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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 

L'art du raisonnement

 

Avant d’entamer le cœur de ce manuel, une incursion dans l’art du raisonnement n’est pas inutile.

A l’expérience, on s’aperçoit très vite que les étudiants, et souvent leurs enseignants, sont fâchés avec la logique et se trouvent souvent dans l’incapacité de maîtriser leurs émotions lors d’une discussion où les figures de rhétorique abondent. Ce chapitre a pour objet d’initier les étudiants à l’argumentation et de les inciter à repérer les sophismes que les professeurs utilisent pour convaincre leur auditoire de la validité des théories ou des arguments qu’ils défendent ou exposent.

Revenons à notre discussion sur la version officielle de la méthodologie des économistes que nous avons abordée d’un précédent chapitre. Celle-ci est caractérisée par deux idées maîtresses :

- l’une consiste à juger comme scientifiques uniquement les argumentations susceptibles d’être confirmées ou réfutées empiriquement à partir de faits observables (les autres seront rejetées)

- l’autre revient à considérer que seuls les jugements de faits peuvent être tranchés, alors que les jugements de valeurs ne peuvent l’être.

Voilà deux fautes informelles de raisonnement ; la pétition de principe (qui présuppose sa propre conclusion) et la fausse dichotomie (qui repose sur l’hypothèse fausse d’un nombre donné d’alternatives). Ces deux erreurs de raisonnement expliquent pourquoi les économistes prêchent un "positivisme" qu’ils ne pratiquent pas et une "neutralité" dans les jugements de valeurs qu’ils ne respectent pas.

L’écart entre ce qui est dit et ce qui est fait provient d’un canon du discours scientifique ou d’une connaissance "objective" en sciences humaines (c’est-à-dire dégagé des jugements de valeurs) qui est idéel, c’est-à-dire qui n’a pas de contrepartie dans la réalité. Ces deux propositions n’appartiennent pas au discours scientifique, mais à une réflexion sur ce qui devrait être ; la rhétorique joue alors son rôle : celui de l’intimidation.

Comme le souligne P.Feyerabend (1975), une application stricte des canons scientifiques, tels que les économistes, à la suite de K.Popper (1935, 1972) ou de M.Friedman (1953) les conçoivent, aurait tué depuis longtemps les découvertes scientifiques elles mêmes! L’art du raisonnement nous aide à ne pas nous laisser intimider par des arguments qui n’ont rien à voir avec la logique. Comme le suggère D.McCloskey (1984),le discours scientifique se révèle être à l’observation un simple discours rhétorique :

" Les faits et la logique, avec la métaphore et le récit, constituent ce qui pourrait être la Tétrade rhétorique. Les économistes, comme d’autres experts, doivent utiliser l’ensemble de la tétrade s’ils veulent donner un sens à leur propos ".

Une maîtrise de la rhétorique permet d’épurer le discours scientifique des fautes de raisonnement que les économistes commettent en analysant un problème particulier, sans sacrifier la richesse ou l’intuition sous jacente aux théories développées. Comme le rappelle M.Rothbard(1960), le mot science veut dire scientia et signifie "la connaissance correcte".

Dans ce chapitre, nous allons délaisser les faits et le récit (ou la théorie), qui constituent la sémantique du discours des scientifiques, pour nous concentrer sur les instruments du raisonnement lui-même :

1) la logique

2) les sophismes

3) la métaphore

 

3.1 La logique

Il ne s’agit pas ici de remplacer un cours de logique, mais de vous donner un aperçu de ce qu’est l’art du raisonnement. Pour cela nous nous appuierons sur le chapitre 2 de l’excellent ouvrage du philosophe Ed Miller (1992).

Les trois principes fondamentaux de la pensée doivent, en premier lieu, être énoncés :

1) la loi de la non contradiction : une chose ne peut " être et ne pas être " en même temps et pour la même relation. Une table peut être verte ou rouge à différents moments, mais au même moment, non.

2) la loi du milieu exclu : une chose " est ou n’est pas ".Ou un argument est à " moitié vrai " ou bien il n’est pas à " moitié vrai ".

3) la loi de l’identité : une chose " est ce qu’elle est "

Une table est une table, un argument est un argument.

Si l’on n’accepte pas ces trois principes, rien de ce que l’on dit ou pense n’a de sens, même pas la phrase que vous êtes en train de lire. Pour vous en convaincre, essayer d’imaginer un argument à propos d’une chose si l’un de ces principes ne tient pas. Allez y, essayez, nous dit E. Miller.

Ces trois principes sont des axiomes de la pensée. Ils sont indémontrables et ne peuvent être dérivés d’autres principes. Les logiciens contemporains n’hésitent pas, cependant, à développer des principes de pensée reposant sur d’autres axiomes. C’est le cas de la logique modale, qui remet en cause le principe de contradiction, de la logique plurivalente qui dénonce le principe du tiers exclu et, enfin, de la logique affaiblie, qui complique le principe d’identité en distinguant la non-existence de l’impossibilité de l’existence.

Le territoire embrassé par nos trois grands principes ne recouvre donc pas la totalité de la logique, mais demeurent néanmoins fondamentaux pour fonder l’art de raisonner dans les discussions de tous les jours ou celles que l’on observe en sciences et en philosophie.

3.1.1 Les éléments d’un argument

Un argument est unetentative de montrer quelque chose en apportant une évidence en sa faveur . Plus techniquement, c’est une série de propositions qui se suivent. La proposition que l’on veut démontrer est la conclusion, et les propositions à partir desquelles on infère la conclusion s’appellent les prémisses.

Prenons le dialogue suivant :
Brigitte :L’avortement est immoral
Julie :non pas du tout
Brigitte :si, c’est immoral
Julie :qu’est-ce que tu connais à l’avortement ?!
Brigitte :j’en connais plus que toi à ce propos !
Julie :Oh tu es une imbécile!

Ce dialogue est rempli d’agressivité et de sous-entendus, mais ne contient aucun argument !

Brigitte aurait pu dire:
C’est immoral de tuer un être humain
Avorter, c’est tuer un être humain
___________________________
Donc l’avortement est immoral.

Même si l’on est en désaccord avec ce que dit Brigitte, cette fois elle argumente. Les deux premières propositions sont les prémisses de l’argument et la dernière est la conclusion. On distingue habituellement une prémisse majeure (ou proposition universelle), une prémisse mineure (ou proposition particulière), une inférence et la conclusion.

Si les éléments d’un argument peuvent ne pas respecter cet ordre (un argument peut débuter par la conclusion), on ne peut pas se contenter de mettre ensemble des propositions, comme cela est fait dans l’exemple suivant :

Charles Lindberg s’envole vers les Etats Unis
La France protège son industrie cinématographique
____________________________________
Donc l’avortement est immoral

On doit, en effet, respecter une certaine connexion entre les propositions ; la conclusion doit correspondre aux prémisses.C’est une inférence.

Un argument est une tentative de montrer quelque chose en apportant une évidence en sa faveur. Plus techniquement, c'est une série de propositions qui se suivent. La proposition que l'on veut démontrer est la conclusion et les propositions à partir desquelles on infère la conclusion s'appellent les prémisses.

3.1.2 La nature des inférences

On distingue habituellement les inférences inductives des inférences déductives.

L’inférence déductive

Uneinférence déductive va du général au particulier, comme par exemple :

Tous les hommes politiques maximisent leur satisfaction
(proposition universelle)
Monsieur Dupont est un homme politique
(proposition particulière)
________________________________________
(inférence)
Donc, Monsieur Dupont maximise sa satisfaction

Une inférence déductive est valide si la prémisse assure ou garantit la conclusion : si la prémisse est vraie, la conclusion doit l’être aussi. C’est une nécessité de l’inférence logique. En effet, il y a unerelation d’implication entre la prémisse et la conclusion : une inférence déductive traite de la manière dont une proposition est inclue dans une autre.

