Accueil
Vidéo conférences
 
Autres universes
Curriculum Vitae
 
Voir Panier
Connection client :
   
 
Nouveau compte ?
 
Evènements à la une
Le service civil obligatoire
Vive le réchauffement climatique
80 km/h sur les routes départementales
Le combat intellectuel contre la pensée libérale à l'université
Le déclin des Etats Nations
 
Recherche
 
Nous contacter
Liens
Plan du site
 
 
  
 
Powered by
BWM Mediasoft
Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
de la démocratie
 
La démocratie comme principe de competition politique
par Bertrand lemennicier

Un État est, par définition, une institution qui peut légitimement utiliser la violence pour parvenir à ses fins et en détient le monopole sur un territoire donné. Cette définition, due à Max Weber, permet de distinguer cette organisation de toutes les autres dans la société.

Cette double caractéristique distingue l'État d'associations criminelles comme la Mafia et d'institutions telles que la firme ou la famille : ces deux dernières utilisent en effet rarement la violence pour arriver à leurs fins et la Mafia ne détient pas le monopole de la violence "illégitime" sur un territoire donné.

Pour la plupart des économistes l'État n'a d'autres fins que celles des membres qui le composent. Il ne possède aucune réalité indépendante des individus, qui sont les seuls à être souverains et à détenir le pouvoir d'agir, pouvoir qu'ils peuvent d'ailleurs déléguer à des représentants organisés en factions politiques. L'État est alors un instrument permettant à l'individu de poursuivre ses fins privées par d'autres voies que l'échange volontaire.

Les théories mystiques et organicistes de l'État abondent et s'opposent à la démarche de cette section. Selon elles, l'État existe indépendamment des citoyens qui le composent. Cette conviction est renforcée par le fait que de nombreux hommes politiques parlent en son nom et évoquent la raison d'État, comme si l'État était un être doué de raison. Il est souvent considéré, par exemple chez E. Durkheim, comme un organe de réflexion et un instrument rationnel chargé de réaliser l'intérêt général, constituant ainsi un centre de décisions autonome qui agit au nom de la collectivité comprise comme un tout. C'est une entité transcendante, dotée d'un pouvoir suprême unique et cohérent, avec un système de valeurs propre. Cette entité située, au-delà des individus, se lance souvent dans des actes qui exigent omniscience, omnipotence, et bénévolat. Mais qui peut être omniscient, omnipotent et bénévole, si ce n'est la somme de toutes les perfections, Dieu lui-même. La croyance de nos contemporains dans la toute puissance de l'Etat et des hommes qui parlent en son nom tient plus d'une croyance religieuse que d'une réflexion rationnelle.

La détention de ce monopole de la violence  légitime Ÿ sur un territoire est extrêmement convoitée par les individus. Ces derniers, de tout temps, sont entrés en compétition entre eux pour s'en emparer la plupart du temps par la violence et le sang.
La démocratie politique contemporaine est alors une forme particulière de compétition entre des hommes pour exercer et contrôler l'usage du monopole de la contrainte sur un territoire donné qui s'inscrit comme pour la compétition économique dans un cadre légal où la violence est normalement bannie. Cette compétition s'exerce dans un cadre institutionnel où l'Etat n'a aucune limite à son pouvoir de coercition. Il peut nationaliser, exproprier, réglementer. Il peut dépenser comme il veut l'argent collecté par l'impôt, mettre n'importe quelle taxe et taxer à n'importe quel niveau. La seule contrainte qu'il a est de maintenir les libertés  politiques Ÿ c'est-à-dire la démocratie ! Un gouvernement est alors démocratique lorsque les conditions suivantes sont remplies :

1) un parti ( ou une coalition de partis) est choisi par les citoyens pour contrôler et exercer le monopole de la coercition sur le territoire
2) les élections sont tenues périodiquement et ne peuvent être modifiées arbitrairement par le pouvoir en place
3) tous les individus sains d'esprit sont éligibles au vote
4) chaque individu dispose d'un seul droit de vote
5) le parti qui obtient la majorité des votes est en droit de contrôler l'usage du monopole de la coercition jusqu'à la prochaine échéance électorale
6) les partis perdants ne peuvent par la force empêcher le parti au pouvoir d'exercer ce contrôle
7) le parti au pouvoir ne peut empêcher les partis d'opposition d'exercer leurs activités tant que celles-ci ne consistent pas à utiliser la force pour éliminer le parti au pouvoir
8) Il existe deux ou plusieurs partis en compétition pour contrôler le monopole de la coercition

Cette hypothèse faite par Anthony Downs , qui est l'auteur de référence en la matière, permet de capturer les traits essentiels du régime politique dans lequel nous vivons et qu'il est crucial de comprendre.

Les partis ( ou les factions) politiques sont comme des firmes qui entrent en compétition, non pas pour maximiser le profit, mais pour maximiser les votes et prendre le pouvoir dès qu'ils en ont capté un nombre suffisant pour avoir la majorité.
Cette analogie entre compétition économique et politique est due en premier à J.Schumpeter puis à G.Becker . Les firmes offrent des biens et des services, à un prix donné, aux consommateurs. Les partis politiques quant à eux offrent aux citoyens des programmes de gouvernement qui, en termes d'impôts, ont un certain coût. Les firmes font des profits en offrant aux consommateurs ce qu'ils désirent. Les partis politiques le font en proposant aux citoyens les lois et les règlements qu'ils souhaitent. La démocratie devrait être au monde politique ce qu'est le marché libre à l'économie : il n'y a que la compétition qui puisse pousser les firmes à donner satisfaction aux consommateurs et les hommes politiques à contenter les citoyens. Sur un marché compétitif, les firmes qui n'exaucent pas les voeux des consommateurs font faillites et quittent le marché. Dans une démocratie majoritaire idéale (ou idéelle), la compétition chasse les partis politiques qui ne répondent pas aux attentes des citoyens.

Cette analogie ne peut cependant être poussée plus loin.
Il existe une différence radicale entre le marché et la démocratie politique : les biens et les services achetés sur un marché apportent une satisfaction positive ou négative à celui qui achète, mais laissent inchangée la satisfaction de celui qui n'achète pas. Au contraire, dans un système démocratique, le programme de gouvernement offert affecte positivement la satisfaction des uns et négativement celle des autres: les lois, les prélèvements fiscaux et règlements s'appliquent en effet à tous sur un territoire donné.

Il convient donc développer une autre approche. La plus adaptée est celle du marché des gérants ou des dirigeants d'entreprises. Les actionnaires, les membres du conseil d'administration, les citoyens ou les clients d'une agence de protection doivent choisir parmi leurs membres une équipe dont la tâche sera de gérer, dans un cas, l'entreprise, dans l'autre, l'usage de la contrainte. La question cruciale est la suivante : comment contrôler les dirigeants s'ils mènent une politique différente de celle souhaitée par le conseil d'administration ou les actionnaires? La solution semble être la compétition entre ces équipes dirigeantes.
La démocratie est donc un système de vote majoritaire dans lequel chaque citoyen dispose d'un vote avec lequel il peut choisir ses représentants qui décident à sa place des politiques à mener. Ce système de délégation d'autorité soulève un grand nombre de problèmes et est loin d'emporter l'adhésion de tous.

Majorité ou super majorité
Les citoyens contrôlent leurs délégués et leurs représentants par un vote majoritaire au moment du renouvellement de leur mandat, au cours d'élections dont on fixe la fréquence à l'avance. Par définition le vote majoritaire donne le ton,  les personnes qui veulent entendre une autre mélodie doivent émigrer Ÿ nous rappelle opportunément Harold Demsetz .

Contrairement aux actionnaires d'une entreprise le droit de vote est inaliénable. Il est impossible de le vendre et donc de capitaliser la valeur des décisions prises. Les citoyens se voient donc privés d'un moyen efficace de contrôle de leurs dirigeants politiques. La décision des citoyens actionnaires est prise à la majorité et non pas à l'unanimité. Il est clair que l'absence d'unanimité, et donc de consentement à la décision prise par l'ensemble des citoyens, est à la source des imperfections de la démocratie. En effet, l'usage de la contrainte publique s'applique à tous sur le territoire où elle est exercée. Comme nous l'avons précisé elle s'impose même à ceux qui sont en désaccord avec l'usage qui va en être fait. Cette caractéristique de la violence politique liée au monopole et à l'impossibilité de vendre son vote pour obtenir un dédommagement du coût qui résulte de cette externalité engendre une frustration permanente.

Si les citoyens actionnaires exigent l'unanimité ceux qui sont en faveur de l'usage de la contrainte publique pour régler un problème particulier vont supporter un coût de décision extrêmement élevé. Ce coût est constitué essentiellement par le temps qu'il va falloir consacrer aux individus supplémentaires qui participent à la décision pour obtenir leur consentement et par les inconvénients ou les pertes de gains attendus à prolonger l'absence de décision.. Ce coût s'élève avec le nombre de participants à la décision. On devine que ce coût peut être infini lorsqu'il s'agit d'atteindre l'unanimité.

Paradoxalement, ce coût peut être réduit à zéro si un seul individu prend la décision : un dictateur. Ce coût n'est cependant pas nul car un individu, même seul pour prendre une décision, peut être indécis. En revanche, une fois la décision prise, elle s'impose au reste de la population (y compris à ceux qui ne sont pas concernés par les conséquences de la décision). Les préférences des individus composant la population ne sont pas prises en compte. Ils ne peuvent objecter ou exprimer leur propre opinion sur la décision qui les concerne. C'est l'externalité liée au monopole.

