1

Un médecin français vient de découvrir un vaccin contre le SIDA. Etre vacciné contre le SIDA vous prémunit de cette maladie, le gain attendu du vaccin consiste à bénéficier de l'ensemble des revenus présent et futur que vous attendez de la vie, V. Cependant il y a un risque, µ, pour que non seulement le vaccin ne vous protège pas, mais en plus qu'il vous donne la maladie! Il faut donc déduire de V la valeur actuelle du risque pris µV en vous faisant vacciner. Il faut ajouter à ce coût le prix du vaccin, P.

Si les autres acceptent de se faire vacciner, le prix du vaccin diminue. Par ailleurs, si tous les individus sont vaccinés, ou en tout cas une grande fraction d'entre eux , et que vous ne l'êtes pas, le virus est quand même éliminé et la maladie contagieuse disparaît. Auquel cas, les autres supportent le coût µV d'être vacciné, tandis que vous vous l'économisez, tout en bénéficiant des bienfaits de la vaccination.

Nous avons :

Les autres

ƒ

1-ƒ

acceptent

refusent

Vous

acceptez

(1-µ) V-P'

(1-µ)V-P

refusez

V

0

Avec une telle structure d'interaction, il n'est nul besoin d'intervention de l'Etat.

Question 2

Imaginons que le prix offert sur un marché pour un bien privé Y excède ce que l'individu 1 est prêt à payer . En revanche, l'individu 2 en consomme une petite quantité pour un prix donné. Imaginons que 2 réussisse à convaincre 1 de financer conjointement ce bien qu'il pourra lui aussi consommer alors qu'il ne le faisait pas autrement. Il peut être possible alors pour celui qui attache le plus d'utilité à un bien privé Y qu'il se paie à un prix élevé de l'obtenir à un moindre coût en le faisant produire collectivement. Tous, 1 et 2, bénéficient de cette technique de distribution du bien privé. Comment se fait-il alors que tous les biens privés ne soient pas produits collectivement et offert gratuitement au public ? Ils ne sont pas offerts ni consommer collectivement parce que le coût d'opportunité de les offrir ainsi excède le supplément de profits saisis par 1 et 2 grâce à cette technique de production et de distribution des biens.

Question 3

Très souvent on traduit "free rider" par "passager clandestin", cette traduction est erronée.

Question 4

Les étudiants copient les livres de leurs professeurs. Pourquoi ces derniers se laissent-ils faire alors qu'ils pourraient pourchasser les étudiants qui font de telles photocopies? Pourquoi l'éditeurs n'utilisent-ils pas un papier spécial anti-photocopie? La réponse est simple les photocopies profitent aux professeurs parce que les étudiants finiront par acheter l'œuvre originale.

Question 5

Prenons une invention qui réduit les coûts de production d'un bien. La valeur d'une invention diffère alors selon que l'on est en situation de monopole sur le marché des produits ou en situation de compétition. En conséquence, l'incitation à innover devrait varier selon la structure du marché.
 

Chapitre 16

Sommaire

16.1 Le paradoxe des biens collectifs : "dilemme du prisonnier" et "cavalier seul"

16.2 Une solution traditionnelle au paradoxe des biens collectifs

16.3 Règle d'optimisation des biens collectifs

16.4 Une application : l'exemple qui n'a jamais existé

16.5 Une discussion : la privatisation de la défense nationale

Questions d'évaluation

 

Résumé

1 Une externalité négative extrême consiste à faire supporter à d'autres la totalité des coûts de son action alors que l'on est les seuls à en bénéficier. Une externalité positive extrême consiste à supporter seul les coûts d'une action alors que ce sont les autres qui en bénéficient en totalité. Un bien privé implique que celui qui supporte les coûts en bénéficie. Un bien collectif ou en accès libre implique que tous supportent les coûts et que tous en bénéficient

2 Un bien collectif est un bien qui présente des caractéristiques de non rivalité dans la consommation et d'impossibilité d'exclure des bénéfices ceux qui n'ont pas contribué

3 La production optimale d'un bien collectif se trouve au point où la somme des taux marginaux de substitution dans les préférences est juste égal à son coût marginal.

 

Lecture Conseillées

T. Cowen (ed), 1988,The Theory of Market Failure , George Mason University Press.

H. Herman Hoppe , 1989,"Fallacies of the Public Goods Theory and the Production of Security" The Journal of Libertarian Studies, Vol.IX, N° 1 (Winter)

M. Olson , 1965,The Logic of Collective Action , Harvard University Press

 

Un bien collectif est un bien qui présente des caractéristiques de non rivalité dans la consommation et d'impossibilité d'exclure des bénéfices ceux qui n'ont pas contribué.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La production optimale d'un bien collectif se trouve au point où la somme des taux marginaux de substitution dans les préférences est juste égale au coût marginal de production du bien collectif.

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