Toutefois, il ne faut pas confondre cohérence d’une argumentation et vérité d’un syllogisme. Une inférence déductive est un " bon " argument si, à la fois, elle est cohérente et les prémisses sont vraies.

Ainsi, on peut construire une argumentation correcte, mais où toutes les propositions sont fausses :

Aucun homme politique ne sait chanter
J.Halliday est un homme politique
____________________________
Donc J.Halliday ne sait pas chanter

ou créer des argumentations déductives qui peuvent être incohérentes, mais dans lesquelles chacune des propositions est vraie :

Tous les présidents de la République française ont été des hommes
R.Coty était un homme
______________________________________________
Donc, R.Coty a été président de la République française.

La forme la plus commune de déduction est lesyllogisme , dont on distingue trois formes :
- le syllogisme de propositions classificatoires
- le syllogisme de propositions disjonctives
- le syllogisme de propositions hypothétiques

Dans un syllogisme de propositions classificatoires , les prémisses et la conclusion prennent la forme de propositions qui traitent de choses appartenant à une catégorie ou à une classe de choses :

Tous les X sont des Y (tous les étudiants trichent aux examens)
Tous les Y sont des Z (tous les tricheurs méritent de mauvaises notes)
_______________
Donc, tous les X sont des Z (tous les étudiants méritent de mauvaises notes)

En réalité, il existe 4 formes de proposition de classification :

1) Tous les X sont des Y (tous les étudiants sont des tricheurs)
2) Aucun X n’est Y (aucun étudiant n’est un tricheur)
3) Quelques X sont Y (quelques étudiants sont des tricheurs)
4) Quelques X ne sont pas des Y (quelques étudiants ne sont pas des tricheurs)

Une façon simple de représenter les syllogismes de classification consiste à faire appel aux diagrammes de Venn.
1) tous les X sont des Y : l'ensemble X des étudiants est contenu dans Y, l'ensemble des tricheur

2) aucun X n'est Y : les deux ensembles (ensemble des étudiants et des tricheurs) sont disjoints

3) quelques X sont des Y : il existe un région (hachurée) où l'on trouve à la fois des étudiants et des tricheurs (quelques étudiants sont des tricheurs)

4) si quelques X ne sont pas des Y : il existe une région où des étudiants ne trichent pas.

Pour être cohérent, un syllogisme de classification doit obligatoirement vérifier lesrègles d’inférence :

- il doit contenir trois termes (X,Y,Z) qui auront le même sens tout au long du syllogisme.
- le terme présent dans la prémisse majeure, mais absent dans la conclusion, doit faire référence à toute la classe
- si l’un des termes apparaît dans la conclusion, il doit apparaître dans l’une des prémisses
- les deux prémisses ne doivent pas être des négations
- si l’une des prémisses est négative, la conclusion est négative
- les deux prémisses ne doivent pas être universelles.

Lesyllogisme à propositions disjonctives propose des alternatives du type:

Ou bien X ou bien Y (ou le chômage résulte de la hausse des salaires ou il résulte de la chute de la demande)
Pas de X (il ne résulte pas de la hausse des salaires)
____________
Donc, Y (Donc, le chômage résulte de la chute de la demande).

Une seulerègle de cohérence doit être respectée dans un syllogisme à propositions disjonctives : dans l’une des prémisses se trouve la négation de l’une des propositions alternatives, alors que dans la conclusion, on affirme l’autre.

Dans ce cas, le syllogisme suivant est incohérent :

Ou X , ou Y (ou bien le chômage résulte de la hausse des salaires,
ou bien il résulte de la chute de la demande)
X (on observe qu’il résulte de la hausse des salaires)
________
Donc, pas de Y (Donc, le chômage ne résulte pas de la chute de la demande).

Enfin, unsyllogisme à propositions hypothétiques , qui est la forme la plus courante de syllogisme, suppose que l’une des prémisses contient une proposition conditionnelle ou hypothétique. De plus, il y a une proposition antécédente et une autre conséquente.

On fait une distinction entre le syllogisme hypothétique pur et celui qui est mixte, c’est-à-dire qui est à la fois classificatoire et hypothétique.

Le syllogisme hypothétique pur s’écrit:

Si X, alors Y (si vous investissez , alors votre revenu va croître)
Si Y, alors Z (si votre revenu croît , alors vous pourrez dépenser davantage)
_________
Donc, si X, alors Z (Donc, si vous investissez, alors vous pourrez dépenser plus)

Dans ce cas, la première prémisse et la conclusion doivent avoir le même antécédent (repéré par " si "). La seconde prémisse et la conclusion auront le même conséquent (repéré par " alors "). Enfin, le conséquent de la première prémisse est l’antécédent de la seconde, selon la règle de transitivité.

Le syllogisme hypothétique mixte suppose l’existence d’une prémisse conditionnelle et d’une prémisse classificatoire, telles que :

Si X, alors Y (si la demande pour le bien X s’élève, les prix montent)
On observe X (on observe que la demande s’élève)
_________
Donc, Y (Donc, les prix vont monter)

ou

Si X, alors Y
Pas de Y
_________
Donc, pas de X

Lesrègles de cohérence du syllogisme mixte sont plus compliquées. Elles méritent que l’on s’y arrête car la démarche scientifique repose fondamentalement sur ce type de syllogisme.

En revanche , on ne peut pas dire:

Si X, alors Y (si la demande pour le bien X s’élève, les prix montent)
on observe Y (on observe que les prix montent)
_________
Donc, X (Donc, la demande s’élève)

puisque la hausse des prix peut être la conséquence d’une hausse des coûts et non d’une augmentation de la demande. On ne peut affirmer le conséquent de la prémisse classificatoire.

On ne peut pas, non plus, dire :

Si X, alors Y (si la demande pour le bien X s’élève, les prix montent)
Pas de X (on n’observe pas que la demande s’élève)
_________
Donc, pas de Y

Donc les prix ne vont pas monter puisque la hausse des prix peut résulter d’autre chose que d’une hausse de la demande. C’est commettre une faute de raisonnement qui consiste à nier l’antécédent.

Un syllogisme est cohérent lorsque :
1) la prémisse classificatoire affirme l'antécédent de la proposition conditionnelle et la conclusion affirme le conséquent.
2) la prémisse classificatoire nie le conséquent de la proposition conditionnelle, alors la conclusion nie l'antécédent.
Dans tous les autres cas, il y a une faute de raisonnement.

L’inférence inductive

Contrairement à l’inférence déductive, une inférence inductive va du particulier au général, elle généralise à partir de faits particuliers et d’analogies.

Cas 1 de A, on observe X Dupond maximise son utilité
Cas 2 de A, on observe X Durand maximise son utilité
Cas 3 de A, on observe X Haddock maximise son utilité
........
Cas A Tous sont des hommes politiques
__________________
Donc, tous les A sont X. Tous les hommes politiques maximisent leur utilité

Il est amusant de constater, comme le fait remarquer E. Miller, que le raisonnement de Sherlock Holmes est connu et apprécié pour son pouvoir de déduction, alors qu’en fait il repose entièrement sur l’induction. A partir de faits particuliers, d’analogies, de relations entre les faits (ces éléments deviendront des évidences pour notre détective) et un fil directeur, il déduit une conclusion...

Dans l’induction, la prémisse suggère la conclusion. Si elle est vraie, la conclusion le sera probablement.
Ce que l’on espère donc est la vérité des prémisses et une certaine probabilité des conclusions. Toutefois, des erreurs de raisonnement peuvent être commises : on peut fonder ses conclusions sur un nombre insuffisant d’observations ou de prémisses, ne pas tirer une conclusion aussi forte que le suggère les évidences ou, au contraire, négliger des faits qui modifierait totalement la conclusion.

