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L'art
du raisonnement
Avant
dentamer le cur de ce manuel, une incursion dans lart
du raisonnement nest pas inutile.
A
lexpérience, on saperçoit très
vite que les étudiants, et souvent leurs enseignants, sont
fâchés avec la logique et se trouvent souvent dans
lincapacité de maîtriser leurs émotions
lors dune discussion où les figures de rhétorique
abondent. Ce chapitre a pour objet dinitier les étudiants
à largumentation et de les inciter à repérer
les sophismes que les professeurs utilisent pour convaincre leur
auditoire de la validité des théories ou des arguments
quils défendent ou exposent.
Revenons
à notre discussion sur la version officielle de la méthodologie
des économistes que nous avons abordée dun précédent
chapitre. Celle-ci est caractérisée par deux idées
maîtresses :
-
lune consiste à juger comme scientifiques uniquement
les argumentations susceptibles dêtre confirmées
ou réfutées empiriquement à partir de faits
observables (les autres seront rejetées)
-
lautre revient à considérer que seuls les jugements
de faits peuvent être tranchés, alors que les jugements
de valeurs ne peuvent lêtre.
Voilà
deux fautes informelles de raisonnement ; la pétition de
principe (qui présuppose sa propre conclusion) et la fausse
dichotomie (qui repose sur lhypothèse fausse dun
nombre donné dalternatives). Ces deux erreurs de raisonnement
expliquent pourquoi les économistes prêchent un "positivisme"
quils ne pratiquent pas et une "neutralité"
dans les jugements de valeurs quils ne respectent pas.
Lécart
entre ce qui est dit et ce qui est fait provient dun canon
du discours scientifique ou dune connaissance "objective"
en sciences humaines (cest-à-dire dégagé
des jugements de valeurs) qui est idéel, cest-à-dire
qui na pas de contrepartie dans la réalité.
Ces deux propositions nappartiennent pas au discours scientifique,
mais à une réflexion sur ce qui devrait être
; la rhétorique joue alors son rôle : celui de lintimidation.
Comme
le souligne P.Feyerabend (1975), une application stricte des canons
scientifiques, tels que les économistes, à la suite
de K.Popper (1935, 1972) ou de M.Friedman (1953) les conçoivent,
aurait tué depuis longtemps les découvertes scientifiques
elles mêmes! Lart du raisonnement nous aide à
ne pas nous laisser intimider par des arguments qui nont rien
à voir avec la logique. Comme le suggère D.McCloskey
(1984),le discours scientifique se révèle être
à lobservation un simple discours rhétorique
:
"
Les faits et la logique, avec la métaphore et le récit,
constituent ce qui pourrait être la Tétrade rhétorique.
Les économistes, comme dautres experts, doivent utiliser
lensemble de la tétrade sils veulent donner un
sens à leur propos ".
Une
maîtrise de la rhétorique permet dépurer
le discours scientifique des fautes de raisonnement que les économistes
commettent en analysant un problème particulier, sans sacrifier
la richesse ou lintuition sous jacente aux théories
développées. Comme le rappelle M.Rothbard(1960), le
mot science veut dire scientia et signifie "la connaissance
correcte".
Dans
ce chapitre, nous allons délaisser les faits et le récit
(ou la théorie), qui constituent la sémantique du
discours des scientifiques, pour nous concentrer sur les instruments
du raisonnement lui-même :
1)
la logique
2)
les sophismes
3)
la métaphore
3.1
La logique
Il
ne sagit pas ici de remplacer un cours de logique, mais de
vous donner un aperçu de ce quest lart du raisonnement.
Pour cela nous nous appuierons sur le chapitre 2 de lexcellent
ouvrage du philosophe Ed Miller (1992).
Les
trois principes fondamentaux de la pensée doivent, en premier
lieu, être énoncés :
1)
la loi de la non contradiction : une chose ne peut " être
et ne pas être " en même temps et pour la même
relation.
Une
table peut être verte ou rouge à différents
moments, mais au même moment, non.
2)
la loi du milieu exclu : une chose " est ou nest pas
".Ou un argument est à " moitié vrai "
ou bien il nest pas à " moitié vrai ".
3)
la loi de lidentité : une chose " est ce quelle
est "
Une
table est une table, un argument est un argument.
Si
lon naccepte pas ces trois principes, rien de ce que
lon dit ou pense na de sens, même pas la phrase
que vous êtes en train de lire. Pour vous en convaincre, essayer
dimaginer un argument à propos dune chose si
lun de ces principes ne tient pas. Allez y, essayez, nous
dit E. Miller.
Ces
trois principes sont des axiomes de la pensée. Ils sont indémontrables
et ne peuvent être dérivés dautres principes.
Les logiciens contemporains nhésitent pas, cependant,
à développer des principes de pensée reposant
sur dautres axiomes. Cest le cas de la logique modale,
qui remet en cause le principe de contradiction, de la logique plurivalente
qui dénonce le principe du tiers exclu et, enfin, de la logique
affaiblie, qui complique le principe didentité en distinguant
la non-existence de limpossibilité de lexistence.
Le
territoire embrassé par nos trois grands principes ne recouvre
donc pas la totalité de la logique, mais demeurent néanmoins
fondamentaux pour fonder lart de raisonner dans les discussions
de tous les jours ou celles que lon observe en sciences et
en philosophie.
3.1.1
Les éléments dun argument
Un
argument est unetentative de montrer quelque chose en apportant
une évidence en sa faveur
. Plus techniquement, cest
une série de propositions qui se suivent. La proposition
que lon veut démontrer est la conclusion, et les propositions
à partir desquelles on infère la conclusion sappellent
les prémisses.
Prenons
le dialogue suivant : Brigitte
:Lavortement est immoral
Julie
:non pas du tout
Brigitte
:si, cest immoral
Julie
:quest-ce que tu connais à lavortement
?!
Brigitte
:jen connais plus que toi à ce
propos !
Julie
:Oh tu es une imbécile!
Ce
dialogue est rempli dagressivité et de sous-entendus,
mais ne contient aucun argument !
Brigitte
aurait pu dire: Cest immoral de tuer un être humain Avorter, cest tuer un être humain ___________________________ Donc lavortement est immoral.
Même
si lon est en désaccord avec ce que dit Brigitte, cette
fois elle argumente. Les deux premières propositions sont
les prémisses de largument et la dernière est
la conclusion. On distingue habituellement une prémisse majeure
(ou proposition universelle), une prémisse mineure (ou proposition
particulière), une inférence et la conclusion.
Si
les éléments dun argument peuvent ne pas respecter
cet ordre (un argument peut débuter par la conclusion), on
ne peut pas se contenter de mettre ensemble des propositions, comme
cela est fait dans lexemple suivant :
Charles
Lindberg senvole vers les Etats Unis La France protège son industrie cinématographique ____________________________________ Donc lavortement est immoral
On
doit, en effet, respecter une certaine connexion entre les propositions
; la conclusion doit correspondre aux prémisses.Cest
une inférence.
Un
argument est une tentative de montrer quelque chose en apportant
une évidence en sa faveur. Plus techniquement, c'est une
série de propositions qui se suivent. La proposition que
l'on veut démontrer est la conclusion et les propositions
à partir desquelles on infère la conclusion s'appellent
les prémisses.
3.1.2
La nature des inférences
On
distingue habituellement les inférences inductives des inférences
déductives.
Linférence
déductive
Uneinférence déductive
va du général
au particulier, comme par exemple :
Tous
les hommes politiques maximisent leur satisfaction (proposition universelle) Monsieur Dupont est un homme politique (proposition particulière) ________________________________________ (inférence) Donc, Monsieur Dupont maximise sa satisfaction
Une
inférence déductive est valide si la prémisse
assure ou garantit la conclusion : si la prémisse est vraie,
la conclusion doit lêtre aussi. Cest une nécessité
de linférence logique. En effet, il y a unerelation
dimplication
entre la prémisse et la conclusion
: une inférence déductive traite de la manière
dont une proposition est inclue dans une autre.
