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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
le chômage contemporain
 
LE CHOMAGE CONTEMPORAIN EST UN PHENOMENE POLITIQUE ET NON PAS UN PROBLEME ECONOMIQUE OU SOCIAL
par Bertrand Lemennicier

Le chômage contemproain est un phénomène politique
Conférence prononcée à l'Assemblée Générale de Liberté -Chérie en 2006

Cet article, remanié, a été publié pour la première fois en 1984 dans "La Liberté à refaire" édité par M.Prigent Hachette Collection Pluriel. Plus de 20 ans après il est toujours d'actualité puisque les gouvernements français successifs n'ont jamais affronté ni voulu éliminer la racine du chômage contemporain qui est celle d'un chômage de file d'attente créé par la classe politique et syndicale dans leur volonté de protéger les salariés de la compétition sur le marché du travail.

La question du chômage contemporain provoque toujours chez nos concitoyens une culpabilisation extraordinaire vis-à-vis du système économique dans lequel nous vivons. Celui-ci serait dans l'incapacité d'assurer à tout le monde un travail, c'est-à-dire les moyens d'acquérir les ressources nécessaires à une vie décente. Une telle contre vérité montre d'une part combien la passion aveugle la raison et d'autre part combien l'incompréhension des mécanismes économiques les plus simples est totale non seulement dans le public mais aussi chez ceux qui nous gouvernent ou nous ont gouvernés.

Le chômage, il est vrai, est présenté par les partis politiques et l'ensemble des médias, qu'ils soient de droite ou de gauche, conservateurs ou progressistes, depuis plus de quarante ans, comme un phénomène social grave et majeur. On comprend que pour briguer les suffrages des citoyens il soit important d'avancer un tel argument dans une campagne électorale. Mais est-on sûr qu'il s'agisse d'un problème grave? Quelles preuves les partis politiques et leurs intellectuels apportent-ils pour convaincre les citoyens qu'il en est bien ainsi? L'objet de ce chapitre est de remettre en cause une telle idée.

La persistance du chômage à des taux élevés dans la plupart des pays d'Europe comparée à d'autres pays reçoit une explication simple. D'une certaine manière les hommes politiques français sous la pression des syndicats ont choisi de développer un chômage de "file d'attente" alors que dans d'autres pays on a refusé un tel choix. L'origine de ce chômage est très directement liée au processus de réglementation du marché du travail qui cherche à créer un secteur protégé. Une mesure aussi anodine qu'un salaire minimum engendre, par exemple, un processus d'interventions croissantes pour corriger les effets pervers de la première intervention. De ce processus résulte un chômage de "file d'attente" qui peut devenir massif si la conjoncture économique est défavorable.

Pourquoi le chômage n'est pas un problème économique ou social majeur

Au lieu d'entamer directement cette section par l'étude du chômage abordons une question de moindre importance : celui du temps perdu dans un aéroport. L'analogie fondamentale qui existe entre ce problème et celui du chômage éclairera sous un jour différent ce phénomène social.

Dans n'importe quel aéroport, chaque voyageur peut être frappé par le nombre de personnes qu'il voit en train de ne rien faire. Certains attendent parce qu'ils sont arrivés trop tôt; d'autres déambulent parce que leur avion a été retardé ou bien parce qu'ils sont en transit. Enfin certaines personnes font tout simplement la queue à un guichet en attendant de faire enregistrer leurs bagages. Un observateur qui ne connaîtrait pas les raisons pour lesquelles les gens viennent dans un aéroport serait intrigué par l'oisiveté chronique des individus qu'il y rencontrerait. Si cet observateur est un statisticien de l'INSEE, il pourra dénombrer les individus qui à chaque instant sont oisifs. Il mesurera ainsi que 80 % de la population ne fait rien. Naturellement les individus qui sont oisifs dans l'aéroport ne sont pas toujours les mêmes. La durée moyenne passée à ne rien faire dans un aéroport est d'une heure. Même si une fraction non négligeable de la population passe plus de temps dans cet état tandis, une autre fraction y passe moins de temps. Le statisticien de l'INSEE observera aussi des variations au cours de l'année.

Aux périodes de vacances, il constatera un nombre plus important de personnes en attente d'un avion. Mais le plus frappant de cette histoire est que ces personnes ne cherchent pas à sortir de leur oisiveté. Elles ne cherchent pas un vol qui part plus tôt pour leur destination, elles ne cherchent pas non plus à offrir un prix plus élevé pour le saisir. En réalité une grande proportion de cette population ne fait rien d'autre que de s'asseoir et d'attendre !