Prenons quelques exemples :

Ce cygne est blanc
Celui là aussi
Tous les cygnes que l’on connaît sont blancs
On n’a jamais entendu parlé de cygnes qui n’étaient pas blanc
_______________________
Donc, tous les cygnes sont blancs

Cette conclusion est certainement raisonnable et fort probable ; il serait donc absurde de la rejeter... pourtant elle est fausse. En effet, il suffit d’observer un cygne noir pour la contredire. Cependant, compte tenu du coût d’acquisition et du caractère limité de l’observation, on n’est jamais certain qu’il n’existe pas de cygne noir.
Ainsi, l’induction ne permet pas d’apporter une preuve de ce que l’on avance, mais elle peut y apporter une réfutation par l’existence de contre exemples !
L’induction est, cependant, paradoxale ; on doit utiliser un syllogisme pour passer des prémisses mineures ou des propositions particulières à la généralisation.
Prenons l’exemple du soleil. Depuis que vous êtes né, vous avez vu le soleil se lever le matin... Vous en concluez que le soleil se lèvera demain, comme il l’a fait quotidiennement jusqu’ici. Cette induction peut s’écrire de la façon suivante :

Ce que le soleil a fait dans le passé, il le fera dans le futur.
Depuis toujours on observe que le soleil se lève le matin.
________________________________________
Donc le soleil continuera à se lever le matin dans le futur.

Ainsi, la prémisse majeure (ce qui est arrivé dans le passé se répétera dans le futur) suppose une régularité, une uniformité ou une répétition des événements observés. Or, on ne peut passer de la prémisse mineure à la prémisse majeure ; tous les faits observés, même les plus réguliers ou les plus uniformes, ne peuvent servir de preuve pour établir la véracité de la prémisse majeure.
Une difficulté identique est observable avec les analyses statistiques et économétriques.

Pour preuve cet exemple :

On a observé que les prix des actions sur un marché boursier suivent une marche aléatoire (prémisse mineure)
Toute loi statistique découverte dans le passé sera aussi observée dans le futur (prémisse majeure)
_______________________________________________
Donc les prix futurs que l’on observera sur les marchés boursiers suivront une marche aléatoire.

En réalité, l’analyse statistique des données passées n’apporte aucune évidence ou preuve permettant de justifier une régularité de cette loi statistique (marche aléatoire des prix sur les marchés boursiers) dans le futur. En se reportant à ce que nous avons dit sur l’impossibilité de prédiction en théorie économique, nous savons que si les prix reflètent déjà toute l’information disponible et ce que l’on peut prévoir, alors la variation des prix ne peut représenter que ce qui est imprévisible ! Puisque ce qui est imprévisible suit une marche aléatoire, les séries temporelles des variations de prix suivent à chaque instant du temps des processus aléatoires. L’observation régulière de ceux-ci sur les marchés boursiers résulte non de l’observation passée de cette loi statistique, mais de la théorie économique de l’impossibilité de prédiction sur les marchés financiers.

Le raisonnement inductif présuppose une régularité, une uniformité ou une répétition des événements observés. Or, on ne peut passer de la prémisse mineure à la prémisse majeure. Tous les faits observables même les plus réguliers ou les plus uniformes ne peuvent servir de preuve pour établir la véracité de la prémisse majeure.

 

 

 

On classe les sophismes en trois groupes distincts :

- les sophismes inductifs
- les sophismes informels de pertinence
- les sophismes d'ambiguïté

 

3.2 Les sophismes

Nous avons déjà rencontré des fautes de raisonnement ; le non respect de la cohérence des syllogismes est un exemple d’une faute formelle. Les sophismes sont des fautes informelles de raisonnement qui proviennent souvent de l’absence de clarté du langage ou de pertinence des idées par rapport à l’argumentation et la discussion.

Ces sophismes ont souvent une apparence logique, mais sont conçus, intentionnellement ou non, pour induire en erreur. Les scientifiques, les journalistes, les hommes politiques, les artistes, les critiques, qui s’affrontent dans les débats d’idées, usent abondamment de ces figures de rhétorique. Il faut donc les connaître pour ne pas en être victime et pour, à votre tour, piéger vos adversaires !

3.2.1 Les sophismes inductifs

Les sophismes inductifs apparaissent quand celui qui argumente fonde ses conclusions sur un nombre insuffisant d’observations ou de prémisses, lorsqu’il ne tire pas une conclusion aussi forte que le suggèrent les évidences ou, au contraire, quand il néglige des faits qui modifieraient totalement la conclusion.

Secundum quid

C’est le principe de la généralisation hâtive .
Vous avez vécu une ou deux expériences malheureuses avec vos professeurs d’économie. Vous les avez jugés incompétents et cela vous suffit pour porter un jugement général sur l’ensemble des économistes universitaires !
L’entreprise de M.Dupont a expérimenté avec succès la semaine des 25 heures sans baisse de salaire. Ce qui marche pour une ou deux entreprises devrait fonctionner pour toutes les entreprises ; proposons un programme politique réduisant le temps de travail !

Dicto simpliciter

Le refus des exceptions est une variante de la généralisation hâtive.
Ce comportement se produit à chaque fois que l’on suppose qu’un cas particulier doit nécessairement se conformer au cas général, alors que la règle générale n’est qu’une induction ou une généralisation grossière établie à partir de cas spécifiques.
Vous êtes considéré comme " riche " parce que vous gagnez plus de 70000 euros par mois... toutefois, l’observateur n’a pas tenu compte du fait que vous avez 7 personnes à charge !

L’accident

L’accident consiste à appliquer une règle générale à un cas particulier pour lequel des conditions accidentelles en font une exception à la règle. Cela consiste également à inférer, à partir de situations exceptionnelles, une règle générale.
Un pédophile tue avec une arme de poing plusieurs enfants dans une école et se suicide après. Les armes de poing sont dangereuses et tuent, il faut donc interdire la détention comme le port d'armes par les particuliers. D'un accident, on passe à une interdiction générale du port des armes laissant les individus à la merci des gens d'armes ou des gangsters ou d'un Etat policier ou criminel.
En temps normal, vous croyez en un certain nombre de valeurs et de règles de vie. Mais si vous étiez rescapé d’un naufrage, réfugié sur une île déserte en possession d’une arme et de très peu de nourriture, l’arrivée d’un second rescapé, chef terroriste international connu et recherché par toutes les polices du monde pour le meurtre d’un grand nombre d’innocents, et dont l’arrivée met votre vie en danger. Compte tenu de la rareté de l’eau douce sur cette île, êtes-vous prêt à respecter son intégrité personnelle ? Il vous apprendra, par la suite, que vous êtes son demi-frère. Mais, tout cela n’a aucune chance de vous arriver.
L’accident est un sophisme que l’on utilise aussi pour vous inciter à sacrifier votre vie (ou votre argent) dans des situations exceptionnelles et que l’on généraliserait à la vie de tous les jours. Est-ce que l’on doit par exemple risquer sa vie pour sauver une personne qui :a) se noie, b) est entourée de flammes, c) est suspendue au dessus du vide accrochée à la force de ses doigts à une fenêtre d’un appartement situé au 12 e étage d’un immeuble, d) ou meurt de faim sur le trottoir? Si vous répondez oui et que vous généralisez cette conduite à la vie de tous les jours, nous dit Ayn Rand, vous devez accepter les conséquences de cette attitude et reconnaître que :

1) ou bien vous avez peu d’estime pour vous-même ou bien vous êtes irrationnel puisque : a) vous jugez que votre vie à moins de valeur que celle que vous cherchez à sauver, ou b) si votre vie vaut plus que celle de la personne que vous cherchez à sauver, en risquant votre vie, vous sacrifiez quelque chose qui a plus de valeur en faveur d’une autre qui en a moins,

2) vous avez peu de respect pour les autres puisque vous les considérez comme des gens qu’il faudrait aider systématiquement dès qu’ils sont dans le malheur,

3) vous avez une vision de l’existence humaine particulièrement pessimiste puisque le monde pour vous n’est fait que de malheurs, de catastrophes, de famines et de situations exceptionnellement dangereuses,

4) enfin cette morale du sacrifice de soi pour les autres est impuissante à résoudre le dilemme que vous allez rencontrer quand il faudra choisir entre deux personnes qui se noient celle que vous devez sauver.

