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ordre compétitif
 
Le principe de compétition: ordre compétitif ou concurrence "pure et parfaite" ?
Par Bertrand Lemennicier


Si la compétition est le sel de la vie, en économie, c'est le plat principal. Elle est la force qui détermine les prix, les revenus, organise la production, incite à l'innovation et constitue le moteur du progrès technique, économique et social. C'est un concept essentiel à la théorie économique.

Dans le langage courant, le mot vient du latin  competitio Ÿ. Il signifie  rivalité entre plusieurs personnes pour l'appropriation d'un même avantage Ÿ. Les économistes classiques retiennent cette définition, mais la compétition est bien plus que cela si l'on se reporte au Dictionnaire d'Economie Politique de Charles Coquelin .(Coquelin C, 1864,  Concurrence Ÿ, Dictionnaire d'économie politique, Paris, Guillaumin.)

 La concurrence apparaît encore et surtout comme le principal agent du progrès. Tous ces industriels, maîtres de leurs actions et responsables de leurs oeuvres, stimulés comme ils le sont par la concurrence incessante de leurs rivaux, s'ingénient à qui mieux, mieux à simplifier le travail, à améliorer les méthodes, à perfectionner les procédés connus et à inventer des procédés nouveaux Ÿ.

 L'action de la concurrence suppose la liberté de l'homme, au moins dans les relations industrielles. Elle suppose, en effet, d'abord des conventions toujours volontaires et libres entre les parties contractantes, entre le vendeur et l'acheteur d'une marchandise, entre celui qui offre un produit et celui qui l'accepte; car si l'une des parties peut imposer ses conditions à l'autre, il n'y a plus de concurrence, il n'y a même plus de contrat. Elle suppose, en outre, et c'est encore une condition essentielle, la liberté pour chacune de ces parties de s'adresser à des tiers quand elle n'est pas satisfaite des conditions actuelles qu'on lui offre Ÿ.


C'est cette définition proposée par les économistes classiques que nous retiendrons car c'est la seule qui soit cohérente avec un état de droit. Malheureusement cette définition a été évincée de la pensée économique par une autre : celle des économistes mathématiciens du dix neuvième siècle et qui survit encore de nos jours dans nos manuels d'économie et dans la législation avec le droit de la concurrence. Cette dernière définition a détruit l'état de droit et permit aux hommes de l'Etat d'intervenir de manière purement arbitraire dans les processus de formation des structures de marché. En effet, dans le langage des économistes mathématiciens, et plus particulièrement celui d' A.Cournot , la définition de la compétition est tout autre. (Cournot A. 1838, Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses reproduit dans Perspectives de l'économie: les fondateurs, Paris, Calmann-Lévy.)

 Tout le monde se forme une idée vague des effets de la concurrence: la théorie aurait dû s'attacher à préciser cette idée; et pourtant, faute d'envisager la question sous le point de vue convenable, faute de recourir aux signes dont l'emploi devient indispensable, les écrivains économistes n'ont perfectionné en rien, sous ce rapport, les notions vulgaires. Elles sont restées mal définies, mal appliquées dans leurs ouvrages, comme dans le langage du monde Ÿ.

"Les effets de la concurrence ont atteint leur limite, lorsque chacune des productions partielles Dk est insensible, non seulement par rapport à la production totale D=F(p), mais aussi par rapport à la dérivée F'(p), en sorte que la production partielle Dk pourrait être retranchée de D, sans qu'il en résultât de variation appréciable dans le prix de la denrée Ÿ.


On relèvera le mépris avec lequel Cournot traite les "écrivains économistes". On notera également au passage la différence entre ces deux définitions: l'une, celle de Charles Coquelin, simple et claire, qui associe la compétition à la liberté contractuelle et à la liberté d'entrée sur le marché; l'autre, totalement obscure, qui assimile la concurrence à une situation dans laquelle la production de chaque firme n'exercerait aucune influence notable sur la production totale ou sur les prix !
La première conception, celle des économistes classiques, comporte deux aspects:

Le premier aspect de cette concurrence implique un état du droit dans lequel les personnes sont libres de s'associer et de rivaliser entre elles de telle sorte que nul n'ait licence d'employer la force ou la tromperie pour empêcher quiconque d'offrir de meilleurs services que lui. L'autonomie de la volonté fonde le droit de la concurrence et celle-ci est organisée par des contrats dont l'objet est de codifier la coopération entre les individus pour produire, distribuer, vendre, offrir et acheter des biens et des services. Cet état du droit repose sur la responsabilité personnelle. Capter la clientèle d'une autre entreprise, acquérir sur le marché une meilleure position par l'effort et l'excellence des choix ne viole aucun droit, pas plus celui du vendeur que celui de l'acheteur. Si ces actions nuisent aux intérêts d'autres entreprenants sans porter atteinte à leurs droits de propriété tels qu'ils résultent de la production et du contrat, la responsabilité n'en revient pas au plus compétitif, mais bien à celui qui ne fait pas l'effort de le devenir. Dans cette vision procédurale, il ne s'agit donc que d'empêcher le vol et la fraude. Le rôle assigné à la loi est de veiller à la liberté et à l'honnêteté des échanges. La théorie de la bonne foi, les règles de la responsabilité civile, les dispositions répressives du Code pénal concernant le dol, la tromperie, les voies de fait, les vices de consentement, l'intention de nuire et autres malfaisances, offrent en effet aux partenaires de l'échange les règles à respecter pour contracter de bonne foi.

Le deuxième aspect concerne les conséquences de cette rivalité entre des firmes cherchant à maximiser leurs gains à l'échange dans le cadre de cet état de droit. Cette rivalité les pousse à adopter les techniques de production et de gestion les moins coûteuses, à innover et à mettre les prix les plus bas possible. Cette rivalité, ou cette compétition, est le moteur de la croissance économique. Cette vision, qui va d'A. Smith aux économistes autrichiens contemporains en passant par les économistes "écrivains" français du début du XIXe siècle, est dynamique.

A cette vision classique de la concurrence s'oppose une vision dite  néoclassique Ÿ, présentée et développée par les économistes mathématiciens et les ingénieurs économistes du XIXe siècle dont l'un des plus célèbre est Augustin Cournot. Cette conception est devenue, au cours du XX e siècle, la doctrine officielle des économistes en la matière. La compétition n'est plus  un ordre compétitif Ÿ, c'est-à-dire un ensemble de règles que les rivaux doivent respecter dans leur interaction individuelle, quel que soit le résultat observé, mais un ensemble d'hypothèses qui font émerger de ce processus compétitif un résultat particulier ou une structure d'interaction sur le marché telle que les rivaux n'exercent, pris individuellement, aucune influence sur les prix de marchés. Ils sont des  price takers Ÿdit-on en langue anglaise.

Ces deux théories conduisent à des interprétations très différentes de la politique et du droit de la concurrence. Il n'est pas inutile de s'attarder sur cette opposition, tant son importance est aujourd'hui considérable, notamment en raison de l'entrée en vigueur du marché unique européen, de la déréglementation et des privatisations.


La vision des manuels des années soixante

La notion  de concurrence parfaite Ÿ constitue le fondement de cette approche. La concurrence  pure et parfaite Ÿ est une situation qui émergerait de la rivalité entre firmes, si les conditions suivantes étaient satisfaites:


o La première condition est que la firme la plus importante dans un domaine donné ne contribue que très faiblement à l'offre totale de l'industrie. Cela implique l'existence d'un grand nombre de firmes. Aucun nombre n'a été proposé pour affirmer que la part de marché compatible avec un état de compétition devait être de tant. On peut simplement dire que la part de marché sera d'autant plus faible que l'entrée est aisée et qu'il y a un grand nombre d'entreprises sur ce marché. Bien qu'il faille définir ce qu'est le marché, ce n'est pas si simple.

o La deuxième condition, corollaire de la précédente, stipule que chaque firme agit indépendamment des autres. Les variations conjecturales sont nulles. En présence d'un grand nombre de firmes, il est difficile de réaliser une entente, tant il est rentable pour chacune de ne pas respecter l'accord passé; de plus, dans ce cas, les rivaux ne se connaissent pas et la compétition est anonyme ou impersonnelle. Les profits réalisés par une firme sont indépendants de ce qui arrive à une autre. L'essence de la concurrence ne sera pas une forte rivalité, mais la dispersion du pouvoir ou l'impossibilité qu'à chaque firme d'influencer l'offre totale de l'industrie. Les firmes n'ont pas, individuellement, le pouvoir de restreindre les quantités globales offertes ou d'augmenter les prix au-dessus du prix d'équilibre sans perdre la totalité de leurs clients.