Toutefois,
il ne faut pas confondre cohérence dune argumentation
et vérité dun syllogisme. Une inférence
déductive est un " bon " argument si, à
la fois, elle est cohérente et les prémisses sont
vraies.
Ainsi,
on peut construire une argumentation correcte, mais où toutes
les propositions sont fausses :
Aucun
homme politique ne sait chanter J.Halliday est un homme politique ____________________________ Donc J.Halliday ne sait pas chanter
ou
créer des argumentations déductives qui peuvent être
incohérentes, mais dans lesquelles chacune des propositions
est vraie :
Tous
les présidents de la République française ont
été des hommes R.Coty était un homme ______________________________________________ Donc, R.Coty a été président de la République
française.
La
forme la plus commune de déduction est lesyllogisme
,
dont on distingue trois formes : - le syllogisme de propositions classificatoires - le syllogisme de propositions disjonctives - le syllogisme de propositions hypothétiques
Dans
unsyllogisme de propositions classificatoires
, les prémisses
et la conclusion prennent la forme de propositions qui traitent
de choses appartenant à une catégorie ou à
une classe de choses :
Tous
les X sont des Y (tous les étudiants trichent aux examens) Tous les Y sont des Z (tous les tricheurs méritent de mauvaises
notes) _______________ Donc, tous les X sont des Z (tous les étudiants méritent
de mauvaises notes)
En
réalité, il existe 4 formes de proposition de classification
:
1) Tous les X sont des Y (tous les étudiants sont des
tricheurs) 2) Aucun X nest Y (aucun étudiant nest un tricheur) 3) Quelques X sont Y (quelques étudiants sont des tricheurs) 4) Quelques X ne sont pas des Y (quelques étudiants ne sont
pas des tricheurs)
Une
façon simple de représenter les syllogismes de classification
consiste à faire appel aux diagrammes de Venn. 1) tous les X sont des Y : l'ensemble X des étudiants est
contenu dans Y, l'ensemble des tricheur
2)
aucun X n'est Y : les deux ensembles (ensemble des étudiants
et des tricheurs) sont disjoints
3) quelques X sont des Y : il existe un région (hachurée)
où l'on trouve à la fois des étudiants et des
tricheurs (quelques étudiants sont des tricheurs)
4) si quelques X ne sont pas des Y : il existe une région
où des étudiants ne trichent pas.
Pour
être cohérent, un syllogisme de classification doit
obligatoirement vérifier lesrègles dinférence
:
-
il doit contenir trois termes (X,Y,Z) qui auront le même sens
tout au long du syllogisme. - le terme présent dans la prémisse majeure, mais
absent dans la conclusion, doit faire référence à
toute la classe - si lun des termes apparaît dans la conclusion, il
doit apparaître dans lune des prémisses - les deux prémisses ne doivent pas être des négations - si lune des prémisses est négative, la conclusion
est négative - les deux prémisses ne doivent pas être universelles.
Lesyllogisme à propositions disjonctives
propose
des alternatives du type:
Ou
bien X ou bien Y (ou le chômage résulte de la hausse
des salaires ou il résulte de la chute de la demande) Pas de X (il ne résulte pas de la hausse des salaires) ____________ Donc, Y (Donc, le chômage résulte de la chute de la
demande).
Une seulerègle de cohérence
doit être
respectée dans un syllogisme à propositions disjonctives
: dans lune des prémisses se trouve la négation
de lune des propositions alternatives, alors que dans la conclusion,
on affirme lautre.
Dans
ce cas, le syllogisme suivant est incohérent :
Ou
X , ou Y (ou bien le chômage résulte de la hausse des
salaires, ou bien il résulte de la chute de la demande) X (on observe quil résulte de la hausse des salaires) ________ Donc, pas de Y (Donc, le chômage ne résulte pas de
la chute de la demande).
Enfin,
unsyllogisme à propositions hypothétiques
,
qui est la forme la plus courante de syllogisme, suppose que lune
des prémisses contient une proposition conditionnelle ou
hypothétique. De plus, il y a une proposition antécédente
et une autre conséquente.
On
fait une distinction entre le syllogisme hypothétique pur
et celui qui est mixte, cest-à-dire qui est à
la fois classificatoire et hypothétique.
Le
syllogisme hypothétique pur sécrit:
Si
X, alors Y (si vous investissez , alors votre revenu va croître) Si Y, alors Z (si votre revenu croît , alors vous pourrez
dépenser davantage) _________ Donc, si X, alors Z (Donc, si vous investissez, alors vous pourrez
dépenser plus)
Dans
ce cas, la première prémisse et la conclusion doivent
avoir le même antécédent (repéré
par " si "). La seconde prémisse et la conclusion
auront le même conséquent (repéré par
" alors "). Enfin, le conséquent de la première
prémisse est lantécédent de la seconde,
selon la règle de transitivité.
Lesyllogisme hypothétique mixte
suppose lexistence
dune prémisse conditionnelle et dune prémisse
classificatoire, telles que :
Si
X, alors Y (si la demande pour le bien X sélève,
les prix montent) On observe X (on observe que la demande sélève) _________ Donc, Y (Donc, les prix vont monter)
ou
Si
X, alors Y Pas de Y _________ Donc, pas de X
Lesrègles de cohérence
du syllogisme mixte sont
plus compliquées. Elles méritent que lon sy
arrête car la démarche scientifique repose fondamentalement
sur ce type de syllogisme.
En
revanche
,
on ne peut pas dire:
Si
X, alors Y (si la demande pour le bien X sélève,
les prix montent) on observe Y (on observe que les prix montent) _________ Donc, X (Donc, la demande sélève)
puisque
la hausse des prix peut être la conséquence dune
hausse des coûts et non dune augmentation de la demande.
On ne peut affirmer le conséquent de la prémisse classificatoire.
On
ne peut pas, non plus, dire :
Si
X, alors Y (si la demande pour le bien X sélève,
les prix montent) Pas de X (on nobserve pas que la demande sélève) _________ Donc, pas de Y
Donc les prix ne vont pas monter puisque la hausse des prix peut
résulter dautre chose que dune hausse de la demande.
Cest commettre une faute de raisonnement qui consiste à
nier lantécédent.
Un
syllogisme est cohérent lorsque : 1) la prémisse classificatoire affirme l'antécédent
de la proposition conditionnelle et la conclusion affirme le conséquent. 2) la prémisse classificatoire nie le conséquent de
la proposition conditionnelle, alors la conclusion nie l'antécédent.
Dans tous les autres cas, il y a une faute de raisonnement.
Linférence
inductive
Contrairement
à linférence déductive, uneinférence
inductive
va du particulier au général, elle généralise
à partir de faits particuliers et danalogies.
Cas
1 de A, on observe X Dupond maximise son utilité Cas 2 de A, on observe X Durand maximise son utilité Cas 3 de A, on observe X Haddock maximise son utilité ........ Cas A Tous sont des hommes politiques __________________ Donc, tous les A sont X. Tous les hommes politiques maximisent leur
utilité
Il est amusant de constater, comme le fait remarquer E. Miller,
que le raisonnement de Sherlock Holmes est connu et apprécié
pour son pouvoir de déduction, alors quen fait il repose
entièrement sur linduction. A partir de faits particuliers,
danalogies, de relations entre les faits (ces éléments
deviendront des évidences pour notre détective) et
un fil directeur, il déduit une conclusion...
Dans
linduction, la prémisse suggère la conclusion.
Si elle est vraie, la conclusion le sera probablement. Ce que lon espère donc est la vérité
des prémisses et une certaine probabilité des conclusions.
Toutefois, des erreurs de raisonnement peuvent être commises
: on peut fonder ses conclusions sur un nombre insuffisant dobservations
ou de prémisses, ne pas tirer une conclusion aussi forte
que le suggère les évidences ou, au contraire, négliger
des faits qui modifierait totalement la conclusion.
