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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
Le déclin dela fécondité
 
Le déclin de la fécondité

Chapitre 7 du livre Le marché du mariage et de la famille , Paris PUF 1988de Bertrand Lemennicier


 Les femelles des animaux ont à peu près une fécondité constante. Mais dans l'espèce humaine, la manière de penser; le caractère, les passions, les fantaisies, les caprices, l'idée de conserver sa beauté, l'embarras de la grossesse, celui d'une famille trop nombreuse, troublent la propagation de mille manières. Ÿ

MONTESQUIEU, De l'esprit de lois, livre. 23, chap. 1er.



Généralement, une famille achète une voiture parce qu'elle en attend des services. Fait-elle des enfants dans le même esprit? Quels services sont-ils susceptibles d'offrir à leurs parents? Les enfants sont d'une certaine façon des compagnons avec lesquels on peut discuter, jouer et échanger de l'affection. Leur existence permet d'envisager une vieillesse moins isolée et/ou d'assurer un revenu futur pendant cette période d'inactivité. Ils offrent aussi une possibilité de prolongation post-mortem par transmission d'un patrimoine génétique (capacité physique, intellectuelle...), humain (croyances, valeurs, compétences...) et naturellement financier (fortune mobilière ou immobilière). Ils peuvent aussi fournir une aide précieuse dans les tâches domestiques, ou être des travailleurs d'appoint dans l'entreprise familiale. A l'image de l'épouse ces services rendus par les enfants peuvent être obtenus plus ou moins imparfaitement sur le marché. Les pensions de retraite ou un capital produisant des revenus sont des moyens plus sûr d'assurer des revenus pendant la vieillesse. Les enfants ne sont pas facilement contrôlables et peuvent vivre loin de leurs parents. En revanche, on ne trouve pas sur le marché de bons substituts à l'affection et à l'immortalité. Vous pouvez vous prolonger au-delà de la mort en devenant un écrivain célèbre, un chanteur dont on passera les clips vidéoŸ à la télé-vision ou une vedette de cinéma qui, pendant des générations aura des fans. Vous pouvez même devenir un immortel en accédant à une académie. Artiste ou écrivain, vous pouvez produire des revenus après votre mort grâce à vos droits d'auteurs. Vous préservez plus facile-ment ainsi, pour les générations futures, le souvenir de votre passage sur terre qu'en fabricant votre copie dénaturée avec une femme dont les gènes ne sont pas tous parfaits. Mais, à part ces quelques privilé-giés, les autres personnes doivent se contenter de cette copie qu'ils essaient de façonner à leur propre image ou à celle qu'ils auraient aimé être.

Naturellement les parents n'ont pas des enfants dans le seul but d'en tirer des revenus ou une immortalité. Certains d'entre eux en font aussi par erreur, par imitation, pour remplacer un enfant décédé ou pour reproduire le climat de leur propre enfance dans leur propre foyer, voire pour équilibrer les sexes dans la famille! (encadré 1).

1 - LA PRÉFÉRENCE POUR L'ÉQUILIBRE DES SEXES

Les parents ne sont pas indifférents au sexe de leurs enfants. Ils désirent avoir un garçon et une fille. De façon générale, ils ont une préférence pour un équilibre des sexes entre leurs enfants. Mais cette préférence peut être biaisée. Le père peut préférer des garçons et une fille, en revanche la mère peut préférer des filles et un garçon. Même si l'intérêt porté par les parents au sexe des enfants est une affaire de goût, il ne faut pas oublier les différences de coûts et de rendements attendus, associés à la naissance d'une fille ou d'un garçon. Si les garçons contribuent davantage au revenu familial que les filles, les parents désireront davantage les garçons. Ben Porath et Welch ont testé cet argument et mis à jour une relation entre le nombre d'enfants par famille complète et la préférence pour une com-position équilibrée des sexes entre les enfants. Les différences de rendements ou de prix entre un garçon et une fille inclinent à préférer les garçons. Mais, à contrario, le ratio des sexes dans la population ne semble pas être affecté par cette préférence ou par ces diffé-rences de coûts et de rendements. Cette relation entre la fécondité et l'équilibre des sexes n'est pas nouvelle puisque le statisticien Gini l'avait déjà remarqué.

- Ben Porath Y. et Welch F.,  Do Sex Preferences Really Matter?Ÿ, Quarterly Journal of Economics, mai 1976.


Les économistes ont l'habitude de ne pas distinguer ces motifs, car tous conduisent au même résultat : celui d'augmenter la satisfac-tion des parents (exception faite des enfants non désirés). Contrai-rement à ce que certains pensent , on ne gagne rien à faire une différence entre les motifs qui poussent les familles à la procréation. En réalité, les services rendus par les enfants donnent un flux de satisfaction au cours du temps et c'est là le point le plus important. Cette demande d'enfants (ou les services qu'ils rendent) se traduit de deux façons: le nombre d'enfants par famille, et la qualité d'un enfant mesurée par son niveau d'instruction ou par celui des inves-tissements faits dans son capital humain .

Il existe cependant deux limitations importantes aux bénéfices retirés des enfants. Contrairement aux services rendus par une voiture ou une maison, le flux de satisfaction attendu est risqué et incertain. Avant la décision d'avoir un enfant, on ne sait rien de lui. Il peut naître avec un bras et deux têtes. Au bout d'un certain nom-bre d'années, il devient autonome et affirme sa volonté, et le droit de l'élever ne peut être vendu à quelqu'un d'autre. Ce qui n'est pas le cas de la maison dans laquelle vous vivez. Elle peut être testée avant d'être achetée, elle peut être revendue si l'on n'est pas satisfait des services qu'elle rend, enfin, elle n'affirme pas sa volonté. Ces caractéristiques atténuent l'intérêt à procréer.