A. Rand souligne avec à propos que le code moral qui guide le comportement d’un individu dans des circonstances exceptionnelles n’est d’aucune utilité pour guider l’individu dans les circonstances ordinaires de la vie en société. Les philosophes qui prétendent le contraire commettent une faute de raisonnement qui n’est pas autre chose que le sophisme de l’accident.

Les statistiques ex post facto.

Souvent, on rejette le hasard comme mode d’explication. En effet, à chaque fois qu’un événement très improbable arrive, on imagine une cause cachée.
L’émergence de l’homme sur Terre est très improbable... La cause cachée de cet événement est l’intervention de Dieu.
De même, l’explication de l’apparition du capitalisme -pourtant très improbable- en Angleterre au 18ième siècle. Pourquoi d’ailleurs en Angleterre et pas en Chine, dont le degré de civilisation semblait largement supérieur à celui des européens? Les historiens avancent le rôle de la compétition existant entre les états occidentaux, contrairement à la situation impériale et centralisée de la Chine de l’époque (hypothèse de J. Baechler (1971)) et d'autres à la liberté d'innover.
Les économistes participent eux aussi à cette mystique de la cause cachée. Selon eux, la croissance est la conséquence des investissements en capital humain ou le fruit d’institutions favorisant le marché et les droits de propriété ou encore le résultat de la mystérieuse propriété des rendements croissants dans les fonctions de production.

La fausse analogie

Nous avons déjà discuté de cette faiblesse de l’induction. La fausse analogie amène à une généralisation hâtive.
L’empire égyptien a disparu, de même que l’empire Inca, l’empire romain, l’empire anglais, l’empire français, l’empire soviétique... Comme le capitalisme est une forme d’impérialisme, il est donc amené, lui aussi, à disparaître. Les individus exposant ce type d’argument oublient, cependant, que le capitalisme n’est pas un impérialisme, puisqu’il ne repose pas, contrairement à celui-ci, sur la violence armée, mais sur l’échange volontaire.

3.2.2 Les sophismes de pertinence

Argumentum ad Baculum

Dans ce cas, on utilise la force ou la pression comme moyen de persuasion. Le conformisme et la " pensée unique " résultent de ces procédures d’intimidation.
Lorsqu’un professeur d’économie, qui ne souffre pas d’être contredit, affirme que si la demande augmente, les prix montent, l’étudiant qui souhaite réussir son examen a tout intérêt à se persuader de la validité de cette relation. De la même façon, les étudiants se persuaderont, comme leur a démontré un autre de leur professeur, que le capitalisme sauvage entraîne la pauvreté. Les étudiants qui, au nom de la réussite aux examens, anticipent qu’il vaut mieux répéter ce que dit le professeur, entrent dans le jeu de l’argument de persuasion par la force. C’est aussi de cette manière qu’ils perdent tout esprit critique. Ce faisant, ils commettent une faute de raisonnement (au niveau de l’induction) par une généralisation hâtive ; ils anticipent que " ne pas être de l’avis de son professeur " signifie perdre des points à l’examen.

Argumentum ad hominem

C’est l’attaque directe . Lorsque vous êtes impuissant à contrer l’argument de votre adversaire, attaquez le, en usant de ce type d’argument : soit vous insistez sur le fait que votre adversaire a un intérêt matériel à soutenir un tel argument soit vous soulignez un trait de sa personnalité qui ne le rend pas crédible.
Dans le premier cas, l’argument est ad hominem, car il ne discute pas le fond du problème, mais cherche à faire état d’un lien matériel entre celui qui argumente et les idées qu’il soutient. Lorsqu’un chef d’entreprise, patron d’une grande firme d’automobile, défend le protectionnisme, vous tuez immédiatement son argument en lui rétorquant qu’il est le patron de la firme qui souffre le plus de la compétition des Japonais! Votre interlocuteur est disqualifié.
D’une part, ce sophisme présuppose une théorie de la formation des idées : les idées développées ne seraient pas indépendantes de la position sociale et /ou des intérêts privés de celui qui les avance, d’autre part même s’il en était ainsi, il présuppose que la fausseté ou la vérité d’une idée ou d’un argument se juge en référence à la position sociale ou aux intérêts privés de ceux qui les émettent et non pas en fonction de la cohérence et de la validité sémantique de celui-ci. C’est le polylogisme . Les économistes marxistes, racistes et aujourd’hui les économistes féministes en sont les principaux tenants en sciences humaines.

"L’économie politique, en effet, est une science sociale et se fonde -que les théoriciens s’en rendent compte ou non- sur une certaine conception de la nature de la société ainsi que des lois de son développement. Autrement dit : toute théorie économique repose sur certaines prémisses de caractère sociologique à partir desquelles on envisage le coté économique de la vie sociale " N. Boukharine (1919)

Les prémisses de caractère sociologique à partir desquelles on envisage la théorie économique seraient ou bien la classe sociale, la race ou le sexe.
Une seconde version de ce type d’argument consiste à accuser son adversaire d’ingratitude et de traîtrise lorsque celui-ci critique l’institution pour laquelle il travaille. On peut également utiliser ce type d’argument en sens contraire ; lorsque votre adversaire soutient un point de vue en faveur de l’institution qui le forme ou le nourrit, vous pouvez l’accuser de partialité.
L’argument ad hominem est efficace, puisque les individus mettent toujours du temps à comprendre que la fausseté ou la véracité d’une argumentation est indépendante de la situation professionnelle, sociale ou du sexe de celui qui l’avance... Toutefois, il peut se transformer en coups bas, lorsque les attaques ne reposent sur aucune relation entre les idées et les intérêts privés de son adversaire ("vous voulez mettre la sécurité sociale en concurrence et la privatiser, comme le dictateur Pinochet au Chili (où l’expérience a réussi) ? ", " comment pouvez vous prendre au sérieux Léonard de Vinci ou John Maynard Keynes, alors qu’ils étaient homosexuels ? ". Même si Léonard de Vinci ou J.M.Keynes n'étaient pas homosexuels, vous ne pouvez pas apporter la preuve du contraire.

Argumentum ad ignorantiam

En utilisant ce type d’argument, on affirme la véracité d’une opinion par le fait que l’on ne peut démontrer qu’elle est fausse. C’est une variante d’une fausse dichotomie : ou les faits supportent l’argument ou celui-ci est faux. Mais l’argument peut être vrai même si les faits ne permettent pas de conclure dans un sens ou dans un autre. En absence de preuves , on suspend son jugement.
Malgré les dépenses faramineuses et le travail des équipes de recherche pour démontrer que les fantômes n’existaient pas, rien ne l’a prouvé... Les fantômes existent donc ! De la même façon, personne n’a prouvé que Dieu existe, donc Il n’existe pas... mais personne n’a non plus prouvé que Dieu n’existait pas, donc Il existe ! Dans cette question de l’existence de Dieu l’agnostique cherche à s’évader de la dichotomie. Il ne s’agit pas d’une troisième position. La position de l’agnostique est souvent présentée comme suit : " personne ne peut prouver que Dieu existe, personne ne peut prouver que Dieu n’existe pas. En conséquence l’athéisme est un acte de foi comme peut l’être le théisme ". L’agnostique traite de manière égale la demande de l’athée de fonder l’existence de Dieu sur la raison, et l’affirmation de l’existence de Dieu du théiste fondée sur sa foi ou ses sentiments.
Mais il est impossible de prouver un négatif et totalement irrationnel de l’exiger. En effet prouver un négatif signifie prouver la non existence de quelque chose pour lequel aucune évidence de quelque sorte que ce soit existe! C’est le principe du tiers exclu que nous utilisons ici pour réfuter la position de l’agnostique.

