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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
la défense et la privatisation des armées
 
La privatisation des armées et l'argument des biens collectifs
par Bertrand Lemennicier


La défense nationale est considérée, même par les adeptes d'un Etat strictement limité comme une fonction essentielle d'un gouvernement. F.Bastiat dans ses harmonies économiques écrit :

 L'essence du gouvernement est qu'il agit sur les citoyens par l'intermédiaire de la contrainte. En conséquence, il ne peut avoir d'autre fonction que la légitime défense des droits individuels. Il n'a pas d'autre autorité que celle de faire respecter la liberté et les propriétés de tous.. Au-delà je mets au défi quelqu'un d'imaginer une intervention de l'Etat qui ne soit pas une injustice...Ainsi : préserver la sécurité publique ; administrer le domaine public ( rivière, forêts, routes) prélever les impôts, ici je crois est la circonférence dans laquelle la fonction du gouvernement doit être circonscrite. Ÿ

Adam Smith reconnaît à l'Etat trois fonctions essentielles :  Premièrement le devoir de protéger la société des violences et invasion d'autres sociétés indépendantes ; deuxièmement, le devoir de protéger autant que possible, chaque membre de la société de l'injustice ou de l'oppression de chacun des autres membres ; et troisièmement, le devoir de produire certains biens publics et institutions qui ne peuvent jamais être dans l'intérêt d'aucun individu ou petit groupe d'individus, de produire parce que le profit ne peut jamais rembourser les dépenses de l'individu ou du petit groupe d'individus, bien que les bienfaits procurés à l'ensemble de la collectivité excèdent largement les dépenses encourues Ÿ

En négligeant d'autres définitions plus extensives de la sphère de l'Etat, comme celle de R. Musgrave qui définit les trois fonctions de stabilisation, d'allocation et de redistribution qui peut ne laisser aucune place aux mécanismes de marchés, nous remarquons la différence entre Bastiat et Smith. Smith ouvre la voie à la notion de bien  collectifŸ en plus de la sécurité extérieure et intérieure que tous les deux partagent et mettent en priorité. C'est ce que conteste G. Molinari dans son fameux article sur la production de sécurité .

L'un des besoins fondamentaux des individus est la sécurité. Tout le monde s'accorde sur ce point. Si chacun, comme en tant de guerre, risque sa vie en se déplaçant d'un point à un autre ou même à son domicile, il cesse de faire toutes les activités qui le mettent en danger et qui ne sont pas essentielles à sa survie. La vie économique se contracte drastiquement. Or, Molinari fait remarquer le consommateur n'obtient satisfaction que si les producteurs des biens qui servent ses besoins matériels et immatériels sont soumis à la loi de la libre concurrence. En suivant ce principe, il écrit:
 La production de sécurité doit, dans l'intérêt des consommateurs de cette denrée immatérielle, demeurer soumise à la loi de la libre concurrence. D'où il résulte :Qu'aucun gouvernement ne devrait avoir le droit d'empêcher un autre gouvernement de s'établir concurremment avec lui ou d'obliger les consommateurs de sécurité de s'adresser à lui exclusivement pour cette denrée. Ÿ

Quelle est la raison de cette exception relative à la sécurité ou à la défense ? Pourquoi la production de défense est-elle soumise aux deux principes du  monopole et du communisme Ÿ ?

La réponse ne repose pas sur les idées modernes de monopole naturel ou de bien collectif mais sur le fait qu'un processus de monopolisation de la force par ceux qui ont un avantage comparatif dans la violence induit des méfaits considérables. Un individu qui détient le monopole de la force, nous rappelle Gustave de Molinari, peut mettre un prix à la sécurité bien au-dessus de sa valeur, bien au -dessus du prix qu'elle aurait sous un régime de libre concurrence. Les consommateurs finiront par résister et lorsqu'ils vont vaincre et s'emparer de ce monopole, au lieu de mettre en place une libre concurrence entre des producteurs privés de sécurité, ils vont chercher à l'exploiter en commun pour leur propre compte. Cette forme de production est connue sous le nom de  communisme Ÿ. La défense est nationalisée.

Cette monopolisation de la force suscite un intérêt de la part de tous les groupes de pression et engendre tous les autres monopoles en contrepartie d'argent dont les gouvernants ont toujours grands besoins pour poursuivre leurs intérêts personnels . Le communisme ou la nationalisation de cette industrie engendre une société de pénurie, en matière de défense comme dans les autres domaines où les monopoles s'étendent, mais aussi une société où l'emploi de la force devient arbitraire, avec une armée mal gérée et une police vexatoire etc. Par ailleurs, elle offre la possibilité aux majorités de rencontre et aux divers clans qui gèrent cette industrie d'opprimer et de discriminer les minorités les plus diverses, ce qui serait impossible dans un régime de concurrence et d'entreprises privées. Molinari désire mettre en concurrence la défense parce que celle-ci est le meilleur moyen de protéger les minorités contre les abus du monopole de la force par ceux qui en détiennent les commandes.

Il est très frappant de voir que dans la littérature moderne on ignore cet argument au profit d'une analyse en termes de bien collectif ou de monopole naturel. Il est amusant aussi de constater que depuis la fin du communisme il existe de plus en plus d'armées privées ou de firmes privées qui sous traitent un grand nombre de fonctions attribuées ordinairement à l'Etat en matière de défense. Elles se développent dans le monde et constituent, comme le souligne Peter Warren Singer, une industrie de plus en plus florissante, contredisant la théorie classique des biens publics ou du monopole naturel. Cette contradiction entre les faits et la théorie mérite d'y consacrer une réflexion approfondie. C'est l'objet de ce papier.

Qu'est-ce que la défense ?

La notion de protection militaire ou de défense est une notion générale et abstraite. Tout le monde demande une défense et une protection de ces droits fondamentaux comme de sa propriété et/ ou copropriété ( si ces droits sont définis) à la fois contre des prédateurs agissant individuellement mais aussi contre ceux qui agissent en masse c'est-à-dire en bandes armées.

La notion de défense a le degré de généralité de la notion de loisir ou de repos. Tout le monde demande du repos et des loisirs. Les biens concrets qui constituent la défense ou la protection militaire, se composent de grillages, de système de télésurveillance, de portes blindées et fermées à clés, de coffres forts, d'armes individuelles tels les chiens d'attaque, les pistolets ou fusils d'assaut, d'abris antiatomiques, de masque à gaz etc. mais aussi de chars d'assaut, d'hélicoptères de combat, de bombes atomiques, de sous-marins nucléaires, d'avions dont l'objet est de concentrer une puissance de feu pour arrêter des bandes armées qui agissent collectivement pour s'emparer et piller un territoire donné.