Prenons
quelques exemples :
Ce
cygne est blanc Celui là aussi Tous les cygnes que lon connaît sont blancs On na jamais entendu parlé de cygnes qui nétaient
pas blanc _______________________ Donc, tous les cygnes sont blancs
Cette conclusion est certainement raisonnable et fort probable ;
il serait donc absurde de la rejeter... pourtant elle est fausse.
En effet, il suffit dobserver un cygne noir pour la contredire.
Cependant, compte tenu du coût dacquisition et du caractère
limité de lobservation, on nest jamais certain
quil nexiste pas de cygne noir. Ainsi, linduction ne permet pas dapporter une preuve
de ce que lon avance, mais elle peut y apporter une réfutation
par lexistence de contre exemples ! Linduction est, cependant, paradoxale ; on doit utiliser un
syllogisme pour passer des prémisses mineures ou des propositions
particulières à la généralisation. Prenons lexemple du soleil. Depuis que vous êtes né,
vous avez vu le soleil se lever le matin... Vous en concluez que
le soleil se lèvera demain, comme il la fait quotidiennement
jusquici. Cette induction peut sécrire de la
façon suivante :
Ce
que le soleil a fait dans le passé, il le fera dans le futur. Depuis toujours on observe que le soleil se lève le matin. ________________________________________ Donc le soleil continuera à se lever le matin dans le futur.
Ainsi,
la prémisse majeure (ce qui est arrivé dans le passé
se répétera dans le futur) suppose une régularité,
une uniformité ou une répétition des événements
observés. Or, on ne peut passer de la prémisse mineure
à la prémisse majeure ; tous les faits observés,
même les plus réguliers ou les plus uniformes, ne peuvent
servir de preuve pour établir la véracité de
la prémisse majeure. Une difficulté identique est observable avec les analyses
statistiques et économétriques.
Pour
preuve cet exemple :
On
a observé que les prix des actions sur un marché boursier
suivent une marche aléatoire (prémisse mineure) Toute loi statistique découverte dans le passé sera
aussi observée dans le futur (prémisse majeure) _______________________________________________ Donc les prix futurs que lon observera sur les marchés
boursiers suivront une marche aléatoire.
En réalité, lanalyse statistique des données
passées napporte aucune évidence ou preuve permettant
de justifier une régularité de cette loi statistique
(marche aléatoire des prix sur les marchés boursiers)
dans le futur. En se reportant à ce que nous avons dit sur
limpossibilité de prédiction en théorie
économique, nous savons que si les prix reflètent
déjà toute linformation disponible et ce que
lon peut prévoir, alors la variation des prix ne peut
représenter que ce qui est imprévisible ! Puisque
ce qui est imprévisible suit une marche aléatoire,
les séries temporelles des variations de prix suivent à
chaque instant du temps des processus aléatoires. Lobservation
régulière de ceux-ci sur les marchés boursiers
résulte non de lobservation passée de cette
loi statistique, mais de la théorie économique de
limpossibilité de prédiction sur les marchés
financiers.
Le
raisonnement inductif présuppose une régularité,
une uniformité ou une répétition des événements
observés. Or, on ne peut passer de la prémisse mineure
à la prémisse majeure. Tous les faits observables
même les plus réguliers ou les plus uniformes ne peuvent
servir de preuve pour établir la véracité de
la prémisse majeure.
On
classe les sophismes en trois groupes distincts :
-
les sophismes inductifs - les sophismes informels de pertinence - les sophismes d'ambiguïté
3.2
Les sophismes
Nous
avons déjà rencontré des fautes de raisonnement
; le non respect de la cohérence des syllogismes est un exemple
dune faute formelle. Les sophismes sontdes fautes informelles
de raisonnement
qui proviennent souvent de labsence de
clarté du langage ou de pertinence des idées par rapport
à largumentation et la discussion.
Ces
sophismes ont souvent une apparence logique, mais sont conçus,
intentionnellement ou non, pour induire en erreur. Les scientifiques,
les journalistes, les hommes politiques, les artistes, les critiques,
qui saffrontent dans les débats didées,
usent abondamment de ces figures de rhétorique. Il faut donc
les connaître pour ne pas en être victime et pour, à
votre tour, piéger vos adversaires !
3.2.1
Les sophismes inductifs
Les
sophismes inductifs apparaissent quand celui qui argumente fonde
ses conclusions sur un nombre insuffisant dobservations ou
de prémisses, lorsquil ne tire pas une conclusion aussi
forte que le suggèrent les évidences ou, au contraire,
quand il néglige des faits qui modifieraient totalement la
conclusion.
Secundum
quid
Cest
le principe de lagénéralisation hâtive
. Vous avez vécu une ou deux expériences malheureuses
avec vos professeurs déconomie. Vous les avez jugés
incompétents et cela vous suffit pour porter un jugement
général sur lensemble des économistes
universitaires ! Lentreprise de M.Dupont a expérimenté avec succès
la semaine des 25 heures sans baisse de salaire. Ce qui marche pour
une ou deux entreprises devrait fonctionner pour toutes les entreprises
; proposons un programme politique réduisant le temps de
travail !
Dicto
simpliciter
Lerefus des exceptions
est une variante de la généralisation
hâtive. Ce comportement se produit à chaque fois que lon suppose
quun cas particulier doit nécessairement se conformer
au cas général, alors que la règle générale
nest quune induction ou une généralisation
grossière établie à partir de cas spécifiques. Vous êtes considéré comme " riche "
parce que vous gagnez plus de 50000Frs par mois... toutefois, lobservateur
na pas tenu compte du fait que vous avez 7 personnes à
charge !
Laccident
Laccident
consiste àappliquer une règle générale
à un cas particulier
pour lequel des conditions accidentelles
en font une exception à la règle. Celaconsiste
également à inférer, à partir de situations
exceptionnelles, une règle générale.
Un pédophile tue avec une arme de poing plusieurs enfants
dans une école et se suicide après. Les armes de poing
sont dangereuses et tuent, il faut donc interdire la détention
comme le port d'armes par les particuliers. D'un accident, on passe
à une interdiction générale du port des armes
laissant les individus à la merci des gens d'armes ou des
gangsters ou d'un Etat policier ou criminel. En temps normal, vous croyez en un certain nombre de valeurs et
de règles de vie. Mais si vous étiez rescapé
dun naufrage, réfugié sur une île déserte
en possession dune arme et de très peu de nourriture,
larrivée dun second rescapé, chef terroriste
international connu et recherché par toutes les polices du
monde pour le meurtre dun grand nombre dinnocents, et
dont larrivée met votre vie en danger. Compte tenu
de la rareté de leau douce sur cette île, êtes-vous
prêt à respecter son intégrité personnelle
? Il vous apprendra, par la suite, que vous êtes son demi-frère.
Mais, tout cela na aucune chance de vous arriver. Laccident est un sophisme que lon utilise aussi pour
vous inciter à sacrifier votre vie (ou votre argent) dans
des situations exceptionnelles et que lon généraliserait
à la vie de tous les jours. Est-ce que lon doit par
exemple risquer sa vie pour sauver une personne qui :a) se noie,
b) est entourée de flammes, c) est suspendue au dessus du
vide accrochée à la force de ses doigts à une
fenêtre dun appartement situé au 12 e étage
dun immeuble, d) ou meurt de faim sur le trottoir?
Si
vous répondez oui et que vous généralisez cette
conduite à la vie de tous les jours, nous dit Ayn Rand, vous
devez accepter les conséquences de cette attitude et reconnaître
que :
1)
ou bien vous avez peu destime pour vous-même ou bien
vous êtes irrationnel puisque : a) vous jugez que votre vie
à moins de valeur que celle que vous cherchez à sauver,
ou b) si votre vie vaut plus que celle de la personne que vous cherchez
à sauver, en risquant votre vie, vous sacrifiez quelque chose
qui a plus de valeur en faveur dune autre qui en a moins,
2)
vous avez peu de respect pour les autres puisque vous les considérez
comme des gens quil faudrait aider systématiquement
dès quils sont dans le malheur,
3)
vous avez une vision de lexistence humaine particulièrement
pessimiste puisque le monde pour vous nest fait que de malheurs,
de catastrophes, de famines et de situations exceptionnellement
dangereuses,
4)
enfin cette morale du sacrifice de soi pour les autres est impuissante
à résoudre le dilemme que vous allez rencontrer quand
il faudra choisir entre deux personnes qui se noient celle que vous
devez sauver.