Argumentum ad populum ou ad numeram

Un argument serait bon parce que tous les gens le pensent ainsi, c’est l’appel à l’opinion publique , aux croyances populaires, qui reposeraient sur un fond de vérité. Puisqu’un grand nombre d’individus pense une chose, celle-ci ne peut être fausse, car si on peut tromper une personne, on ne peut pas tromper tout le monde !
Malheureusement (ou heureusement), la vérité d’une proposition ne dépend pas du nombre de gens qui la soutient... sinon la terre serait toujours plate !

Argumentum ad misericordiam, ad odium

En usant de ce type d’argument, on fait appel cette fois à la pitié, à la sympathie ou à la haine pour faire passer une opinion. En d’autres termes, l’émotion va envahir la raison.
Ceux qui sont pour la dissémination de l’arme nucléaire se verront rétorquer qu’ils devraient étudier d’un peu plus près les effets dévastateurs de cette bombe ; elle peut rendre aveugle si on la regarde, la boule de feu engendre une onde de choc qui se déplace à une vitesse supersonique, le souffle détruit tout sur son passage. Elle émet également un rayonnement électromagnétique, composé de rayons gamma et d’un flux de neutrons, qui brûle et détruit l’organisme humain. La présentation d’un film expliquant les conséquences terrifiantes de cette bombe suffira à convaincre le public. Mais, la question n’est pas là, il s’agit de savoir si la dissémination préserve ou non la paix.

Les individus qui se prononcent en faveur de la libéralisation du commerce de la drogue devraient (toujours selon leurs opposants) se rendre compte, sur le terrain, des effets néfastes de ces produits sur leurs enfants et de la déchéance humaine des drogués. Un film sera, là aussi, le bienvenu. Mais la question posée par le débat est de savoir si les effets néfastes et la déchéance observés ne sont pas le produit de l’interdiction elle-même.

Argumentum ad verecundiam

C’est l’argument d’autorité . Souvent, il s’agit de faire appel à une autorité scientifique qualifiée ou de jouir soi-même d’une certaine notoriété dans un domaine, pour faire autorité dans un autre.
Ainsi on pourrait dire :" A. Jacquard, un grand spécialiste de la structure génétique des populations, nous donne avec son livre " J’accuse l’économie triomphante ", paru chez Calman Levy en 1995, une formidable leçon d’économie politique en démontant la pseudo science des ayatollahs de l’économie " !
En fait, dans la cinquième de couverture de l’ouvrage, dont on sait qu’en général elle est rédigée par l’auteur lui-même, on lit : " Le scientifique Jacquard démonte la pseudo science des ayatollahs de l’économie ".

Il n’existe pas de label qui protège les économistes contre ceux qui font de l’économie sans l’avoir maîtrisée... contrairement aux médecins ou aux juristes qui peuvent interdire à d’autres l’exercice de leur profession s’ils n’ont pas obtenu les diplômes validant leur connaissance et leur compétence dans ce domaine, sous le prétexte que ces gens pourraient commettre des fautes entraînant de graves dommages à ceux qu’ils soignent ou qu’ils conseillent.

Petitio Principii

Cet argument est utilisé quand la conclusion est déjà implicitement contenue dans la prémisse : c’est le raisonnement circulaire .
Étudions la conversation suivante : " La redistribution des revenus est une bonne chose - pourquoi pensez-vous cela ? - parce que tous les bons économistes l’affirment - mais pourquoi les considérez vous comme de bons économistes ? - parce qu’ils sont pour la redistribution des revenus ! ".
Toutefois, il ne faut pas confondre le raisonnement circulaire avec un enchaînement de causes. Le raisonnement suivant est, par exemple, parfaitement correct : " Les prix montent parce que les salaires augmentent - Les salaires augmentent parce que les prix montent ".

Non causa pro causa ou post hoc ergo propter hoc

Ce sont lesfausses causes . Elles consistent à confondre l’effet avec la cause ou à identifier X comme cause de Y parce que l’élément X est placé avant Y.
" La balance des paiements est en déficit. Le gouvernement pratique une déflation qui réduit le revenu et augmente le chômage. Peu de temps après, la balance des paiements devient excédentaire. Cette politique de déflation est donc efficace. " Ne nous laissons pas abuser, une dévaluation et l’adoption d’un système de changes flottants sont des moyens alternatifs pour réduire le déficit sans impliquer de déflation ni de chômage !

Plurium Interrogationum.

C’est le principe de la question complexe . Elle ferme l’argument en posant une question sur la base d’une réponse à une question préalable et, en général, masquée.
A la question " Avez -vous arrêté de battre votre enfant? " Si vous dîtes non, c’est que vous continuez à le faire, si vous répondez par l’affirmative, c’est qu’effectivement vous le battiez !
Ceci peut être une plaisanterie, mais prenez l’argument que vous opposerez au PDG de Peugeot lors d’un prochain débat à la télévision : "Est-ce que la pollution dans les villes, qui entraîne de nombreux morts chaque année et dont vous êtes à l’origine avec votre parc automobile diesel, accroît ou diminue vos profits?"

3.2.3 Les sophismes d’ambiguïté

Le concept volé

L’exemple le plus connu de ce type de sophisme d’ambiguïté est la phrase célèbre de Proudhon : " la propriété c’est le vol ". En effet le mot vol ne peut prendre de signification que si le concept de propriété a été défini. Voler signifie justement prendre la propriété de quelqu’un sans son consentement. Là où il n’y a pas de propriété, il ne peut y avoir de vol. Il y a ici une contradiction interne. Utiliser le mot vol en niant le concept de propriété revient à utiliser un concept- la notion de vol- tandis que l’on ignore ou nie la validité du concept sur lequel il est fondé-la notion de propriété-. Cet acte intellectuel s’appelle un vol de concept. Ce sophisme est plus fréquent que vous ne le pensez.

La fausse dichotomie

Les prémisses de l'argument sont fausses.Ainsi ou vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous, vous n'êtes pas avec nous, vous êtes donc contre nous. La première prémisse est fausse. Il peut exister une troisième option. Ou vous êtes socialiste ou vous êtes de droite, vous êtes de droite, donc vous n'êtes pas socialiste.Mais vous pouvez être un libéral. On rencontre aussi ce genre d'argument à propos de la méthode scientifique. Ou vous testez vos théories et vous êtes scientifique ou vous ne les tester pas et vous n'êtes pas un scientifique. Vous ne testez pas vos théories donc vous n'êtes pas un scientifique. Nombreux sont les économistes qui se font piéger par ce sophisme. La prémisse qui est fausse est celle qui prétend identifier le travail scientifique avec une méthodologie particulière : le positivisme.

L’équivoque

C’est ce qui arrive lorsqu’un mot ou une expression change de sens au cours de l’argument.

Prenons deux exemples :
Le bonheur est la fin de la vie
La fin de la vie est la mort
__________________
Donc, le bonheur est la mort
La moitié d’un pain est mieux que rien
Rien n’est pas mieux que la santé
__________________________
Donc, la moitié d’un pain est mieux que la santé

L’amphibologie

Il s’agit souvent d’une phrase à double sens ou imparfaitement construite.
Dans le petit Larousse, l’exemple suivant est présenté : " Je porte des bonbons à mes enfants qui sont dans la poche de mon vêtement " Qui est dans ma poche : les enfants ou les bonbons ?

