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La nature de la firme par R.Coase
 
La nature de la firme
par Ronald Coase. Tiré du Chapitre II du livre : La Firme, le Marché et le Droit 1997 Paris, Diderot

La théorie économique a souffert de n'avoir pas toujours su, dans le passé, poser clairement ses hypothèses. En construisant une théorie, les économistes ont souvent omis d'examiner les fondements qui la soutenaient. Un tel examen est pourtant essentiel, non seulement pour prévenir les incompréhensions et les controverses inutiles susceptibles d'être provoquées par une connaissance insuffisante des hypothèses de base d'une théorie, mais aussi du fait de l'extrême importance que revêt, pour l'économie, le choix qui est opéré entre des ensembles d'hypothèses rivales. Ainsi, par exemple, le mot firme peut être employé dans des sens différents par la théorie économique et par l'individu lambda. Puisque la plupart des analyses théoriques se fondent d'abord sur la firme et non sur l'industrie, il est éminemment nécessaire non seulement de définir clairement le mot firme, mais également de montrer nettement ce qui sépare, le cas échéant, cette dernière de la "firme du monde réel". Comme le note Joan Robinson, "les hypothèses utilisées en économie doivent faire l'objet de deux questions : sont-elles utilisables ?
Correspondent-elles au monde réel?". Même si, ainsi que cet auteur le fait remarquer, " on se retrouve le plus souvent face à un ensemble d'hypothèses données qui est réaliste tandis qu'un autre présente une véritable portée opératoire", il peut néanmoins exister des parties de la théorie où les hypothèses sont à la fois utilisables et réalistes. Le propos de cet article est de montrer qu'il est possible de donner une définition réaliste de la firme, c'est-à-dire une définition qui rende compte du monde réel, mais aussi une définition à laquelle peuvent s'appliquer deux des plus puissants instruments d'analyse économique, développés par Marshall : l'idée de marge et celle de substitution, lesquelles, combinées, aboutissent à l'idée de substitution à la marge. Notre définition doit naturellement " se rapporter à des relations formelles susceptibles d'être conçues avec exactitude".

I
Rechercher une définition de la firme, implique tout d'abord d'intégrer le système économique à travers le regard de l'économiste. Prenons la description donnée par Sir Arthur Salter : " Le système économique normal fonctionne de lui-même. Ses opérations courantes ne sont soumises à aucun contrôle. Il n'a besoin d'aucune surveillance centrale. Dans la totalité des activités et des besoins humains, l'offre est ajustée à la demande et la production à la consommation par un processus automatique, flexible et sensible". Un économiste conçoit le système économique comme un ensemble où le mécanisme des prix assure la coordination nécessaire ; il voit en conséquence la société non plus comme une organisation mais comme un organisme. Le système économique "fonctionne de lui-même". Ceci ne signifie pas qu'il n'existe aucune planification faite par les individus. Ces derniers établissent en effet leurs prévisions et choisissent entre des situations alternatives. Il doit nécessairement en être ainsi pour que l'ordre prévale dans le système. Mais cette théorie suppose que la ventilation des ressources dépende directement du mécanisme des prix. Une critique souvent faite à la planification économique tient à ce qu'elle tend à réaliser ce que, précisément, le système des prix affecte déjà. La description de Sir Arthur Salter ne fournit cependant qu'une image très incomplète de notre système économique. Elle ne correspond pas du tout à la réalité interne à la firme. On trouve par exemple, en théorie économique, l'idée que l'allocation des facteurs de production entre différents usages possibles est déterminée par le mécanisme des prix. Supposons que le prix du facteur A devienne plus élevé en X qu'en Y. En conséquence, A se déplace de Y vers X jusqu'à ce que la différence de prix entre X et Y disparaisse, à moins qu'elle ne compense d'autres avantages différentiels. Pourtant, dans le monde réel, il y a de nombreux domaines où ce raisonnement ne trouve pas à s'appliquer. Si un ouvrier se déplace du service X vers le service Y, ce n'est pas à cause d'un changement de prix relatif, mais parce qu'on lui ordonne de le faire. On peut répondre à ceux qui critiquent la planification économique en objectant que tout problème se résout en mouvements de prix, par la remarque selon laquelle il existe une planification à l'intérieur de notre système économique qui est différente de la planification individuelle mentionnée plus haut, et qui s'apparente à ce qu'ordinairement l'on nomme la planification économique. L'exemple mentionné ci-dessus est typique d'une large partie de notre système économique moderne. Les économistes, évidemment, n'ont pas ignoré ce fait. Marshall fait de l'organisation un quatrième facteur de production ; J.B. Clark attribue à l'entrepreneur la fonction de coordination; Knight introduit des dirigeants qui coordonnent. Comme D.H. Robertson le souligne, nous trouvons "des îlots de pouvoir conscient dans un océan de coopération inconsciente, comme des grumeaux de beurre flottant dans le babeurre". Alors, si on considère généralement que la coordination est effectuée par le système de prix, pourquoi une telle organisation serait-elle nécessaire? Pourquoi "ces îlots de pouvoir conscient" existent-ils ? En dehors de la firme, les mouvements de prix dirigent la production, laquelle se voit coordonnée à travers une série de transactions intervenant sur le marché. Au sein de la firme, ces transactions de marché sont éliminées et l'on substitue à la structure compliquée du marché et de ses transactions d'échange, l'entrepreneur coordinateur qui dirige la production. Il est clair que ce sont là des méthodes alternatives de coordination de la production. Néanmoins, régulée par le mouvement des prix, la production pourrait avoir lieu sans aucune organisation. Pourquoi donc une telle organisation existe-t-elle ?