A.
Rand souligne avec à propos que le code moral qui guide le
comportement dun individu dans des circonstances exceptionnelles
nest daucune utilité pour guider lindividu
dans les circonstances ordinaires de la vie en société.
Les philosophes qui prétendent le contraire commettent une
faute de raisonnement qui nest pas autre chose que le sophisme
de laccident.
Les
statistiques ex post facto.
Souvent,
onrejette le hasard
comme mode dexplication. En effet,
à chaque fois quun événement très
improbable arrive, on imagine une cause cachée. Lémergence de lhomme sur Terre est très
improbable... La cause cachée de cet événement
est lintervention de Dieu. De même, lexplication de lapparition du capitalisme
-pourtant très improbable- en Angleterre au 18ème
siècle. Pourquoi dailleurs en Angleterre et pas en
Chine, dont le degré de civilisation semblait largement supérieur
à celui des européens? Les historiens avancent le
rôle de la compétition existant entre les états
occidentaux, contrairement à la situation impériale
et centralisée de la Chine de lépoque (hypothèse
de J. Baechler (1971)). Les économistes participent eux aussi à cette mystique
de la cause cachée. Selon eux, la croissance est la conséquence
des investissements en capital humain ou le fruit dinstitutions
favorisant le marché et les droits de propriété
ou encore le résultat de la mystérieuse propriété
des rendements croissants dans les fonctions de production.
La
fausse analogie
Nous
avons déjà discuté de cette faiblesse de linduction.
La fausse analogie amène à une généralisation
hâtive. Lempire égyptien a disparu, de même que lempire
Inca, lempire romain, lempire anglais, lempire
français, lempire soviétique... Comme le capitalisme
est une forme dimpérialisme, il est donc amené,
lui aussi, à disparaître. Les individus exposant ce
type dargument oublient, cependant, que le capitalisme nest
pas un impérialisme, puisquil ne repose pas, contrairement
à celui-ci, sur la violence armée, mais sur léchange
volontaire.
3.2.2
Les sophismes de pertinence
Argumentum
ad Baculum
Dans
ce cas, onutilise la force ou la pression
comme moyen de
persuasion. Le conformisme et la " pensée unique "
résultent de ces procédures dintimidation. Lorsquun professeur déconomie, qui ne souffre
pas dêtre contredit, affirme que si la demande augmente,
les prix montent, létudiant qui souhaite réussir
son examen a tout intérêt à se persuader de
la validité de cette relation. De la même façon,
les étudiants se persuaderont, comme leur a démontré
un autre de leur professeur, que le capitalisme sauvage entraîne
la pauvreté. Les étudiants qui, au nom de la réussite
aux examens, anticipent quil vaut mieux répéter
ce que dit le professeur, entrent dans le jeu de largument
de persuasion par la force. Cest aussi de cette manière
quils perdent tout esprit critique. Ce faisant, ils commettent
une faute de raisonnement (au niveau de linduction) par une
généralisation hâtive ; ils anticipent que "
ne pas être de lavis de son professeur " signifie
perdre des points à lexamen.
Argumentum
ad hominem
Cest
lattaque directe
. Lorsque vous êtes impuissant
à contrer largument de votre adversaire, attaquez le,
en usant de ce type dargument : soit vous insistez sur le
fait que votre adversaire a un intérêt matériel
à soutenir un tel argument soit vous soulignez un trait de
sa personnalité qui ne le rend pas crédible. Dans le premier cas, largument est ad hominem, car il ne discute
pas le fond du problème, mais cherche à faire état
dun lien matériel entre celui qui argumente et les
idées quil soutient. Lorsquun chef dentreprise,
patron dune grande firme dautomobile, défend
le protectionnisme, vous tuez immédiatement son argument
en lui rétorquant quil est le patron de la firme qui
souffre le plus de la compétition des Japonais! Votre interlocuteur
est disqualifié. Dune part, ce sophisme présuppose une théorie
de la formation des idées : les idées développées
ne seraient pas indépendantes de la position sociale et /ou
des intérêts privés de celui qui les avance,
dautre part même sil en était ainsi, il
présuppose que la fausseté ou la vérité
dune idée ou dun argument se juge en référence
à la position sociale ou aux intérêts privés
de ceux qui les émettent et non pas en fonction de la cohérence
et de la validité sémantique de celui-ci. Cest
lepolylogisme
. Les économistes marxistes, racistes
et aujourdhui les économistes féministes en
sont les principaux tenants en sciences humaines.
"Léconomie
politique, en effet, est une science sociale et se fonde -que les
théoriciens sen rendent compte ou non- sur une certaine
conception de la nature de la société ainsi que des
lois de son développement. Autrement dit : toute théorie
économique repose sur certaines prémisses de caractère
sociologique à partir desquelles on envisage le coté
économique de la vie sociale "
N. Boukharine
(1919)
Les
prémisses de caractère sociologique à partir
desquelles on envisage la théorie économique seraient
ou bien la classe sociale, la race ou le sexe. Une seconde version de ce type dargument consiste à
accuser son adversaire dingratitude et de traîtrise
lorsque celui-ci critique linstitution pour laquelle il travaille.
On peut également utiliser ce type dargument en sens
contraire ; lorsque votre adversaire soutient un point de vue en
faveur de linstitution qui le forme ou le nourrit, vous pouvez
laccuser de partialité. Largument ad hominem est efficace, puisque les individus mettent
toujours du temps à comprendre que la fausseté ou
la véracité dune argumentation est indépendante
de la situation professionnelle, sociale ou du sexe de celui qui
lavance... Toutefois, il peut se transformer en coups bas,
lorsque les attaques ne reposent sur aucune relation entre les idées
et les intérêts privés de son adversaire ("vous
voulez mettre la sécurité sociale en concurrence et
la privatiser, comme le dictateur Pinochet au Chili (où lexpérience
a réussi) ? ", " comment pouvez vous prendre au
sérieux Léonard de Vinci ou John Maynard Keynes, alors
quils étaient homosexuels ? ". Même si Léonard
de Vinci ou J.M.Keynes n'étaient pas homosexuels, vous ne
pouvez pas apporter la preuve du contraire.
Argumentum
ad ignorantiam
En
utilisant ce type dargument, on affirme la véracité
dune opinion par le fait que lon ne peut démontrer
quelle est fausse. Cest une variante dune fausse
dichotomie : ou les faits supportent largument ou celui-ci
est faux. Mais largument peut être vrai même si
les faits ne permettent pas de conclure dans un sens ou dans un
autre. Enabsence de preuves
, on suspend son jugement. Malgré les dépenses faramineuses et le travail des
équipes de recherche pour démontrer que les fantômes
nexistaient pas, rien ne la prouvé... Les fantômes
existent donc ! De la même façon, personne na
prouvé que Dieu existe, donc Il nexiste pas... mais
personne na non plus prouvé que Dieu nexistait
pas, donc Il existe ! Dans cette question de lexistence de
Dieu lagnostique cherche à sévader de
la dichotomie. Il ne sagit pas dune troisième
position. La position de lagnostique est souvent présentée
comme suit : " personne ne peut prouver que Dieu existe, personne
ne peut prouver que Dieu nexiste pas. En conséquence
lathéisme est un acte de foi comme peut lêtre
le théisme ". Lagnostique traite de manière
égale la demande de lathée de fonder lexistence
de Dieu sur la raison, et laffirmation de lexistence
de Dieu du théiste fondée sur sa foi ou ses sentiments. Mais il est impossible de prouver un négatif et totalement
irrationnel de lexiger. En effet prouver un négatif
signifie prouver la non existence de quelque chose pour lequel aucune
évidence de quelque sorte que ce soit existe! Cest
le principe du tiers exclu que nous utilisons ici pour réfuter
la position de lagnostique.