Le coût de cette non prise en compte des préférences d'autrui est le plus élevé possible lorsqu'une seule personne prend la décision au lieu et place de tous. En revanche, si tous les individus concernés prennent part à la décision ce coût tend vers zéro. C'est ainsi que J.Buchanan et G.Tullock vont justifier l'émergence des règles de majorités simple ou qualifiée.

Reportons-nous au graphique suivant où l'on porte sur l'axe horizontal le nombre de participants à la décision collective et sur l'axe vertical le coût attendu de la décision. Le coût de prendre la décision à plusieurs est une fonction croissante du nombre de participants, en revanche le coût lié à l'externatlité qui consiste à imposer ses préférences à autrui diminue avec le nombre de participants. Le coût total prend la forme d'une courbe en U. Le coût minimal de prendre une décision collective est atteint quelque part entre l'unanimité et la dictature d'un seul. D'où l'idée d'une prise de décision à la majorité simple pour prendre les décisions collectives.

Optimalité de la règle majoritaire
On remarquera qu'une super majorité peut naître de cet arbitrage entre ces deux types coûts pour prendre une décision collective. Si le coût d'opportunité augmente selon la nature de la décision ( on vote pour décider d'exclure de la communauté : les rouquins, les homosexuels et les noirs), il va de soi que le nombre de personnes requis pour prendre la décision excédera la majorité simple si les rouquins, les homosexuels et les noirs votent. La courbe du coût d'opportunité à ne pas être représenté dans la décision se déplace vers la droite augmentant le nombre minimal de personnes dont il faut le consentement pour faire passer la décision. Nous avons alors ce que l'on appelle une super majorité.
Cependant cela ne fonctionne pas en sens inverse. Si le nombre minimal de personnes requises, pour prendre la décision, est inférieur à une majorité simple, les décisions deviennent incohérentes. On impose alors la contrainte que dans tous les cas le nombre de personnes dont il faut le consentement ne peut être inférieur à la majorité simple.

On peut contraster cette prise de décision à la majorité avec l'échange volontaire. Dans un échange deux à deux, le coût de prendre une décision certes existe mais il est vite circonvenu par le prix que l'on propose à son partenaire pour obtenir son consentement. Par ailleurs la décision n'affecte que les parties en cause. Si cette décision affecte des tiers, les échangistes sont tenus pour responsable des dommages causés à autrui. Leur intérêt est d'éviter que des tiers soient concernés en bien ou en mal par les effets de leurs décisions conjointes. En revanche, dans une décision  collective Ÿ où l'on ne peut acheter légalement le consentement d'autrui, il faudra du temps pour emporter l'adhésion des autres et si cette décision cause des dommages à des tiers non participants à la décision, ces derniers ne sont pas tenus pour responsables puisque la décision est collective!
Si le vote majoritaire résout certains problèmes, il en soulève toute une série qui explique très simplement le désarroi des électeurs qui de plus en plus renoncent à voter.


Les lois d'airain du vote majoritaire.

Le vote n'est pas divisible : un grand nombre de programmes proposés par les partis sont en fait des paniers de politiques. L'électeur ne peut voter pour plusieurs partis sous prétexte que chacun d'entre eux fait des propositions qui lui conviennent : son vote sera considéré comme nul. On pourrait imaginer une séparation des pouvoirs tels qu'il existe une chambre séparée pour par exemple décider du montant des impôts, une autre pour décider des dépenses liées à la police, une troisième pour redistribuer les revenus vers les pauvres etc. Dans un tel cas chaque parti propose un programme devant chaque chambre qu'il mettra en oeuvre s'il obtient la majorité dans la chambre. L'électeur peut alors voter simultanément pour les partis de droite devant une chambre et un parti de gauche dans une autre. Les votes deviennent divisibles.

L'électeur est rationnellement irrationnel.
Souvenez-vous de la définition de la rationalité : comparer les alternatives et être cohérent dans ses choix. Le gain attendu à comparer les alternatives entre le programme de J.Chirac et celui de L.Jospin, deux prétendants parmi d'autres, à la présidentielle de 2002 dépend de la probabilité avec laquelle chacun par son vote peut influencer le résultat du vote d'une part et d'autre part de la comparaison des politiques ou programmes proposés par chaque candidat avec leurs implications sur la vie future de l'électeur. S'informer sur le programme présente un coût : il faut passer du temps à lire les programmes et à comprendre les conséquences attendues dans le futur sur sa propre vie. Le gain d'utilité attendu en votant pour un candidat au pouvoir ou en votant pour son opposant est difficile a estimer déjà pour le passé. En effet, qu'aurait fait le candidat qui est dans l'opposition s'il avait été au pouvoir comparé à ce que réalise le candidat qui le détient actuellement? Nul ne le sait Or c'est sur cette base d'un environnement identique que l'on peut se forger une opinion sur la valeur des deux candidats ou partis. Cette estimation est encore plus radicalement difficile à obtenir parce que le lien entre le vote et les conséquences du vote ne sont pas directes. Ensuite, il faut aller voter. Cela prend du temps.
Les gens votent rationnellement si le gain attendu excède le coût. Or, la probabilité que le vote influence le résultat des élections est proche de zéro, les gains attendus sont difficilement évalués, comme il en coûte aussi d'aller voter, il est irrationnel de voter rationnellement mais aussi d'aller voter ! D'une part on s'attend à des taux d'abstention très élevés et d'autre part si les électeurs votent, cela signifierait que leurs comportements, en tant qu'électeur, seraient soumis aux passions ou à la vertu du devoir civique mais pas a un calcul rationnel.

Lorsque vous achetez un produit sur un marché, vous êtes sûr d'obtenir ce que vous voulez. Vous pouvez mesurer aisément la satisfaction que vous pouvez en tirer. Vous ne payez pas pour les produits que vous n'avez pas achetés et si vous y mettez le prix, on tiendra compte de vos préférences.

En démocratie, il n'existe rien de tel : même si l'enjeu des élections est tel que l'électeur pense que cela affectera ses ressources, la probabilité pour que son vote, donc ses préférences, modifie le résultat en sa faveur est tellement négligeable que l'espérance de gain attendu du vote est nulle. Si le coût d'opportunité du vote est élevé, il s'abstient.

Il n'est donc pas étonnant que les citoyens se montrent peu disposés à s'informer sur les candidats ou à chercher à comprendre les effets des politiques proposées par les candidats. Ils ne sanctionnent même pas les candidats qui se sont révélés être corrompus ou peu compétents, comme ce fut le cas en Grèce. Cette ignorance rationnelle contraste singulièrement avec le comportement du même individu sur le marché et explique l'importance des médias et de la publicité pour les partis ou les hommes politiques, ainsi que le rôle important joué par l'idéologie, la passion, l'émotion et l'irrationalité dans le résultat des votes.


Les préférences qui s'imposent sont celles de l'électeur médian
Portons sur l'axe des abscisses le montant, en %, du PIB que l'on veut consacrer aux dépenses de redistribution, et sur celui des ordonnées l'utilité obtenue du montant redistribué. Le montant qui s'impose est celui de l'électeur Pierre l'individu médian, puisque toute redistribution qui s'éloigne de sa préférence maximale trouve une coalition majoritaire qui lui permet d'imposer ses goûts, comme le suggère la figure suivante :

La dictature de l'électeur médian
En fait les procédures de vote impliquent la dictature d'un électeur : l'électeur médian. S'il y a des majorités qualifiées ce sera l'électeur marginal au seuil de qualification. Il est important de faire la remarque suivante : les préférences de l'électeur médian sont dépendantes très directement de qui a le droit de vote. Imaginez que seuls les enfants de 7 à 17 ans aient le droit de vote. L'électeur médian est un enfant scolarisé dont l'intérêt est de ne pas faire l'école, il votera pour toute loi qui supprime la scolarité obligatoire. Prenons maintenant une autre règle seuls les hommes ont le droit de voter. L'électeur médian votera pour l'ouverture des maisons closes ou pour des lois qui contraignent les femmes a rester au foyer. Maintenant imaginez que seules les femmes ont le droit de vote. Que préfèrera l'électrice située à la médiane ? Que l'on subventionne le travail féminin et que l'on supprime les maisons closes. Mais n'oubliez pas que l'électeur médian aujourd'hui est justement une femme d'âge mûre. On pourrait aussi exiger un suffrage vraiment universel, les étrangers ont le droit de vote même lorsqu'ils ne résident pas sur le territoire. L'électeur médian est alors un musulman ou un chinois, il estimera que les occidentaux ont des moeurs intolérables et sont trop riches. Il imposera le tchador aux femmes et exigera de vivre aux dépens des occidentaux en les taxant de manière significative. L'ouvrier français verra alors ses impôts nourrir un indien pakistanais ou un asiatique. La question de qui a le droit de vote (nous sommes toujours dans un régime de vote censitaire puisque les étrangers vivants sur notre sol n'ont pas le droit de vote) est essentielle pour déterminer le profil de l'électeur médian car c'est lui qui dicte aux autres ses préférences.

On pourrait imaginer que seuls les propriétaires d'un terrain ou d'un appartement ou une maison votent. Dans ce dernier cas non seulement l'électeur médian a un profil particulier (il n'est pas jeune, il épargne et il manifeste une préférence pour une implantation longue dans la région où il s'installe), mais on ajoute un lien direct entre les conséquences de son vote qui se capitalisent dans la valeur de sa propriété.