Bien entendu, les degrés de substitution au mécanisme des prix varient amplement. Dans un grand magasin, la répartition des différents rayons dans les différents emplacements de l'immeuble peut être réalisée par l'autorité de contrôle, ou bien peut résulter d'une mise aux enchères de l'espace. Dans l'industrie du coton du Lancashire, un tisserand peut louer de l'énergie et un magasin, et peut obtenir des métiers à tisser et du fil à crédit. Cette coordination des différents facteurs de production est cependant normalement effectuée sans intervention du mécanisme des prix. Il est évident que le degré d'intégration "verticale", qui entraîne le remplacement du mécanisme des prix, varie considérablement d'une industrie à l'autre et d'une firme à une autre.

On peut supposer, je pense, que la marque distinctive de la firme est la suppression du mécanisme des prix. La firme est naturellement, comme l'a souligné Robbins, "reliée à un réseau extérieur de prix et de coûts relatifs", mais il est important de découvrir la nature exacte de cette relation. Cette distinction entre la répartition des ressources dans une entreprise, d'une part, et dans le système économique, d'autre part, a été décrite d'une manière très vivante par Maurice Dobb dans son commentaire sur la conception du capitalisme chez Adam Smith : "On a commencé à s'apercevoir qu'il existait quelque chose de plus important que les relations internes à chaque firme ou unité dirigée par un entrepreneur ; ce sont les relations de l'entrepreneur avec le reste du monde économique en dehors de sa sphère immédiate [...]. L'entrepreneur s'occupe de la division du travail dans chaque firme qu'il planifie et organise consciemment", mais "il est relié à une spécialisation économique plus large dont il est simplement une unité particulière. En fait, il joue le rôle d'une cellule unique dans un organisme plus vaste, tout en étant inconscient du rôle important qu'il remplit". Puisque les économistes traitent le système de prix comme un instrument de coordination et admettent aussi, dans le même temps, la fonction coordinatrice de "l'entrepreneur", il est sans doute important de se demander pourquoi la coordination est le fait du mécanisme des prix dans un cas et de l'entrepreneur dans un autre cas.

L'objectif de cet exposé est de combler ce qui apparaît comme une lacune, dans la théorie économique, entre l'hypothèse (fondée sur certaines raisons) d'une répartition des ressources par le biais du mécanisme des prix, et l'hypothèse (fondée sur d'autres raisons) d'une allocation de ressources par l'entrepreneur coordinateur. Nous devons expliquer la base sur laquelle, en pratique, s'effectue le choix entre ces deux possibilités.


II
Notre tâche est donc de tenter de découvrir pourquoi la firme émerge finalement dans une économie d'échanges spécialisés. Le mécanisme des prix (considéré uniquement sous le rapport de la répartition des ressources) peut être évincé en considération des avantages éventuels de la relation qui viendrait se substituer à lui. Ce serait le cas, par exemple, si certains individus préféraient travailler sous la direction d'une autre personne quelconque. Ce type d'individus accepterait une moindre rémunération à condition de travailler sous l'autorité d'une personne donnée et de ce fait, une entreprise se constituerait naturellement. Toutefois, non seulement ce type d'attitude semble ne pas prévaloir, mais encore c'est le plus souvent l'attitude contraire qui prévaut, si l'on en juge par l'accent généralement mis sur les avantages "d'être son propre maître". Bien entendu, si le désir n'est pas d'être contrôlé mais de contrôler soi-même, d'exercer un pouvoir sur les autres, il peut exister certaines formes de renonciation qui permette d'obtenir ce pouvoir de direction. Ceux qui cherchent le pouvoir peuvent consentir à des tiers une rémunération supérieure à celle qu'ils pourraient obtenir dans le cadre du mécanisme des prix, dans le simple but de pouvoir les diriger ; mais ceci implique que ceux qui commandent paient pour diriger et ne soient pas payés pour diriger, ce qui n'est évidemment pas plausible dans la majorité des cas. Des entreprises peuvent également exister si des acheteurs préfèrent les marchandises produites par des firmes à celles produites par d'autres moyens ; mais, même dans les domaines où l'on s'attendrait à ce que de telles préférences (si elles existent) soient de moindre importance, des entreprises distinctes existent pourtant dans le monde réel. Par conséquent, d'autres éléments doivent jouer.