Ces équipements et hommes organisés en une force que nous appelleront  AlphaŸ offrent une certaine protection pendant une durée déterminée contre des bandes armées en contrepartie d'une rémunération. Cette force  Alpha Ÿ n'est pas autre chose qu'une armée privée. On fera une différence fondamentale entre la protection contre des intrus qui agissent individuellement et celle contre des bandes armées (privées ou publiques) qui concentrent un pouvoir de destruction dans leurs mains, car il faut leur opposer une puissance de feu égale ou supérieure. La protection militaire consiste donc dans la constitution d'une force armée ayant la capacité de faire face à ces bandes armées.

La protection contre des infiltrations civiles ou militaires, contre des attaques terroristes, prend une autre forme et concerne d'autres corps spécialisés : police, gardes frontières etc.. Ce point est non négligeable. La question essentielle est en effet de repérer cette bande armée, de la localiser et de la détruire en lui opposant une force AlphaŸ efficace. Les défaites militaires de la force Alpha sont souvent le résultat de cette incapacité qu'elle a sur le terrain de repérer où est l'ennemi. Elle ne réside pas dans la puissance de feu en soi. En effet, la concurrence des fabricants d'armes et les firmes qui sous traitent les technologies militaires fait que les innovations se propagent plus ou moins rapidement et équilibrent les forces. En revanche, quant il s'agit d'infiltrations, la question est reportée sur le mur qui enclos le territoire que l'on cherche à protéger des intrus ou des personnes non désirés, qu'il s'agisse d'une maison, d'une entreprise, d'un quartier, d'une ville ou d'un pays. C'est une question de gardiennage et de mobilisation d'équipes de chasse proportionnées aux infiltrations.

Cependant la force  Alpha Ÿ en détruisant la bande armée qui parcourt et pille un territoire rend un service à tous, même à ceux qui n'ont pas payé ou ne sont pas concernés présentement par cette bande qui n'a pas encore atteint le territoire où ils habitent. Les économistes voient dans le fait de rendre un service à autrui sans que l'on puisse en tirer un bénéfice, faute de pouvoir les exclure du service rendu, un obstacle essentiel à l'émergence d'un marché privé de la défense ou tout au moins à un montant optimal de protection militaire sur un espace territorial donné. Or, c'est sur la base de cet argument que certains veulent un monopole et une nationalisation de la défense. Que vaut cet argument? Il faut noter que G.Molinari ignore l'argument des biens collectifs. Cette ignorance n'ôte en rien l'intérêt de son argument. En effet si la sécurité n'est pas un bien collectif mais un bien privé comme un autre, alors son point de vue s'impose. En effet, pour beaucoup d'hommes politiques, influencés par la rhétorique des économistes, justement les services rendus par la défense sont les archétypes même de biens qui ne pourraient être produits par le marché parce qu'ils sont des "biens collectifs". Non seulement, ils ignorent superbement l'argument de G. Molinari, mais aussi la réalité économique contemporaine.

P.W.Singer dans son ouvrage rappelle le fait suivant. En 1995 le Sierra Leone, une ancienne colonie britannique en Afrique de l'Ouest est mis à sac par des groupes de rebelles (Front Uni Révolutionnaire) qui commettent des meurtres sur les civils, violent, tuent , prennent en otages des innocents; utilisent les enfants dans les combats, pratiquent des atrocités en coupant les bras des gens qu'ils capturent. L'anarchie règne. Embuscade sur les routes, massacre de villages deviennent la norme. Après quatre années de combat , la situation est devenu difficile pour le gouvernement local , les rebelles contrôlent le territoire, l'armée gouvernementale sous paye ses soldats qui rejoignent la rébellion, les deux camps pillent le territoire. Quand les rebelles se sont approchés à 20kms de Freetown la capitale, tout le monde a eu peur que la guerre se termine par un massacre général , la plupart des ambassades étrangères se sont empressées d'évacuer leurs ressortissants et de fermer leur représentation. La situation semblait sans espoir. Lorsque qu'une force armée se déploya rapidement et frappa les rebelles par des attaques aériennes et d'artillerie suivies d'assauts par hélicoptères et une infanterie mécanisée. Les rebelles furent pris par surprise et en deux semaines furent repoussés dans la brousse loin de la capitale. Cette action restaura la sécurité et relança l'activité économique. Peu de temps après le quartier général des rebelles fut pris d'assaut et détruit. Les soldats de cette force militaire n'arboraient aucun drapeau ni insigne, composé de noirs ou de blanc aux visages noircis pour masquer leur identité. Ces soldats étaient les employés d'"Executive Outcome" une firme militaire privée basée en Afrique du Sud. Au même moment en Yougoslavie avec les combats opposant serbes et croates une firme privée américaine MPRI entraînait les Croates au combat selon le manuel d'opération militaire américain. Depuis il existe sur le marché privé de la défense militaire en plus de MPRI et Executive Outcome, toute une cohorte de firmes de taille variée et aux services diversifiés telles Sandline , Vinnel, Dyncorp, Armor group, Northbridge, Brown and Root Services etc. Cette industrie florissante contredit la théorie classique des biens collectifs.
Pour bien comprendre le concept économique de  bien collectif Ÿ et les difficultés de financer un tel bien sans recourir à la coercition il nous faut revenir à la théorie.

Notion de biens collectifs


Le mot de bien collectif est due au Prix Nobel, Paul Samuelson , qui a défini ce concept dans les années 1954-55 de la façon suivante. Un bien collectif serait un bien dont:

" tout le monde jouit en commun dans le sens où la consommation de ce bien par chacun n'en réduit pas la quantité consommable par quelqu'un d'autre".
ou un bien qui:
" se distingue simplement par le fait que sa consommation s'assortit d'effet externes, c'est à dire qu'il figure dans les fonctions de préférence de plusieurs individus"
enfin, comme corollaire de la première définition, puisque plusieurs personnes peuvent consommer ce bien sans priver les autres de leur consommation, le coût supplémentaire d'un usager additionnel de ce bien est nul.


Par exemple, l'utilisation par quelqu'un d'un éclairage n'empêche pas quelqu'un d'autre au même moment d'en profiter aussi. Cet attribut des biens collectifs est souvent décrit par l'idée de non rivalité dans la consommation. On ajoute en général d'autres attributs pour caractériser le bien collectif.