L’accent mal placé, le rythme, l’allitération, la rime

Mettre l’accent sur l’un des mots de la phrase plutôt que sur un autre peut en changer le sens.
Par exemple :
" Allumez votre cigarette " (sans accent) : c’est une instruction
" Allumez votre cigarette " : au lieu d’allumer la lampe
" Allumez votre cigarette " : au lieu d’allumer celle de votre voisin
" Allumez votre cigarette " : au lieu de la mettre dans votre oreille
De la même façon, en rythmant la phrase ou en ajoutant une rime , on obtient des slogans :
" Boire ou conduire, il faut choisir "
" Des crédits pour l’école, pas pour les monopoles "
" Défense nationale, dépense nationale, démence nationale "

La Composition

Dans la composition, ce qui vaut pour les parties d’un tout vaut pour le tout .
Si chaque joueur est bon, alors l’équipe est bonne. Or, les Barbarians, qui comptent dans leurs rangs les meilleurs joueurs de rugby (en individuel) se font battre régulièrement par les équipes nationales.
Les économistes aiment beaucoup les paradoxes auxquels conduit ce type de sophisme. Prenons un ensemble d’individus qui regardent passer le défilé du 14 juillet. Si l’un d’entre eux se met sur la pointe des deux pieds pour mieux voir et que personne ne l’imite, il profitera effectivement mieux du spectacle. Mais si tous agissent de la même façon, personne ne verra mieux qu’avant et ils seront d’autant plus fatigués. De la même façon, les nouveaux étudiants qui observent les revenus importants de leurs aînés spécialisés en finance, se précipitent dans cette filière, mais une fois leurs études terminées, ils se retrouvent avec un niveau de vie peu différent de celui de ceux qui n’ont pas suivi cette voie.
En réalité, ces deux paradoxes résultent fondamentalement d’un défaut de coordination. Il n’est pas difficile, en effet, de construire des estrades ou de vendre des périscopes pour permettre à chaque individu de voir le défilé. D’autre part, l’instauration d’une sélection à l’entrée de la filière finance mettra en échec le paradoxe des étudiants
Les Keynésiens des années 1968 ont utilisé abusivement ce paradoxe dans leurs manuels de cours sous le nom de "paradoxe de l’épargne ". Imaginons que les individus désirent tous accroître leur épargne ; ils restreindront donc leur consommation présente. Mais si le revenu de l’ensemble de la collectivité est déterminé par la consommation et l’investissement de tous, la chute de la consommation réduit ce revenu, ce qui diminue le montant total de l’épargne. Il est clair que ce paradoxe ne tient que parce qu’une hypothèse sous jacente n’est pas mentionnée : la hausse de l’épargne n’est pas compensée par une hausse de l’investissement, l’épargne et l’investissement seraient, dans ce schéma, insensibles aux prix, c’est-à-dire au taux d’intérêt, dont le rôle est justement de coordonner l’ensemble des comportements individuels pour éviter ce paradoxe !

La division

La division est l’opposé du sophisme de composition :on attribue aux parties les caractéristiques du tout .
L’équipe est bonne, donc chaque joueur de cette équipe est un bon élément.
Nous n’avons pas épuisé tous les sophismes, ni évoqué le rôle extrêmement important de l’ironie dans l’argumentation. Toutefois, cette liste constitue un échantillon représentatif des fautes de raisonnement que l’on trouve dans la plupart des discussions publiques, à la télévision ou ailleurs, y compris celles faites par des experts scientifiques !
Repérez-les et dévoilez-les publiquement pour les dominer et éviter ainsi les pièges rhétoriques de vos contradicteurs. Mais ne vous privez pas non plus de les utiliser pour déstabiliser vos adversaires !

 

3.3 Application : la rhétorique dans le débat sur le tabagisme.

Pour illustrer cette discussion sur les figures de rhétorique, examinons les arguments traditionnellement avancés au cours d’un débat sur la lutte antitabac. Celui-ci est intéressant en soi, car il peut se généraliser à toutes les industries susceptibles de vendre des produits nocif pour la santé.
Supposons que vous émettiez quelques réserves sur le bien-fondé de la lutte antitabac. Vos adversaires, convaincus de la nocivité du tabac, vous opposerons un certain nombre d’arguments et figures de rhétorique, comme par exemple :

1) Le tabagisme est une épidémie.
Établir que les maladies cardiaques ou les cancers du poumon ont pour cause la consommation de tabac est une chose, en arriver à développer une fausse analogie entre cette consommation et une épidémie, c’est-à-dire une maladie qui se propage comme un virus, constitue une faute de raisonnement volontaire et non scientifique de la part des médecins qui l’avancent.
En associant systématiquement la consommation de tabac à une épidémie, les tenants de cette opinion pourrons faire adopter plus facilement les mesures politiques correspondantes : cordon sanitaire, quarantaine (isolement des fumeurs et apartheid), désinfection (désintoxication, patch...), prévention (campagne de propagande antitabac, interdiction de la publicité pour le tabac, filtre, produits de tabac édulcorés)... en attendant la mise en place d’un vaccin obligatoire qui empêcherait les gens de fumer !
En réalité, le tabac n'est pas un virus, mais un produit dont on suspecte la dangerosité, au même titre que d'autres produits. Le tabac n'est pas une maladie, ni un vecteur d'épidémie, mais une consommation, un comportement volontaire des individus fumeurs.

2) Le tabac est une drogue.
La reconnaissance de l’accoutumance des fumeurs au tabac, puis l’assimilation aux drogues dures, constituent les deux éléments de la dernière figure de rhétorique en date, utilisée aux Etats Unis et en France, pour traiter de la nocivité de la cigarette. De ce fait, il faut interdire la consommation de tabac !
Ce raisonnement équivoque est erroné à deux niveaux. D’une part, le phénomène d'accoutumance n'est pas, en soi, une caractéristique essentielle justifiant l’assimilation du tabac à une drogue. Conduire une voiture présente aussi des phénomènes d'accoutumance, faut-il donc introduire cette activité dans la liste des drogues dures, d'autant plus que la mortalité par accidents de la route excède celle par consommation de drogue ? D’autre part, beaucoup de produit sont jugés dangereux (c’est le cas du poison) et ne présentent pas de phénomènes d'accoutumance, puisque leur utilisateur décède aux premières doses !
En réalité, si le tabac présente, peut-être, un phénomène d'accoutumance, ce n'est certainement pas un poison (on ne meurt pas après avoir consommé une cigarette), ni une drogue (les fumeurs ne confondent pas la fenêtre de leur bureau au 18ième étage avec la porte de pallier ou leur secrétaire avec un "squonk", ils ne meurent pas non plus d'overdose).

3) Vous défendez l’industrie du tabac car vous êtes payé par elle
Ce type d’argument est fait pour discréditer toute tentative de critique des chiffres présentés dans les débats, en faisant croire que la valeur de votre argument est liée à vos intérêts personnels. C'est une attaque ad hominem.
Vous pouvez aisément contrecarrer l’argument, en utilisant vous-même de cette figure de rhétorique : lorsque l’on est payé par des organismes qui financent vos recherches (l'ARC, la Sécurité Sociale ou le ministère de la santé publique) ou lorsque l'on travaille pour eux, l'objectivité de celui en charge de calculer la mortalité attribuable au tabac ou de celui qui prône les campagnes antitabac peut être, elle aussi, remise en cause ! Plus sérieusement, un argument se juge sur sa valeur scientifique et non sur son mode de financement.

4) Venez voir les malades atteints d'un cancer du poumon en phase terminale, vous serez édifié de la nocivité du tabac
Cet argument est souvent avancé pour dissuader les fumeurs de fumer et les automobilistes de conduire. C’est l’argumentum ad odium , qui revient à traiter les êtres humains comme des animaux qu’il faut dresser (pour empêcher les jeunes chiens de faire des dégâts dans le salon de leur maître, on leur met le nez dedans !). Il faudrait emmener les fumeurs dans les hôpitaux et les faire séjourner dans un service où les malades meurent de cancer du poumon, pour qu'ils se rendent compte de ce qu'ils risquent.
Mais, ce n'est pas un argument scientifique puisque, non seulement des non-fumeurs peuvent être atteints de cette maladie, mais aussi parce que beaucoup de fumeurs (94 sur 100) ne meurent pas d’un cancer.