La principale raison qui rend plus avantageuse la création d'une firme paraît être qu'il existe un coût à l'utilisation du mécanisme des prix. Le coût le plus évident de l'"organisation" de la production à travers le mécanisme des prix tient à la découverte des prix adéquats. Ce coût peut être réduit, mais non pas éliminé, par l'apparition d'acteurs spécialisés qui vendent cette information. Les coûts de négociation et de conclusion de contrats séparés, pour chaque transaction d'échange prenant place sur le marché, doivent également être pris en compte.

Dans le même ordre d'idées, pour certains marchés, tel celui des échanges de production, une technique peut être imaginée afin de minimiser les coûts de contrat, sans qu'ils soient pour autant supprimés. Il est vrai que les contrats, s'ils sont largement réduits, ne sont pas pour autant éliminés lorsqu'une firme existe. Un facteur de production (ou bien son détenteur) n'a pas besoin de passer une série de contrats avec les facteurs qui coopèrent au sein de l'entreprise, comme il serait nécessaire, évidemment, si cette coopération était le résultat direct du fonctionnement du mécanisme des prix.

A la série de contrats s'en substitue un seul. A ce sujet, il est important de noter les caractéristiques du contrat conclu pour l'emploi d'un facteur dans une entreprise. Par le contrat, le facteur accepte, moyennant une certaine rémunération (fixe ou variable), d'obéir "dans certaines limites". Le contrat, par définition, devrait se borner à mentionner les limites apportées au pouvoir de l'entrepreneur. A l'intérieur de ces limites, ce dernier pourrait par conséquent gérer librement les autres facteurs de production.

I1 existe toutefois d'autres désavantages - ou coûts - à l'utilisation du mécanisme des prix. On peut souhaiter conclure un contrat à long terme pour la fourniture d'un article ou d'un service. Ceci peut être motivé par le fait que le coût de passation d'un seul contrat établi pour une longue période peut être moindre que celui résultant de l'addition des coûts de réalisation de plusieurs contrats successifs à durée plus courte. Ou bien, en considération du comportement à l'égard du risque des personnes concernées, il peut être préférable de réaliser un contrat à long terme plutôt qu'à court terme. Or, en raison des difficultés inhérentes à la prévision, plus la durée du contrat conclu pour la fourniture d'une marchandise ou d'un service est longue, moins il devient possible, et en fait, souhaitable pour l'acheteur de spécifier les devoirs de l'autre partie contractante.

La personne qui fournit le service ou la marchandise peut fort bien considérer avec indifférence l'ensemble des solutions possibles, ce qui n'est pas le cas de l'acheteur. Ce dernier ne peut cependant pas savoir par avance vers laquelle de ces possibilités il souhaite que se dirige le vendeur. En conséquence, le service fourni sera exprimé en termes généraux, les détails précis ne faisant l'objet d'aucune spécification jusqu'à une date ultérieure. Seules sont mentionnées dans le contrat les limites auxquelles sont assujetties les personnes fournissant le bien ou le service. Les détails des contraintes pesant sur le vendeur ne sont pas portés au contrat, mais sont décidés plus tard par l'acheteur. Lorsque la répartition des ressources (dans les limites du contrat) devient, de cette façon, dépendante de l'acheteur, une relation que je désigne par le terme de firme apparaît.

Une firme apparaîtra donc vraisemblablement dans les cas où la passation d'un contrat à très court terme ne serait pas satisfaisante. Cette hypothèse concerne évidemment davantage les services -notamment le travail - que l'achat de marchandises. Dans le cas des biens, en effet, les principaux articles peuvent être définis à l'avance et les détails qui seront fixés plus tard revêtent alors une importance bien moindre. On peut résumer cette partie de la discussion en rappelant qu'il existe un coût de fonctionnement d'un marché et qu'en créant une organisation et en permettant à une autorité (un entrepreneur) de répartir les ressources, certains coûts peuvent être évités. L'entrepreneur doit remplir cette fonction à moindre coût en tenant compte du fait qu'il peut obtenir des facteurs de production à un prix inférieur à celui proposé par les transactions du marché, auquel il se substitue, parce qu'il est toujours possible de revenir au marché en cas d'échec.

On considère souvent qu'il existe une étroite corrélation entre la question de l'incertitude et celle de l'étude de l'équilibre de l'entreprise. Sans l'existence d'une incertitude, il paraît improbable qu'une firme puisse apparaître. Mais ceux qui, à l'instar de Knight, font du "mode de paiement" la marque distinctive de la firme - des revenus fixes étant garantis à certains de ceux qui sont engagés dans la production par une personne qui récupère la part fluctuante du revenu total - introduisent une question sans rapport avec le problème en cause. Un entrepreneur peut vendre ses services à un autre pour une certaine somme d'argent, tandis que la paie de ses employés peut constituer, en tout ou partie, une part de ses profits. La question essentielle est de savoir pourquoi la répartition des ressources ne s'effectue pas directement par le mécanisme des prix.