- Une première caractéristique porte sur le nombre d'individus concernés. Ce nombre peut varier de deux à l'ensemble des membres de la communauté. Un lit peut se partager à deux, une voiture à cinq personnes. En revanche, la protection territoriale concerne un grand nombre de personnes et la découverte de la formule d'un vaccin efficace contre la grippe concerne tout le monde.
- Une deuxième caractéristique concerne les biens publics ; il est souvent difficile ou très onéreux d'exclure de la jouissance de ce bien ceux qui ne paient pas. Cette impossibilité d'exclusion est souvent considérée comme la caractéristique essentielle d'un bien collectif. Un individu peut bénéficier des services rendus par un bien sans qu'il ait contribué à son coût. Un individu qui ne se vaccine pas bénéficie de la protection sans supporter le coût d'être vacciné car on ne peut par définition l'exclure du service rendu lorsque l'éradication de la maladie est réalisée. Si la protection territoriale est offerte par une agence privée, ceux qui ne contribuent pas et qui habitent dans la zone où cette protection est assurée jouissent de la paix sans débourser d'argent. . Cette situation est souvent comparée au problème posé par un comportement de " cavalier seul " ou de " free rider ", voire de " dilemme du prisonnier ".
-Une troisième caractéristique est souvent présente lorsque l'on décèle dans un bien un problème d'encombrement. Une route peut être utilisée simultanément par plusieurs voitures. Mais si le nombre de voitures croît les services offerts par la route, qui consistent à se déplacer d'un point à un autre en toute sécurité et dans un temps limité, peuvent ne plus être rendus .
- Enfin, il faut ajouter une quatrième caractéristique : les services rendus par ce bien peuvent être obtenus d'une autre manière. Si la route est risquée, on peut utiliser le train. Si le train est en grève, on peut faire appel aux vélos ou à l'avion. La sécurité des biens et des personnes peut être assurée de multiples façons, du port ostensible d'armes individuelles à la patrouille de police, de l'assurance contre le vol à l'utilisation d'une porte blindée. On peut toujours substituer un bien privé à un bien collectif.

Dans le cas particulier d'un bien ou d'un service qui, à la fois, concerne un grand nombre d'individus, où l'on ne peut exclure ceux qui ne paient pas, qui ne donne pas lieu à encombrement et n'a pas de proches substituts sur le marché, nous avons ce que l'économiste appelle "le paradoxe des biens collectifs".

Le paradoxe des biens collectifs

Prenons un riche propriétaire, Jules, qui désire assurer la protection de sa propriété contre des intrus agissant en bandes armées. Il est prêt à dépenser Pjmax pour assurer sa protection en construisant une force Alpha. Si Jules produit celle-ci tout seul, il lui en coûte C. Malheureusement le coût de cette protection contre la puissance de feu de ces bandes armées excède le prix maximum qu'il est prêt à payer. Maintenant Pierre, son voisin, qui lui aussi désire protéger sa propriété contre des bandes armées, fait face au même dilemme. Pris séparément, tous deux ne peuvent produire ce bien si précieux qu'est la protection de leur propriété car il existe un coût fixe élevé pour le produire. En revanche, pris ensemble le coût de cette protection est divisée par 2.

Si cette protection était offerte par Pierre, comme ce dernier ne peut exclure Jules du service rendu par l'usage de cette force Alpha puisqu'elle détruit la bande armée qui menaçait tout autant la propriété de Jules, Jules bénéficie de la force Alpha sans contribuer à son coût, Pjmax. En revanche, Jules et Pierre peuvent coopérer pour construire, ensemble, la force en question. En partageant les frais, ils peuvent diviser les coûts par deux. Chacun paie alors C/2 et la force Alpha est produite. Représentons par une matrice cette structure d'interaction.

Pierre
ne coopère pascoopère
ne coopère pas0Pjmax
Jules
coopèrePjmax-C <0 Pjmax - C/2,



Si Pierre construit seul la force Alpha, comme Pjmax > Pjmax- C/2, la stratégie dominante pour Jules est de ne pas coopérer. Si le coût de construire la force Delta excède le prix maximum que chacun est prêt à payer, Pjmax- C <0, lorsque Pierre ne la construit pas Jules ne la construit pas non plus. La stratégie dominante pour Jules est alors de ne pas construire la force Delta ni de coopérer à sa construction. Comme le jeu est symétrique, Pierre en fait autant. Le bien n'est pas produit alors qu'il améliorerait la satisfaction de tous, puisque pris ensemble le coût à produire cette défense pour chacun serait inférieur au prix maximum que chacun est prêt à payer : Pjmax > C/2 . C'est le paradoxe des biens collectifs.

Théorème du " dilemme du prisonnier " ou théorème du " cavalier seul "?

On déduit vite, trop vite, de ce paradoxe en forme de dilemme du prisonnier qu'à l'échec de la coopération et du marché dans la fourniture de ces biens ou services collectifs, s'opposerait le " succès " de l'État qui pourrait, grâce à son monopole sur l'usage de la contrainte publique, résoudre le dilemme du " prisonnier " décrit plus haut en imposant la solution "efficace" en contraignant Jules et Pierre à coopérer ensemble.

On fera deux remarques pour l'instant :
1) contraindre les gens à coopérer par la coercition n'implique pas un financement par l'impôt ni l'existence d'une bureaucratie militaire mais une obligation de contribuer au financement d'une force Delta au choix du consommateur comme on l'exige pour l'assurance automobile.
2) La coercition n'est jamais sans coût d'opportunité.

Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin. Auparavant soulignons les faiblesses de cet argument qui sert de justification fondamentale chez les économistes à l'intervention de l'Etat dans ce domaine. Utiliser le théorème du "dilemme du prisonnier" comme argument principal pour justifier le paradoxe des biens collectifs présuppose des hypothèses particulières dans la production du bien à externalité positive.

Comme le rappelle V.Mises si un chef d'entreprise considère les avantages de la construction de la force  Delta Ÿ si importante pour lui-même qu'il est disposé à assumer tous les frais, on ne voit pas pourquoi il ne le construirait pas. C'est la première critique.
 Le fait que son projet profite aussi à d'autres, ne le dissuade pas d'accomplir ce qui améliorera son propre bien être. Quand une compagnie de chemins de fer élève des talus pour protéger ses voies des congères ou des avalanches, elle protège également les maisons des terrains adjacents. Pourtant les avantages que reçoivent les voisins ne détournent pas la compagnie d'entreprendre des travaux coûteux mais qui lui paraissent en valoir la peine. Ÿ
L'argument n'est donc pas celui-ci. En fait dans la première structure nous avons fait comme si :
 Les frais nécessaires du projet sont si élevés qu'aucun de ceux qui en profiteraient n'est disposé à les assumer en totalité. Le projet ne peut être réalisé que si un nombre suffisant d'entre les intéressés prennent leur part des frais. Ÿ

Or c'est là encore une hypothèse très particulière.
En effet tel que nous avons posé le problème un certain nombre d'hypothèses sont implicites au raisonnement.

Ainsi, la contribution que chacun doit payer est indépendante du nombre de personnes qui coopèrent et elle est supérieure au bénéfice attendu si une personne et une seule fait défaut : celle à la place de laquelle se met l'économiste. Par ailleurs, on suppose une parfaite symétrie des rôles.