o Selon la troisième condition, l'information sur les offres et les demandes comme sur les prix pratiqués de ceux qui échangent est parfaite. Il n'y a pas d'asymétrie d'information entre vendeur et offreur, les prix pratiqués et la qualité des produits sont connus de tous. On sait où trouver le produit ou le service et à quelles conditions de vente.

o Une quatrième condition est souvent ajoutée. En général, on suppose la divisibilité du produit et, très souvent, son homogénéité. On précise également que les demandeurs sont identiques: les offreurs ne trouvent aucun avantage à vendre leur produit à un consommateur plutôt qu'à un autre ou à discriminer les prix entre les acheteurs. De manière identique pour les acheteurs, ils n'ont pas une préférence particulière pour un vendeur. Les vendeurs et / ou les acheteurs sont anonymes et interchangeables.

o La cinquième condition précise que les ressources doivent être également productives quel que soit l'usage auquel elles sont employées. Cela signifie que ces ressources doivent pouvoir se déplacer vers les emplois les plus rentables. Il y a mobilité des ressources. Le principe d'arbitrage doit être à l'oeuvre. En corollaire, l'information sur ces usages alternatifs doit être parfaite et l'entrée doit être libre.

Si ces cinq conditions sont remplies, on parle alors de concurrence pure et parfaite au niveau de l'industrie, et non du seul marché comme pour les quatre premières conditions. Introduire la mobilité des ressources revient à faire pénétrer le temps et la tendance au profit nul par l'entrée de nouveaux concurrents dans l'analyse. Déplacer une ressource d'un emploi à un autre est long, d'autant plus que celle?ci peut être spécialisée ou réservée à un usage particulier. C'est pour cette raison que la concurrence est également un concept de long terme et se définie comme cette période où la mobilité des ressources est effective et les profits anormaux tendent à s'éliminer.

Cette conception de la compétition a des conséquences importantes en matière de droit de la concurrence. En effet, le législateur peut vouloir imposer aux firmes une structure de marché qui respecte ces conditions: ce sont les lois  anti-trust Ÿ ou les lois sur la concurrence.

On recherche, dans un premier temps, des tests capables de révéler la présence de ces conditions. Si elles se trouvent remplies, on estime le marché dans une situation de concurrence dans laquelle les firmes seraient des  price takers Ÿ; sinon, on suspecte une situation dans laquelle celles-ci peuvent s'entendre pour influencer le prix du marché et tendre vers un état où elles pourraient s'approprier les gains à l'échange aux dépens du consommateur.

Les critères adoptés sont divers mais recoupent nos cinq conditions. Le nombre de firmes sur un marché (et leur poids dans l'offre globale de l'industrie) est parfaitement observable. Il s'agit de la concentration sur le marché. Une forte concentration serait l'indicateur d'une absence de compétition Cette concentration peut être horizontale (fusions) ou verticale (contrat de franchise ou de distribution sélective entre un producteur et un distributeur). Cette concentration fait suspecter une position dominante. La firme peut alors influencer le prix de marché et les quantités offertes. Cette concentration peut provenir d'ententes entre les offreurs.

Normalement, les entreprises font face à un seul prix; l'hétérogénéité des prix peut donc être un indicateur d'un manque de concurrence. L'écart entre le prix et le coût marginal, ou indice de Lerner, est aussi une mesure du pouvoir de monopole, ce que révèle une demande faiblement élastique, cet écart étant égal à l'inverse de l'élasticité de la demande. La présence d'une discrimination des prix, un même produit étant vendu à des prix différents, est également utilisée comme indice d'une absence de compétition. L'absence de transparence dans l'information entre vendeurs et acheteurs est aussi suspecte. Enfin, la présence de profits très élevés peut aussi indiquer que la mobilité des ressources ne s'opère pas. Des barrières à l'entrée existent. On recense habituellement comme telles : la publicité, les économies d'échelles, la différenciation des produits ou la présence de contrats limitant l'accès à des marchés intermédiaires.


Le législateur s'efforcera de réglementer le marché ou d'interdire certaines pratiques commerciales pour empêcher l'instauration d'une situation de non concurrence telle qu'elle est définie par ces conditions L'institution en charge de faire respecter ces cinq conditions est le Conseil de la Concurrence (ou la Federal Trade Commission (FTC) aux Etats-Unis). Ces organes sont saisis de plaintes et instruisent les dossiers, ensuite le juge tranche en première instance ou en appel si les parties en conflits y ont recours.