Un autre facteur important à relever consiste en ce que les transactions d'échange sont traitées différemment par les gouvernements ou par d'autres organismes dotés de pouvoir régulateur selon qu'elles aient lieu sur un marché ou qu'elles soient organisées au sein d'une firme. Si nous prenons l'exemple de la taxe sur les ventes, il est clair qu'il s'agit là d'une taxe sur les transactions intervenues sur le marché et non sur les mêmes transactions intervenues dans l'entreprise. Or, puisqu'il s'agit de "méthodes alternatives d'organisation" - système des prix ou entrepreneur - une telle régulation ferait apparaître des firmes qui, autrement, n'auraient aucune raison d'être.
Ceci donnerait une raison à l'émergence d'une entreprise dans une économie d'échanges spécialisés. Bien entendu, dans la mesure où une entreprise existe déjà, une opération telle qu'une taxe sur les ventes tendrait simplement à la rendre plus grande qu'elle ne le serait par ailleurs. De la même façon, l'instauration de quotas et le contrôle des prix, entraînant le rationnement, qui ne s'appliquent pas aux firmes produisant de tels biens pour elles-mêmes, grâce aux avantages octroyés à celles qui s'organisent en leur sein et non à travers le marché, encouragent nécessairement la croissance des firmes. Il reste difficile de croire que ce sont ces mesures qui ont suscité la naissance d'entreprises ; toutefois, elles aboutiraient probablement à ce résultat si celui-ci n'avait pas eu d'autres causes.

Voilà donc les raisons pour lesquelles des organismes semblables aux firmes existent, dans une économie d'échanges spécialisés où il est en général supposé que la répartition des ressources est "organisée" par les mécanismes des prix. Une firme peut, par conséquent, se définir comme un système de relations qui apparaît quand la répartition des ressources dépend d'un entrepreneur. L'approche qui vient d'être esquissée présente l'avantage de fournir une explication scientifique au phénomène que l'on décrit lorsqu'on dit qu'une firme grandit ou diminue.

Une entreprise grandit quand des transactions supplémentaires (qui pourraient être des transactions d'échange coordonnées par le système des prix) sont organisées par l'entrepreneur, et elle diminue lorsque ce dernier abandonne la réalisation de telles transactions. Se pose alors la question de savoir s'il est possible d'étudier les forces qui déterminent la taille de l'entreprise.

Pourquoi l'entrepreneur renonce-t-il à telle ou telle transaction ? Sur ce point, il est intéressant de noter que Knight considère que: La "relation entre l'efficacité et la taille est l'un des problèmes les plus difficiles de la théorie et c'est, contrairement aux problèmes de relation avec l'entreprise, principalement un problème de personnalité et d'accident historique, plutôt qu'un problème de principe général. Mais la question est particulièrement décisive, car la possibilité de profit de monopole offre un stimulant puissant à une expansion continue et illimitée de l'entreprise, attrait qui doit être compensé par un autre, également déterminant, et qui tient aux rendements décroissants (dans la production de revenus monétaires) à supposer qu'une concurrence limitée existe".

Knight semble considérer qu'il est impossible d'analyser scientifiquement les déterminants de la taille de l'entreprise. Sur la base du concept de firme développé plus haut, il apparaît néanmoins possible de s'y essayer à présent. On a suggéré que l'apparition de la firme était due d'abord à l'existence de coûts de marché. Un point décisif à ce sujet (assez éloigné des considérations monopolistiques soulevées par Knight) est de savoir pourquoi les transactions de marché subsistent alors qu'il apparaît possible, en s'organisant, d'éliminer certains coûts et, donc, de réduire les coûts de production. Pourquoi la production toute entière n'est-elle pas le fait d'une seule grande entreprise ? On peut relever plusieurs explications possibles. Tout d'abord, à mesure que l'entreprise grandit, la fonction de l'entrepreneur peut connaître des rendements décroissants, c'est-à-dire que les coûts d'organisation des transactions additionnelles à l'intérieur de la firme peuvent augmenter. Naturellement, un point peut être atteint où les coûts d'organisation des transactions supplémentaires au sein de l'entreprise sont égaux aux coûts générés par les transactions sur le marché ou aux coûts de l'organisation par un autre entrepreneur.