Il est certain que le temps perdu dans un aéroport ne constitue pas un problème social particulièrement épineux. En effet, d'une part, la durée d'attente y est brève et, d'autre part, le coût d'opportunité du temps à ce moment-là est nul. Mais à bien y réfléchir, une faible durée d'attente et un bas coût d'opportunité du temps sont les seules différences qui existent entre le phénomène de l'oisiveté dans un aéroport et celui du chômage sur le marché du travail ! Sur le marché du travail on observe un grand nombre de personnes en attente d'un emploi (entre 1 % et 10 % de la population active). Chaque mois des milliers de cherchent et trouvent un travail comme des millions de passagers chaque semaine prennent l'avion dans un aéroport pour gagner la destination qu'ils se sont fixée. Dans chaque cas les flux de gens oisifs, en attente d'un emploi ou d'un avion, sont stables.

Une première idée fausse doit être écartée.

Quand la presse parle de deux millions ou trois millions de chômeurs, beaucoup de lecteurs comprennent ce chiffre comme si l'on annonçait qu'il y a deux millions ou trois millions d'handicapés dans la France d'aujourd'hui ou bien deux ou trois millions de salariés dans l'industrie aéronautique. Or une personne handicapée peut le rester toute sa vie. Une personne active travaillant dans l'industrie aéronautique peut rester dix à douze ans dans le même emploi. Un chômeur est comme le voyageur qui transite par l'aéroport; il ne reste pas dans cette situation très longtemps. En moyenne il devrait passer deux à trois mois dans l'attente d'un emploi. Ce chiffre de deux ou trois millions prend un sens tout différent si l'on se rend compte que de quelques mois les chômeurs dans leur quasi-totalité sont remplacés par d'autres.

Il se peut que, tout d'un coup, une grève générale des aiguilleurs du ciel paralyse totalement l'activité de l'aéroport et que les compagnies aériennes soient dans l'obligation de réduire drastiquement le nombre de leurs vols par jour. Brutalement on observera une proportion beaucoup plus grande de personnes en attente d'un vol et simultanément une durée d'oisiveté dans l'aéroport plus longue. Ce phénomène fera la  une Ÿ des journaux et provoquera un désagrément certain pour les individus qui en sont victimes. Mais celui-ci est de durée limitée et est atténué par les efforts des compagnies aériennes envers leurs passagers pour rendre le plus agréable possible ce contretemps. De la même façon sur le marché du travail à la suite d'une baisse brutale des possibilités d'embauche résultant soit d'une chute de la demande par suite d'une hausse du coût des matières premières soit d'un accroissement de l'offre de travail après l'arrivée massive de jeunes, de femmes mariées ou d'immigrés, tous attirés par les salaires élevés offerts sur le marché du travail, on observera un plus grand nombre de chômeurs et simultanément une durée plus longue d'attente d'un emploi. Dans le cas du chômage, contrairement à celui de l'oisiveté dans l'aéroport, un problème social majeur semble apparaître parce que, d'une part, la durée d'attente d'un emploi peut atteindre sept à huit mois ou plus et parce que, d'autre part, le coût d'opportunité des individus, qui est le revenu perdu à ne pas travailler, n'est pas négligeable et s'élève avec la durée du chômage.

Revenons à notre aéroport. Parmi les passagers on observe une grande variété d'individus. Beaucoup sont des vacanciers payant un tarif charter. Le dommage créé par la grève des aiguilleurs du ciel a peu de conséquences pour eux. Il se mesure en nombre de journées de vacances perdues, journées qui sont souvent payées par l'employeur, et par l'inconfort des aéroports. D'autres individus, en revanche, voyagent pour des raisons professionnelles. Le temps perdu pour eux entraîne des affaires potentielles en moins, c'est-à-dire des pertes de profits. Chaque groupe de passagers ne ressent pas la même situation de la même manière car ils ne sont pas pénalisés par celle-ci de la même façon. On peut même aller plus loin. L'attrait considérable exercé par les voyages lointains attire des badauds qui viennent dans l'aéroport tout simplement pour admirer les départs des Boeing 747. Beaucoup d'oisifs dans l'aéroport ne sont pas là pour véritablement prendre un vol mais pour profiter de l'ambiance.

On observe un phénomène semblable à propos du marché du travail. En effet, une anatomie du chômage révèle qu'il y a une grande variété d'individus à la recherche d'un emploi. Il y a ceux qui ne sont pas des preneurs fermes d'un emploi mais qui répondent à un questionnaire qu'ils en recherchent un. D'autres sont des jeunes ou des femmes mariées qui se préoccupent d'obtenir un emploi mais qui vivent en attendant chez leurs parents ou chez leur époux. Or, ces personnes sont susceptibles de subvenir à leurs besoins. Enfin, on observe des pères de famille ayant femme et enfants à charge à la recherche d'un emploi. La réalité statistique de la population des chômeurs recensés montre que les cas les plus préoccupants ne concernent que les chefs de famille avec des personnes à charge, c'est-à-dire une minorité de chômeurs. En effet, la majeure partie du chômage actuel est imputable aux femmes mariées et aux jeunes; or, cette population, comparée à celle des pères de famille dont la femme est au foyer, supporte un coût d'opportunité du temps nettement plus faible que l'autre. Le dommage créé par l'attente d'un emploi est moins préjudiciable dans ce cas.