Cependant plus les bénéfices attendus sont élevés, plus les couples seront incités à avoir davantage d'enfants et de meilleure qualité. En fait, les économistes ne se seraient pas intéressés au problème de la natalité si la procréation et l'éducation des enfants n'avaient pas été des activités coûteuses. En prenant la décision d'avoir des enfants, le couple sacrifie des alternatives. C'est ce sacrifice qui fait du service rendu par les enfants un bien économiqueŸ. C'est aussi la raison pour laquelle l'économiste s'intéresse à cette production.

En principe un enfant ressemble à un bien durable. Il faut d'abord supporter un coût pour le produire (ou l'acquérir sur un marché). Il faut ensuite l'entretenir, développer ses capacités ou sa productivité. Enfin, il faut décider de la date à laquelle on désire l'avoir et celle à laquelle il faut s'en séparer! Les dépenses supportées pour le mettre au monde ne sont pas négligeables si les parents souhaitent une naissance sans risque pour l'enfant et/ou la mère. Il faut aussi penser aux dépenses d'entretien (nourriture, habillement, soins médicaux, location ou achat d'un appartement plus spacieux etc.), de loisirs et d'éducation. Enfin, il ne faut pas oublier le revenu perdu par le membre de la famille qui consacre son temps à s'en occuper. Les enfants exigent beaucoup d'attention en bas âge et les dépenses encourues pour payer une tierce personne ou une institution qui se substituera aux membres de la famille pour assurer cette tâche ne sont pas négligeables (encadré 2). Comme ces dépenses courent sur plusieurs périodes, elles seront actualisées. Le franc dépensé aujourd'hui ne vaut pas le franc dépensé demain, il a un coût d'opportunité : l'intérêt perdu à ne pas le placer sur un marché financier.

2 - LE COUT D'UN ENFANT

Bloch et Glaude ont estimé la perte de niveau de vie résultant de la présence de 1, 2 ou 3 enfants à partir de l'enquête Famille de 1979. La présence d'un enfant entraînerait une dépense supplémentaire (pour atteindre le même niveau de vie qu'un ménage sans enfant), de 1 860 F par mois. La présence d'un deuxième enfant élève cette dépense à 3420 F par mois, enfin un troisième enfant exigerait une dépense supplémentaire de 5470 F. Le coût d'un enfant supplémentaire est donc croissant. Il est de 1 820, 1 560 et 2 050 F pour 1, 2 et 3 enfants. Comme le font remarquer les auteurs, cette mesure laisse dans l'ombre l'évalua-tion du temps qu'il leur est consacré. On peut avoir une idée de ce coût en nous reportant à des enquêtes emploi du temps. Nous avons repris l'enquête CNAF-CREDOC de N. Tabard de 1971 et estimé le temps consacré par la femme aux soins aux enfants en distinguant les familles avec des enfants en bas âge. Si la répartition en temps des activités de la femme n'a pas évolué sensiblement entre 1971 et 1979, c'est le premier enfant qui coûte à la marge le plus, les autres enfants qui suivent coûtent en temps moins cher. Ainsi le coût marginal d'un enfant en fonction du nombre d'enfants a la forme d'une courbe qui est légèrement en U avec un minimum au niveau de deux enfants!

- Bloch L. et Glaude M.,  Une approche du coût de l'enfantŸ, Economie et Statistique, 1984.


Le coût monétaire et temporel d'un enfant

Le coût d'un enfant diverge selon le coût du temps des membres de la famille et selon leurs préférences pour le temps. En rappelant que les dépenses consécutives à la présence d'un enfant ne sont pas nulles, nous ne voulons pas nécessairement affirmer que toutes les familles mettent en balance les inconvénients et les avantages attendus, et qu'après avoir peser le pour et le contre, se décident à avoir ou non un enfant supplémentaire. Les couples peuvent concevoir un enfant par inadvertance en utilisant une méthode contraceptive peu sophistiquée. Les avortements, les infan-ticides et les abandons sont là pour confirmer la naissance d'un bon nombre d'enfants non désirés. Nous pensons simplement qu'une grande partie des couples n'est pas insensible à cet équilibre entre les coûts et les gains espérés d'un enfant supplémentaire. Nous ne voulons pas dire non plus que la décision de procréer des enfants soit une décision similaire à celle de l'achat d'une maison. C'est un choix plus lourd de conséquences, compte tenu de l'incertitude sur les caractéristiques futures de l'enfant et de l'impossibilité de le revendre.

La présence d'un enfant devient vite irréversible. Le choix d'une naissance supplémentaire prend alors une dimension diffé-rente de celui auquel l'économiste est accoutumé pour les biens ou services courants : l'erreur est extrêmement coûteuse. Une fois ces précautions prises, on peut expliquer aisément comment se déter-mine le nombre d'enfants par famille complète et la baisse drastique de la natalité observée depuis un ou deux siècles.

Reportons-nous au graphique 1. Sur l'axe horizontal, on porte le nombre d'enfants dans la communauté et sur l'axe vertical, les coûts et bénéfices attendus d'un enfant supplémentaire d'une qualité donnée. Une fraction ON° des enfants est produite par inadvertance ou sous des impulsions irraisonnées. En revanche, à partir de N° le nombre d'enfants par famille est sensible aux gains et aux coûts. Pour simplifier, posons le coût d'un enfant supplémentaire constant et les bénéfices attendus décroissant avec le nombre d'enfants dans la famille.
Trois raisons fondamentales vont expliquer la diminution du nombre d'enfants par famille complète et du nombre d'enfants dans la société, c'est-à-dire le déclin démographique : - une chute de la demande ou une disparition des bénéfices; - une hausse des coûts; - une baisse du nombre d'enfants produits par erreur.

Graphique 1 - LA DÉTERMINATION DU NOMBRE D'ENFANTS PAR FAMILLE
La droite GM( ) représente le gain attendu d'un enfant supplémentaire et CM( ) le coût perçu de cet enfant. De N° à N* les gains attendus excédent les coûts perçus. Les familles sont incitées à avoir un enfant supplémentaire. Ces gains et ces coûts sont estimés pour une qualité, , donnée de chaque enfant. Une qualité plus élevée augmente les gains et les coûts et déplace les courbes de gains vers la droite et celles des coûts vers la gauche.