Argumentum
ad populum ou ad numeram
Un
argument serait bon parce que tous les gens le pensent ainsi, cest
lappel à lopinion publique
, aux croyances
populaires, qui reposeraient sur un fond de vérité.
Puisquun grand nombre dindividus pense une chose, celle-ci
ne peut être fausse, car si on peut tromper une personne,
on ne peut pas tromper tout le monde ! Malheureusement (ou heureusement), la vérité dune
proposition ne dépend pas du nombre de gens qui la soutient...
sinon la terre serait toujours plate !
Argumentum
ad misericordiam, ad odium
En
usant de ce type dargument, on fait appel cette fois à
la pitié, à la sympathie ou à la haine pour
faire passer une opinion. En dautres termes, lémotion
va envahir la raison. Ceux qui sont pour la dissémination de larme nucléaire
se verront rétorquer quils devraient étudier
dun peu plus près les effets dévastateurs de
cette bombe ; elle peut rendre aveugle si on la regarde, la boule
de feu engendre une onde de choc qui se déplace à
une vitesse supersonique, le souffle détruit tout sur son
passage. Elle émet également un rayonnement électromagnétique,
composé de rayons gamma et dun flux de neutrons, qui
brûle et détruit lorganisme humain. La présentation
dun film expliquant les conséquences terrifiantes de
cette bombe suffira à convaincre le public. Mais, la question
nest pas là, il sagit de savoir si la dissémination
préserve ou non la paix.
Les
individus qui se prononcent en faveur de la libéralisation
du commerce de la drogue devraient (toujours selon leurs opposants)
se rendre compte, sur le terrain, des effets néfastes de
ces produits sur leurs enfants et de la déchéance
humaine des drogués. Un film sera, là aussi, le bienvenu.
Mais la question posée par le débat est de savoir
si les effets néfastes et la déchéance observés
ne sont pas le produit de linterdiction elle-même.
Argumentum
ad verecundiam
Cest
largument dautorité
. Souvent, il sagit
de faire appel à une autorité scientifique qualifiée
ou de jouir soi-même dune certaine notoriété
dans un domaine, pour faire autorité dans un autre. Ainsi on pourrait dire :" A. Jacquard,
un grand spécialiste de la structure génétique
des populations, nous donne avec son livre " Jaccuse
léconomie triomphante ", paru chez Calman Levy
en 1995, une formidable leçon déconomie politique
en démontant la pseudo science des ayatollahs de léconomie
" !
En fait, dans la cinquième de couverture de louvrage,
dont on sait quen général elle est rédigée
par lauteur lui-même, on lit : " Le scientifique
Jacquard démonte la pseudo science des ayatollahs de léconomie
".
Il
nexiste pas de label qui protège les économistes
contre ceux qui font de léconomie sans lavoir
maîtrisée... contrairement aux médecins ou aux
juristes qui peuvent interdire à dautres lexercice
de leur profession sils nont pas obtenu les diplômes
validant leur connaissance et leur compétence dans ce domaine,
sous le prétexte que ces gens pourraient commettre des fautes
entraînant de graves dommages à ceux quils soignent
ou quils conseillent.
Petitio
Principii
Cet
argument est utilisé quand la conclusion est déjà
implicitement contenue dans la prémisse : cest leraisonnement
circulaire
. Etudions la conversation suivante : " La redistribution des
revenus est une bonne chose - pourquoi pensez-vous cela ? - parce
que tous les bons économistes laffirment - mais pourquoi
les considérez vous comme de bons économistes ? -
parce quils sont pour la redistribution des revenus ! ". Toutefois, il ne faut pas confondre le raisonnement circulaire avec
un enchaînement de causes. Le raisonnement suivant est, par
exemple, parfaitement correct : " Les prix montent parce que
les salaires augmentent - Les salaires augmentent parce que les
prix montent ".
Non
causa pro causa ou post hoc ergo propter hoc
Ce
sont lesfausses causes
. Elles consistent à confondre
leffet avec la cause ou à identifier X comme cause
de Y parce que lélément X est placé avant
Y. " La balance des paiements est en déficit. Le gouvernement
pratique une déflation qui réduit le revenu et augmente
le chômage. Peu de temps après, la balance des paiements
devient excédentaire. Cette politique de déflation
est donc efficace. " Ne nous laissons pas abuser, une dévaluation
et ladoption dun système de changes flottants
sont des moyens alternatifs pour réduire le déficit
sans impliquer de déflation ni de chômage !
Plurium
Interrogationum.
Cest
le principe de laquestion complexe
. Elle ferme largument
en posant une question sur la base dune réponse à
une question préalable et, en général, masquée. A la question " Avez -vous arrêté de battre votre
enfant? " Si vous dîtes non, cest que vous continuez
à le faire, si vous répondez par laffirmative,
cest queffectivement vous le battiez ! Ceci peut être une plaisanterie, mais prenez largument
que vous opposerez au PDG de Peugeot lors dun prochain débat
à la télévision : "Est-ce que la pollution
dans les villes, qui entraîne de nombreux morts chaque année
et dont vous êtes à lorigine avec votre parc
automobile diesel, accroît ou diminue vos profits?"
3.2.3
Les sophismes dambiguïté
Le
concept volé
Lexemple
le plus connu de ce type de sophisme dambiguïté
est la phrase célèbre de Proudhon : " la propriété
cest le vol ". En effet le mot vol ne peut prendre de
signification que si le concept de propriété a été
défini. Voler signifie justement prendre la propriété
de quelquun sans son consentement. Là où il
ny a pas de propriété, il ne peut y avoir de
vol. Il y a ici une contradiction interne. Utiliser le mot vol en
niant le concept de propriété revient à utiliser
un concept- la notion de vol- tandis que lon ignore ou nie
la validité du concept sur lequel il est fondé-la
notion de propriété-. Cet acte intellectuel sappelle
un vol de concept. Ce sophisme est plus fréquent que vous
ne le pensez.
La
fausse dichotomie
Les
prémisses de l'argument sont fausses.Ainsi ou vous êtes
avec nous ou vous êtes contre nous, vous n'êtes pas
avec nous, vous êtes donc contre nous. La première
prémisse est fausse. Il peut exister une troisième
option. Ou vous êtes socialiste ou vous êtes de droite,
vous êtes de droite, donc vous n'êtes pas socialiste.Mais
vous pouvez être un libéral. On rencontre aussi ce
genre d'argument à propos de la méthode scientifique.
Ou vous testez vos théories et vous êtes scientifique
ou vous ne les tester pas et vous n'êtes pas un scientifique.
Vous ne testez pas vos théories donc vous n'êtes pas
un scientifique. Nombreux sont les économistes qui se font
piéger par ce sophisme. La prémisse qui est fausse
est celle qui prétend identifier le travail scientifique
avec une méthodologie particulière : le positivisme.
Léquivoque
Cest
ce qui arrive lorsquun mot ou une expressionchange de
sens
au cours de largument.
Prenons
deux exemples : Le bonheur est la fin de la vie La fin de la vie est la mort __________________ Donc, le bonheur est la mort La moitié dun pain est mieux que rien Rien nest pas mieux que la santé __________________________ Donc, la moitié dun pain est mieux que la santé
Lamphibologie
Il
sagit souvent dune phrase àdouble sens
ou imparfaitement construite. Dans le petit Larousse, lexemple suivant est présenté
: " Je porte des bonbons à mes enfants qui sont dans
la poche de mon vêtement " Qui est dans ma poche : les
enfants ou les bonbons ?