Démontrons ce point.
Revenons à notre structure d'interaction et modifions là. La production de la force Alpha rend un service que chaque individu évalue au prix maximum qu'il est prêt à payer : Pmax. Admettons pour l'instant que tous les individus évaluent de la même manière le service rendu. En revanche, la contribution C sera d'autant plus faible qu'un grand nombre de gens, n , coopèrent à la production du bien considéré. Elle est égale à C/n., si n personnes coopèrent. Quand une seule personne produit le bien, la contribution C est supposée excéder le prix que les individus sont prêts à payer : Pmax.
Observons la matrice de gains ci-dessous.

Les autres
ne coopèrent pascoopèrent
ne coopère pas0, 0Pjmax-œ, (Pmax-C/n)
Jules
coopèrePjmax-C <0, 0 Pjmax-C/(n+1),Pmax-C/(n +1)


Nous avons introduit une asymétrie. Les autres peuvent s'entendre entre eux pour produire le bien collectif. Nous avons aussi présupposé que le coût de fabrication de la force Delta est d'autant plus faible qu'il y a un grand nombre de gens qui coopère. Nous avons aussi présupposé, comme précédemment, que Jules ne pouvait, tout seul, produire celle-ci.
Si Jules ne coopère pas lorsque les autres coopèrent, parce que Pjmax Pjmax-C/(n +1), le bien collectif sera produit si et seulement si Pmax > C/n . En effet, dans un tel cas pour les autres, nous avons Pmax - C/n >0 et Pmax-C/(n +1)>0 , ils sont donc incités à produire le bien collectif. Si c'est le cas, Jules est alors un " free rider ". Il fait "cavalier seul".

Mais cela n'a aucune conséquence sur la production du bien collectif, la force Alpha, car le nombre de gens qui coopèrent suffit amplement à produire le bien considéré. Ils peuvent même inciter Jules à coopérer, si les autres l'identifient. Car dans un tel cas, ils peuvent l'ostraciser en lui faisant supporter un coût, mesuré par œ, lorsqu'il se comporte comme un " free rider ". Pour retrouver le "dilemme du prisonnier", c'est-à-dire une stratégie dominante de non coopération pour Jules, mais aussi pour les autres, il faut introduire les hypothèses suivantes :

1) que la contribution de Jules joue un rôle décisif par exemple si la contribution de Jules fait défaut, alors C/n excède Pmax, tandis que s'il coopère, c'est le contraire : Pmax > C/(n +1).
2) qu'il n'est pas possible ou trop coûteux de trouver et mettre en oeuvre un mécanisme qui incite Jules à coopérer.

Si la contribution de Jules est décisive et s'il n'est pas possible de trouver un mécanisme d'incitation pour l'identifier et le faire coopérer, alors les autres ont intérêt à ne pas coopérer. C'est en ce sens là que le théorème se présente comme une exception à la règle et non comme une règle générale de non coopération.
Revenons à Jules. Si les autres n'ont pas besoin de la contribution de Jules pour produire la force Delta, comme Jules ne viole aucun droit de propriété et comme on ne peut pas lui reprocher un comportement qui empêcherait la production du bien collectif lui-même, le fait qu'il fasse "cavalier seul" ne pose aucun problème particulier. On peut même imaginer que le coût d'inclure Jules dans l'entente, déjà réalisée par les autres, excède l'économie que les autres réaliseraient s'il participait aux frais. "Faire cavalier seul" est un donc faux problème car ce comportement ne peut être jugé comme inefficient au sens où cela coûte plus cher de faire coopérer cet individu que cela ne rapporte .
On ne peut donc pas assimiler le paradoxe des biens collectifs au problème soulevé par les comportements de " cavalier seul". Ce paradoxe des biens collectifs concerne nécessairement le cas spécifique d'un dilemme du prisonnier où la contribution de Jules est non seulement décisive pour la production de la force Delta mais encore qu'il existerait une impossibilité pour les uns et les autres de mettre en oeuvre un mécanisme qui permettrait de produire ensemble le bien collectif.


Les alternatives à la coercition étatique

La structure du "dilemme du prisonnier" fait comme si les individus n'étaient pas conscients du problème soulevé par le type d'interaction dans laquelle ils sont impliqués. D'un côté on présuppose qu'ils sont rationnels en suivant leur intérêt personnel et en choisissant la stratégie qui maximise leur satisfaction, on suppose aussi que ces acteurs ont une connaissance parfaite de la matrice de gains et de l'autre on fait comme s'ils n'étaient pas suffisamment rationnel pour se rendre compte qu'il existe des opportunités de profits à saisir. Le théorème du " dilemme du prisonnier " ne prête pas suffisamment de rationalité aux individus. L'économiste prétend qu'il existe une opportunité de profit à saisir et prétend simultanément qu'il est impossible de la saisir alors que par ailleurs il croît fermement au principe d'arbitrage.
On devrait donc trouver un entrepreneur qui s'efforce de saisir cette opportunité de profit en incitant les gens à coopérer. Et s'il ne le fait pas c'est que vraisemblablement le coût d'opportunité de la saisir excède son gain. Il existe, en effet, un moyen simple de produire des biens collectifs.

La souscription conditionnelle

1) On informe la population concernée (les propriétaires) du montant des dépenses d'investissement et de maintenance qu'il faut encourir pour produire une force Delta au coût total de C.
2) Chaque personne intéressée stipule, dans un pré-contrat, le montant qu'elle est prête à payer, Pmax, sachant que le montant effectivement payé correspondra seulement à une fraction de ce qu'il déclare C/2n. Les fonds sont collectés et bloqués dans un compte.
3)Si le montant total des dépenses n'est pas couvert par l'ensemble des contrats collectés, la force Delta n'est pas produite, les contrats sont annulés et l'argent est remboursé à chaque propriétaire avec intérêt.
Cette façon de révéler les préférences des individus résout le problème du dilemme du prisonnier. Cette solution, proposée par E.R.Brubaker, modifie la structure d'interaction de la manière suivante.

Les autres
ne coopèrent pascoopèrent
ne coopère pas0, 00, 0 avec Pmax
Jules
coopère0, 0 Pjmax - C/(n+1), Pmax- C/(n +1) avec Pmax>C/(n + 1)


Prenons la première ligne. Jules ne coopère pas et les autres coopèrent. Supposons la contribution de Jules décisive. Avec le pré-contrat à option le bien collectif n'est pas offert par les autres si Jules ne coopère pas. Admettons qu'il coopère, deuxième ligne. Si les autres ne coopèrent pas, le bien collectif n'est pas produit, Jules ne perd rien contrairement à la structure d'interaction précédente où il perdait Pjmax-C, puisqu'à lui seul il ne pouvait couvrir le coût d'opportunité de la construction de cette force de protection la force Delta par une utilité personnelle supérieure. Réciproquement si Jules est prêt à payer sa part pour produire le bien collectif et que les autres ne coopèrent pas, comme le coût total n'est pas couvert, le bien collectif n'est pas offert.
En revanche, si les autres coopèrent le bien collectif est effectivement produit. Avec cette structure d'interaction la stratégie dominante pour Jules, comme pour les autres, est de coopérer. Le dilemme du prisonnier est facilement tourné par cette souscription conditionnelle.