Par ailleurs, il peut arriver qu'en même temps que le nombre de transactions effectuées augmente, l'entrepreneur ne parvienne pas à diriger les facteurs de production vers les usages où leur valorisation est la plus importante, et échoue en fait à tirer le meilleur usage des facteurs de production. A nouveau, un seuil doit être atteint où la déperdition des ressources par leur gaspillage est égale au coût existant sur le marché ou à la perte qui serait réalisée si la transaction était le fait d'un autre entrepreneur. Finalement, le prix d'offre d'un ou de plusieurs facteurs de production peut augmenter parce que les "autres avantages" d'une petite entreprise sont supérieurs à ceux d'une grande.
Bien entendu, le moment où cesse l'expansion de l'entreprise peut être déterminé par une combinaison des facteurs susmentionnés. Les deux premières raisons citées correspondent probablement plus à l'expression économique de "rendements décroissants de la direction". Ainsi qu'il vient d'être dit, une entreprise tendra à s'agrandir jusqu'à ce que les coûts d'organisation des transactions supplémentaires en son sein deviennent égaux aux coûts de réalisation de ces mêmes transactions par le biais d'un échange sur le marché, ou aux coûts d'organisation dans une autre entreprise. Mais si l'entreprise arrête son expansion à un niveau à la fois inférieur au coût des opérations sur le marché et égal au coût de la transaction dans une autre entreprise, ceci implique, dans la plupart des cas (sauf s'il y a "combinaison") qu'il existe entre ces deux producteurs une transaction que chacun d'eux pouvait organiser seul à un prix inférieur à celui du marché. Comment résoudre ce paradoxe ?

Un exemple peut y aider. Admettons que A achète un produit à B alors que autant A que B pourraient organiser cette transaction de marché à un coût inférieur à son coût actuel. On peut supposer que B ne contrôle pas qu'un seul segment du processus de production, mais plusieurs. Par conséquent, si A souhaite éviter une transaction de marché, il devra racheter l'ensemble du processus de production contrôlé par B. A moins que A ne reprenne l'ensemble de ce processus de production ; une transaction de marché subsistera toujours, bien que ce soit un produit différent qui est acheté. Mais nous avons supposé précédemment qu'à mesure que chaque facteur de production s'étend, il perd en efficacité ; les coûts additionnels d'organisation de transaction de A réalisés auparavant par B seront supérieurs aux coûts de B pour la même production. Par conséquent, A ne reprendra la totalité de l'organisation de B que si ses coûts pour organiser le travail de B ne dépassent pas ceux de B d'un montant égal aux coûts de réalisation d'une transaction d'échange sur le marché.

Mais dès lors qu'il est rentable de réaliser une transaction de marché, cela permet également de diviser la production de telle sorte que le coût d'organisation d'une transaction supplémentaire soit le même dans chaque entreprise. Jusqu'ici, on a supposé l'homogénéité des transactions d'échange effectuées par l'entremise du mécanisme des prix. En fait, notre monde moderne connaît des transactions extrêmement diverses.Ainsi s'explique que les coûts de réalisation des transactions d'échange à travers le mécanisme des prix, tout comme les coûts d'organisation de ces transactions dans l'entreprise, puissent varier de manière considérable.

Il semble donc possible, en dehors même de l'hypothèse des rendements décroissants, que les coûts d'organisation de certaines transactions dans le cadre de la firme puissent être supérieurs aux coûts de réalisation des échanges sur le marché. Ceci impliquant nécessairement le recours au mécanisme des prix pour les transactions, signifie-t-il qu'il devrait exister plus d'une firme ? Évidemment non, puisque tous les aspects du système économique entreprise. Les facteurs étudiés auparavant semblent bien prédominer, bien qu'il soit difficile de pondérer les importances relatives des "rendements décroissants de la direction" et de l'augmentation du prix d'offre des facteurs.

Toutes choses égales par ailleurs, une firme aura par conséquent tendance à s'agrandir lorsque :

a) les coûts d'organisation sont faibles, ainsi que leur élasticité, dans le cas d'une augmentation des transactions ;

b) l'entrepreneur est peu enclin à commettre des erreurs et que le taux d'erreur diminue, dans le cas d'une augmentation des transactions ;

c) la baisse - ou la faible hausse - des prix d'offre des facteurs de production aux entreprises de grande taille est significative.

Indépendamment des variations des prix d'offre des facteurs de production aux entreprises de différentes tailles, il semble que les coûts d'organisation, comme les pertes dues aux erreurs, croissent avec l'augmentation de la distribution spatiale des transactions effectuées, de la dissemblance entre les transactions et de la probabilité de changement des prix. A mesure que des transactions sont réalisées par un entrepreneur, il semble qu'elles tendent soit à différer par leur nature, soit à avoir lieu en différents endroits.