Le principe de l'électeur médian empêche l'amélioration du bien être de tous.
Prenons trois individus, un riche égoïste, un riche altruiste et un pauvre. Le riche égoïste, de même que le riche altruiste, ont une contrainte de budget identique. Le pauvre est sans ressources. Tous décident à la majorité de consacrer le montant des impôts prélevés, soit aux dépenses de police pour protéger les droits de propriété des riches, soit à la redistribution des revenus vers les pauvres. Le pauvre ne tire guère d'utilité des dépenses de police puisqu'il n'a rien à protéger. Le riche égoïste ne tire pas beaucoup d'utilité de la redistribution des revenus vers les pauvres. En revanche, le riche altruiste désire dépenser une fraction des impôts dans la protection de ses droits de propriété et dans la redistribution des revenus. Reportons-nous au graphique suivant :
la règle majoritaire n'est pas Pareto Optimale

Compte tenu des préférences, les combinaisons des dépenses de police et de la redistribution des revenus qui améliorent l'utilité de tous, sans diminuer pour autant l'utilité d'aucun d'entre eux, sont celles représentées par les points dans le triangle abc. Partons de la combinaison d. On maintient constant l'utilité du riche égoïste au niveau de d. En se déplaçant le long de la courbe d'indifférence du riche égoïste le long du segment dP de la courbe, on améliore l'utilité du pauvre et du riche altruiste sans diminuer celle du riche égoïste. Au-delà de P on augmente l'utilité du riche altruiste sans diminuer l'utilité du riche égoïste mais en revanche, on diminue celle du pauvre. Le point P est semble-t-il Pareto optimal. Mais la démocratie offre cependant au pauvre la possibilité de se coaliser avec le riche altruiste pour atteindre un point sur le segment ab qui améliore l'utilité du pauvre et du riche au détriment du riche égoïste.

Ce résultat est instable puisque le riche égoïste peut aussi négocier avec le pauvre pour atteindre la partie du segment ad ou les deux augmentent leur satisfaction au détriment du riche altruiste (point j sur le segment ad). En revanche, le principe du veto ou de l'unanimité (critère de Pareto) interdit un tel mouvement. La situation finale n'est donc pas Pareto optimale. Introduisons une contrainte de budget : la droite MN qui passe par l'optimum de Pareto. Les points i et j sont alors les points instables qui seront choisis par une coalition ou une autre. Cependant la contrainte de budget est celle de l'Etat et non celle d'un individu. La coalition  pauvre et riche altruiste Ÿ peut imposer un montant de dépenses de redistribution et de protection plus élevée que celle prévue par le budget initial. Le riche humaniste qui est en position d'électeur médian peut imposer son niveau maximum de satisfaction. Partons du point d jusqu'en d' ensuite suivons le segment d'j et à partir de j allons jusqu'en b. Dans ce cheminement de d en d' on augmente l'utilité de tous, de d' en j on augmente l'utilité des riches et on maintient constant celle du pauvre. A partir de j, le pauvre et le riche altruiste peuvent s'allier pour voter une combinaison qui excède le budget initial et atteindre un point proche de b sur le segment ib.

Abordons maintenant le comportement de l'homme politique. Ce dernier, lui aussi est rationnel et cherche à maximiser son utilité en faisant de la politique.

La poursuite des votes par le "politicien gérant"

La poursuite des votes est à l'homme politique ce que la poursuite du profit est à l'entrepreneur. Mais il n'est pas interdit à un homme politique d'avoir d'autres objectifs: il peut être charitable, rechercher la renommée, la richesse, le pouvoir, voire même l'intérêt public. Mais dans le domaine politique, sa survie est liée à sa capacité à être élu et réélu. Si un élu refuse, pour des raisons morales, de supporter un programme politique ou économique qui a la faveur des électeurs, il risque d'être remplacé par un concurrent dépourvu de telles préventions ou qui attache plus d'importance aux votes des électeurs qu'à la morale ou à l'efficacité économique. Cette course aux votes explique certaines caractéristiques du système démocratique.

Les élus cherchent à adopter des politiques qui permettent de contrôler les électeurs

Manipulation de l'électorat
Très souvent, un député a la possibilité directe de modifier son électorat en contrôlant à la marge les habitants de sa circonscription (par exemple, avec l'attribution de permis de construire, de licences aux entrepreneurs ou aux commerçants, ou de HLM...) et en manipulant les contours de sa circonscription : la possibilité de contrôler à la marge l'entrée des habitants sur un territoire donné permet en effet de transformer son électorat. Ainsi, déclarer insalubres des quartiers entiers et donner un permis de construire pour des immeubles de haut standing est une manière de modifier, à plus ou moins long terme, un électorat, car les futurs habitants de ces appartements luxueux ne voteront pas à gauche. A l'inverse, taxer fortement les propriétaires pour les chasser de la commune et construire des HLM dans lesquels s'installent des pauvres pourvus du droit de vote est aussi un moyen de fabriquer et de préserver un électorat. Mais la manipulation des votes passe aussi par celle des politiques budgétaire et monétaire.

Cycles politico-économiques
Puisque le succès aux élections d'un parti politique dépend de la popularité d'un gouvernement et que celle-ci dépend pour moitié des variations dans les performances économiques du moment et pour l'autre moitié des variations dans les performances politiques proprement dites. Il est alors tentant pour un gouvernement de manipuler la politique économique comme les coups politiques pour augmenter sa popularité au moment des élections. Il n'est pas toujours facile d'augmenter sa popularité en faisant des guerres ( La fameuse guerre des Malouines est un contre exemple) aussi est-il prudent pour un homme politique de pratiquer une politique de réduction artificiel du chômage 12 mois avant les élections par des dépenses publiques et des réductions d'impôts quitte, après un tel déficit, à pratiquer au début de l'autre législature une politique de réduction des déficits par un accroissement de l'impôt. Cette manipulation engendre des cycles de politiques économiques le fameux "stop and go" du parti travailliste anglais dans les années 60 à 80.

Les hommes politiques avantagent les groupes de pression particuliers
L'une des caractéristiques du système démocratique, par opposition au marché, réside dans le fait que le divorce entre ceux qui reçoivent des bénéfices et ceux qui paient, est une règle au lieu d'être l'exception.
Il est d'ailleurs amusant de voir des économistes parler, en présence d'externalités, de faillite du marché, sous prétexte que ceux qui bénéficient d'une action n'en supportent pas les coûts, et proposer simultanément, comme remède, l'intervention de l'État, une institution qui ne repose sur rien d'autre que sur le fait que ceux qui paient n'en tirent aucun bénéfice et que ceux qui les reçoivent n'en supportent pas le coût. L'État est, par définition, un producteur d'externalités.
Les bénéfices d'une action politique peuvent être concentrés sur un petit groupe d'individus et les coûts répartis sur un grand nombre d'électeurs. A l'inverse, les bénéfices peuvent être dispersés sur un grand nombre de gens et les coûts supportés par quelques-uns. Ainsi, une redistribution de revenus ou un tarif douanier profitent normalement à des groupes concentrés et les coûts sont pris en charge par un grand nombre d'individus. Représentons, dans le tableau suivant, toutes les situations possibles :
La zone 1 représente une dispersion à la fois des coûts et des gains. La zone 2 suggère une concentration des gains, mais une dispersion des coûts. La zone 3 montre que les bénéfices et les gains sont concentrés, pas nécessairement d'ailleurs sur les mêmes personnes. Enfin, la zone 4 fait apparaître des coûts concentrés et des gains dispersés. Normalement, la production de biens collectifs tombe dans la zone 1: tout le monde bénéficie et tout le monde paie. Lorsque les coûts et les bénéfices sont concentrés, zone 3, il est possible d'avoir des actions productives. Ainsi, la production de phares de bateaux, d'un pont ou d'une autoroute concerne un petit nombre d'individus, les armateurs, les automobilistes et les transporteurs routiers, qui bénéficient de ce bien produit par l'État, parviennent à trouver des hommes politiques pour en faire supporter le coût du bien lui-même aux utilisateurs: la démocratie simule le marché.
Malheureusement, dès que la concentration ou la dispersion des coûts diffère de celle des gains, zones 2 et 4, le système démocratique peut influencer l'adoption ou le refus des projets: il favorise notamment ceux qui concentrent les bénéfices et dispersent les coûts et refuse ceux qui concentrent les coûts et dispersent les bénéfices. L'intérêt d'un élu est de rechercher les votes des individus concernés par une mesure politique quelconque favorisant leurs intérêts privés et de leur offrir d'en disperser les coûts sur un grand nombre de personnes, en faisant passer cet intérêt privé pour un intérêt public. Servir les intérêts d'un public très large et peu intéressé ne rapporte donc pas de votes supplémentaires. L'homme politique doit, s'il veut survivre, servir les intérêts privés de groupes désireux d'user de la contrainte publique à leur avantage, ce qui lui permet, par ailleurs, de générer des fonds destinés au financement de sa campagne électorale. De telles actions sont néfastes pour l'ensemble de la collectivité. Ainsi, payer certains produits agricoles au-dessus du prix du marché en subventionnant le paysan pour qu'il produise moins, revient à réduire la production, élever le prix et augmenter l'impôt! Or, le parlement poursuit sans relâche une telle politique. La raison en est que ce programme redistribue des sommes considérables à un petit groupe, les paysans. Le consommateur et le contribuable paient en effet une somme si modeste, par exemple 10 francs par an, qu'ils ne vont pas dépenser du temps et de l'argent à vérifier la destination de cette somme et la productivité de son utilisation. En revanche, ces 10 francs, multipliés par les 20000000 de personnes qui travaillent, donnent 200000000 de francs, redistribués à un petit groupe d'agriculteurs qui, dès lors, ont intérêt à se manifester et, au besoin, à payer un homme politique pour assurer cette redistribution. Ce qui est valable pour les agriculteurs l'est pour tous les groupes de pression particuliers qui peuvent, au nom de l'intérêt public, concentrer les bénéfices et disperser les coûts.