Les facteurs de la demande

La demande de n'importe quel bien économique varie positivement avec une hausse du revenu de l'individu, une hausse du prix des substituts, une hausse des bénéfices attendus et un goût prononcé pour le bien considéré.

Beaucoup d'économistes et de démographes ont mis l'accent sur la disparition des bénéfices tirés d'un grand nombre d'enfants par famille sans prendre conscience de l'origine exacte de celle-ci. On peut, certains le font , insister sur l'apparition de substituts aux ser-vices rendus par les enfants, tel le changement intervenu en matière de protection des anciens. Le marché permet d'offrir cette protection sous une forme d'assurance vieillesse dont le coût est plus faible.

Ce substitut apparu sur le marché, permet de produire le même service à un prix plus faible et diminue la demande d'enfants. Cette baisse est accentuée par l'intervention de l'Etat qui, artificiellement, permet aux couples d'obtenir cette assurance à un coût dérisoire-ment bas. Les bénéfices procurés par les enfants en matière de pro-tection n'ont pas disparu; en revanche, la présence de substituts moins onéreux rend inutile d'avoir des enfants dans ce seul but.

La disparition progressive des droits de propriété sur les enfants ou sur ceux qui les produisent, annule ou rend plus incertain les bénéfices attendus. Certains de ces droits disparaissent spontanément, d'autres, en revanche, sont artificiellement introduits dans la législation pour satisfaire des intérêts privés. Prenons les droits de l'homme sur le corps de son épouse ou sur son épouse elle-même. Si la législation facilite le divorce et offre à la femme l'opportunité de s'approprier les enfants, ou si la loi autorise la femme à avorter à l'insu de son mari, pourquoi l'époux désirerait-il un grand nombre d'enfants? Si la femme seule bénéficie de ressources suffisantes grâce à un métier ou à des subventions étatiques pour élever un enfant et satisfaire avec lui ses désirs d'affection et d'immortalité, à quoi cela peut-il bien servir de s'embarrasser d'un homme et d'être obligé d'avoir deux, trois ou quatre enfants de lui? Si par ailleurs les enfants sont libres aux âges les plus jeunes d'affirmer leur indépendance et leur volonté, en quoi leur compagnie devient-elle inté-ressante (l'affection, nous l'avons déjà écrit, exige des investissements longs et exclusifs sur des personnes bien identifiées)? Dans un cas comme dans l'autre, faute d'un réel contrôle sur les investissements en capital humain, les hommes et les femmes n'ont plus d'intérêts réels à investir dans les enfants.

La probabilité plus forte, aujourd'hui, de divorcer, la protection juridique et sociale accordée à la cohabitation, aux divorcés ou aux familles monoparentales, diminuent très directement les bénéfices attendus d'une naissance supplémentaire. En facilitant le divorce, elles augmentent la probabilité de rompre le mariage et incitent les couples à réduire le nombre désiré d'enfants pour s'auto-protéger contre ce risque. En assurant un niveau de vie presque identique au célibataire, au cohabitant et au divorcé avec un ou deux enfants, elles incitent les couples à ne pas en avoir davantage pour bénéficier de cette assurance.
Reportons-nous aux lois sur le travail. L'interdiction faite aux enfants de travailler, la scolarité obligatoire jusqu'à seize ans et enfin l'impossibilité pour les parents de percevoir les bénéfices de l'activité des enfants mineurs réduit à néant l'intérêt d'avoir des enfants pour en tirer un revenu.

Allons plus loin. Les lois qui imposent une absence de discrimination entre les sexes rendent sans intérêt des familles de sexe équilibré. Si vos filles peuvent être dans la vie comme des garçons (reprendre votre nom de famille, exercer votre métier, etc.), pourquoi avoir un enfant supplémentaire dans l'espérance d'un garçon?
Nous venons d'insister sur le prix des substituts ou sur les bénéfices attendus mais naturellement les goûts peuvent évoluer.

La disparition des croyances et pratiques religieuses fait de la famille nombreuse un modèle à ne plus imiter. Le nombre de plus en plus faible de familles nombreuses réduit l'expérience si enrichissante d'une communauté familiale où frères et sueurs se chamaillent et se soutiennent. Le goût pour reproduire un foyer familial ressemblant à celui vécu aux âges tendres disparaît, faute d'être expérimenté.

La hausse du revenu déplace la demande vers la droite et augmente le nombre d'enfants d'une qualité donnée. L'accroissement de la richesse devrait donc conduire à un nombre d'enfants plus élevé par famille complète. Une hausse du revenu incite les hommes à se marier plus tôt et à moins pratiquer l'abstinence tandis que le taux de mortalité infantile diminue. Mais, cette prédiction a été contredite par les faits. On observe, au contraire, une diminution de la fécondité avec la croissance du revenu. Les enfants, dans le langage ici particulièrement malheureux de l'économiste, seraient des biens inférieursŸ. Ce paradoxe a reçu plusieurs explications dont il n'y a pas lieu de débattre ici . Mais on peut rappeler la chose suivante pour bien situer ce paradoxe. Les dépenses effectuées pour les enfants sont assimilables à celles faites pour l'achat de biens dura-bles. Avoir quatre frigidaires dans la maison est encombrant et inu-tile. Il est préférable d'avoir un frigidaire d'une capacité plus grande combinée avec un congélateur. Plus le revenu est élevé, plus les familles désirent des biens d'équipement de meilleure qualité. Les familles à revenu élevé entendent dépenser davantage pour leurs enfants dans le but de maintenir ou d'accroître d'une génération à l'autre le niveau de vie déjà atteint. Ces dépenses peuvent prendre la forme d'investissement dans le capital humain des enfants ou la forme de transferts de dons ou de dotation à l'héritage ou au mariage.