En France, l'ordonnance du 1 er décembre 1986 définit ce que l'on appelle les lois de la concurrence. C'est à partir de cette loi que le Conseil de la concurrence s'efforce d'appliquer cette vision néoclassique de la compétition aux industriels et aux commerçants. Mais la pratique et la jurisprudence du Conseil n'est pas aussi stricte qu'on le pense car le législateur, dans la rédaction du texte, laisse une marge de manoeuvre assez considérable à l'interprétation qu'en feront les membres de la commission et le juge. Cette rédaction ambiguë rend souvent arbitraires et subjectifs les décisions du Conseil et les jugements des tribunaux. Il faut donc trouver dans la jurisprudence le fil conducteur et les principes économiques qui guident les décisions de ces individus.

Les trois articles essentiel de l'ordonnance de 1986 sont les suivants :.

Art 7- Sont prohibées, lorsqu'elles ont pour objet ou peuvent avoir pour effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence sur un marché, les actions concertées, conventions, ententes expresses ou tacites ou coalitions, notamment lorsqu'elles tendent à :
1- limiter l'accès au marché ou le libre exercice de la concurrence par d'autres entreprises
2 - faire obstacle à la fixation des prix par le libre jeu du marché en favorisant
artificiellement leur hausse ou leur baisse
3 - limiter ou contrôler la production, les débouchés, les investissements ou le progrès technique;
4 -répartir les marchés ou les sources d'approvisionnement

Art. 8. -Est prohibée, dans les mêmes conditions, l'exploitation abusive par une entreprise ou un groupe d'entreprises

1 -d'une position dominante sur le marché intérieur ou une partie substantielle de celui?ci;
2 -de l'état de dépendance économique dans lequel se trouve, à son égard, une entreprise cliente ou fournisseur qui ne dispose pas de solution équivalente.
Ces abus peuvent notamment consister en refus de vente, en ventes liées ou en conditions de vente discriminatoires ainsi que dans la rupture de relations commerciales établies, au seul motif que le partenaire refuse de se soumettre à des conditions commerciales injustifiées.

Art. 10- Ne sont pas soumises aux dispositions des articles 7 et 8 les pratiques
1 -qui résultent de l'application d'un texte législatif ou d'un texte réglementaire pris pour son application;
2 - dont les auteurs peuvent justifier qu'elles ont pour effet d'assurer un progrès économique et qu'elles réservent aux utilisateurs une partie équitable du profit qui en résulte, sans donner aux entreprises intéressées la possibilité d'éliminer la concurrence pour une partie substantielle des produits en cause. Ces pratiques ne doivent imposer des restrictions à la concurrence que dans la mesure où elles sont indispensables pour atteindre cet objectif de progrès.
Certaines catégories d'accords, notamment lorsqu'ils ont pour objet d'améliorer la gestion des entreprises moyennes ou petites, peuvent être reconnues comme satisfaisant à ces conditions par décret pris après avis conforme du Conseil de la Concurrence.

Dans la pratique le Conseil de la Concurrence essaie de faire au mieux en s'efforçant de sanctionner les atteintes à la législation sans empiéter sur le principe essentiel de la liberté du commerce et de l'industrie comme celle des contrats. Ainsi l'article 7 de l'ordonnance prohibe les ententes dès lors qu'elles ont pour objet ou peuvent avoir pour effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence sur un marché. L'article 8 prohibe, dans les mêmes conditions, l'exploitation abusive par une entreprise ou un groupe d'entreprises d'une position dominante ou d'un état de dépendance économique. Sur le fondement d'une interprétation littérale de ces dispositions, le Conseil devrait englober dans le champ de la prohibition les ententes qui ont un objet anticoncurrentiel, celles qui ont un effet anticoncurrentiel ainsi que celles qui ont une potentialité d'effet anticoncurrentiel. Enfin l'article 10 permet les exceptions, en particulier pour les restrictions verticales.

Toutefois, la liberté d'entreprendre et la liberté contractuelle étant de principe, qui est la vision classique de la concurrence, l'intervention des autorités de régulation des marchés ne peut être considérée comme légitime que dans le cas où une atteinte importante, avérée ou potentielle, au jeu de la concurrence est établie. Le Conseil doit en effet instruire un dossier et donc apporter des preuves à son argumentation. Cela le conduit à examiner les effets concrets, avérés ou potentiels des pratiques en cause.