Les hommes Politiques limitent leur horizon aux échéances électorales
Il existe un autre facteur déterminant : les échéances électorales. Celles-ci impliquent l'adoption de politiques qui améliorent l'image de ceux qui sont au pouvoir, même s'il existe un risque qu'elles aient des effets négatifs après les élections. Stratégiquement, il est bon de procurer des bénéfices à l'électeur avant les élections, tout en lui en faisant supporter le coût après. Cet "effet calendrier" introduit aussi des cycles dans l'économie et la déstabilise lorsque le gouvernement en place cherche à manipuler les indices de popularité. Il n'est pas non plus question de mettre en oeuvre des politiques qui concentrent avant les élections des coûts dont les bénéfices ne viendront qu'après: en cas de défaite, les bienfaits de ces mesures seraient captés par les adversaires politiques. Les gouvernants préfèrent donc des politiques susceptibles de rapporter des bénéfices immédiats, même aux dépens de coûts futurs bien plus élevés que ces bénéfices, et renoncent à des coûts immédiats, même si les bénéfices futurs peuvent être très élevés. Telle est la différence entre le marché et la démocratie politique: l'entrepreneur privé peut, en effet, immédiatement capitaliser la valeur de ces investissements, en empruntant ou en les vendant tout de suite.

La distribution des préférences des électeurs le long d'un axe droite gauche détermine fondamentalement la vie politique d'une nation.


Revenons à notre électeur médian et essayons de comprendre la vie politique d'une nation. Cela nécessite de comprendre la dynamique de la distribution des préférences des électeurs selon un axe politique : gauche-droite. Les électeurs français se plaignent de leurs élus, vont de moins en moins voter, se radicalisent et rejettent en bloc la classe politique, de droite comme de gauche, dans un discrédit général. Même les hommes politiques y vont de leur couplet en demandant un changement de régime politique. En fait, ni les hommes politiques ni les électeurs ne semblent comprendre les contraintes du système institutionnel dans lequel ils sont enfermés quand ils adoptent et continuent à prôner le principe d'une démocratie majoritaire.

On doit à H. Hotelling et A. Downs une analyse économique de la démocratie qui nous permet, par exemple, de comprendre et prédire le  non Ÿ des Français au référendum de mai 2005 sur la constitution européenne comme les difficultés que l'on peut escompter pour les présidentielles de 2007, déjà prévisibles en 1995 et en partie expérimentées en 2002. Rien de cela n'est mystérieux une fois comprise la théorie économique de la démocratie.

Distribution des préférences selon un axe droite-gauche

Prenons le niveau de redistribution des revenus dans la collectivité et supposons que l'on puisse classer les électeurs en fonction de leur préférence unimodale sur cet axe, où le mot gauche signifie beaucoup de redistribution et le mot droite peu de redistribution. On pourrait prendre un autre critère sans changer le raisonnement. Par exemple le budget de la défense nationale, qui varie de 0 % à 10 % du PNB, ou bien le degré d'intervention de l'État dans la vie économique et sociale avec, à gauche, un contrôle étatique absolu et, à droite, un  laisser-faire Ÿ total. Nous adoptons le thème de la redistribution parce qu'elle permet un classement non ambigu des préférences des électeurs. Les hommes politiques doivent alors se positionner en fonction des préférences partisanes des électeurs. Reportons-nous au graphique suivant :



L'axe des abscisses représente l'axe des idéaux gauche-droite en matière de redistribution des revenus. Pour simplifier, on imagine dans un premier temps, à la manière de Hotelling, que les électeurs se répartissent uniformément le long de cet axe. Il y a un électeur sur chaque point de l'axe droite-gauche. Prenons aussi deux partis politiques en compétition : le parti bleu et le parti rouge. On ne vote que sur une seule dimension. Il n'y a pas d'abstention. Les partis peuvent se localiser en un point quelconque sur l'axe des préférences droite-gauche sans coût.

Si le parti bleu s'installe à l'une des extrémités à droite, visant un montant très faible de redistribution du revenu, aussitôt le parti rouge vient s'installer à côté de lui et emporte les élections puisqu'il est moins extrême que l'autre.

On peut imaginer que les deux partis cherchent à se partager les électeurs. Imaginons que le parti rouge s'installe à proximité des préférences des électeurs de gauche et le parti bleu de celui des électeurs de droite.
Chaque parti obtient les votes sur sa gauche ou sur sa droite et se dispute les électeurs sur sa droite ou sa gauche. Si le parti de droite se déplace vers le centre sans perdre les votes sur sa droite, il emporte les élections. Comme le parti rouge désire gouverner, il n'a pas d'autre choix que de déplacer son programme politique vers l'électeur situé au centre. Si le parti bleu s'installe auprès de l'électeur médian, le parti rouge n'a donc qu'un endroit où se situer : juste à côté du parti bleu, c'est-à-dire au milieu. C'est ce que la figure suivante représente.



L'électeur qui impose ses préférences est celui qui se situe au milieu de l'axe. Comme les deux partis politiques proposent des programmes de redistribution qui satisfont les préférences des électeurs, le montant de la redistribution, quel que soit le parti au pouvoir, sera le même : celui correspondant aux préférences unimodales de l'électeur médian. Le parti qui va l'emporter l'emportera sur des critères qui n'ont rien à voir avec les programmes de gouvernement proposés par chaque parti puisqu'ils se ressemblent.

D'où les complaintes des électeurs qui ne comprennent pas comment fonctionne le système politique dans lequel ils sont impliqués. Pour les plus rationnels d'entre eux, ils s'abstiennent de voter.

Il va sans dire que cette approche est fruste, même si elle explique fort bien la ressemblance de plus en plus grande des programmes des partis politiques qui désirent gouverner. Deux hypothèses peuvent nuancer ce résultat :
1. La distribution des préférences des électeurs n'est pas uniforme.
2. Le scrutin électoral est à la proportionnelle ou à la majorité à un ou deux tours.
Revenons sur ces hypothèses.

Le fait de se localiser à l'extrême droite marque idéologiquement les hommes politiques qui se sont positionnés sur ce segment de clientèle. Il leur est alors difficile de se déplacer vers le centre. La marque idéologique rend immobile le parti. La configuration que nous avons adoptée laisse à d'autres partis la possibilité de représenter les électeurs éloignés de l'électeur médian. Le parti bleu, qui sera le parti centriste de droite, et le parti rouge, qui sera le parti centriste de gauche, ne seront pas nécessairement les seuls.

Dans un régime électoral représentatif à la proportionnelle, chaque électeur ou groupe d'électeurs essaie d'envoyer au Parlement des représentants. Le nombre de partis politiques dépend alors de la distribution des préférences des électeurs. Dans le cas représenté dans la figure, il y aura autant de partis qu'il y a d'individus distribués uniformément le long de l'axe. Une fois le parti localisé sur cet axe, son image de marque est faite et il lui est difficile d'en changer. Ce n'est pas son rôle, puisque, normalement, les hommes politiques d'extrême droite ou d'extrême gauche sont des délégués d'un segment des électeurs. Ils sont payés pour les représenter. Dans une telle configuration, très naturellement, les partis centristes font la loi.

Disparition des partis centristes avec un mode de scrutin majoritaire à un ou deux tours

Imaginons qu'un tel parti décide de s'installer au milieu de l'axe des préférences politiques, point C. Il va dans un premier temps capter une fraction de la clientèle sur son aile droite (distance CA') et sur son aile gauche (distance CB') en proposant un programme politique et une redistribution des revenus qui donnent satisfaction aux individus localisés au centre de l'axe  droite-gauche Ÿ. Ce parti centriste (pensez aux radicaux-socialistes ou au MRP respectivement de la IIIe et de la IVe République) ne saurait survivre dans un système électoral dans lequel la représentation n'est pas proportionnelle. Dans un scrutin majoritaire, pour accéder au pouvoir, c'est-à-dire gouverner, il faut emporter l'adhésion de l'électeur médian. Les partis non centristes, à droite comme à gauche, vont donc déplacer leur programme politique pour capter les préférences de l'électeur médian. Il suffit en effet aux partis extrêmes de rapprocher leurs propositions, et la redistribution des revenus qui va avec, des électeurs centristes pour s'approprier une grande partie de la clientèle des partis centristes. Reportons-nous à la figure suivante :



Nous supposons, pour simplifier, une répartition uniforme des préférences et nous prenons trois partis politiques A, B et C. Le parti bleu s'installe au centre et capte les votes entre A et B, tandis que les deux autres partis captent les votes aux extrêmes. Avec un scrutin proportionnel, on les verrait se localiser sur l'axe droite-gauche de la façon représentée sur la figure ci-dessus. Le parti centriste gouverne.

Avec un scrutin majoritaire, il en va autrement. Lorsque le parti A déplace son idéologie en A' il conserve son électorat entre A et A' tant qu'aucun parti dissident, ne cherchant pas à gouverner, ne décide de s'installer entre A' et l'extrême droite : le parti A capture une fraction de l'électorat centriste en direction de C. Même chose pour B lorsque celui-ci se déplace en direction de B' . La base électorale du parti centriste se réduit au segment B' A' au lieu d'AB. L'expérience montre que, dans des régimes à scrutin majoritaire, les partis centristes disparaissent au sein des autres partis de droite ou de gauche. L'UDF de François Bayrou est le dernier exemple d'un parti centriste victime de cette loi et qui n'a pas encore été absorbé entièrement par le grand parti de droite qu'est l'UMP. À gauche, depuis longtemps, les partis centristes ont été absorbés par le parti socialiste (souvenons-nous des radicaux de gauche). Cela illustre l'importance du mode d'élection, à scrutin proportionnel ou majoritaire.
Une des raisons fondamentales pour lesquelles l'État d'Israël a du mal à faire la paix réside justement dans son mode de scrutin proportionnel. C'est ce que les Français ont vécu avec la IVe République. Les hommes politiques de l'époque étaient dans l'incapacité d'avoir un gouvernement s'appuyant sur une forte majorité pour se séparer des colonies sans heurts ni violences.