Pour une richesse donnée, un arbitrage apparaît entre le montant de ces transferts pour assurer à chaque enfant le même niveau de vie que celui des parents, et le nombre d'enfants. C'est l'interaction entre la qualité et la quantité d'un bien. On peut naturellement contester l'idée que les dépenses affectées aux enfants soient condi-tionnées par le désir de maintenir ou d'accroître le statut social de la famille d'une génération à l'autre. Les dépenses par enfant résulte-raient d'une pression sociale ou d'un désir de maintenir le rang social non pas entre les générations, mais par rapport aux amis ou aux relations sociales de la famille elle-même; les dépenses affectées aux enfants étant liées au statut social de la famille, celle-ci se sentirait obligée de consacrer aux enfants une fraction de son revenu d'autant plus élevée qu'elle est riche. Mais quelle que soit l'explication, la contrainte de revenu imposerait un nombre d'enfants plus faible. En conséquence, une préférence marquée pour un enfant de meil-leure qualité incite les familles, lorsque le revenu croît, à désirer une qualité supérieure au détriment du nombre. La courbe de demande se déplace alors vers la gauche, contrecarrant le déplace-ment vers la droite qui résulte de l'effet revenu (l'interaction qualité - quantité interdit à la famille pour une qualité supérieure, d'atteindre le même nombre d'enfant).


Les facteurs de l'offre

Une hausse des coûts est l'argument privilégié par les écono-mistes. En particulier, celle du coût d'opportunité du temps qui façonne tant notre mode de vie contemporain. Dans le coût d'un enfant, nous devons distinguer les dépenses de procréation, de main-tenance, d'éducation et les coûts d'opportunité associés au temps passé avec eux pour les produire et les élever correctement. Or, ce coût d'opportunité est représenté très souvent par le revenu perdu du membre de la famille qui y consacrerait son temps, c'est-à-dire par le revenu de l'épouse qui est habituellement le plus faible .
L'attrait de cette explication réside non seulement dans l'obser-vation d'une baisse de l'activité des femmes mariées avec le nombre croissant d'enfants par famille, mais aussi dans la différenciation de ce coût selon le profil de cette femme. Si son niveau de formation scolaire est très élevé, elle sacrifie plus de revenu qu'une autre et désire donc un nombre d'enfants plus faible que la moyenne. La hausse du taux de salaire sur le marché du travail permet aussi d'aug-menter le revenu de la famille. La hausse du coût du temps entraîne un effet revenu qui déplace la demande vers la droite, incitant les couples à avoir plus d'enfants (ou vers la gauche si cet effet revenu les incite à avoir des enfants de meilleure qualité). Cet effet revenu contrecarre (ou amplifie) l'impact d'un accroissement du coût de l'enfant (en réalité il est plus complexe encore lorsque l'arbitrage qualité - quantité est introduit) (encadré 3).

3 - L'INTERACTION QUALITÉ-QUANTITÉ

L'interprétation des biens inférieurs par les économistes renvoie principalement aux différentes variétés d'un même bien, c'est-à-dire à l'interaction entre la qualité d'un bien et sa quantité. La qualité d'un enfant est mesurée d'une façon générale par son niveau d'instruction qui sera un bon prédicteur de son statut social à l'âge adulte. Comme il est difficile, à partir d'un certain revenu, d'assurer à chaque enfant un niveau de vie égal ou supérieur à celui des parents lorsqu'il est adulte, le couple doit arbitrer entre un plus grand nombre d'enfants sans être certain de pouvoir assurer à chacun un niveau de vie identique au leur et avoir moins d'enfants, mais espérer maintenir ou accroître leurs niveaux de vie. La contrainte de budget de la famille s'écrit alors de la façon suivante :

(p.Q).N+w.L=I

Où p mesure les coûts monétaire et temporel consécutifs à la présence d'un enfant supplémentaire, où Q mesure la qualité d'un enfant, c'est-à-dire son niveau d'instruction attendu, N est le nombre d'enfants par famille complète, L mesure l'ensemble des activités autres que le travail salarié, w est le taux de salaire offert sur le marché et I mesure le revenu de plein temps, c'est-à-dire le revenu maximum que la famille peut obtenir sur le marché si elle consacre tout le temps dont elle dispose au travail salarié.

Le prix implicite (p.Q) d'un enfant ne dépend pas uniquement des coûts temporel et monétaire, il dépend aussi de la qualité de l'enfant. Plus l'on désire un enfant de grande qualité, plus le prix implicite de l'enfant sera élevé. De la même manière, plus le nombre d'enfants est élevé, plus cela coûte à la famille de leur assurer une qualité identique l C'est cette nouvelle dimension (la qualité d'un enfant) qui permet d'expliquer la baisse du nombre d'enfants par famille complète et la hausse simultanée des dépenses faites par les parents dans l'éducation de leurs enfants. Les effets revenus et prix différent sensiblement de ce qui est habituel comme l'a démontré Willis. Une hausse du revenu déplace parallèlement à elle-même la contrainte de budget. Si maintenant les familles préfèrent un enfant de bonne qualité à un enfant de moins bonne qualité, quand le revenu augmente, ils choisiront d'accroître plutôt la qualité que le nombre d'enfants. Mais ce choix modifie le prix relatif d'un enfant car la famille exige maintenant une qualité plus grande par enfant. En conséquence le coût d'un enfant supplémentaire, à qualité constante, s'élève et le nombre désiré d'enfant diminue ! De la même manière, l'effet substitution est inhabituel. En effet, les coûts marginaux de la qualité et de la quantité d'enfants ne peuvent varier indépendamment l'un de l'autre. La hausse du prix d'un enfant en termes de coûts monétaires ou temporels diminue le nombre désiré d'enfants par famille. Comme celui-ci baisse, le prix de la qualité par enfant se réduit, incitant les familles à investir dans la qualité par enfant. Comme la qualité par enfant augmente, le prix relatif de la quantité d'enfants par famille s'élève, incitant les parents à réduire encore davantage le nombre désirés d'enfants.
- Becker G. et Lewis G., "On the Interaction between the Quantity and Quality of Children", Journal of Political Economy, mars 1973. Willis R.," Economic Theory of Fertility Behavior", dans Economics of the Family, op. cit., 1973.