Pourquoi ne l'adopte-t-on pas systématiquement ? D.Friedman rappelle les difficultés rencontrées par ce type de financement. Il peut exister des coûts à introduire et à mener à bien cette souscription. Si la souscription est volontaire et que le bien collectif est produit, on peut en déduire que la valeur des services rendus par la force Delta excède non seulement le coût de fabrication et d'entretien de cette force mais aussi le coût de la souscription optionnelle. Dans le cas contraire cela démontre que le coût de la souscription et / ou le coût de production de la force Alpha excède la valeur que l'ensemble des propriétaires attache à cette protection.
Un entrepreneur pourrait estimer la valeur que représente le service rendu par la force Alpha pour chacun des propriétaires d'un territoire. Il pourrait établir un contrat par lequel chacun s'engagerait à contribuer pour un montant qui correspond à la valeur qu'il attribue à ce service, conditionnellement au fait que les autres paient leur part et faire circuler ce contrat. Chaque propriétaire sait que s'il refuse de signer la force Alpha ne sera pas construite.

Pour qu'un tel système fonctionne l'entrepreneur doit trouver un mécanisme pour que chaque propriétaire révèle ses véritables préférences. Sa tâche est rendue plus difficile car les propriétaires se rendent vite compte qu'il est dans leur intérêt, comme dans n'importe quel échange, de ne pas révéler le véritable prix maximum qu'ils sont prêts à payer. L'entrepreneur doit donc proposer une contribution de départ suffisante pour ne pas dissuader les propriétaires de signer le contrat et en même temps réunir suffisamment de gens pour que la contribution finale par chacun soit inférieure à celle signée au début de la souscription. Dès qu'il y a un grand nombre de personnes concernées, ou pour atteindre un grand nombre de personnes et réduire le coût, il faut sans doute encourir des dépenses supplémentaires de publicité et de démarchage.

S'il est trop coûteux d'organiser cette souscription, c'est que les gens concernés jugent que les sommes consacrées au fonctionnement de cette souscription sont mieux utilisées en renonçant à la force Alpha qui implique une telle organisation. Substituer le gouvernement n'élimine pas le coût à inciter à la coopération. En effet ici l'incitation à la coopération prend la forme de la coercition étatique. Il faut non seulement payer des collecteurs d'impôts mais aussi des statisticiens pour obtenir l'information sur lesquels les collecteurs d'impôts vont agir. Or, les sommes consacrées à cette activité de collecte auraient pu être mieux utilisées ailleurs. Il faut donc faire la preuve que non seulement le coût de la coercition est plus faible que le coût d'organiser une souscription conditionnelle mais aussi que cette action coercitive génère plus d'avantages que les sommes qui auraient été utilisées à d'autres usages par les contribuables s'ils avaient pu disposer librement de l'argent qui a été prélevé par la force. On remarquera aussi qu'il faut que quelqu'un apporte la preuve que le coût d'opportunité de l'usage de la coercition est plus faible que celui d'une souscription conditionnelle volontaire. Or, qui est habilité à apporter cette preuve : l'économiste, fonctionnaire de l'Etat ? Mais celui-ci est juge et parti puisqu'il est payé par l'Etat. Comment cet économiste peut-il apporter cette preuve ? En réalité cette preuve ne peut être apportée parce qu'il y a par usage de la coercition

En réalité il existe une autre explication pour comprendre pourquoi une telle souscription n'émerge pas : la possibilité d'user de la contrainte publique pour financer la construction de la force Alpha. En effet, la contrainte offre une opportunité de profit supplémentaire : faire payer à des non -usagers les investissements et l'entretien de ce bien, ce qui réduit à un coût presque nul la contribution de ceux qui bénéficient des services rendus par la protection militaire. Il suffit de convaincre des hommes politiques que les bienfaits de la force Alpha s'étendent à tous. Le gain attendu de l'usage de la contrainte est une diminution du coût à produire le bien collectif : C/n tend vers zéro si n tend vers l'infini. Même si l'usage de la contrainte publique n'est pas sans coût d'opportunité, il est toujours attrayant d'user de la contrainte publique pour faire supporter aux autres ses propres coûts.
L'argument des biens collectifs perd donc beaucoup de sa valeur et il en perd d'autant plus que les caractéristiques signalées plus haut : petit nombre, répétition de l'interaction, exclusion des mauvais payeurs et bien privé substitut sont présentes, car le paradoxe des biens collectifs ne s'impose plus.

Milices et armées privées

Si le bien collectif concerne des petits groupes, l'entente directe et spontanée suffit à produire le bien lui-même. Plus la dimension d'un groupe est restreinte plus il est difficile pour un individu de se comporter en " cavalier seul ". Les propriétaires d'un terrain ont des voisins. Ils sont peu nombreux et souvent finissent plus ou moins par se connaître tous.
Ils peuvent être amenés à produire une protection militaire, une milice, dont les services ont une grande valeur, en coopérant entre eux. Les sanctions contre ceux qui ne participent pas cette coopération peuvent être efficaces : désapprobation ostensible, diminution des contacts, refus de collaborer avec les " free riders " etc. Il se peut aussi qu'un propriétaire, compte tenu de sa richesse, trouve rentable de construire lui-même ou de faire appel à une force Alpha pour protéger sa maison et les dépendances qui vont avec mais aussi celles de ses voisins puisqu'il repousse au delà de sa propriété la zone d'intervention de la force Alpha, les dommages collatéraux seront pour ses voisins. Enfin, il ne faut pas oublier qu'une entreprise charitable ou une entreprise privée peut vouloir offrir ce service pour protéger ses propres activités. Des congrégations religieuses ou des organismes humanitaires peuvent vouloir développer une force de protection privée pour assurer ses oeuvres et une entreprise privée peut développer une force Alpha pour protéger ses comptoirs comme au bon temps de la Compagnie des Indes. En fait depuis des temps immémoriaux l'appel à des armées privées est la règle en matière de protection. L'exception c'est le monopole et la nationalisation des armées. Le mercenariat, les Suisses, les Lansquenets, les Condiottiere, ou des entrepreneurs comme louis de Geer, Mansfield, Von Weimar ou encore le Comte Von Wallenstein qui lèvent des armées, servent différents gouvernements. L'opposition que les politologues ont à l'égard des armées privées reposent sur quelques arguments qu'il est bon de rappeler. Contracter avec une armée privée ce n'est pas la même chose que de contracter avec une force nationale ou avec un plombier. Est-ce que le travail sera fait proprement comme avec Executive Outcome en Sierra Leone ou au contraire est-ce que l'armée privée ne se transformera pas en agresseur, pillant le pays comme autrefois pendant la guerre dite de cent ans , les grandes compagnies privées pillaient les villes qui refusaient leur protection, faute d'être payées par leur employeur? Est-ce qu'elle n'exigera pas une fois le service rendu un supplément de revenus? En effet comment faire pour qu'elle respecte ses promesses si elle détient le pouvoir militaire sur le territoire où elle agit? Lorsqu'un gouvernement contracte avec une armées privée les buts des uns et des autres ne sont pas les mêmes, l'un est gouverné par le profit l'autre par d'autres intérêts d'une autre nature. La structure du marché est aussi telle que le client qui demande protection ne peut pas facilement mettre en concurrence les armées privées. (surtout si celle-ci comme MPRI ont des liens étroits avec un gouvernement national). L'existence d'un marché compétitif des armées privées soulève un problème dans les relations internationales entre Etats. Il brise la cartellisation des Etats et leurs alliances en permettant à des groupes privées, firmes, ou encore trafiquants et criminels d'accéder au pouvoir coercitif à un moindre coût. On peut aussi imaginer qu'une armée privée en assurant la protection territoriale d'un Etat et en exigeant en guise de paiement une part des droits de propriétés dans des ressources naturelles ( mine de diamants, pétrole etc.) acquiert une puissance et un intérêt crucial dans la politique d'un pays. Elle peut aussi permettre à une compagnie privée de devenir indépendante d'un Etat local et séparer sa propriété du reste du territoire comme avec des plantations ou des mines ou des champs de pétrole en refusant de payer l'impôt au prédateur local, dictateur , Roi ou Président d'une république.