Laccent
mal placé, le rythme, lallitération, la rime
Mettre
laccent sur lun des mots
de la phrase plutôt
que sur un autre peut en changer le sens. Par exemple : " Allumez votre cigarette " (sans accent) : cest
une instruction " Allumez votre cigarette " : au lieu dallumer la
lampe " Allumez votre cigarette " : au lieu dallumer celle
de votre voisin " Allumez votre cigarette " : au lieu de la mettre dans
votre oreille De la même façon, enrythmant la phrase
ou en
ajoutantune rime
, on obtient des slogans : " Boire ou conduire, il faut choisir " " Des crédits pour lécole, pas pour les
monopoles " " Défense nationale, dépense nationale, démence
nationale "
La
Composition
Dans
la composition, ce qui vaut pourles parties
dun tout
vaut pourle tout
. Si chaque joueur est bon, alors léquipe est bonne.
Or, les Barbarians, qui comptent dans leurs rangs les meilleurs
joueurs de rugby (en individuel) se font battre régulièrement
par les équipes nationales. Les économistes aiment beaucoup les paradoxes auxquels conduit
ce type de sophisme. Prenons un ensemble dindividus qui regardent
passer le défilé du 14 juillet. Si lun dentre
eux se met sur la pointe des deux pieds pour mieux voir et que personne
ne limite, il profitera effectivement mieux du spectacle.
Mais si tous agissent de la même façon, personne ne
verra mieux quavant et ils seront dautant plus fatigués.
De la même façon, les nouveaux étudiants qui
observent les revenus importants de leurs aînés spécialisés
en finance, se précipitent dans cette filière, mais
une fois leurs études terminées, ils se retrouvent
avec un niveau de vie peu différent de celui de ceux qui
nont pas suivi cette voie. En réalité, ces deux paradoxes résultent fondamentalement
dun défaut de coordination. Il nest pas difficile,
en effet, de construire des estrades ou de vendre des périscopes
pour permettre à chaque individu de voir le défilé.
Dautre part, linstauration dune sélection
à lentrée de la filière finance mettra
en échec le paradoxe des étudiants Les Keynésiens des années 1968 ont utilisé
abusivement ce paradoxe dans leurs manuels de cours sous le nom
de "paradoxe de lépargne ". Imaginons que
les individus désirent tous accroître leur épargne
; ils restreindront donc leur consommation présente. Mais
si le revenu de lensemble de la collectivité est déterminé
par la consommation et linvestissement de tous, la chute de
la consommation réduit ce revenu, ce qui diminue le montant
total de lépargne. Il est clair que ce paradoxe ne
tient que parce quune hypothèse sous-jacente nest
pas mentionnée : la hausse de lépargne nest
pas compensée par une hausse de linvestissement, lépargne
et linvestissement seraient, dans ce schéma, insensibles
aux prix, cest-à-dire au taux dintérêt,
dont le rôle est justement de coordonner lensemble des
comportements individuels pour éviter ce paradoxe !
La
division
La
division est lopposé du sophisme de composition :on
attribue aux parties les caractéristiques du tout
. Léquipe est bonne, donc chaque joueur de cette équipe
est un bon élément. Nous navons pas épuisé tous les sophismes, ni
évoqué le rôle extrêmement important de
lironie
dans largumentation. Toutefois, cette
liste constitue un échantillon représentatif des fautes
de raisonnement que lon trouve dans la plupart des discussions
publiques, à la télévision ou ailleurs, y compris
celles faites par des experts scientifiques ! Repérez-les et dévoilez-les publiquement pour les
dominer et éviter ainsi les pièges rhétoriques
de vos contradicteurs. Mais ne vous privez pas non plus de les utiliser
pour déstabiliser vos adversaires !
3.3
Application : la rhétorique dans le débat sur le tabagisme.
Pour
illustrer cette discussion sur les figures de rhétorique,
examinons les arguments traditionnellement avancés au cours
dun débat sur la lutte antitabac. Celui-ci est intéressant
en soi, car il peut se généraliser à toutes
les industries susceptibles de vendre des produits nocif pour la
santé. Supposons que vous émettiez quelques réserves sur
le bien-fondé de la lutte antitabac. Vos adversaires, convaincus
de la nocivité du tabac, vous opposerons un certain nombre
darguments et figures de rhétorique, comme par exemple
:
1)
Le tabagisme est une épidémie.
Etablir que les maladies cardiaques ou les cancers du poumon ont
pour cause la consommation de tabac est une chose, en arriver à
développer une fausse analogie entre cette consommation et
une épidémie, cest-à-dire une maladie
qui se propage comme un virus, constitue une faute de raisonnement
volontaire et non scientifique de la part des médecins qui
lavancent. En associant systématiquement la consommation de tabac à
une épidémie, les tenants de cette opinion pourrons
faire adopter plus facilement les mesures politiques correspondantes
: cordon sanitaire, quarantaine (isolement des fumeurs et apartheid),
désinfection (désintoxication, patch...), prévention
(campagne de propagande antitabac, interdiction de la publicité
pour le tabac, filtre, produits de tabac édulcorés)...
en attendant la mise en place dun vaccin obligatoire qui empêcherait
les gens de fumer ! En réalité, le tabac n'est pas un virus, mais un produit
dont on suspecte la dangerosité, au même titre que
d'autres produits. Le tabac n'est pas une maladie, ni un vecteur
d'épidémie, mais une consommation, un comportement
volontaire des individus fumeurs.
2)
Le tabac est une drogue.
La reconnaissance de laccoutumance des fumeurs au tabac, puis
lassimilation aux drogues dures, constituent les deux éléments
de la dernière figure de rhétorique en date, utilisée
aux Etats Unis et en France, pour traiter de la nocivité
de la cigarette. De ce fait, il faut interdire la consommation de
tabac ! Ce raisonnement équivoque est erroné à deux
niveaux. Dun part, le phénomène d'accoutumance
n'est pas, en soi, une caractéristique essentielle justifiant
lassimilation du tabac à une drogue. Conduire une voiture
présente aussi des phénomènes d'accoutumance,
faut-il donc introduire cette activité dans la liste des
drogues dures, d'autant plus que la mortalité par accidents
de la route excède celle par consommation de drogue ? Dautre
part, beaucoup de produit sont jugés dangereux (cest
le cas du poison) et ne présentent pas de phénomènes
d'accoutumance, puisque leur utilisateur décède aux
premières doses ! En réalité, si le tabac présente, peut-être,
un phénomène d'accoutumance, ce n'est certainement
pas un poison (on ne meurt pas après avoir consommé
une cigarette), ni une drogue (les fumeurs ne confondent pas la
fenêtre de leur bureau au 18ème étage avec la
porte de pallier ou leur secrétaire avec un "squonk",
ils ne meurent pas non plus d'overdose).
3)
Vous défendez lindustrie du tabac car vous êtes
payé par elle
Ce
type dargument est fait pour discréditer toute tentative
de critique des chiffres présentés dans les débats,
en faisant croire que la valeur de votre argument est liée
à vos intérêts personnels. C'est une attaque
ad hominem. Vous pouvez aisément contrecarrer largument, en utilisant
vous-même de cette figure de rhétorique : lorsque lon
est payé par des organismes qui financent vos recherches
(l'ARC, la Sécurité Sociale ou le ministère
de la santé publique) ou lorsque l'on travaille pour eux,
l'objectivité de celui en charge de calculer la mortalité
attribuable au tabac ou de celui qui prône les campagnes antitabac
peut être, elle aussi, remise en cause ! Plus sérieusement,
un argument se juge sur sa valeur scientifique et non sur son mode
de financement.
4)
Venez voir les malades atteints d'un cancer du poumon en phase terminale,
vous serez édifié de la nocivité du tabac
Cet argument est souvent avancé pour dissuader les fumeurs
de fumer et les automobilistes de conduire. Cest largumentum
ad odium
, qui revient à traiter les êtres humains
comme des animaux quil faut dresser (pour empêcher les
jeunes chiens de faire des dégâts dans le salon de
leur maître, on leur met le nez dedans !). Il faudrait emmener
les fumeurs dans les hôpitaux et les faire séjourner
dans un service où les malades meurent de cancer du poumon,
pour qu'ils se rendent compte de ce qu'ils risquent. Mais, ce n'est pas un argument scientifique puisque, non seulement
des non-fumeurs peuvent être atteints de cette maladie, mais
aussi parce que beaucoup de fumeurs (94 sur 100) ne meurent pas
dun cancer.