Il existe d'autres coûts comme ceux liés à l'accès au marché du travail qui influencent directement le nombre d'enfants par famille. Si la femme peut travailler à son domicile ou dans l'entreprise familiale tout en ayant la possibilité de surveiller l'éducation des enfants, le coût d'opportunité du temps ne joue plus son rôle de frein car il n'est nul besoin pour gagner ce revenu de payer quelqu'un d'autre afin de garder et élever les enfants. Les femmes d'agricul-teurs font donc plus d'enfants en moyenne que les autres femmes. La rentabilité de l'enfant est plus élevée à la campagne et le coût d'opportunité du temps y est nul!

La présence de crèches et même d'une scolarisation dès l'âge de trois ans, ne permet pas totalement d'éliminer ces dépenses. Il faut, en effet, pouvoir s'accommoder des horaires de ces institutions en allant chercher ou faire chercher les enfants à des heures précises. Le mercredi comme le samedi, il faut prévoir des solutions de rechange. Enfin les services rendus par l'école comme par les crèches, ne s'obtiennent pas gratuitement même si elles sont largement subventionnées!

L'absence de contrôle des naissances

La rationalité des couples en matière de fécondité est l'hypo-thèse favorite des économistes, mais elle est en même temps la plus contestée, non seulement par les tenants d'autres disciplines, ce qui va de soi puisque cette hypothèse ne fonde pas leur raisonnement, mais aussi par certains économistes eux-mêmes qui l'admettent pour acheter une maison, mais la refuse quand il s'agit d'avoir des enfants. Or, à l'appui de cette contestation, est avancé : le nombre d'enfants non désirés et ses conséquences immédiates: avortements, abandons et parfois crimes... Ces attitudes jettent un doute sur le fondement d'une telle hypothèse. Mais, la pratique de la contraception qui existe depuis les temps les plus anciens, montre que les couples s'efforcent de maîtriser leur fécondité et donc sont sensibles au coût d'un enfant non désiré. Non seulement l'hypothèse de rationalité n'interdit pas l'erreur, mais elle permet d'expliquer le pourquoi d'erreurs systématiques ou proportionnellement plus nombreuses, dans certaines catégories de population.

Ne pas maîtriser le processus de fécondité par une méthode efficace de contraception ne se fait pas sans un inconvénient de taille : celui d'avoir un enfant non désiré. Or, si un enfant coûte en argent et en temps, commettre une erreur de fécondité, c'est suppor-ter une dépense inattendue. Plus celle-ci est élevée, plus le coût de l'erreur augmente et plus les couples seront attentifs. Les corrélations positives entre le revenu, le niveau d'éducation de la personne et l'utilisation de méthodes contraceptives efficaces confortent cette idée. En effet, la hausse du revenu salarial (ou du niveau d'éduca-tion qui est étroitement corrélé au revenu salarial) accroît le coût d'un enfant. En conséquence, le coût d'opportunité de ne pas maî-triser sa fécondité croit avec le revenu ou le niveau d'éducation. La pilule et les possibilités d'avortement permettent aux couples pour lesquels une naissance non désirée est coûteuse de diminuer le nombre d'enfants non désirés. En revanche, elles n'affectent pas le comportement de ceux pour lesquels le coût d'une erreur est négligeable. C'est ce qui explique l'existence continue d'enfants aban-donnés, tués ou avortés en dépit des moyens contraceptifs efficaces à 99 % et des campagnes de publicité gouvernementale (encadré 4).

4 - LES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES

Les méthodes modernes de contraception sont représentées par le stérilet et la pilule. Les méthodes anciennes vont de l'abstinence périodique à l'usage du diaphragme, des préservatifs ou des spermicides, du retrait ou de la douche infra-utérine. L'utilisation de ces diffé-rentes méthodes divergent-elles selon la pratique religieuse, le niveau d'éducation, la région ou l'activité professionnelle de l'épouse et la catégorie socioprofessionnelle du mari?

Les méthodes contraceptives modernes devraient se diffuser d'abord chez les couples où, pour la femme, élever un enfant coûte cher -c'est-à-dire parmi les femmes les plus instruites et celles qui ont une activité professionnelle. En revanche, elles devraient être moins utilisées dans les catégories de population où élever les enfants, même non désirés, ne coûte rien.

C'est ce que l'on observe. Le profil de la femme n'utilisant pas les méthodes modernes de contraception est très typé. Son niveau d'éducation est bas, elle est mariée à un agricul-teur ou à un salarié agricole, elle est inactive, pratique la religion et vit dans le sud de la France. Ce profil n'est pas celui d'une femme rétrograde mais celui d'une femme ou d'un couple pour lequel le coût d'opportunité d'une erreur dans la régulation des naissances ou d'un enfant non prévu est extrêmement faible. Un bas niveau d'instruction implique un faible coût d'opportunité du temps, une femme au foyer dans une région où les emplois ne courent pas les rues n'a pas d'alternative. La femme d'un agriculteur ou d'un salarié agricole vit à la campagne, travaille dans l'entreprise familiale et n'a pas de coût d'accès au marché du travail. Enfin, pour une femme qui pratique la religion, un enfant même non prévu, ne peut faire que le bonheur du couple. II est alors rationnel, dans ce cas, de ne pas se préoccuper de méthodes contraceptives à 99 ou 100 % efficaces.


Espacement des naissances

Les discussions précédentes ont ignoré une question qui, à priori, semble anodine : celle de la date de naissance des enfants. Faut-il les procréer en début de mariage, retarder leur arrivée ou espacer leurs naissances? Si toutes les femmes retardent l'arrivée des enfants aux âges les moins fertiles, la probabilité d'avoir un grand nombre d'enfants diminue. Cette question est donc cruciale.