Copropriétés
Un promoteur immobilier achète tout ou partie d'un territoire avant de dire qu'il va offrir une force Alpha en même temps que d'autres services individualisés ou collectifs pour sécuriser le territoire contre des attaques de bandes armées. Il aménage ce territoire et revend le terrain plus cher qu'il ne l'acheté puisque l'ensemble des services offerts ont beaucoup de valeur pour les nouveaux propriétaires. Là encore l'achat en masse des terrains peut faire monter les prix des terrains. Certains propriétaires peuvent refuser de vendre. Bien qu'il soit facile de procéder comme précédemment par souscription conditionnelle ou achat à option à un prix déterminé et mettre en concurrence plusieurs territoire entre eux pour contourner cet obstacle , cette opération n'est pas sans coût. Mais le problème est plus simple si on subdivise le territoire et on laisse la population qui vit sur ces territoires de petite taille assurer leur propre protection en créant leur propre copropriété. Ces multitudes de copropriété pourraient s'associer entre elles en passant cette fois des contrats unanimes pour défendre des zones de la taille de nations ou de continents.

En effet la question de la privatisation de la protection militaire peut se faire en réalité au sein de la copropriété. Chaque copropriétaire est tenu de payer les charges afférentes à l'entretien et à la protection des parties communes comme des propriétés elles-mêmes, même le locataire et le nomade, via des droits de passage, paieront la protection militaire et donc son financement. La protection militaire peut elle-même être offerte par des compagnies d'assurance ou de grandes entreprises spécialisées déjà dans la fourniture de services territoriaux comme le service des eaux. On devine aussi quelles technologies militaires seront demandées.
Ces copropriétés font déjà face très souvent à des invasions d'insectes ou de rats. Elles utilisent des outils de destruction massive à l'égard de ces animaux. Et vous remarquerez le problème délicat qui est posé et résolu lors de ces interventions  militaires Ÿ. Il faut des armes sélectives qui ne détruisent pas les êtres humains ou leurs animaux familiers ni la copropriété elle même. Les armes chimiques que nous utilisons massivement contre ces animaux ou ces insectes sont telles, qu'elles réussissent l'exploit de mettre en échec les invasions de ces prédateurs ou parasites étrangers sans détruire les locataires ou les propriétaires ni leurs animaux de compagnie. La copropriété développera des technologies militaires chimiques semblables pour faire face à des invasions non désirées d'êtres humains qui viendraient en bandes armées pour piller et terroriser les habitants de la copropriété. Ces techniques peuvent même préserver la vie de ces prédateurs.

Devant d'autres menaces, plus traditionnelles, les copropriétés peuvent s'associer entre elles pour disposer d'armements plus sophistiqués et plus coûteux (dissuasion nucléaire).
Les propriétaires qui ne désirent pas le même niveau de protection, ou n'en veulent pas, se tournent vers d'autres copropriétés ou demandent, si cela est possible techniquement, à ne pas être protégés militairement. De la compétition avec les pieds entre copropriétés émerge un montant optimal de protection sur un territoire donné.
Enfin, on ne doit jamais perdre de vue que la protection militaire peut être un bien pour certains mais aussi un  mal Ÿ pour d'autres. Par exemple, dans le domaine de la défense nous partons tous de l'hypothèse que tous les citoyens - ou copropriétaires - souhaitent également être défendus contre les mêmes adversaires. Mais ce n'est pas nécessairement le cas.
Et c'est en fait le point d'achoppement fondamental à une défense  nationale Ÿ. Dans certains territoires, une fraction de la population peut ne pas désirer être défendue contre une invasion par les troupes d'un pays avec lequel elle nourrit des affinités étroites (pensons aux minorités allemandes, des États d'Europe centrale, aux conflits yougoslaves du début du siècle ou de la fin de siècle). De même, il y a des citoyens qui, pour des raisons morales, idéologiques ou de principe, sont opposés à l'utilisation des armes ou de certaines d'entre elles.

En général, il existe au moins quatre parties en présence dans un conflit entre deux pays. Les deux gouvernements et les deux peuples infortunés qui vivent sous ces gouvernements. Une fraction importante des français a collaboré avec l'ennemi pendant les années 1940-1944. Ces français ne voyaient pas sans doute les occupants du même oeil que les résistants. Les communistes français qui constituaient, il n'y a pas si longtemps 20 % de l'électorat français, par quelle armée voulaient-ils être vraiment défendus : par l'armée soviétique ou par l'armée française? Il est arrivé à un communiste français à la télévision de parler de l'armée rouge comme de  son Ÿ armée. Ce lapsus était révélateur du fait que la notion de défense nationale n'est pas nécessairement la même pour tous comme le rappelle opportunément H. Hoppe , car pour le communiste français le sentiment d'appartenance à la France ne primait pas sur son sentiment de solidarité vis-à-vis des communistes de l'ex-union soviétique.
Mais ce problème est permanent. Demain, il peut en être de même avec les musulmans intégristes, avec la communauté juive, ou plus bêtement avec les français eux-mêmes : corses, bretons, basques, niçois, Clodoaldiens etc. Là encore, avec une privatisation et une compétition entre les armées et un arrangement institutionnel de copropriétés de tels problèmes disparaissent.