La forme et l'évolution de la distribution des préférences des électeurs façonnent la vie politique d'un pays

Nous avons fait une hypothèse très forte et irréaliste en imaginant que la répartition des préférences était uniforme. Abandonnons cette hypothèse. Supposons que les préférences des électeurs sont distribuées selon une loi statistique normale. Le mode, la moyenne et la médiane sont confondus sur l'axe gauche-droite, comme dans la figure suivante.



Dans une telle constellation des préférences, deux grands partis vont émerger et se situer près de l'électeur médian. Comme ils sont contraints de capturer l'électeur médian, ils vont poursuivre des programmes politiques similaires qui, en s'étendant un peu sur la droite comme sur la gauche, vont satisfaire la grande majorité des électeurs. La démocratie est politiquement stable et consensuelle. Ce sont les États-Unis et la Grande-Bretagne, où deux grands partis dominent et mènent la plupart du temps des politiques économiques ou sociales identiques.

Au lieu d'une loi normale, prenons une distribution des préférences biaisée à  droite Ÿ (le mode est inférieur à la médiane et celle-ci est inférieure à la moyenne) comme dans la figure suivante.



À gauche, il y a un grand nombre d'électeurs qui partagent les mêmes préférences. La localisation de l'électeur médian est telle que c'est le parti vert qui prend le pouvoir car l'électeur médian se situe beaucoup plus à gauche désormais. Le pouvoir passe dans les mains d'autres hommes politiques et électeurs, situés idéologiquement plus à gauche.

Il est alors difficile aux partis centristes de s'adapter à cause de l'immobilité idéologique, mais, avec le temps, si les hommes politiques des partis centristes avaient l'habitude de gouverner, ils vont malgré tout modifier leur image de marque et déplacer leur idéologie vers l'électeur médian situé à gauche. C'est le parcours de François Mitterrand. Cette concentration des préférences à gauche diminue le nombre de partis et donne un poids important au parti qui a le plus d'électeurs. Nous avons l'exemple des démocraties nordiques : Suède, Norvège, Islande, Finlande, Danemark. La stabilité politique est assurée par un grand parti dominant de  gauche Ÿ et un consensus élevé. On peut inverser le sens de la distribution et observer un biais à gauche (le mode est supérieur à la médiane et la médiane est supérieure à la moyenne), le résultat sera identique, sauf que le parti dominant sera de droite au lieu d'être de gauche.
Lorsque la distribution des préférences est unimodale, les programmes politiques révèlent un fort consensus dans la population des électeurs, et le nombre de partis dominants est faible. C'est ce qui assure la stabilité politique.

Il n'en va pas du tout ainsi lorsque la distribution des préférences est multimodale. Nous avons alors un système de partis multiples, un faible consensus dans la population et une instabilité politique fondamentale. Prenons la figure suivante.


Nous avons sept partis politiques répartis quasi uniformément le long de l'axe des préférences politiques gauche-droite. Chaque parti attire le même nombre d'électeurs. La distribution des préférences est dite multimodale.



Supposons que les partis C et E cherchent à gouverner. Ils sont face à la situation suivante. S'ils rapprochent leur programme du parti centriste pour lui prendre des votes, ils vont gagner des votes sur leur droite ou sur leur gauche, mais ils risquent de perdre une fraction de leurs électeurs, qui se reporteront respectivement sur leur gauche et sur leur droite. Ils ne sont donc pas incités à rapprocher leur idéologie de l'électeur médian, aussi vont-ils former une coalition avec d'autres partis pour emporter les élections. Mais alors, la coalition, pour être stable, doit offrir un programme qui couvre un spectre plus large des opinions politiques. En effet, pour gouverner, la coalition des partis de gauche B et C doit se rapprocher du centre et en même temps offrir un programme qui n'amène pas les électeurs du parti B à se reporter sur le parti A qui est à l'extrémité. Ce qui vaut à gauche vaut à droite. Mais en offrant des politiques économiques et sociales qui donnent satisfaction à des électeurs situés en B, on crée une tension dans le pays car une majorité d'électeurs s'y opposent : tous ceux situés à droite de B. Si la coalition n'offre pas ce large spectre de politique, elle perd les élections car les électeurs de B reportent leurs votes sur le parti A.
Cette distribution n'est sans doute pas stable. Ou bien elle tend vers une distribution unimodale et normale (biaisée à droite ou à gauche), les électeurs des extrêmes A (ou G) se ralliant au mouvement des partis B et C (ou E et F) vers le centre, ou, au contraire, elle tend vers une distribution bimodale, où les partis dominants deviennent les partis extrêmes comme le suggère la figure suivante.



Certains électeurs des partis de gouvernement s'abstiennent de voter, d'autres se reportent sur les extrêmes. Les électeurs sur les extrêmes deviennent plus nombreux que ceux qui votent au centre ou à proximité.

Avec une distribution bimodale, on s'attend à deux grands partis aux extrêmes mais aussi à une instabilité de la vie politique car ils sont idéologiquement opposés sur le thème de la redistribution. Cette situation est jugée par A. Downs comme prérévolutionnaire, car aucun gouvernement ne peut plaire à une majorité d'électeurs.
C'est ce que l'on a observé en France en 1957 avec un parti communiste à 20% et un poujadisme à 11% des votes. On retrouve cette configuration dans la période 2002-2007.

L'exemple de la France

Ce modèle spatial de la vie politique permet de rendre compte de la situation française et des difficultés rencontrées à droite comme à gauche par les partis de gouvernement. Bien qu'il soit difficile de représenter les idéaux politiques sur un seul axe gauche-droite, on peut, à la lecture des résultats du premier tour des élections présidentielles, dessiner la distribution des préférences des électeurs en France, son évolution de 1974 à 2002, et son prolongement prévisible pour 2007, toutes choses égales par ailleurs.

Partons de la distribution des préférences telle que les votes au premier tour des élections présidentielles de 1974 la révèle. À partir de cette distribution, nous allons pouvoir comprendre l'évolution de la vie politique française de cette période à nos jours et tenter quelques prédictions pour les présidentielles de 2007.
En 1974 la distribution des préférences des électeurs se présente comme suit :

Élections présidentielles de 1974


En 1974 la distribution des préférences est unimodale et biaisée à droite (la médiane est inférieure à la moyenne). On s'attendait à ce que François Mitterrand, candidat de la coalition Parti communiste et Parti socialiste, ne l'emporte pas sur le candidat de droite Valéry Giscard d'Estaing à la tête du Parti républicain indépendant puisque les voix de gauche ne dominaient pas les voix de droite. Au premier tour des élections, la droite détient 43,23 % des votes des électeurs inscrits alors que la gauche ne totalise que 40,23 % des votes. Valéry Giscard d'Estaing l'emporte effectivement au second tour mais avec une faible marge, 43,78 % des électeurs inscrits contre 42,39 % pour François Mitterrand.

On comprend mieux alors le septennat de VGE. Il fait face à une distribution des préférences politiques biaisée à droite avec un mode dominant à gauche qui est celui de la coalition entre le Parti communiste et le Parti socialiste. L'électeur médian est jugé alors comme étant à gauche, proche de cette coalition. La politique de VGE consistera donc à séduire l'électorat de gauche pour gagner les élections présidentielles de 1981. Mais, dans un système multiparti, déplacer le programme de gouvernement vers la gauche pour saisir un hypothétique électeur médian que l'on suppose situé plus proche du PS que des RI veut dire que l'on espère capter plus d'électeurs à gauche que l'on en perdra à droite. C'est l'expérience de 1981. La distribution des préférences des électeurs en 1981 a la forme suivante :

Élections présidentielles de 1981


Cette fois, la distribution, toujours unimodale, est biaisée à gauche avec le mode le plus élevé sur la droite. En sept ans, VGE a perdu des votes dans son propre parti tandis que les partis sur sa droite en ont gagné, comme la théorie le prédit. En revanche, il n'en a pas gagné sur sa gauche. En effet les partis de gauche totalisent moins de votes qu'en 1974 puisqu'ils passent de 40,23 % des votes à 35,38 %, ce qui sans doute résulte de la montée de l'abstention. Mais les partis de droite ne profitent pas de cette désaffection de l'électorat de gauche pour leur propre parti puisqu'ils ne totalisent que 39,33 % des votes, moins qu'en 1974. La gauche totalise, elle, 37,35 % des votes des électeurs inscrits (le parti centriste de l'époque est situé à gauche). Finalement François Mitterrand l'emporte avec une faible marge au second tour, avec 43,16 % des votes contre 40,23 % à VGE. Mitterrand profite de la participation accrue des électeurs au second tour.
Seulement, François Mitterrand se trouve devant un dilemme. Il doit gouverner avec une distribution unimodale des préférences biaisée à gauche (toujours au sens statistique) avec le mode le plus élevé sur la droite. Paradoxalement, cette fois, l'électeur médian est sans doute situé à droite.

Par ailleurs, Mitterrand doit satisfaire les préférences de sa coalition et donc appliquer un programme fort éloigné de l'électeur médian sur sa gauche. Il risque alors de faire éclater rapidement cette coalition en perdant des votes sur sa gauche pour saisir sur sa droite le vote de l'électeur médian. C'est ce que VGE a expérimenté dans son précédent septennat. Comment faire pour gagner les prochaines élections présidentielles avec une telle configuration des préférences politiques ?