Les pratiques anticoncurrentielles peuvent revêtir des formes diverses telles que, par exemple, des ententes de prix ou de marges entre entreprises en principe concurrentes, la mise au point et la diffusion de barèmes, l'élaboration et la diffusion de recommandations ou de directives en matière de prix ou de remises par des organismes professionnels, des échanges d'informations ou des ententes entre soumissionnaires à un même appel d'offres, des ententes de répartition de marchés, des pratiques concertées visant à exclure certaines entreprises d'un marché ou à en limiter l'accès, des conditions générales de vente ou d'achat, ainsi que leur application. En 1999, la jurisprudence du Conseil a rencontré la plupart de ces situations sous la forme :

a) ententes illicites

b) ententes sur les prix les marges

c) entraves à l'accès au marché

d) partage de marché

e) restrictions verticales

f) position dominante, dépendance économique et abus de position dominante



Un retour à la vision classique de la compétition


Le concept de compétition est inséparable de la notion de rareté et de celle d'échange volontaire ou de marché. Il trouve son origine dans la rareté des ressources terrestres face à la multiplication de l'espèce humaine. On distingue deux formes de compétition naturelle :

a)Celle qui consiste à se précipiter sur une ressource naturelle et à l'exploiter au maximum, sans se préoccuper du comportement de ses rivaux. Celui qui arrive le premier et l'exploite avant les autres ou, qui, arrivant le dernier, connaît une technique permettant d'en tirer un rendement plus élevé, élimine les autres. Il est important de noter ici que les rivaux s'ignorent.
b) Celle qui consiste à épuiser cette ressource en luttant contre ses adversaires par la violence, en réduisant, d'une manière ou d'une autre, leur efficacité ou bien encore en s'emparant de ce qu'ils ont produit.

Ces deux formes de compétition dilapident les ressources, car aucun droit de propriété et de liberté contractuelle n'est défini. Pour observer le résultat de Cournot, il faut nécessairement un ordre compétitif, c'est-à-dire une définition précise des droits de propriété, ce qui implique la notion de privatisation et de liberté de passer des contrats, ainsi que celle d'entrer sur le marché. Il s'agit là de la vision classique de la compétition dans le monde du commerce et de l'industrie. La compétition dont parle l'économiste est celle qui s'instaure dans une situation d'interaction individuelle dans laquelle les droits de propriété sont clairement définis, ce qui exclut que tous se précipitent en même temps sur une pâture commune, et dans laquelle l'échange volontaire est la règle, ce qui interdit l'élimination de rivaux par la violence. Il s'agit donc d'une compétition ou d'une rivalité dans le cadre d'une liberté de passer des contrats et d'entrer sur le marché.

La compétition consiste donc toujours en une interaction entre au moins trois personnes : un offreur et deux demandeurs ou deux offreurs et un demandeur. Il s'agit toujours d'une rivalité pour saisir l'opportunité d'un échange mutuellement avantageux. La compétition apparaît entre les offreurs ou bien entre les demandeurs pour s'approprier un bien ou un service moyennant une contrepartie. Elle s'exerce, entre autres, sur le prix mais pas seulement sur les prix. La qualité, la localisation, les services avant ou après ventes sont autant d'ingrédients avec lesquels les entreprises s'efforcent de capter l'intérêt du consommateur. Il est essentiel que l'offreur propose un prix de vente plus bas que son rival afin d'inciter l'acheteur à venir chez lui. De même, il est essentiel qu'un acheteur puisse proposer un prix plus élevé pour distancer ses concurrents et emporter la vente.

Cette rivalité implique, comme le soulignait A. Smith, une information sur les prix proposés par les concurrents, ainsi que sur les prix et les demandes des acheteurs. Mais comme cette recherche a un coût, on ne la poursuivra pas indéfiniment. Une information imparfaite sur les offres et les demandes, aussi bien que sur les prix, est, en effet,  optimale Ÿ. Il va de soi que la vie est plus difficile en présence de concurrents ou de rivaux, qui peuvent, d'ailleurs, être potentiels. Par exemple, un acheteur, qui trouve trop cher le produit offert par un commerçant, peut, s'il le veut, se lancer dans la production ou la commercialisation de ce produit. C'est alors lui qui érodera le profit du  monopole Ÿ. La libre entrée et la libre sortie du marché sont plus importantes que le nombre de firmes qui s'y trouvent: l'existence d'une firme unique sur un marché n'implique pas nécessairement l'absence de compétition.