On remarquera immédiatement l'avantage, en matière de protection militaire, de l'arrangement institutionnel sous forme de copropriété. En effet, le territoire se trouve divisé en de multiples copropriétés. Les armées privées en compétition n'accepteront de protéger que celles qui paient le véritable prix de la protection militaire. Et ces copropriétés ont toujours le choix d'adopter une protection militaire alternative produite en autarcie. Si les habitants situés sur les routes d'invasion traditionnelle avaient pu s'adresser à des armées privées, ils auraient, forts de leur expérience passée, construit une ligne Maginot le long de cette route d'invasion, c'est-à-dire le long de la frontière belge. Ils auraient dépensé plus d'argent pour leur protection que les habitants proches de la frontière italienne. Malheureusement la protection était nationalisée et la ligne Maginot a été construite ailleurs!


L'assurance
On peut aussi imaginer que les constructeurs de forces Delta ne sont pas les propriétaires ou copropriétaires de terrains, mais leurs assureurs. Ces derniers sont intéressés directement à réduire la probabilité d'apparition des dommages causés par des bandes armées. Ils peuvent contraindre les propriétaires et copropriétaires de terrains à payer pour cette force Delta ou s'ils la construisent eux- mêmes, répercuter sur les primes d'assurance le coût de cette protection supplémentaire. En fait cette solution a été développée par H.H.Hoppe à la suite de M. et L.Tannehill . Elle fonctionne comme pour l'assurance automobile avec un agresseur et une victime.
En fait la protection est étroitement liée aux mécanismes d'assurance. Il faut distinguer l'auto protection personnelle de la protection impersonnelle, celle qui partage les risques de celle qui les diversifie. Contribuer financièrement à une mutuelle qui couvrira les risques d'une fraction de la population partageant une caractéristique commune diffèrent d'une assurance qui s'efforcera de diversifier ces risques sur un pool plus large de la population aux caractéristiques variées. Deux obstacles naissent à propos de l'assurance
1) il n'est pas possible de s'assurer pour des risques qui sont provoqués par l'individu lui même ou qu'il peut éviter avec un minimum de précaution. Par exemple la couverture totale du risque par l'assureur peut inciter l'individu à ne plus prendre de précaution et la probabilité d'apparition du risque s'accroît de manière insupportable pour l'assureur. ( hasard moral)
2) les mauvais risques chassent les bons parce que l'assureur ne peut connaître avec certitude quels sont les individus dans son pool qui sont de bons risques et ceux qui sont de mauvais risques.

Ainsi chaque individu n'a-t-il pas un contrôle étroit sur la probabilité d'être attaqué ? N'a-t-il pas provoqué une attaque sur ses biens et sa personne ? Reprenons l'argumentation de H.H.Hoppe.
Il n'existe pas d'assurance inconditionnelle même pour les risques les plus élémentaires comme les accidents de voiture y compris dans les formules d'assurance tous risques. Il va de soi que seul les attaques provoquées ou induites par les victimes ne sont pas assurables. En revanche, celle qui ne sont pas provoquées par les victimes sont assurables exactement comme pour l'assurance automobile ou pour les accidents liés à des risques industriels. Chaque assureur peut avoir un critère différent pour définir la provocation mais par principe ils vont exclure chez leur client toute action d'agression ou de provocation. Une des conséquences immédiates de ce principe est que les agresseurs ne trouveront pas d'assurance pour les protéger, ils deviennent économiquement isolés et vulnérables. Toute personne qui désire une protection plus impersonnelle se trouve contrainte par l'assurance à avoir une conduite civilisée. En effet celle-ci va édicter des normes de sécurité avec une description des produits ou des contrats qu'il faut acheter pour être protégé par l'assureur. Les assureurs entre eux développent des procédures d'arbitrages pour résoudre les conflits ( avec restitution ou dédommagement et inscription dans des registres communicables à autrui). En souscrivant à ces contrats d'assurance les individus sont liés à un système compétitif d'assurance qui minimise la probabilité d'agression.
Cette description élémentaire ne distingue pas différentes formes d'assurance, par exemple les assurances contre les risques industriels et celles liées aux catastrophes naturelles. Ainsi certains territoires sont plus soumis que d'autres aux risques de catastrophes naturelles. L'assureur connaît mieux que les individus eux mêmes la fréquence de ces risques pour une région donnée et il établit une prime de risques en conséquence. Il discrimine ses prix par région. Mais il ne connaît pas nécessairement le risque dans une localisation particulière de la région assurée. La prime de risque est alors la même pour la région sauf que les mauvais risques ne peuvent chasser les bons car la localisation ne peut être déplacée. On suppose ici que ces risques ne sont pas connus de la population sinon celle-ci se déplace vers des habitats moins risqués. Si maintenant on prend les risques industriels, ceux -ci sont le résultat d'actions humaines, en fait d'efforts de production. Chaque risque industriel est spécifique et ne peut être assuré en le diversifiant entre différents industriels. Il doit être assuré individuellement. Ce qui signifie que ce risque doit être diversifié sur le temps. On ne sait pas quand surviendra l'accident aussi chaque année l'industriel paie une prime de risque qui ne peut être diversifiée mais qui implique de la part de l'assureur l'accumulation de réserves suffisantes pour faire face aux dommages causés par ce risque industriel. En revanche l'assureur peut s'assurer lui même auprès d'autres assurances pour faire face au risque de défaut de paiement ( réassurance). L'assurance contre les risques d'invasions militaires se situe sans doute entre ces deux extrêmes. Par analogie avec les catastrophes naturelles les guerres ou invasions présentent une caractéristiques territoriales. Les routes d'invasion en France sont connues de puis longtemps. Habiter sur la frontière belge a toujours été plus risqué que d'habiter dans le sud de la France. La différence avec les catastrophes naturelles est que la frontière est arbitraire alors qu'elle ne l'est pas avec les catastrophes naturelles. Aujourd'hui habiter près de la frontière belge est aussi sûr ( du point de vue des routes d'invasions) que d'habiter auprès de la frontière espagnole. Une autre différence significative est que la catastrophe naturelle ne discrimine pas entre riches et pauvres entre jeunes et vieux, elle est aveugle. En revanche les bandes armées discriminent entre jeunes et vieux entre riches et pauvres mais aussi entre territoires riches et territoires pauvres. Ces bandes armées s'emparent de ce qui a de la valeur des champs de pétrole par exemple.
Il existe cependant des frontières non arbitraires : celles de la propriété privée. Chaque propriétaire ou copropriétaire d'un terrain a révélé qu'il attache une valeur au terrain qu'il a acheté. Ces frontières sont objectives tout en étant le résultat d'évaluations subjectives. Donc chaque propriétaire préfère une localisation sûre à une qui ne l'est pas. Il aurait pu choisir une autre localisation. Le risque est alors semblable à celui du risque industriel : spécifique au propriétaire. L'assurance contre les agressions en bandes armées ressemblera donc beaucoup plus aux risques industriels qu'aux catastrophes naturelles. L'assureur va donc discriminer les prix par propriétaire en tenant compte du fait que celui -ci émigre vers les zones sûres dont le terrain prend de la valeur et évite les zones peu sûre dont la valeur du terrain est faible.