Rétrospectivement on s'aperçoit que François Mitterrand a réalisé un tour de force exceptionnel en modifiant la distribution des préférences par l'installation d'une extrême droite puissante sur le flanc droit des partis de droite RI et Gaullistes. Il l'a fait en offrant une tribune médiatique au populiste de droite qu'est Jean-Marie Le Pen (qui fut à 27 ans le plus jeune député de france élu grâce à la vague poujadiste des années 1955-1957) et en le stigmatisant par le  politiquement correct Ÿ pour empêcher toute possibilité de coalition entre l'extrême droite et la droite conservatrice. D'autre part, il a instauré une dose de proportionnelle en 1986 pour pousser le parti d'extrême droite à faire cavalier seul. De 0,76 % des votes en 1974, l'extrême droite passe à 11,88 % au mement de la présidentielle de 1988.

Les partis conservateurs de droite RI ou UDF et Gaullistes se trouvent alors privés, du fait de la stigmatisation, d'un déplacement de leur plate-forme politique vers la droite. Ils doivent chercher des votes vers la gauche puisqu'ils sont privés, ou croient l'être, de toute alliance avec l'extrême droite. Cette manipulation est couronnée de succès en 1988.

La distribution des préférences au premier tour des élections présidentielles de 1988 se présente comme suit :

Élections présidentielles de 1988


La stratégie conçue par Mitterrand a bien fonctionné : la coalition UDF-RPR n'a pas totalisé assez de voix au deuxième tour. François Mitterrand a gagné avec 43,76 % de voix des électeurs inscrits tandis que Jacques Chirac n'en obtenait que 37,25 %. Au moment des élections présidentielles de 1988, le Parlement était dominé par les partis de droite, suite à leur victoire aux élections parlementaires de 1986. Jacques Chirac était alors le Premier ministre du président socialiste François Mitterrand pendant ce qu'on a appelé la première cohabitation (1986-1988). Mais la victoire des partis de droite aux élections législatives de 1986 s'est avérée être une victoire à la Pyrrhus, car Jacques Chirac a échoué aux élections présidentielles de 1988 alors que les résultats des élections parlementaires de 1986 prouvaient que l'électeur médian était de plus en plus à droite. La distribution des préférences prend une forme plus irrégulière. Le parti qui capte le plus de votes est le PS, situé au centre gauche ; en revanche, l'électeur médian est à droite et les partis conservateurs de droite deviennent multimodaux.

Devant une telle distribution, le parti socialiste n'a pas d'autre choix que de décaler son idéologie vers la droite. Mais, en procédant ainsi, il perd plus de votes sur sa gauche qu'il n'en gagne sur sa droite, comme le prédit toujours la théorie. Les résultats des élections parlementaires de 1993 le confirment. On assiste à une grande défaite du Parti socialiste. Une deuxième cohabitation commence en 1993 avec Édouard Balladur (qui appartient au RPR) comme Premier ministre du président socialiste François Mitterrand. Cette cohabitation se termine avec l'élection présidentielle de 1995, dont les résultats au premier tour décrivent une nouvelle distribution des préférences des électeurs. La figure suivante présente cette nouvelle distribution.

Élections présidentielles de 1995


La tendance de 1988 se prolonge. La distribution devient de plus en plus multimodale, avec des partis qui tendent à s'égaliser les uns avec les autres. Aucun candidat n'est capable de dépasser 18 % des inscrits. Jacques Chirac, avec 39,43 % des votes, gagne les élections présidentielles de 1995, Lionel Jospin n'obtenant que 35,47 %. C'est la première fois dans la Ve République, depuis 1958, que les deux candidats qui arrivent en tête obtiennent moins de 40 % des votes des électeurs inscrits.

Jean-Dominique Lafay (professeur à l'université de Paris1 et spécialiste de la théorie des votes) suggère alors que le  marché politique Ÿ français devient de plus en plus atomistique, et que, dans une telle configuration, n'importe quel candidat pourrait gagner les élections. Avec une distribution multimodale des préférences, avec des factions politiques d'égale force, aucun parti n'est incité à déplacer son idéologie vers le centre. Ce problème est accentué par le fait que, si un parti dépasse 5 % des suffrages exprimés, il peut bénéficier du financement public et du remboursement de ses frais de campagne par le contribuable. Ce privilège n'incite pas les partis, qui ne désirent pas nécessairement gouverner, à former des coalitions avec d'autres, car les hommes politiques peuvent obtenir plus de pouvoir personnel à la tête d'un petit parti qu'au sein d'une plus grande coalition.

Après la dissolution ratée de 1997, une nouvelle cohabitation voit le jour. Cette fois le Premier ministre est un homme de gauche, Lionel Jospin, et le président de la République un homme de droite. Le Parti socialiste, pour gagner les élections, se trouve contraint de déplacer son idéologie vers l'électeur médian, qui est toujours à droite. Mais, dans une telle configuration, nous y sommes habitués, on perd plus de voix sur sa gauche que l'on en gagne sur sa droite. C'est ce que démontre le premier tour des élections présidentielles de 2002.

Élections présidentielles de 2002


L'aspect multimodal de la distribution est encore plus accentué et aucun candidat ne dépasse 14,5 % des électeurs inscrits ! Le poids des extrêmes vaut cette fois quasiment autant que celui des partis de gouvernement. Le pourcentage de votes obtenu par le Parti socialiste, l'UDF, DL, les Verts de droite et le RPR est de 34,99 % des votes. Tandis que les partis extrêmes, LCR-LO-PT, les Verts de gauche, le PC, le FN-MNR et les Chasseurs totalisent 33,34 % des votes !

L'évolution et le renforcement des extrêmes ne sont que l'illustration du fonctionnement du modèle. On est frappé aussi par le fait que les partis les plus importants représentent à peine un Français sur six, lorsque l'on rapporte le nombre de voix qu'ils obtiennent aux élections au nombre d'inscrits sur les listes électorales.

Les hommes politiques ne représentent qu'eux-mêmes. La montée de l'abstention et des votes blancs ou nuls explique aussi la montée des extrêmes. L'insatisfaction croissante des citoyens devant la classe politique française peut se mesurer par le poids des votes des partis au centre (UMP, UDF et PS) par rapport aux partis situés aux extrêmes (extrême gauche et extrême droite). Cette montée des extrêmes, déjà largement perceptible en 2002, explique le rejet de la constitution de l'Union européenne de 2005 et marque le début d'une période d'instabilité politique en France. Ce qui augure mal des prochaines présidentielles de 2007 si ce trend se prolonge et si rien ne change dans le mode d'élection. Le graphique qui suit est criant de vérité.

Évolution du poids des partis centristes contre le poids des extrêmes


En prolongeant le trend de 2002 jusqu'à 2005, on peut voir que le poids des extrêmes dépasse celui des partis de gouvernement à cette date-là. Le résultat du référendum de mai 2005 était donc prévisible dès 2002. Les extrêmes constituent désormais une majorité en termes d'électeurs inscrits. Comme ces partis partagent un même point de vue sur l'interventionnisme de l'État et sur la mondialisation, dont ils estiment qu'il faudrait nous protéger, le rejet du traité établissant une constitution européenne ne constitue pas une surprise.

Pour les prochaines élections présidentielles, en avril 2007, on peut aussi s'attendre à des résultats inhabituels. La montée des extrêmes couplée avec l'accroissement de l'abstention entraîne une chute drastique de la valeur du mode dans la distribution multimodale des préférences politiques. La figure suivante illustre ce point en comparant l'évolution du nombre maximum de votes obtenu par le parti qui obtient le plus de votes au premier tour des élections présidentielles de 1974 à 2002. C'est à une chute vertigineuse que l'on assiste.

Évolution du poids du parti qui obtient le plus de votes


On passe de 36,05 % des électeurs inscrits à 14,36 %. Aucun parti ou candidat d'un parti de gouvernement ne peut prétendre qu'il a obtenu le consentement d'une majorité de Français, ou même d'une forte minorité. Si les hommes politiques n'arrivent pas à inverser cette tendance dans les deux années qui viennent, la distribution des préférences partisanes pourrait prendre la forme bimodale suivante :


Les modes les plus élevés seront aux extrêmes, ce qui rend impossible un consensus quelconque sur les politiques menées par un gouvernement d'extrême droite ou d'extrême gauche. L'instabilité politique devient forte et la démocratie se désintègre dans une période prérévolutionnaire, car aucun gouvernement ne peut satisfaire des opinions politiques aussi éloignées sans rencontrer une vive opposition.  Wait and see Ÿ disent les Anglais : les années à venir méritent d'être vécues pour le spectacle que nous réserve notre élite politique face à cette nouvelle configuration de la distribution des préférences partisanes en France.


On peut terminer ce chapitre par une réflexion sur la démocratie majoritaire, régime politique qui tend de plus en plus à être une tyrannie de la majorité sur des minorités (y compris la plus petite d'entre elle, qui est l'individu) ou de minorités activistes sur la majorité de nos concitoyens. Comme l'écrit F. Hayek ,
"il semble que ce soit la destinée régulière de la démocratie qu'après une première période glorieuse pendant laquelle on la comprend comme une sauvegarde de la liberté personnelle et où elle l'assure effectivement parce qu'elle accepte les limitations posées par un Nomos supérieur à elle, la démocratie en vienne tôt ou tard à revendiquer le pouvoir de régler n'importe quelle question concrète selon la décision d'une majorité, sans égard au contenu de cette décision."


Hayek fait écho à A. de Tocqueville , qui écrit :

"Qu'est-ce donc qu'une majorité prise collectivement, sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu'on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu'un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n'admettez-vous pas la même chose pour une majorité ? Les hommes, en se réunissant, ont-ils changé de caractère ? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts ? Pour moi, je ne saurais le croire, et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l'accorderai jamais à plusieurs.
On se rend compte à l'expérience que nos concitoyens ont une conception de la démocratie, véhiculée par les hommes politiques et les médias, qui correspond à ce que l'on appelle la  liberté des anciens Ÿ.