Le prix observé sur ce marché n'est pas non plus nécessairement un prix de monopole. En effet, si d'autres firmes ne se lancent pas dans la compétition, la raison en est peut?être l'importance des coûts que cela suppose, comme, par exemple, l'achat d'équipements très coûteux impossibles, à revendre en cas de faillite. Ce coût de sortie freine l'entrée. Ceci explique que la firme déjà sur le marché mette, à son produit, un prix lui permettant de recouper cet investissement spécifique; les profits qu'elle fait alors sont loin d'être anormaux.

Paradoxalement, la compétition ne se limite aux prix. On peut, en effet, distancer un concurrent en proposant, au même prix, un service supérieur, un produit de meilleure qualité, un contrat plus sûr ou plus respectueux des intérêts de l'acheteur. On peut même penser qu'une entente entre les firmes, entre producteurs et distributeurs, a pour objet de profiter d'économies d'échelle ou de complémentarités permettant d'offrir le produit à un prix plus bas ou au même prix, mais avec une qualité supérieure. L'entente n'est pas intrinsèquement mauvaise; la firme en constitue d'ailleurs la forme la plus achevée. Il s'agirait d'un arrangement contractuel, intermédiaire entre le contrat d'échange liant un acheteur et un vendeur et le noeud de contrats que l'on observe entre vendeurs et acheteurs lors de la constitution d'une firme.

Le coût de l'entrée ou de la sortie, de l'information sur les offres et les demandes concurrentes, de la mobilité des ressources et du respect des contrats entre offreurs ( ententes, fusions, firmes...) ou demandeurs (boycotts, ententes, groupements d'achat...), joint à l'activité des intermédiaires, font que le nombre de firmes sur un marché, la part qu'elles en possèdent, la transparence de ce marché, l'existence d'ententes, les politiques de prix... sont les résultats non attendus d'une rivalité dans le cadre de règles précises, que l'on appellera un  ordre compétitif Ÿ.


Dans cette conception, la compétition est un ensemble de règles gouvernant la rivalité entre les offreurs entre eux ou les demandeurs entre eux. Il est interdit, par exemple, à un offreur d'empêcher l'entrée du marché par la force ou la violence, ce qui distingue le commerce de la mafia ou de l'État. La libre entrée ainsi que la liberté des contrats entre les offreurs ou les demandeurs sont les règles que les rivaux seront amenés à respecter. Dans ce cadre, le processus compétitif se met en route. Le résultat va en être une certaine structure de marché, caractérisée par un certain degré d'information, une certaine mobilité des ressources, une homogénéité ou une hétérogénéité des produits et des firmes, une plus ou moins grande concentration, un nombre de firmes donné, un certain écart entre prix de marché et prix minimal auquel la firme est prête à offrir son produit Dans une vision procédurale de la compétition, l'économiste ou le juriste qui n'observe aucune violation des règles fondamentales qui fondent et gouvernent la rivalité entre les firmes, peut assigner au résultat de cette interaction, fût-il inattendu, le nom de  compétitionŸ ou de  concurrence Ÿ, même s'il n'existe qu'une seule firme sur le marché.

Les économistes mathématiciens ont inversé le raisonnement. Ils définissent a priori une situation de compétition par un résultat particulier et idéel de la structure de marché, et veulent imposer à la réalité économique cette conception idéelle de la concurrence. Cette prétention est nécessairement vouée à l'échec. C'est elle qui détruit l'état de droit et rend arbitraire toute la législation sur la concurrence.
  2.1: La notion de coût d'opportunité

2.2: Fongibilité, substituabilité et subjectivité

2.3: Analyse marginale

2.4: Les droits de propriété pacifient les conflits à propos de l'usage d'une ressource rare

2.5: L'échange librement consenti

2.6 Principe des avantages comparatifs et division du travail

2.7: Mécanisme de prix et coordination des plans individuels

2.8: Le principe d'arbitrage

2.9: Le principe de coopération et la nature de la firme

2.10:Le principe de compétition: ordre compétitif ou concurrence pure et parfaite?

2.11:La nature de l'Etat et le principe démocratique

2.12: Principe d'auto-organisation et de sélection
___________________________________________

1- La concurrence
par Pascal Salin, professeur à l'Université de Paris Dauphine

2-L'anti-trust
par Alan Greenspan

3-L'immoralité des politiques de concurrence
par Dominick Armentano

4-Les politiques de concurrence
par François Guillaumat
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