5) Cela fait 40 ans que les épidémiologues travaillent sur ce sujet, vous pensez bien qu'ils ont tenu compte de vos critiques à propos de la clause du " toutes choses égales d'ailleurs " pour mesurer correctement l’impact du tabac sur la santé.
C'est un argument d'autorité , qui est, de plus, erroné, puisque les épidémiologues en question, Doll et Peto, qui ont découvert la relation statistique entre consommation de tabac et mortalité, refusent depuis 40 ans d'utiliser les techniques statistiques nouvelles inventées pour résoudre les difficultés de causalités multiples et rejettent les expérimentations. Or, quand les épidémiologues utilisent ces nouvelles méthodes, les résultats des tests économétriques sont souvent beaucoup plus nuancés que ceux avancés par les défenseurs antitabac... Peut-on ignorer leurs résultats ?

6) La communauté scientifique est entièrement d'accord et les chiffres sont indiscutables
C’est un argument ad populum. La communauté scientifique (celle des épidémiologues et non celle des médecins incompétents dans le domaine de la statistique et des méthodes quantitatives de cette discipline) serait unanime sur la nocivité du tabac... Par définition, les chiffres et les méthodes d’estimations sont discutables, c'est donc l'argument qui devient lui-même suspect !

7) Vous êtes un négationniste
Cet argument utilise l’équivoque et l’émotion. En faisant référence aux historiens qui nient l'existence des chambres à gaz, les détracteurs confondent les faits historiques (les chambres à gaz) et les hypothèses qu’il faut vérifier (l'impact de la consommation de tabac sur la mortalité). Dans ce cas, le nombre de morts par cancer du poumon (21000 par an) est observé, on ne conteste pas ce chiffre. Par contre, on peut contester que 90% de ces décès puissent être attribués au tabac!
Avec ce type d’argument, on réussit, d’une part, à faire croire que la nocivité du tabac est un fait historique indiscutable et, d’autre part, à assimiler son interlocuteur à un partisan de l’Allemagne nazie. Peu élégant, mais efficace à la télévision, surtout si l’animateur vous empêche de répondre à cette attaque personnelle !
Dans de tels débats télévisé assurez-vous de la neutralité de l’animateur de l’émission pour qu’il ne dirige pas les débats en les biaisant en votre défaveur. Ensuite, entourez-vous de vos étudiants les plus " activistes ", afin qu’ils exercent une pression psychologique sur l’auditoire et les autres intervenants (l’intimidation est toujours efficace). La situation vous sera d’autant plus favorable si l’un de vos partisans, dans le public, appartient à une catégorie sociale que les médias jugent injustement stigmatisés par le reste de la population (un homosexuel, un sans-abri, un immigré clandestin....) et intervient au bon moment pour vous soutenir (par contre, éviter de venir accompagné d’un pédophile, d’un drogué, d’un partisan de la secte Moon ou d’un "skin head avec son pitt bull ",... cela pourrait se retourner contre vous). Enfin, veillez à toujours avoir un compère parmi ceux qui débattent avec vous, vous éviterez ainsi d’être isolé intellectuellement au cours de l’émission. Si l’ensemble de ces conditions ne sont pas réunies, refusez de participer au débat !

 

3.4 La métaphore

Certains arguments se rapprochent beaucoup plus du discours poétique que du discours scientifique, grâce à un usage intensif d’une figure de rhétorique appelée la métaphore.

Par exemple, le prix Nobel G. Becker considère, dans ses travaux sur la fécondité, les enfants comme des biens durables (c’est-à-dire au même titre qu’un réfrigérateur). Il est, en effet, coûteux d’en acquérir, de les entretenir et de les réparer, mais ils vivent longtemps et peuvent rendre des années durant des services à leurs parents ! On remarquera tout de même des différences entre un enfant et un bien électroménager, l’enfant a des opinions, il est capable d’affection (et en est également demandeur), il se rebelle, puise dans votre compte en banque régulièrement et peut être ingrat. Mais cette métaphore lui permet d’expliquer très simplement la baisse de la fécondité et la relation en U entre le revenu et le nombre d’enfants par famille.

La notion d’équilibre de l’offre et de la demande est également une métaphore faisant référence, en physique, au mouvement d’une pomme dans un bol. Les mots "Statique et dynamique " sont empruntés directement de la mécanique théorique. De même, les termes de "Vitesse de circulation de la monnaie ", de "Compétition ", de " Main invisible ", de " Capital humain "... sont aussi empruntés à d’autres domaines et ont pour objet de faire sentir quelque chose au lecteur à propos d’un phénomène économique.

Il ne faut pas croire non plus que les gens compétents en économie mathématique n’usent pas d’allégories, de paraboles ou de métaphores. L’une des plus célèbres est celle du prix Nobel R. Solow. Pour estimer l’apport du progrès technique dans une économie il écrit : " (Dans ce cas), la fonction de production prend la forme particulière Q=A(t).f(K,L) et le facteur multiplicatif A(t) mesure l’effet cumulé des déplacements de la fonction au cours du temps ". La notion de fonction de production est une métaphore ; fabriquer du pain avec un compagnon ouvrier, un four, de la farine et un savoir-faire peut être représenté par une fonction mathématique où K est le four, L le travail de l’ouvrier et A le savoir faire. C’est une métonymie. En réalité, le symbole L est une analogie qui réduit l’effort, la peine, la sueur et l’attention de l’ouvrier une unité de temps de travail ; finalement A(t) n’est pas autre chose qu’un symbole qui exprime notre ignorance !

Enfin, la macroéconomie utilise aussi les métaphores les plus échevelées. Le tableau économique de Quesnay, un médecin, fondateur de la physiocratie, qui compare la circulation des richesses à celle du sang dans un organe humain, ou la célèbre machine construite par ingénieur en électricité Néo-Zélandais, du nom de Philipps, devenu économiste, qui représenta dans les années 1930, l’économie par une machine faite de tuyaux, de pompes, de robinets et qui fonctionnait comme une chaudière. Il devint célèbre en 1958 avec un article empirique démontrant l’existence d’une relation inverse entre le taux d’inflation et le taux de chômage! Relation qui a fait couler beaucoup d’encre.

La métaphore (ou analogie), joue un rôle essentiel dans le raisonnement (qu’il soit économique, juridique ou appartenant à n’importe quelle science dure). Elle est notamment d’une grande aide lorsqu’elle permet de comprendre des faits ou des implications jusqu’alors inexpliqués.

Toutefois, les métaphores ne réussissent pas toujours à persuader la communauté des scientifiques de la pertinence d’une explication. Ainsi, la métaphore organiciste est souvent rejetée, parce qu’elle induit les chercheurs en erreur ou obscurcit la compréhension des phénomènes étudiés au lieu de les éclairer. Ainsi :

" La France envoie ses porte-avions au large du détroit d'Ormuz pour protéger ses intérêts dans la région du Golfe persique. "

est une métaphore organiciste que nous avons déjà mentionnée dans un chapitre précédent. Reprenons ce qu’a dit l’historien P.T. Moon (1930) de l’université de Columbia lorsqu’il écrit sur l’impérialisme des États au XIX siècle.