Ceci fournit une explication supplémentaire au fait que l'efficacité ait tendance à diminuer lorsque l'entreprise s'agrandit. Les interventions qui permettent de rapprocher les facteurs de production en diminuant leur répartition dans l'espace font croître la taille de l'entreprise. Ainsi, les changements comme le téléphone ou le télégraphe, lesquels réduisent le coût d'organisation spatial, tendent à augmenter la taille de l'entreprise de la firme, au même titre que n'importe quel changement qui améliorerait la technique de gestion. Il convient de noter que la définition de l'entreprise donnée ci-dessus peut être utilisée pour fournir une signification plus précise aux termes "combinaison" et "intégration". Il y a combinaison lorsque des transactions qui étaient auparavant organisées par deux ou plusieurs entrepreneurs le deviennent par un seul. Ceci se transforme en intégration quand l'organisation des transactions, auparavant effectuées entre plusieurs entrepreneurs sur le marché, ne l'est plus que par un seul. Une entreprise peut se développer dans l'une ou l'autre de ces voies, ou même dans les deux. La totalité de la "structure de l'industrie compétitive" devient utilisable par la technique courante de l'analyse économique.


III
Le problème qui a été examiné dans la section précédente n'a pas été totalement négligé par les économistes; il est maintenant nécessaire d'analyser pourquoi les raisons données ci-dessus, qui expliquent l'apparition d'une entreprise dans une économie d'échanges spécialisés, doivent être préférées aux autres explications proposées. On prétend parfois que la raison d'être d'une firme réside dans la division du travail. C'est l'opinion de Usher, opinion qui a d'ailleurs été adoptée et développée par Maurice Dobb.
L'entreprise devient "le résultat d'une complexité accrue de la division du travail [...] L'augmentation de cette différenciation économique crée le besoin d'une force d'intégration sans laquelle la différenciation aboutirait au chaos, et c'est en tant que force intégrante dans une économie différenciée que les unités industrielles sont avant tout justifiables".

La réponse à cet argument est évidente. La "force d'intégration dans une économie différenciée" existe déjà sous la forme du système des prix. C'est peut-être la principale réalisation de la science économique qu'elle ait démontré qu'il n'existe aucune raison de supposer que la spécialisation aboutirait au chaos. La raison apportée par Maurice Dobb est donc inacceptable. Ce que l'on doit expliquer, c'est pourquoi une force intégrante (l'entrepreneur) devrait être substituée à une autre (le mécanisme des prix). Les raisons les plus intéressantes (et probablement les plus consensuelles) pour expliquer ce fait, sont celles qui ont été fournies par Knight dans Risk, Uncertainty and Profit.
Nous examinerons ses opinions dans le détail. Knight commence par évoquer un système où il n'y aurait aucune incertitude :

"On suppose que les hommes, agissant comme des individus totalement libres mais sans entente aucune, ont organisé une vie économique avec une division du travail primaire et secondaire, utilisation du capital, etc., développée jusqu'au niveau constaté dans l'Amérique d'aujourd'hui. Le principal point qui attire l'attention est l'organisation interne des groupes ou établissements productifs. Avec une absence totale d'incertitude, chaque individu étant en possession d'une parfaite connaissance de la situation, il n'y aurait aucune place pour quoi que ce soit qui se rapproche d'une direction ou d'un contrôle de l'activité productive. Même les opérations du marché, dont la portée est essentiellement pratique, n'existeraient pas. Le flux de matières premières et de services productifs vers le consommateur serait entièrement automatique".

Knight prétend que cet ajustement peut être représenté comme étant "le résultat d'un long processus d'expérimentation mené à bien uniquement par ces méthodes empiriques", alors qu'il n'est pas nécessaire d'imaginer chaque ouvrier faisant exactement ce qu'il faut au moment voulu "dans une sorte d'harmonie préétablie" avec le travail des autres. Il peut y avoir des dirigeants, des intendants, etc., dans le but de "coordonner les activités des individus", bien que ces directeurs remplissent une fonction purement routinière, "sans responsabilité d'aucune sorte". Knight poursuit alors : "Avec l'introduction de l'incertitude - le fait d'ignorer et la nécessité d'agir suivant l'opinion et non la connaissance - dans une situation proche de l'Éden, les choses changent complètement [ ... ] Avec l'incertitude, l'action, exécution réelle de l'activité, devient véritablement une partie intégrante de la vie ; le problème ou la fonction principale est de décider que faire et comment le faire".

Cette incertitude introduit les deux caractéristiques les plus importantes de l'organisation sociale:
"En premier lieu, les biens sont produits pour un marché, sur la base de prédictions entièrement impersonnelles, et non pour répondre à la volonté des producteurs eux-mêmes. Le producteur prend la responsabilité de la prévision des désirs du consommateur. En second lieu, le travail de pronostic et en même temps une grande partie de la direction et du contrôle technologiques de la production sont encore davantage concentrés sur une très étroite classe de producteurs, et nous rencontrons un nouveau fonctionnaire économique, l'entrepreneur [...]. Quand l'incertitude existe et que la tâche de décider que faire et comment le faire l'emporte sur l'action elle-même, l'organisation interne des groupes productifs n'est plus un problème indifférent ou une question de détail technique. La centralisation de cette fonction de décision et de contrôle est alors impérative, un processus de "céphalisation" [...] est inévitable [...]. Le changement le plus fondamental est l'apparition d'un "système par lequel une personne confiante et entreprenante prend en charge les risques ou rassure les incertains et les timides en leur garantissant un revenu déterminé en échange d'une attribution des résultats réels [...] Avec une nature humaine telle que nous la connaissons, il serait irréalisable ou bien peu fréquent qu'un individu se porte garant vis-à-vis d'un autre d'un rendement précis de ses activités sans que lui soit accordé le pouvoir de diriger son travail. Et, d'un autre côté, la seconde personne ne se placerait pas sous la direction de la première sans une telle assurance [...] Le résultat de ces spécialisations diverses est le système d'entreprise et de salaire de l'industrie. Son existence est le résultat direct de l'incertitude".