Protection personnelle
La force Alpha n'est pas le seul moyen de se protéger contre les bandes armées de brigands. En fait, il existe toujours des substituts à la protection militaire. Par exemple être invisible, ne pas susciter l'envie pour ne pas attirer les brigands pris individuellement ou en masse. Dans la même veine on peut adopter un mode de vie où on ne détient aucune ressource sur le territoire où l'on vit. Si un conflit apparaît, on fait comme beaucoup font, on émigre vers des cieux plus cléments en emportant son baluchon et ses instruments de travail : le téléphone et l'ordinateur portable avec les numéros codés des divers comptes bancaires en Suisse ou ailleurs dont on a la propriété.


Le concept de bien collectif est un faux concept.

Le concept de bien collectif est un faux concept. Cette évidence est facile à démontrer. Il suffit de prouver qu'il n'existe pas un seul bien qui ne soit pas passible de la définition de bien public présentée par Samuelson et que l'État n'a pas en charge la production de tous les biens publics et qu'il a en charge des biens purement privés. N'oublions pas que les choses que l'on consomme sont habituellement les services rendus par des biens et non les biens eux-mêmes. On ne consomme pas la voiture mais les kilomètres qu'elle permet de parcourir. La non rivalité et l'impossibilité d'exclusion portent sur les services rendus non sur le bien lui même. La voiture de cinq places est au sens de Samuelson un bien public puisqu'elle offre à trois personnes (chauffeur non compris) la possibilité de consommer cent kilomètres en une heure sans priver une quatrième personne de cette consommation. Or ce bien est fourni de façon privative. Les lettres que vous recevez vous sont destinées. Le fait que quelqu'un d'autre lise les lettres qui vous sont destinées a un coût. Ce bien est purement privé. Sa production demeure privée mais sa distribution est publique! On pourrait multiplier les exemples et s'apercevoir que les biens produits ou distribués par l'État n'ont rien à voir avec la nature public ou privé du bien lui même.
Le coût de produire un service ou un bien doit prendre en compte non seulement le travail, les équipements nécessaires pour le produire mais aussi les frais de commercialisation et de distribution y compris les coûts d'exclusion pour éviter que les gens profitent du service sans payer. Les cinémas ou le métro investissent dans des moyens d'exclure ceux qui ne contribuent pas. Les coûts d'exclusion sont compris dans la production du bien. La décision de les rendre accessible à tous sur une base d'égalité et d'accès gratuit en échange d'un impôt ne démontre pas que les coûts de distribution ont diminué. Le coût d'exclusion est remplacé par un coût de prélèvement de l'impôt sur des personnes qui ne profitent pas du bien offert. Agents du fisc, surveillance des transactions par l'État, prisons et diminution du bien être de ceux qui contribuent mais ne consomment pas remplacent les barrières que les entrepreneurs privés installent pour exclure les passagers clandestins. Il faut alors démontrer que les coûts d'exclusion sont supérieurs aux coûts qu'il faut supporter pour rendre accessible gratuitement à tous le bien ou service considéré pour justifier la mise à disposition publique de ce bien.
Y -a-t-il, nous dit Goldin , une main invisible qui préside au choix entre deux systèmes de distribution - l'accès égalitaire ou l'exclusion- et qui reposent sur les coûts comparés de ces deux procédures de commercialisation des produits? Ou l'accès égalitaire bénéficie-t-il tout simplement à la majorité au dépens de la minorité?

En conclusion, l'argument des "biens collectifs" apparaît comme bien peu scientifique. Il n'existe pas des biens ou des services qui, par nature, devraient être fournis "collectivement" et même s'il en était ainsi on ne peut en déduire que "l'État" doit les fournir avec l'argent des impôts.
Ce concept de bien collectif en apparence simple et purement descriptif, recouvre en réalité un grand nombre de jugements de valeurs incompatible avec l'idée que les économistes se font de leur propre science.

Tout d'abord, il faut prouver que le bien collectif dont il est question est un " bien " pour tous et non pas un " mal " simultanément pour quelques uns. Car dans ce cas il faudrait subventionner ou dédommager ceux pour qui le bien " collectif " est un " mal ". Les économistes oublient l'aspect subjectif des services rendus par les biens.

S'il existe des " biens " collectifs cela ne prouve pas qu'ils doivent être fournis avec l'argent de l'impôt au lieu d'être fourni par une souscription prenant la forme d'un contrat conditionnel ou à option. Dans le second cas lorsque le bien collectif est produit, au lieu et place d'un bien privé substitut, on est certain que les individus concernés pensent en tirer un bénéfice car personne ne les contraint. En revanche, quand il est financé par l'impôt, c'est-à-dire par la coercition, on peut toujours soupçonner que la production de ce bien ne se fait pas à l'avantage de tous, mais de quelques uns. Par ailleurs on ne peut démontrer que l'argent ainsi prélevé pour fournir ce bien collectif n'aurait pas eu un meilleur usage autrement. Rappelons que l'usage de la coercition étatique implique une série de coûts majeurs
i) coût direct de prélever l'impôt et de faire respecter les lois
ii) pertes sociales liées à la levée de l'impôt ou de la réglementation
iii) coût d'opportunité lié à l'emploi des fonds prélevés par la force à des emplois non productifs
iv) discrimination dans le levée de l'impôt, celle-ci est toujours prélevée sur les biens ou services inélastiques
v) le fardeau de l'impôt ou de la réglementation ne tombe pas sur celui à qui il est destiné
vi) il crée une incitation très forte à échapper à l'impôt et à la réglementation.

3) S'il existe des " biens " collectifs quel argument moral peut-on avancer pour que tout le monde dans la collectivité soit forcé de payer alors qu'une fraction de la population ne bénéficie pas de ce bien, ce qui est bien le cas des phares, des routes, de la défense nationale etc. La contrainte devrait s'exercer sur les seules personnes concernées par le bien lui même, dans l'exemple des phares, : les armateurs.
4) Enfin il existe toujours des substituts privés plus ou moins parfaits aux " biens " collectifs. Comment peut-on affirmer que le service désiré serait "mieux rendu" si la fourniture du service prenait la forme d'un " bien collectif " financé par l'impôt plutôt que d'un bien privé si d'entrée on empêche par la force l'émergence de ces biens privés : la monnaies privée, les services de police privées, les armées privées ou les arbitrages privés en justice par exemple?

 
Nuclear Weapons : Proliferation or Monopoly?
par Bertrand Lemennicier

La défense : le problème difficile
par David Friedman

Vers la privatisation des armées
par Jean Marguin



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