LA  DEMOCRATIE Ÿ DES ANCIENS ET CELLE DES MODERNES

La démocratie, pour certains, se veut  le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple Ÿ. Cette vision correspond à ce que l'on appelle la  liberté des anciens Ÿ. Comme le rappelle B. Constant à propos de la liberté :

"Celle-ci consistait à exercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté tout entière, à délibérer, sur la place publique, de la guerre et de la paix, à conclure avec les étrangers des traités d'alliance, à voter les lois, à prononcer les jugements, à examiner les comptes, les actes, la gestion des magistrats, à les faire comparaître devant tout un peuple, à les mettre en accusation, à les condamner ou à les absoudre ; mais en même temps que c'était là ce que les anciens nommaient liberté, ils admettaient, comme compatible avec cette liberté collective, l'assujettissement complet de l'individu à l'autorité de l'ensemble."

Dans cette vision des anciens, la démocratie représentative est délibérative et participative. Vous remarquerez l'actualité de cette conception. Elle doit simuler la démocratie directe, seule susceptible de réaliser cette conception. À cette vision d'une démocratie délibérative et/ou participative s'oppose une démocratie des  modernes Ÿ ou  libérale Ÿ dont l'objet est principalement de limiter le pouvoir absolu du Prince ou de ceux qui détiennent le monopole de la force sur un territoire donné, ou de les empêcher d'utiliser ce monopole à leur propre profit ou de ceux qui les ont portés au pouvoir : groupes de pression ou électeurs. Pour l'une des conceptions la démocratie est une fin en soi, pour l'autre elle est un moyen pour atteindre un but : la préservation des libertés individuelles et des droits de propriété.

Démocratie et externalités négatives

La démocratie (représentative ou directe) serait importante dès lors que l'on décide de prendre des décisions qui affectent de manière collective une fraction des citoyens. Supposons que les députés au Parlement votent une loi ou un règlement qui impose un coût à un membre (ou au groupe de membres) et qui bénéficie à un autre membre (ou à un groupe de membres) de la collectivité. Par exemple, les députés décident d'étendre l'impôt sur la fortune à une catégorie particulière de patrimoine -- les antiquités et les oeuvres d'art --, le produit de cet impôt étant destiné à financer les artistes malchanceux à la retraite. Ceux qui pensent être parmi les bénéficiaires (les artistes malchanceux) anticipent une externalité positive au sens où ils bénéficient d'une action d'autrui sans avoir eu à en supporter les coûts. En revanche, ceux qui pensent être parmi les victimes de cette redistribution (les antiquaires et détenteurs d'oeuvres d'art) anticipent une externalité négative. Si les antiquaires et détenteurs d'oeuvres d'art ne sont pas représentés ou mal représentés dans ce processus de décision collective, ils vont souffrir de cette externalité négative (fort heureusement pour les antiquaires et les détenteurs d'oeuvres d'art, à l'époque où le débat s'est posé, le Premier ministre avait des parents antiquaires). Plus les individus anticipent un dommage élevé par suite d'une externalité négative, lors de décisions collectives prises à la majorité, plus ils ont intérêt à être représentés dans ce processus de décision. Plus ils seront représentés, moins on observera, suppose-t-on, d'externalités négatives.

L'objet même de la démocratie serait donc de minimiser le coût d'opportunité de ces externalités négatives. Or, on peut contester l'idée que la démocratie réduit les externalités négatives. Si chaque groupe de pression cherche à utiliser la contrainte publique pour satisfaire ses intérêts, préférences ou idéologies au détriment des autres groupes de pression, cela contraint les groupes pénalisés à consacrer des ressources et à voter ou à se faire représenter au Parlement pour contrer les autres.

Cette guerre de tous contre tous multiplie les externalités négatives au lieu de les réduire. Or, une conception à l'ancienne de la démocratie (la démocratie participative et/ou délibérative), en étendant la sphère des décisions publiques à un grand nombre de décisions qui pourraient être privées, multiplie encore davantage les sources possibles d'externalités négatives.

Rappelons enfin qu'une entité politique n'est pas une copropriété, ni une ville privée ou une principauté privée. C'est un endroit où s'exerce un monopole territorial de la force, dont l'usage est mis dans les mains d'un petit nombre de personnes : monarques et leurs familles, oligarques, dictateurs, bandes de malfaiteurs organisés ou, comme dans notre démocratie, une petite élite composée d'hommes, plutôt âgés, bardés de diplômes et fonctionnaires ou assimilés . Dans un tel cadre, les externalités négatives peuvent être beaucoup plus graves et illimitées que dans un système de propriété privée, car c'est le propre d'un monopole de la coercition que de pouvoir les rendre illimitées et d'une gravité exceptionnelle si tel est le désir de ceux qui en ont l'usage exclusif, même pour une période déterminée. D'où l'importance de savoir dans quelles mains est mis l'usage de ce monopole.

La question de la légitimité du groupe de personnes (et non de sa représentativité) qui peut mettre en oeuvre la contrainte publique devient alors cruciale. On retombe sur la conception moderne de la démocratie comme moyen de limiter le pouvoir absolu des princes ou de ceux qui nous gouvernent et pour empêcher que l'on n'utilise ce processus de décision collective comme un moyen de prédation envers les politiquement faibles.

La démocratie n'est pas la liberté

Même si l'on souligne les vices ou les vertus de la démocratie, ce régime politique n'est pas la liberté. Comme le rappelle A. de Tocqueville, la démocratie peut être aussi tyrannique qu'une dictature une fois que les électeurs et leurs représentants décident de taxer, exproprier, réglementer à tort et à travers. La démocratie est une méthode pour choisir ceux qui vont avoir le droit de contrôler le monopole de la coercition. Elle ne détermine pas la moralité de ceux qui nous gouvernent ni celle des décisions qu'ils vont prendre. Au mieux, la démocratie signifie que le gouvernement bénéficie d'un soutien populaire. Mais ce soutien ne garantit en rien que ce gouvernement protège les libertés individuelles.

Si les électeurs soutiennent la liberté de la presse, de la parole, de la religion, d'entreprendre sans être taxé ou réglementé, de consommer du tabac ou de la drogue, etc., alors le gouvernement élu respectera sans doute ces libertés. Mais si les électeurs désirent une redistribution des revenus, la spoliation des riches, l'expulsion des étrangers, la conscription des jeunes, la censure sur les idées qui dérangent, la lutte contre les sectes, l'interdiction de fumer ou de consommer de la drogue, un gouvernement démocratiquement élu cherchera à satisfaire ces désirs.

En raison de la définition même de la démocratie, une majorité d'électeurs ne peut voter la fin de la démocratie. On ne peut pas sortir de la démocratie. Comme le fait remarquer M. Rothbard , il y a une contradiction intrinsèque, à laquelle on ne peut échapper si l'on conçoit la démocratie comme une participation à des décisions collectives prises à la majorité, entre le principe de la majorité et cette contrainte latérale interdisant de voter la fin de la démocratie. Si une majorité d'électeurs votent la fin de la démocratie pour adopter un régime dictatorial ou monarchique ou un régime politique sans État (gouvernements privés et contractuels locaux), il y a un consentement majoritaire pour adopter cet autre régime. Mais si l'on interdit de mettre fin à ce régime politique par un processus majoritaire, est-on encore dans un régime démocratique au sens du  gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple Ÿ ?

Pour comprendre pourquoi la démocratie n'est pas la liberté, il faut faire la distinction entre les droits électoraux et les droits individuels. Les droits électoraux (droit de vote) sont des droits de participer à des élections permettant de décider qui a le droit de gouverner. Ils n'ont jamais garanti que les gouvernants respecteront les libertés individuelles, comme l'histoire politique et la démocratie contemporaine le démontrent amplement. C'est normalement le rôle d'un contrat ou d'une constitution que de limiter le pouvoir des gouvernants. Les élus ont pour seul rôle de préserver, pour chaque individu, le droit de vivre, de parler et d'écrire librement, de voyager, de suivre la religion qu'il désire, d'élever ses enfants comme il le pense, de posséder une entreprise et de la gérer comme il l'entend, de se défendre lui-même contre toute oppression y compris celle des élus. C'est pour cette seule raison que sont institués des États parmi les hommes. On retrouve cette thèse parmi les constituants aux États-Unis et en France, qui se défiaient beaucoup de la démocratie majoritaire.

L'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme du préambule de notre constitution et la déclaration d'indépendance américaine de 1776 expriment très bien cette vision :

"Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels imprescriptibles de l'homme ; ces droits sont la liberté, la propriété et la résistance à l'oppression."

"Nous tenons les vérités suivantes pour évidentes en elles-mêmes : que tous les hommes sont créés égaux ; qu'ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables et que parmi ces Droits figurent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Que pour assurer ces Droits, les États sont institués parmi les hommes, et que la légitimité de leur pouvoir émane du consentement des gouvernés. Que chaque fois qu'une forme de gouvernement devient destructrice de ces fins, c'est le Droit des gens que de le remplacer ou de l'abolir."

Il est impressionnant de voir combien, aujourd'hui, ces deux articles sont bafoués par ceux qui nous gouvernent. Pire, ils ne sont même pas invoqués par les citoyens pour limiter l'expansion du pouvoir et sa concentration dans les mains d'une petite oligarchie tant leur esprit de résistance a été annihilé par la propagande étatique qui nous assène constamment que les élus et les hommes d'État agissent pour notre bien.