Ces citations présentent l'essentiel de la théorie de Knight. L'incertitude signifie que les gens doivent prévoir les besoins futurs. Par conséquent, une nouvelle classe surgit, qui dirige les activités de ceux à qui elle garantie un salaire. Elle intervient parce qu'"à un jugement exact est généralement associée la confiance dans ce jugement". Knight semble ouvert à la critique dans plusieurs domaines. Tout d'abord, comme il le souligne lui-même, le fait que certaines personnes ont un jugement ou des connaissances meilleures ne signifie pas qu'ils puissent en tirer un revenu uniquement en prenant une part active à la production. Ils peuvent vendre des conseils ou des connaissances.

Toute société achète les services d'une multitude de conseillers. On peut très bien imaginer un système où tous les conseils ou les informations sont achetés en fonction des besoins. Il est possible d'obtenir une rémunération pour un savoir ou un jugement sans prendre part à la production, mais en établissant un contrat avec les personnes qui produisent. Un négociant qui achète avec livraison à terme en est un bon exemple. Mais cela ne fait qu'illustrer qu'il est possible de verser un revenu garanti à condition que certains actes soient accomplis, sans que pour autant leur réalisation ait été dirigée. Knight indique qu'"avec une nature humaine telle que nous la connaissons, il serait irréalisable ou fort peu fréquent qu'un individu se porte garant vis-à-vis d'un autre d'un rendement précis de ses activités sans que lui soit accordé le pouvoir de diriger son travail". Cette affirmation est très certainement inexacte. De nombreux travaux sont faits sous contrat, c'est-à-dire qu'une certaine somme d'argent est garantie au contractant à condition qu'il réalise certains actes. Mais ceci n'implique aucune direction. Cela signifie en revanche que le mécanisme des prix relatifs a été modifié et qu'il y aura une nouvelle combinaison des facteurs de production. Le fait mentionné par Knight que "la seconde personne ne se placerait pas sous la direction de la première sans une telle assurance" est sans rapport avec le problème que nous examinons. Finalement, il paraît important de remarquer que même dans le cas d'un système économique sans incertitude, Knight considère qu'il y aurait des coordinateurs, remplissant alors uniquement une fonction de routine. Il ajoute immédiatement qu'ils n'auraient "de responsabilités d'aucune sorte", ce qui pose le problème de savoir qui les paie et pourquoi. Il ne semble pas que Knight fournisse une explication justifiant l'éviction du mécanisme des prix.


IV
Il paraît important d'examiner un autre point, concernant plus en détail la compatibilité de notre thèse avec la théorie de la "courbe des coûts de la firme". Il a parfois été supposé qu'il n'est pas rentable de produire plus que le point pour lequel le coût marginal est égal au revenu marginal. Mais il est clair qu'une entreprise peut produire plus d'un bien et, par conséquent, il semble n'y avoir aucune raison prima facie pour laquelle cette pente positive de la courbe des coûts en cas de concurrence parfaite, ou le fait que le coût marginal ne sera toujours inférieur au revenu marginal de concurrence imparfaite, devraient limiter la taille de la firme. Joan Robinson se fonde sur l'hypothèse simplificatrice de production d'un bien unique. Mais il est évidemment important de rechercher comment le nombre de biens produits par une entreprise est déterminé, car aucune théorie supposant qu'un seul bien est produit n'a une très grande signification pratique.

On peut répliquer qu'avec une concurrence parfaite, puisque tout ce qui est produit peut être vendu au prix d'équilibre, il n'existe alors aucun besoin de produire d'autres biens. Mais cet argument ignore le fait qu'il peut exister une situation où il est moins coûteux d'organiser les transactions d'un nouveau produit que de continuer à organiser des transactions supplémentaires pour l'ancien produit.