" Le langage rend souvent opaque la vérité. Plus souvent qu’on le croit, nos yeux sont aveugles aux phénomènes des relations internationales par de simples artifices de la langue. Quand quelqu’un utilise la monosyllabe " France ", il pense que la France comme une unité, une entité. Quand il s’agit d’éviter une répétition, nous utilisons un pronom personnel en se référant au pays - quand par exemple nous disons-la France a envoyé ses troupes pour conquérir la Tunisie- nous imputons non seulement l’unité mais aussi la personnalité au pays. Les mots mêmes cachent les phénomènes et font des relations internationales un drame glorieux dans lequel des nations personnalisées sont des acteurs, et on oublie trop facilement la chair et le sang des hommes et des femmes qui sont les véritables acteurs. Combien cela serait différent si l’on avait pas de mot tel que la -France-, et si on devait dire au lieu - 38 millions d’hommes de femmes et d’enfants aux intérêts et aux croyances les plus divers, habitant un territoire de 218 000 miles au carré ! Alors on devrait décrire plus précisément l’expédition de Tunis de la façon suivante : - un petit nombre des 38 millions de personnes ont envoyé 30 000 autres personnes pour conquérir Tunis- Cette façon d’écrire suggère un question, ou plutôt une série de questions. Qui est le petit nombre ? Pourquoi envoie-t-il 30 000 personnes à Tunis ? Et pourquoi obéissent-ils ? "

Comme le souligne P.T. Moon à propos de l'expédition française de Tunis, si nous n'avions pas de mot tel que la France, alors on pourrait décrire plus correctement l'expédition au détroit d'Ormuz. Une petite poignée d'hommes, les membres du gouvernement, a envoyé un corps expéditionnaire composé de milliers d'hommes dans ce détroit. Cette manière de poser les faits suggère des questions différentes.

Qui est la poignée d'hommes? Pourquoi a-t-on envoyé un corps expéditionnaire? De quels intérêts s'agit-il?
Une erreur semblable est souvent commise à propos du marché. Taxer le marché " d'impersonnel " ou le capitalisme de sauvage n’a pas de sens. Le marché n'étant pas une personne consciente, il ne peut donc qu'être impersonnel ! Le capitalisme n’étant pas une personne, les capitalistes sont peut-être des sauvages, mais le capitalisme ne peut pas l’être. Les ouvriers se plaignent souvent que le marché ne leur accorde pas les salaires qu’ils méritent. Si le marché ne paie pas assez les ouvriers, la réalité concrète dont se plaignent ces ouvriers, c'est que les employeurs Jean ou Sophie ne sont pas prêts à payer la somme qu'ils demandent.

Enfin, une métaphore ne doit pas être prise au pied de la lettre ; l’enfant n’est pas un bien durable même si on l’analyse comme tel et si l’économie pouvait être représentée et simulée par une machine, comme le suggère Philipps, le gouvernement demanderait conseil à des mécaniciens et /ou des ingénieurs au lieu de s’entourer d’un groupe d’experts en économie !

 

Questions d'évaluation

Question 1

Lisez attentivement ce passage du livre de Viviane Forrester (L'horreur économique, 1996, Fayard, p.70-71) et faites-en un commentaire.
Viviane Forrester est critique littéraire au Monde et membre du jury Fémina.. Cet ouvrage a reçu le prix Médicis (section-essai).
" Nous vivons au sein d'un leurre magistral, d'un monde disparu que nous nous acharnons à ne pas reconnaître comme tel, et que des politiques artificielles tentent de perpétuer. Des millions de destins ravagés, anéantis par cet anachronisme dû à des stratagèmes opiniâtres destinés à donner pour impérissable notre tabou le plus sacré : le travail. Cette fraude générale nous contraint à préserver un reste de société caduque, de telle façon qu'un nouveau type de civilisation puisse se mettre en place subrepticement, où seule une fraction très limitée de la population mondiale remplira des fonctions utiles. L'extinction du travail passe pour une simple éclipse, alors que, pour la première fois de l'Histoire, l'ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire au petit nombre qui façonne l'économie et exerce le pouvoir"

Question 2

Identifier les sophismes :" Un flic tue et ne va pas en prison. Nous on vole une voiture et on meurt "

Question 3

Commenter les phrases suivantes :
a) Personne n'a conquis le monde. Donc, ce n'est pas vrai que quelqu'un a conquis le monde.
b) Toutes les bonnes choses ont une fin. Une dictature n'est pas une bonne chose. Donc, quelques dictatures perdurent.
c) Les gens qui ont du goût préfèrent le Bordeaux au Beaujolais. Vous devez boire du Bordeaux.
d) Les gens qui ont du goût préfèrent le Bordeaux. J'ai du goût. Donc je préfère le Bordeaux.

Question 4

L'argument suivant est incohérent. Vrai faux ou incertain ?
Si un spéculateur peut prédire les prix futurs, Richard le peut.
Personne ne peut prédire les prix futurs.
_____________________________
Donc, Richard ne peut prédire les prix futurs.

Question 5

Evaluer l'argument suivant :

"Il existe un certain nombre x qui est plus grand que tous les autres nombre, donc il existe un nombre qui est plus grand que lui même."

 

Chapitre 3

SOMMAIRE

SECTION 1 La logique

3.1.1 Les éléments d’un argument

3.1.2 La nature des inférences

SECTION 2 Les sophismes

3.2.1 Les sophismes inductifs

3.2.2 Les sophismes de pertinence

3.2.3 Les sophismes d’ambiguïté

SECTION 3 Application : la rhétorique dans le débat sur le tabagisme

SECTION 4 La métaphore

Questions d'évaluation

 

La Rhétorique

Aristote

chapitre premier

 

 

 

Un syllogisme est cohérent lorsque : la prémisse classificatoire affirme l'antécédent de la proposition conditionnelle et la conclusion affirme le conséquent.
La prémisse classificatoire nie le conséquent de la proposition conditionnelle, alors la conclusion nie l'antécédent.

 

 

Résumé

1. Un argument est une tentative de montrer quelque chose en apportant une évidence en sa faveur. Plus techniquement, c’est une série de propositions qui se suivent. La proposition que l’on veut démontrer est la conclusion et les propositions à partir desquelles on infère la conclusion s’appellent les prémisses.

2. On distingue trois formes de syllogismes : les propositions classificatoires, disjonctives et hypothétiques.

3. Dans un syllogisme hypothétique mixte, pour que l’implication soit toujours vraie, lorsque la prémisse classificatoire nie le conséquent de la proposition conditionnelle, la conclusion doit nier l’antécédent. Lorsque la proposition classificatoire affirme l’antécédent, la conclusion doit affirmer le conséquent. Dans tous les autres cas, il y a une faute de raisonnement.

4. Une inférence déductive est un "Bon" argument si elle est, à la fois, cohérente et si ses prémisses sont "Vraies".

5. Le raisonnement inductif présuppose une régularité, une uniformité ou une répétition des événements observés. Or, on ne peut passer de la prémisse mineure à la prémisse majeure ; tous les faits observés même les plus réguliers ou les plus uniformes ne peuvent servir de preuve pour établir la véracité de la prémisse majeure.

6. Les sophismes sont des fautes informelles de raisonnement. On distingue les sophismes inductifs, de pertinence et d’ambiguïté.

7. Une métaphore a le pouvoir d’amener deux phénomènes distincts dans une relation cognitive et émotionnelle, en utilisant un langage approprié pour l’un du point de vue de l’autre.

 

 

 

Lectures Conseillées

F. Bastiat , 1846,Les sophismes économiques

J.Bremond, J. F. Couet et M. M. Salort 1996Les pièges de l'argumentation en Economie , Editions LIRIS

D. McCloskey , 1986,The Rethorics of Economics , Harvester Press

E. Miller , 1987,Questions that Matter , MacGraw-Hill (chapitre 2)

J. de Nolt et D. Rohatyn , 1988,Theory and Problems of Logic, Schaum’s outline series;

M.Spirie , 1985,The Book of Fallacy : a training manual for intellectual subversive , Routlegde and Kegan London

I. M. T. Stewart , 1979,Reasoning and Method in Economics , McGraw-Hill London

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