La démocratie n'est pas la paix

Si la démocratie n'est pas la garantie de la liberté, elle n'est pas non plus la garantie de la paix. Si les démocraties ne se font pas la guerre entre elles, en revanche elles font la guerre à des États peu puissants et non démocratiques. Les trois plus grandes puissances impériales du XIXe et du XXe siècle -- l'Angleterre, la France et les États-Unis -- ont toujours fait la guerre à des États plus petits et militairement moins puissants qu'elles et qui ne les menaçaient pas. Or, elles prétendaient (et prétendent toujours) être des démocraties.

On peut rappeler incidemment que, de 1727 à 1982, la France a connu 122 guerres ou conflits armés, internes ou externes, victimes ou agresseurs, intervenant indirectement dans d'autres conflits du côté des victimes ou des agresseurs. Elle se situe au second rang en nombre de conflits après l'Angleterre, qui totalise 146 conflits dans la même période. Sur ces 122 conflits, 37 ont eu lieu à l'intérieur du territoire. Pour 64 conflits sur les 122 répertoriés, l'État français est l'agresseur ou intervient du côté des agresseurs. La France a gagné 36 des conflits dans lesquels elle était l'agresseur .

Beaucoup de ces conflits sont coloniaux ou dirigés contre des individus qui se révoltent contre l'État français.
Depuis 1985, l'État français est mêlé à un grand nombre de conflits au nom de la paix et l'armée française intervient dans ses ex-colonies soit au profit du camp au pouvoir (Burundi), soit au profit d'une opposition (Côte d'Ivoire), en forçant des solutions de compromis. Par exemple, en l'an 2000, selon le rapport 2237 de l'Assemblée nationale présenté par le député François Lamy, l'armée française était impliquée pour diverses missions civilo-militaires dans une trentaine de conflits : Liban, République centrafricaine (RCA), Irak, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Timor oriental, Albanie, Macédoine, Golf de Guinée, Cameroun, Tchad, Djibouti, Israël, Égypte, Sahara occidental, Géorgie, Haïti, Koweït, Îles Hanish, etc. Aujourd'hui elle est présente en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Sénégal, en Afghanistan, en Arabie Saoudite, au Liban, en Yougoslavie, dans le Pacifique et l'océan Indien. Or, ni les civils en France ni les Français à l'étranger ne sont fondamentalement menacés dans ces conflits. En revanche ils paient l'entretien de tous les militaires sur les théâtres d'opérations extérieurs.

La démocratie, si elle ne garantit pas la paix, serait un instrument pacifique de changement d'équipes au pouvoir. Elle éviterait les dictatures ou les démocraties totalitaires (démocratie à parti unique) et leur cortège de coups d'État ou de révolutions sanglantes. Le bulletin de vote serait un substitut aux balles de fusil.

Cet argument est faux pour deux raisons principales, qui ont été exposées par M. Rothbard . D'abord, une dictature peut être renversée par la simple désobéissance civile, qui est un moyen pacifique de se débarrasser d'une équipe au pouvoir. Après tout, la tentative en mai 1968 d'une grève générale avec prise du pouvoir par les syndicats était un moyen pacifique d'expulser les gaullistes du pouvoir. Les révolutions dites de velours à l'Est illustrent cette possibilité. Ensuite, cet argument présuppose qu'une élection démocratique donne le même résultat que si la majorité avait dû combattre par la violence l'équipe au pouvoir. S'il en était ainsi, l'élection démocratique des équipes au pouvoir serait effectivement un substitut à un coup d'État ou à une révolution impliquant une violence physique. Ce n'est évidemment pas le cas. Dans une élection démocratique, comparativement au coup d'État ou à la révolution, ce ne sont pas les mêmes groupes de pression qui s'emparent du pouvoir. La distribution du pouvoir n'est pas la même.

Dans un cas, ceux qui n'ont pas peur de ramasser des coups, les  guerriers Ÿ, ont un avantage décisif dans le combat physique, alors que, dans l'autre cas, ce sont les  intellectuels Ÿ, capables de manipuler l'opinion, qui ont cet avantage ! Or, pourquoi les  intellectuels Ÿ seraient-ils meilleurs que les  guerriers Ÿ ? Beaucoup de  guerriers Ÿ sont d'honnêtes gens, alors que beaucoup d'intellectuels sont malhonnêtes, et réciproquement. En fait, la démocratie donne un avantage décisif à tous ceux qui sont en position de manipuler et de former les croyances collectives. Pourquoi croyez-vous que les démocraties occidentales dépensent autant d'argent dans l'éducation des citoyens ? Pourquoi y a-t-il aussi peu de démocraties dans le monde ? Justement parce que le bulletin de vote n'est pas un substitut aux balles de fusil.

Le combat mené par les islamistes contre les démocraties occidentales devrait faire réfléchir les tenants de la démocratie majoritaire. Est-ce démocratique d'imposer par la force un régime démocratique et d'empêcher par la force de le quitter ?
Une variante de cet argument est liée à l'idée que la démocratie éviterait la guerre civile entre les riches et les pauvres grâce à une redistribution  forcée Ÿ des revenus des  riches Ÿ vers les pauvres. L'argument se présente sous la forme du sophisme implicite suivant :

-Si les hommes de l'État redistribuent les revenus des  riches Ÿ vers les pauvres, alors les pauvres ne se jetteront pas sur les  riches Ÿ et ne voleront pas leurs économies avec sauvagerie.
-Vous ne voulez pas que les pauvres volent les  riches Ÿ avec sauvagerie ?
-Acceptez donc que l'État social-démocrate redistribue les revenus des  riches Ÿ vers les pauvres.

La redistribution des revenus (et des rentes et privilèges) permettrait  d'acheter Ÿ la paix sociale.

On remarquera plusieurs fautes de raisonnement dans cette argumentation. La première est formelle, elle consiste à affirmer le conséquent de la prémisse principale dans la proposition classificatoire et à affirmer l'antécédent dans la conclusion. Au lieu de faire le contraire. Ensuite, l'argumentation fait appel à l'intimidation ou à la menace pour établir la conclusion. Dans un cas comme dans l'autre, il y a usage de la coercition (on suppose que l'État sera moins sauvage que les pauvres). Que ce soient les pauvres ou l'État qui usent de la violence ou de sa menace, le vol reste un vol. L'État, comme les soi-disant pauvres, en menaçant les  riches Ÿ, a déjà volé quelque chose dont il n'est pas propriétaire : leur vie. En fait, l'argument est du style :  La bourse ou la vie. Ÿ Si vous n'acceptez pas que l'État redistribue votre richesse, alors l'État lâche ses pauvres sur vous ! Les gens qui parlent ainsi, au nom de l'État, vous font croire que les pauvres sont des animaux sauvages mais dressés qu'ils peuvent lâcher sur vous sur commande.

Les pauvres sont des êtres humains comme nous qui respectent les droits de propriété et qui ne volent pas le bien d'autrui. Ils sont aussi prudents, car ils savent qu'ils prendront des risques si les riches défendent leur vie et leurs biens les armes à la main.

En fait les démocraties font la guerre à leurs propres citoyens par la spoliation légale (et donc par l'usage de la violence physique via l'oppression fiscale) et par la lutte que les divers groupes de pression se font pour obtenir rentes et privilèges au détriment d'autres groupes politiquement moins puissants.

Le contrôle et la formation des esprits, via l'enseignement et la recherche, la culture et la redistribution des revenus, par les interventions économiques et l'action sociale, sont les grands moyens d'asservissement des individus dans la démocratie contemporaine. C'est ce que l'on appelle l'État-providence. La question est : pour qui ? En effet, parmi les victimes de la démocratie majoritaire, les riches sont la cible prioritaire.

En France il y a, selon le Conseil des impôts, dans son 18e rapport au président de la République de l'an 2000, 31 946 462 personnes imposables sur leur revenu d'activité. Sur ce nombre, seulement 17 004 102 sont effectivement imposées. 47 % des Français ne paient donc pas l'impôt. Maintenant, si l'on regarde, parmi les Français qui paient l'impôt sur le revenu, ceux qui paient un impôt sur le revenu supérieur à 14 000 F (soit 2 134 euros) par an, on est surpris d'apprendre qu'il y en a seulement 5 322 420. Sur 31 946 462 personnes imposables sur le revenu, il n'y a que 16 % des contribuables qui paient un impôt annuel supérieur à 14 000 F (2 134 euros) par an ! En fait, nous dit le Conseil des impôts : un contribuable sur deux est imposable et un quart des ménages paie 84 % de l'impôt sur le revenu, alors qu'ils ne disposent que de 57 % des revenus fiscaux.

L'oppression et la spoliation légale d'une minorité par la majorité (en fait souvent par une autre minorité, celle qui a porté au pouvoir ses représentants) sont les lois d'airain de toute démocratie.

  2.1: La notion de coût d'opportunité

2.2: Fongibilité, substituabilité et subjectivité

2.3: Analyse marginale

2.4: Les droits de propriété pacifient les conflits à propos de l'usage d'une ressource rare

2.5: L'échange librement consenti

2.6: Mécanisme de prix et coordination des plans individuels

2.7: Le principe d'arbitrage

2.8: Le principe de coopération et la nature de la firme

2.9: La nature de l'Etat et le principe démocratique

2.10: Principe d'auto-organisation et de sélection
__________________________


La démocratie est un moyen non une fin

par F.Hayek Prix Nobel


Anthony Downs
auteur de : An Economic theory of democracy Harper and Row 1967












The Relation between Economic Freedom and Political Freedom

by Milton Friedman abridge from Capitalism and Freedom 1962, The University of Chicago Press, Chicago, pp. 13-21,


Des élections au suffrage universel
 top
Vidéo conférences - Autres universes - Curriculum Vitae
Nous contacter - Liens - Plan du site - Conditions Générales de Vente

Copyright © 1996-2008 Bertrand Lemennicier. Tous droits réservés.