On peut illustrer ce fait de la façon suivante. Imaginez, selon le modèle de Von Thunen, qu'il existe une ville, centre de consommateurs, et que les industries sont localisées en cercles excentriques autour de ce point central. La représentation en est fournie par le diagramme suivant dans lequel A, B et C représentent différentes industries : Imaginez un entrepreneur qui commence en X à contrôler les transactions d'échanges. Dès lors, à mesure qu'il étend son activité en (B), le coût d'organisation s'accroît jusqu'à un point où il devient égal à celui d'une industrie différente plus proche de la ville. Quand l'entreprise se développera, elle se diversifiera en A et C. Ce cas est évidemment incomplet, mais il est bienvenu pour montrer que la pente positive de la courbe de coûts n'est pas une limite à la taille de l'entreprise.

Jusqu'ici, nous avons seulement considéré la concurrence parfaite ; le cas de la concurrence imparfaite apparaîtrait évident. Pour déterminer la taille de l'entreprise, il faut considérer les coûts de transaction de marché (c'est-à-dire les coûts d'utilisation du mécanisme des prix) et les coûts d'organisation de différents entrepreneurs, et on peut ensuite déterminer combien de produits seront fabriqués par chaque entreprise et en quelle quantité. Il apparaît donc que Shove, dans son article sur la "concurrence imparfaite", soulève des questions auxquelles la courbe des coûts de J. Robinson ne permet pas de répondre. Les facteurs mentionnés ci-dessus semblent, eux, être pertinents.


V
Il reste à présent à déterminer si le concept d'entreprise qui a été développé correspond bien à la réalité. Afin de mieux apprécier ce qui, en pratique, constitue une firme, il est recommandé d'étudier la relation juridique usuellement dénommée de "maître à domestique" ou "d'employeur à employé". Les caractéristiques essentielles de cette relation sont les suivantes :
1. "Le domestique est dans l'obligation de rendre des services personnels au maître ou à d'autres pour le compte du maître ; s'il en est autrement, le contrat est un contrat de vente de marchandises ou s'en approche ;
2. Le maître doit avoir le droit de contrôler le travail du domestique, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un autre domestique ou d'un agent.

C'est le droit de contrôler ou d'intégrer, de pouvoir dire au domestique quand travailler, quel travail effectuer et de quelle façon le faire (en fonction de la nature du travail) qui est la caractéristique réelle et dominante de cette relation et qui distingue le domestique d'un employé indépendant ou d'une personne engagée uniquement pour remettre à l'employeur les fruits de son travail.

Dans ce dernier cas, le contractant ou l'exécutant n'est pas sous le contrôle de l'employeur en ce qui concerne la réalisation du travail ou du service ; il doit concevoir et gérer son travail de façon à fournir le résultat qu'il s'est engagé à obtenir". Nous observons ainsi que c'est le fait de diriger qui est l'essence des concepts juridiques d'"employeur" et d'" employé" . Comme c'était le cas pour le concept économique développé auparavant. Il est intéressant de noter que, selon Batt, "ce qui distingue un représentant d'un domestique, ce n'est pas l'absence ou l'existence d'un salaire fixe, ou même le paiement d'une commission sur le travail réalisé, mais plutôt la liberté dont profite l'employé pour remplir ses fonctions". Nous pouvons par conséquent conclure que la définition donnée s'approche beaucoup de l'entreprise telle qu'on la considère dans le monde réel. Notre définition est par conséquent réaliste. Mais est-elle utilisable ?

Cela paraît clair. Quand nous étudions dans quelle mesure une entreprise peut s'étendre, le principe du marginalisme fonctionne sans heurts. La question est de savoir s'il est rentable d'opérer une transaction d'échange supplémentaire. A la marge, les coûts d'organisation au sein de l'entreprise seront égaux tant aux coûts d'organisation dans une autre firme qu'à ceux générés par une transaction qu'on laisse "s'effectuer" par l'entremise du mécanisme des prix. Les hommes d'affaires seront constamment en train d'expérimenter, de plus ou moins contrôler, et de cette façon, l'équilibre se maintient. Cela donne la position d'équilibre pour une analyse statique.

Mais il est évident que les facteurs dynamiques ont également une importance considérable, et les recherches sur les effets des changements sur le coût d'organisation dans l'entreprise et sur les coûts du marché permettront généralement d'expliquer pourquoi les firmes grandissent ou diminuent en taille.
Nous disposons ainsi d'une théorie de l'équilibre dynamique. Ainsi, l'analyse précédente semble également clarifier la relation entre l'initiative ou l'esprit d'entreprise et la direction. Les initiatives supposent des prévisions et se diffusent grâce au mécanisme des prix par la passation de nouveaux contrats. Les dirigeants ne réagissent correctement qu'aux changements de prix, par un remaniement des facteurs de production sous leur contrôle. Que l'entrepreneur combine généralement ces deux fonctions est un résultat évident des coûts de marché présentés ci-dessus. Finalement, cette analyse nous permet de nous prononcer plus exactement sur ce que l'on entend par le "produit marginal" de l'entrepreneur. Mais l'étude de ce concept nous mènerait beaucoup plus loin que notre présente réflexion, relativement simple par comparaison, de définition et de clarification.

 
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