5)
Cela fait 40 ans que les épidémiologues travaillent
sur ce sujet, vous pensez bien qu'ils ont tenu compte de vos critiques
à propos de la clause du " toutes choses égales
d'ailleurs " pour mesurer correctement limpact du tabac
sur la santé.
C'est unargument d'autorité
, qui est, de plus, erroné,
puisque les épidémiologues en question, Doll et Peto,
qui ont découvert la relation statistique entre consommation
de tabac et mortalité, refusent depuis 40 ans d'utiliser
les techniques statistiques nouvelles inventées pour résoudre
les difficultés de causalités multiples et rejettent
les expérimentations. Or, quand les épidémiologues
utilisent ces nouvelles méthodes, les résultats des
tests économétriques sont souvent beaucoup plus nuancés
que ceux avancés par les défenseurs antitabac... Peut-on
ignorer leurs résultats ?
6)
La communauté scientifique est entièrement d'accord
et les chiffres sont indiscutables
Cest un argument ad populum. La communauté scientifique
(celle des épidémiologues et non celle des médecins
incompétents dans le domaine de la statistique et des méthodes
quantitatives de cette discipline) serait unanime sur la nocivité
du tabac... Par définition, les chiffres et les méthodes
destimations sont discutables, c'est donc l'argument qui devient
lui-même suspect !
7)
Vous êtes un négationniste
Cet argument utilise léquivoque et lémotion.
En faisant référence aux historiens qui nient l'existence
des chambres à gaz, les détracteurs confondent les
faits historiques (les chambres à gaz) et les hypothèses
quil faut vérifier (l'impact de la consommation de
tabac sur la mortalité). Dans ce cas, le nombre de morts
par cancer du poumon (21000 par an) est observé, on ne conteste
pas ce chiffre. Par contre, on peut contester que 90% de ces décès
puissent être attribués au tabac! Avec ce type dargument, on réussit, dune part,
à faire croire que la nocivité du tabac est un fait
historique indiscutable et, dautre part, à assimiler
son interlocuteur à un partisan de lAllemagne nazie.
Peu élégant, mais efficace à la télévision,
surtout si lanimateur vous empêche de répondre
à cette attaque personnelle ! Dans de tels débats télévisé assurez-vous
de la neutralité de lanimateur de lémission
pour quil ne dirige pas les débats en les biaisant
en votre défaveur. Ensuite, entourez-vous de vos étudiants
les plus " activistes ", afin quils exercent une
pression psychologique sur lauditoire et les autres intervenants
(lintimidation est toujours efficace). La situation vous sera
dautant plus favorable si lun de vos partisans, dans
le public, appartient à une catégorie sociale que
les médias jugent injustement stigmatisés par le reste
de la population (un homosexuel, un sans-abri, un immigré
clandestin....) et intervient au bon moment pour vous soutenir (par
contre, éviter de venir accompagné dun pédophile,
dun drogué, dun partisan de la secte Moon ou
dun "skin head avec son pitt bull ",... cela pourrait
se retourner contre vous). Enfin, veillez à toujours avoir
un compère parmi ceux qui débattent avec vous, vous
éviterez ainsi dêtre isolé intellectuellement
au cours de lémission. Si lensemble de ces conditions
ne sont pas réunies, refusez de participer au débat
!
3.4
La métaphore
Certains
arguments se rapprochent beaucoup plus du discours poétique
que du discours scientifique, grâce à un usage intensif
dune figure de rhétorique appelée la métaphore.
Par
exemple, le prix Nobel G. Becker considère, dans ses travaux
sur la fécondité, les enfants comme des biens durables
(cest-à-dire au même titre quun réfrigérateur).
Il est, en effet, coûteux den acquérir, de les
entretenir et de les réparer, mais ils vivent longtemps et
peuvent rendre des années durant des services à leurs
parents ! On remarquera tout de même des différences
entre un enfant et un bien électroménager, lenfant
a des opinions, il est capable daffection (et en est également
demandeur), il se rebelle, puise dans votre compte en banque régulièrement
et peut être ingrat. Mais cette métaphore lui permet
dexpliquer très simplement la baisse de la fécondité
et la relation en U entre le revenu et le nombre denfants
par famille.
La
notion déquilibre de loffre et de la demande
est également une métaphore faisant référence,
en physique, au mouvement dune pomme dans un bol. Les mots
"Statique et dynamique " sont empruntés directement
de la mécanique théorique. De même, les termes
de "Vitesse de circulation de la monnaie ", de "Compétition
", de " Main invisible ", de " Capital humain
"... sont aussi empruntés à dautres domaines
et ont pour objet de faire sentir quelque chose au lecteur à
propos dun phénomène économique.
Il
ne faut pas croire non plus que les gens compétents en économie
mathématique nusent pas dallégories, de
paraboles ou de métaphores. Lune des plus célèbres
est celle du prix Nobel R. Solow. Pour estimer lapport du
progrès technique dans une économie il écrit
: " (Dans ce cas), la fonction de production prend la forme
particulière Q=A(t).f(K,L) et le facteur multiplicatif A(t)
mesure leffet cumulé des déplacements de la
fonction au cours du temps ". La notion de fonction de production
est une métaphore ; fabriquer du pain avec un compagnon ouvrier,
un four, de la farine et un savoir-faire peut être représenté
par une fonction mathématique où K est le four, L
le travail de louvrier et A le savoir faire. Cest une
métonymie. En réalité, le symbole L est une
analogie qui réduit leffort, la peine, la sueur et
lattention de louvrier une unité de temps de
travail ; finalement A(t) nest pas autre chose quun
symbole qui exprime notre ignorance !
Enfin,
la macroéconomie utilise aussi les métaphores les
plus échevelées. Le tableau économique de Quesnay,
un médecin, fondateur de la physiocratie, qui compare la
circulation des richesses à celle du sang dans un organe
humain, ou la célèbre machine construite par ingénieur
en électricité Néo-Zélandais, du nom
de Philipps, devenu économiste, qui représenta dans
les années 1930, léconomie par une machine faite
de tuyaux, de pompes, de robinets et qui fonctionnait comme une
chaudière. Il devint célèbre en 1958 avec un
article empirique démontrant lexistence dune
relation inverse entre le taux dinflation et le taux de chômage!
Relation qui a fait couler beaucoup dencre.
La
métaphore (ou analogie), joue un rôle essentiel dans
le raisonnement (quil soit économique, juridique ou
appartenant à nimporte quelle science dure). Elle est
notamment dune grande aide lorsquelle permet de comprendre
des faits ou des implications jusqualors inexpliqués.
Toutefois,
les métaphores ne réussissent pas toujours à
persuader la communauté des scientifiques de la pertinence
dune explication. Ainsi, la métaphore organiciste est
souvent rejetée, parce quelle induit les chercheurs
en erreur ou obscurcit la compréhension des phénomènes
étudiés au lieu de les éclairer. Ainsi :
"
La France envoie ses porte-avions au large du détroit d'Ormuz
pour protéger ses intérêts dans la région
du Golfe persique. "
est
une métaphoreorganiciste
que nous avons déjà
mentionnée dans un chapitre précédent. Reprenons
ce qua dit lhistorien P.T. Moon (1930) de luniversité
de Columbia lorsquil écrit sur limpérialisme
des États au XIX siècle.
"
Le langage rend souvent opaque la vérité. Plus souvent
quon le croit, nos yeux sont aveugles aux phénomènes
des relations internationales par de simples artifices de la langue.
Quand quelquun utilise la monosyllabe " France ",
il pense que la France comme une unité, une entité.