Les démographes ont pris soin de distinguer le nombre d'enfants par famille complète, c'est-à-dire le nombre d'enfants qu'une femme a pendant ses années de fertilité, du nombre d'enfants à un moment donné. Si élever un enfant nécessite de sacrifier des opportunités de revenus sur le marché du travail ou des opportunités de plaisirs et de loisirs, la date à laquelle la femme va produire les enfants n'est pas indifférente au couple. La décision de retarder d'une année la venue d'un enfant supplémentaire dépend du coût de cet enfant, de la perte d'utilité attendue d'un enfant en retardant cette naissance et de l'effet de ce retard sur le coût d'éducation. Si l'utilité perdue en retardant l'arrivée d'un enfant est la même quelle que soit la date à laquelle on procrée, la décision de retarder la naissance d'une année dépendra uniquement de son coût. Si celui-ci réside dans la perte de revenu attendue en l'élevant, l'intérêt du couple est, d'une part, de concentrer la procréation des enfants désirés dans une période courte et, d'autre part, de les produire à un moment du cycle de vie où ces pertes de revenu sont les plus faibles. Si les espérances de carrière sont nulles, faute de qualification (c'est-à-dire d'investissement dans son propre capital humain), le coût d'opportunité de l'enfant est le revenu présent.

Comme ce revenu croît avec l'expérience professionnelle, le coût d'un enfant est plus faible à l'âge où cette expérience n'a pas été accumulée, c'est-à-dire jeune. Une année de retard augmente donc le coût de l'enfant. Le couple procrée des enfants plus tôt et sur une période brève. Quand les époux sont engagés dans des investissements en capital humain, (diplôme ou qualification), le coût d'opportunité de l'enfant n'est pas mesuré par le revenu présent, mais par l'ensemble des revenus présents et futurs actualisés que ce diplôme permet d'espérer. L'arrivée d'un enfant fait perdre le revenu présent et l'ensemble des revenus supplé-mentaires espérés. Le coût d'un enfant est donc plus élevé dans la phase d'investissement en capital humain. Le couple repousse alors la conception des enfants. Une fois les investissements incorporés, ils n'ont aucun intérêt à retarder leurs venues ni à les espacer; car ce coût va croître avec l'accumulation d'expériences professionnelles et un profil des revenus croissant avec l'âge.

La différence de comportement observée en matière de calendrier des naissances entre les femmes instruites ou non, résulte de cette confrontation des coûts et des gains attendus à chaque âge où la femme est fertile (les fem-mes non qualifiées ont leur premier enfant tôt et espacent la venue des autres, en revanche les femmes instruites concentrent les naissan-ces en retardant celle du premier).

Le déclin démographique ou la transition démographique

La notion de déclin démographique doit être nuancée car l'obser-vation constante des cycles la contredit. Selon les démographes, nos populations font la transitionŸ entre une société à fort taux de mortalité et fécondité et une société à faible taux de mortalité et fécondité. L'évolution de la population n'a jamais été stationnaire. Les démographes distinguent trois grands types de cycles: - ceux consécutifs aux variations des taux de mortalité avec un taux de fécondité maximum et invariable, ce sont les cycles primitifsŸ ou traditionnels; - ceux qu'engendre une diminution plus rapide du taux de mortalité par rapport à la baisse du taux de fécondité, cycles dits modernesŸ; - enfin, les cycles résultant des variations du taux de fécondité avec un taux de mortalité minimum et quasi invariable. Ces derniers sont hypothétiques car la preuve de leur existence n'est pas encore faite (la longueur d'un cycle est d'au moins deux ou trois générations).


Paradoxalement le déclin démographique n'est pas un déclin, puisque dans la phase de transition la population augmente. Or, en dehors de cette phase, brève à l'échelle de l'histoire des populations humaines, le lot quotidien est celui d'un régime démographique équilibré avec des fluctuations stables autour du seuil de reproduc-tion de la population. Dans le régime démographique traditionnel un accident climatique (perturbation exogène) peut entraîner, en privant le pays de récoltes une mortalité accrue. Cette hausse transi-toire de la mortalité diminue l'offre de travail dans la population en éliminant les personnes les plus pauvres. L'offre de travail devient rare, les salaires plus élevés, les espérances de gains ou de carrière s'améliorent, la population se marie plus tôt et procrée davantage d'enfants; après un décalage d'une génération le taux de fécondité excède le taux de mortalité correspondant au régime permanent. Cette nouvelle génération, plus abondante sur le marché du travail, reçoit des salaires plus faibles. Elle se marie plus tardivement et procrée moins d'enfants, le taux de fécondité est alors ramené à un taux plus faible que celui du régime permanent. En absence d'autres perturbations et à partir de la troisième génération et celles qui sui-vent, le taux de fécondité revient au niveau de celui qui précédait la perturbation initiale (régime démographique stationnaire). Une géné-ration en excès de celles habituellement observées dans le régime permanent compense, par un mécanisme autorégulateur sur le marché du travail, la perte transitoire et brutale d'une fraction de la popula-tion. Si cette hausse brutale de la mortalité avait été continue, l'équi-libre aurait été rétabli avec un taux de fécondité plus élevé à chaque génération! Ce mécanisme autorégulateur fonctionne aussi dans l'autre sens. Admettons une baisse de la mortalité consécutive à une série exceptionnelle de bonnes récoltes. La croissance de la popula-tion se traduit par une offre de travail abondante faisant pression à la baisse sur le salaire réel; cela incite les jeunes à retarder le mariage et la fécondité de leur génération. Les jeunes de la génération sui-vante sont des classes creuses. L'offre de travail est plus rare et la fécondité redescend au niveau du régime permanent. Admettons, maintenant, une baisse permanente de la mortalité. L'offre de travail est susceptible d'être abondante à chaque génération et les salaires réels espérés retombent à un niveau de subsistance. Chaque généra-tion anticipant cet effet désire avoir une fécondité plus faible...

La baisse continue du taux de mortalité n'est pas exogène. Celle-ci a vraisemblablement été la conséquence d'une amélioration permanente des revenus réels. Le revenu réel ou le salaire réel gou-verne à la fois les comportements de mortalité et de fécondité des familles. Dans le régime démographique le changement est en réalité endogène. Ces revenus réels, en hausse à chaque génération, ont été la conséquence des progrès continus des techniques qui ont accru la demande de main-d'oeuvre non qualifiée et permis à la main-d'oeuvre marginale de trouver un emploi et des revenus pour subsis-ter. Dans les premières générations les couples vont se marier plus tôt et avoir davantage d'enfants. D'où la croissance phénoménale de la population dans cette période transitoire, puisque le taux de mor-talité est plus bas et le taux de fécondité plus haut que dans le régime permanent. Mais, comme nous venons de le suggérer, la crois-sance du salaire réel entraîne à terme une hausse du coût d'un enfant supplémentaire. Cette hausse ramène alors le taux de fécondité au niveau du taux de mortalité (plus bas) correspondant au régime permanent (population stationnaire). Cette argumentation est une explication endogène de la transition démographique reposant sur l'évolution d'une seule variable : le salaire réel. Elle contraste singulièrement avec la liste des facteurs structurels présentée par certains : la hausse générale du niveau d'éducation, disparition pro-gressive du secteur agricole, déclin des croyances religieuses, urbani-sation, participation accrue des femmes mariées à la force de travail, introduction des moyens contraceptifs modernes, socialisation de la sécurité sociale pour les personnes âgées etc... Cette liste présente deux défauts majeurs. D'une part, elle ne rend pas compte des cycles de fécondité, d'autre part, l'ensemble de ces facteurs ne sont pas indépendants. On pourrait proposer comme explication unique la généralisation massive de la scolarisation. Celle-ci retarde l'âge au mariage, pousse au travail féminin, diminue les croyances religieuses, prépare aux emplois dans les secteurs non agricoles, permet d'utili-ser des techniques de contraception plus efficaces. Mais, si le niveau d'éducation est un bon indicateur du salaire réel attendu au cours du cycle de vie, le facteurŸ qui rendrait seul compte de l'évolution de la transition démographique, serait en fin de compte la hausse permanente du revenu réel!

Cette hausse du revenu permanent ne permet pas de rendre compte des cycles de la fécondité. Elle explique la transition d'un régime démographique à un autre. Les économistes ont donc cherché à expliquer les cycles endogènes de la fécondité. Ils ont proposé deux arguments pour en rendre compte. Le premier repose sur un effet de revenu relatif entre les générations , l'autre insiste sur un effet prix et un effet revenu .

Les cycles de la fécondité

L'effet revenu est mesuré par le salaire réel du mari; l'effet prix est appréhendé par le salaire réel de l'épouse. Si le temps du mari n'est pas utilisé à l'éducation des enfants, son salaire réel affecte directement le revenu familial; en revanche, si l'épouse y consacre la majeure partie de son temps, son salaire réel accroît le coût d'opportunité d'avoir un enfant supplémentaire. (On admet implicitement une différence de salaire potentiel entre l'homme et la femme qui incite l'épouse à se spécialiser dans les tâches domestiques.) Dans les familles où la femme travaille, la hausse du salaire réel accroît le coût d'un enfant. Dans les familles où la femme reste au foyer, la hausse du salaire réel accroît le revenu familial.

Maintenant, considérons une hausse générale des salaires réels dans l'économie. Quand peu de femmes sont employées (le coût d'opportunité du temps consacré aux activités domestiques par rapport au prix des substituts sur le marché ne s'est pas encore accru suffisamment pour inciter les femmes à aller travailler), la hausse du salaire réel en période d'expansion se traduit par une hausse du revenu familial grâce aux gains du mari. Cette hausse a un effet revenu et accroît le taux de fécondité. En revanche, lorsque beaucoup de femmes sont employées, la hausse du salaire réel augmente principalement le coût d'opportunité d'élever un enfant. Elle provo-que un effet substitution. La hausse du salaire réel est alors associée à une baisse de la fécondité. Comme la proportion des femmes au foyer ou actives, dépend de l'évolution du salaire réel offert sur le marché et du prix des substituts, on peut avoir une explication simple des cycles de la fécondité - dans la phase d'expansion du salaire réel, l'effet revenu domine dans un premier temps et incite les familles à procréer; ensuite, l'effet prix à la hausse domine l'effet revenu et pousse à une diminution de la fécondité. Dans la phase de retournement l'effet revenu domine en premier et accentue la baisse de la fécondité; mais plus le coût d'opportunité d'un enfant va diminuer, plus l'effet prix à la baisse dominera et incitera les familles à avoir un plus grand nombre d'enfants. Dans la phase de récession les femmes reviennent au foyer. L'effet prix domine encore jusqu'à ce que la baisse du revenu familial prenne le dessus et provoque une diminution de la fécondité. L'évolution de celle-ci et du salaire réel est à la fois pro cyclique et contra cyclique.

Cette interprétation fait jouer à l'effet prix un rôle primordial dans les fluctuations de la fécondité, en revanche, l'effet revenu, tel que nous l'avons présenté, a un rôle secondaire. A contrario, l'autre argumentation' insiste sur les effets revenus. La fécondité d'un couple résulterait de la comparaison entre le revenu souhaité et le revenu effectif attendu lors de l'entrée sur le marché du travail. Le revenu souhaité correspondrait au revenu qui permet d'assurer aux enfants le même niveau de vie que celui expérimenté dans leur jeunesse (hypothèse de stabilisation de la consommation intergéné-rationnelle). Si le revenu des parents excède celui que leurs enfants espèrent, le couple, pour maintenir le même niveau de vie que celui des parents, réduit sa fécondité. Dans le cas inverse, il n'hésitera pas à multiplier les naissances. Partons d'une génération pleine. Elle implique une offre de travail abondante et des revenus attendus plus faibles! Celle-ci réduit sa fécondité pour maintenir son niveau de vie. Vingt ans plus tard les enfants appartiennent alors à une génération creuse. L'offre de travail est raréfiée et les revenus attendus élevés. Il est facile de maintenir le niveau de vie expérimenté par la généra-tion précédente et on multiplie les naissances. La fécondité d'une génération et une fonction croissante du revenu relatif des jeunes sur celui des anciens. Comme le revenu de chaque génération dépend, dans cette théorie, des effectifs de chacune d'entre elles, la fécondité est, de façon ultime, gouvernée par le rapport entre la population des jeunes en âge de se marier et de travailler sur celle des anciens. La forme réduite de ce modèle conduit à expliquer la fécondité actuelle par la fécondité des deux générations qui précèdent.
Allons plus loin dans l'analyse. Peut-on observer un modèle cyclique qui engendre des fluctuations amples se répétant à l'infini? Un cycle endogène de la fécondité qui s'auto-entretient, et où les effectifs relatifs de chaque génération déterminent non seulement leur fécondité mais aussi l'ensemble de l'équilibre social est tout à fait concevable .