Quand il sagit déviter une répétition,
nous utilisons un pronom personnel en se référant
au pays - quand par exemple nous disons-la France a envoyé
ses troupes pour conquérir la Tunisie- nous imputons non
seulement lunité mais aussi la personnalité
au pays. Les mots mêmes cachent les phénomènes
et font des relations internationales un drame glorieux dans lequel
des nations personnalisées sont des acteurs, et on oublie
trop facilement la chair et le sang des hommes et des femmes qui
sont les véritables acteurs. Combien cela serait différent
si lon avait pas de mot tel que la -France-, et si on devait
dire au lieu - 38 millions dhommes de femmes et denfants
aux intérêts et aux croyances les plus divers, habitant
un territoire de 218 000 miles au carré ! Alors on devrait
décrire plus précisément lexpédition
de Tunis de la façon suivante : - un petit nombre des 38
millions de personnes ont envoyé 30 000 autres personnes
pour conquérir Tunis- Cette façon décrire
suggère un question, ou plutôt une série de
questions. Qui est le petit nombre ? Pourquoi envoie-t-il 30 000
personnes à Tunis ? Et pourquoi obéissent-ils ? "
Comme
le souligne P.T. Moon à propos de l'expédition française
de Tunis, si nous n'avions pas de mot tel que la France, alors on
pourrait décrire plus correctement l'expédition au
détroit d'Ormuz. Une petite poignée d'hommes, les
membres du gouvernement, a envoyé un corps expéditionnaire
composé de milliers d'hommes dans ce détroit. Cette
manière de poser les faits suggère des questions différentes.
Qui
est la poignée d'hommes? Pourquoi a-t-on envoyé un
corps expéditionnaire? De quels intérêts s'agit-il? Une erreur semblable est souvent commise à propos du marché.
Taxer le marché " d'impersonnel " ou le capitalisme
de sauvage na pas de sens. Le marché n'étant
pas une personne consciente, il ne peut donc qu'être impersonnel
! Le capitalisme nétant pas une personne, les capitalistes
sont peut-être des sauvages, mais le capitalisme ne peut pas
lêtre. Les ouvriers se plaignent souvent que le marché
ne leur accorde pas les salaires quils méritent. Si
le marché ne paie pas assez les ouvriers, la réalité
concrète dont se plaignent ces ouvriers, c'est que les employeurs
Jean ou Sophie ne sont pas prêts à payer la somme qu'ils
demandent.
Enfin,
une métaphore ne doit pas être prise au pied de la
lettre ; lenfant nest pas un bien durable même
si on lanalyse comme tel et si léconomie pouvait
être représentée et simulée par une machine,
comme le suggère Philipps, le gouvernement demanderait conseil
à des mécaniciens et /ou des ingénieurs au
lieu de sentourer dun groupe dexperts en économie
!
Questions
d'évaluation
Question
1
Lisez
attentivement ce passage du livre de Viviane Forrester (L'horreur
économique, 1996, Fayard, p.70-71) et faites-en un commentaire. Viviane Forrester est critique littéraire au Monde et
membre du jury Fémina.. Cet ouvrage a reçu le prix
Médicis (section-essai). " Nous vivons au sein d'un leurre magistral, d'un monde disparu
que nous nous acharnons à ne pas reconnaître comme
tel, et que des politiques artificielles tentent de perpétuer.
Des millions de destins ravagés, anéantis par cet
anachronisme dû à des stratagèmes opiniâtres
destinés à donner pour impérissable notre tabou
le plus sacré : le travail. Cette fraude générale
nous contraint à préserver un reste de société
caduque, de telle façon qu'un nouveau type de civilisation
puisse se mettre en place subrepticement, où seule une fraction
très limitée de la population mondiale remplira des
fonctions utiles. L'extinction du travail passe pour une simple
éclipse, alors que, pour la première fois de l'Histoire,
l'ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire
au petit nombre qui façonne l'économie et exerce le
pouvoir"
Question
2
Identifier
les sophismes :" Un flic tue et ne va pas en prison. Nous on
vole une voiture et on meurt "
Question
3
Commenter
les phrases suivantes : a) Personne n'a conquis le monde. Donc, ce n'est pas vrai que quelqu'un
a conquis le monde. b) Toutes les bonnes choses ont une fin. Une dictature n'est pas
une bonne chose. Donc, quelques dictatures perdurent. c) Les gens qui ont du goût préfèrent le Bordeaux
au Beaujolais. Vous devez boire du Bordeaux. d) Les gens qui ont du goût préfèrent le Bordeaux.
J'ai du goût. Donc je préfère le Bordeaux.
Question
4
L'argument
suivant est incohérent. Vrai faux ou incertain ? Si un spéculateur peut prédire les prix futurs,
Richard le peut. Personne ne peut prédire les prix futurs. _____________________________ Donc, Richard ne peut prédire les prix futurs.
Question
5
Evaluer
l'argument suivant :
"Il
existe un certain nombre x qui est plus grand que tous les autres
nombre, donc il existe un nombre qui est plus grand que lui même."
|
|
|
Chapitre
3
SOMMAIRE
SECTION 1
La
logique
3.1.1
Les éléments dun argument
3.1.2
La nature des inférences
SECTION
2
Les
sophismes
3.2.1
Les sophismes inductifs
3.2.2
Les sophismes de pertinence
3.2.3
Les sophismes dambiguïté
SECTION
3
Application
: la rhétorique dans le débat sur le tabagisme
SECTION
4
La
métaphore
Questions
d'évaluation
La
Rhétorique
Aristote
chapitre
premier
Un
syllogisme est cohérent lorsque : la prémisse classificatoire
affirme l'antécédent de la proposition conditionnelle
et la conclusion affirme le conséquent. La prémisse classificatoire nie le conséquent de la
proposition conditionnelle, alors la conclusion nie l'antécédent.
Résumé
1.
Un argument est une tentative de montrer quelque chose en apportant
une évidence en sa faveur. Plus techniquement, cest
une série de propositions qui se suivent. La proposition
que lon veut démontrer est la conclusion et les propositions
à partir desquelles on infère la conclusion sappellent
les prémisses.
2.
On distingue trois formes de syllogismes : les propositions classificatoires,
disjonctives et hypothétiques.
3.
Dans un syllogisme hypothétique mixte, pour que limplication
soit toujours vraie, lorsque la prémisse classificatoire
nie le conséquent de la proposition conditionnelle, la conclusion
doit nier lantécédent. Lorsque la proposition
classificatoire affirme lantécédent, la conclusion
doit affirmer le conséquent. Dans tous les autres cas, il
y a une faute de raisonnement.
4.
Une inférence déductive est un "Bon" argument
si elle est, à la fois, cohérente et si ses prémisses
sont "Vraies".
5.
Le raisonnement inductif présuppose une régularité,
une uniformité ou une répétition des événements
observés. Or, on ne peut passer de la prémisse mineure
à la prémisse majeure ; tous les faits observés
même les plus réguliers ou les plus uniformes ne peuvent
servir de preuve pour établir la véracité de
la prémisse majeure.
6.
Les sophismes sont des fautes informelles de raisonnement. On distingue
les sophismes inductifs, de pertinence et dambiguïté.
7.
Une métaphore a le pouvoir damener deux phénomènes
distincts dans une relation cognitive et émotionnelle, en
utilisant un langage approprié pour lun du point de
vue de lautre.
Lectures
Conseillées
F.
Bastiat
, 1846,Les sophismes économiques
J.Bremond,
J. F. Couet et M. M. Salort
1996Les pièges de
l'argumentation en Economie
, Editions LIRIS
D.
McCloskey
, 1986,The Rethorics of Economics
, Harvester
Press
E.
Miller
, 1987,Questions that Matter
, MacGraw-Hill (chapitre
2)
J.
de Nolt et D. Rohatyn
, 1988,Theory and Problems of Logic,
Schaums outline series;
M.Spirie
,
1985,The Book of Fallacy : a training manual for intellectual
subversive
, Routlegde and Kegan London
I.
M. T. Stewart
, 1979,Reasoning and Method in Economics
,
McGraw-Hill London
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