En effet, appartenir à une génération creuse est une chance. Au moment d'entrer dans la vie active, la compétition entre les individus sur le marché du travail est faible car les employeurs sont demandeurs. Les chances de promotion professionnelle sont fortes, et les gains attendus au cours du cycle de vie sont élevés. Les consé-quences ne sont pas négligeables sur le marché matrimonial. Le revenu potentiel de l'ensemble des hommes sur le marché du travail s'étant accru, la part de gains que la femme peut obtenir dans le mariage augmente et il est alors avantageux pour un grand nombre d'épouses d'investir dans le mariage en acceptant la division des rôles, c'est-à-dire en restant au foyer. Les femmes étant demandeurs, les mariages sont plus nombreux et se concluent plut tôt. Comme les gains attendus du mariage sont plus élevés, la vie du couple est facile et agréable et les divorces sont moins fréquents. Les hommes et les femmes anticipent une vie de couple stable; ils font davantage d'enfants, et le taux de fécondité s'élève. Malheureusement, vingt ans plus tard, leurs enfants appartiennent à une génération pleine. La face des choses change alors de façon dramatique.

Au moment d'entrer dans la vie active, la compétition entre les jeunes sur le marché de la main-d'oeuvre est vive et les chances d'avoir un emploi ou une promotion rapide s'amenuisent ou pire dispa-raissent. Les gains attendus au cours du cycle de vie sont faibles. La part des gains que la femme peut obtenir dans le mariage dimi-nue. Les hommes n'ont plus guère de valeur sur le marché matrimonial cette fois-ci, et les femmes ont plus intérêt à investir sur le marché du travail que dans le mariage. N'étant plus demandeurs d'époux pour vivre, elles travaillent davantage. Les mariages sont moins nombreux, se concluent plus tardivement et il faut prospec-ter et expérimenter beaucoup de partenaires pour tirer d'un meilleur assortiment quelques gains positifs de ceux-ci. La vie du couple est alors plus difficile, les erreurs plus nombreuses et les divorces plus fréquents. Toutes les familles anticipent une vie de couple instable. Peu d'enfants vont naître et le taux de fécondité baisse. Naturelle-ment vivre dans une société morose, soumise au stress ou au crime, n'est après tout que la conséquence directe des difficultés rencon-trées par les générations pleines à faire leur place au soleil. La plus forte probabilité de divorcer après un mariage, d'être au chômage ou d'avoir une promotion lente dans son métier, a de quoi secouer les plus optimistes. Les personnalités les plus fragiles sur le plan psychologique craqueront. L'usage de la drogue, de l'alcool ou du suicide, se répandra parmi les jeunes; le travail légal étant devenu moins rentable, les activités illégales deviennent attractives et la criminalité sera en forte hausse. Les personnalités les plus fortes auront, malgré elles, un ressentiment à l'égard de la génération creuse, c'est-à-dire celle des parents et de tous ceux qui occupent les postes et détiennent l'autorité. La contestation sera plus vive. L'intégration au système de valeur des aînés sera plus faible, et la participation aux activités politiques et sociales diminuera.

Cette analyse séduisante est fausse. Elle réitère les erreurs de Thomas Malthus en admettant comme seul déterminant du salaire réel l'abondance ou la raréfaction de l'offre de main-d'oeuvre. Elle postule une absence de rationalité dans les anticipations de revenu qui obère toute son argumentation. La demande de main-d'oeuvre par les firmes détermine le salaire réel autant que l'offre. Une offre de travail peut être abondante mais la demande, supérieure, contre-carre la baisse attendu du salaire. Les couples ne sont pas myopes puisqu'ils ajustent leur fécondité non pas au revenu effectif mais au revenu attendu. En postulant que les couples comparent leurs espérances de revenu sur la base des effectifs de chaque génération, cette analyse ne leur prête pas assez de rationalité. Si la théorie déve-loppée n'est pas fausse, les couples apprendront très vite que le salaire réel attendu dépend de l'écart entre l'offre et la demande de main-d'oeuvre (en partie de la fécondité de la génération parentale) et d'un aléas imprévisible sur la demande de main-d'oeuvre et non pas de l'offre de main-d'oeuvre seule. S'ils anticipent ce modèle théorique (anticipations rationnelles), la fécondité des générations précédentes étant faible, ils s'attendent à des revenus élevés et procréent davan-tage. Dans un tel cas, aucun cycle n'apparaît. La fécondité est sim-plement fonction inverse des effectifs de la génération actuelle et non des effectifs relatifs de cette génération par rapport à celle qui la précède. Peut-on faire reposer une théorie des fluctuations démogra-phiques sur un comportement irrationnel des acteurs sociaux? Cer-tainement pas, car contrairement aux sciences de la nature, l'homme est tout à fait apte à réagir aux informations véhiculées sur son propre comportement. I1 le sera d'autant plus qu'elles lui révèleront des opportunités de profit. En vérité, il faut admettre honnêtement que l'économie, comme les autres sciences sociales (y compris donc la démographie), n'est pas en mesure de prévoir l'évolution des phé-nomènes humains. Comme l'écrivait Von Mises :

 Ce que les gens attendent des économistes (ou des démographes) est au-dessus du pouvoir d'un simple mortel. Ÿ
 
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