La deuxième idée fausse qu'il faut rejeter est le caractère dramatique du phénomène social que constitue le chômage.

Revenons à notre exemple des personnes en attente d'un vol dans l'aéroport. Supposons qu'une compagnie aérienne loue un avion de 300 places pour faire chaque jour le trajet Paris - Marseille. Elle ne sait pas si chaque jour il y aura exactement 300 passagers désireux de se rendre à Marseille avec un aller et un retour. Si 250 passagers se présentent pour ce vol, la compagnie perdra de l'argent en faisant le trajet Paris - Marseille avec 50 places inoccupées. En revanche si 350 passagers se présentent au guichet pour faire le vol, la compagnie refusera 5o passagers et perdra l'argent correspondant à la vente de billets supplémentaires si au lieu de contenir 300 places l'avion en avait contenu 350. Le nombre de passagers susceptibles de prendre le vol Paris - Marseille aller et retour n'est pas connu à l'avance et fluctue de jour en jour. Comment faire face à cette incertitude? Plusieurs attitudes ou stratégies sont possibles : 1) Dépenser suffisamment d'argent pour connaître avec exactitude, à une ou deux places près, le nombre de personnes qui prennent l'avion pour aller à Marseille et en revenir chaque jour en souhaitant que ce chiffre reste stable et louer un avion aux capacités correspondantes. 2) Louer un avion d'une capacité plus grande et accepter les pertes de revenus consécutives à des places vacantes pour les périodes creuses. 3) Louer un avion de moindre capacité et accepter les pertes de revenus correspondant à des billets supplémentaires non vendus aux périodes de forte demande. 4) Louer un avion de capacité inférieure et louer un autre avion chaque fois que la demande excède les capacités en sièges du premier. 5) Enfin, la compagnie aérienne peut faire varier le prix d'une place d'avion. Ainsi, quand l'avion a un très grand nombre de places inoccupées, le prix baisse et quand la demande excède les capacités de l'avion, le prix monte. Toutes ces stratégies ont un coût. Laquelle est la moins onéreuse? Faire fluctuer les prix selon les pics ou les creux de la demande entraîne de la part des passagers une prospection plus intense. En effet pour eux les prix deviennent vite imprévisibles, ces coûts de transaction supplémentaires vont induire une moindre demande de transport par voie aérienne.

Les compagnies aériennes comme les passagers préféreront des prix stables avec pour contrepartie des sièges vacants ou des impossibilités de satisfaire la demande et des files d'attente pour économiser les coûts de transaction imposés par la recherche d'un prix minimum. Chaque compagnie aérienne a une idée du nombre moyen de passagers prenant le vol proposé; mais ce qu'elle veut connaître c'est justement ce qui est imprévisible, c'est-à-dire les écarts par rapport à cette moyenne. Le coût de cette solution peut être infini. Si la compagnie loue un avion de capacité correspondant au nombre moyen de passagers par jour en période de creux, elle supportera une perte d'argent consécutive aux places vacantes et en période de pic elle perdra de l'argent en ne vendant pas de billets supplémentaires. Si le coût d'une place inoccupée est plus faible que le coût supporté en refusant un passager supplémentaire ou en louant temporairement un avion de plus, son intérêt est de prendre un avion d'une capacité supérieure à celle correspondant au nombre moyen de passagers. Il existera donc un stock de sièges vacants pour faire face aux fluctuations de la demande. Ce stock sera optimal au sens où cette solution minimise les coûts de la firme. D'une manière analogue les passagers ne vont pas se précipiter tout de suite vers une autre compagnie aérienne sous prétexte que le vol qu'ils doivent prendre a du retard. Le coût de recherche et d'information supporté pour trouver un autre vol, pour la même destination, au même prix, avec une autre compagnie, peut excéder le coût d'opportunité du temps perdu à attendre tout simplement. C'est la raison pour laquelle certains passagers s'efforcent de trouver un autre vol quitte à payer plus cher, alors que d'autres y renoncent.
On observera simultanément des prix du billet d'avion stables ou fixes, des sièges vacants dans les vols qui partent et des personnes qui sont en attente d'une place sur un vol. Ces trois phénomènes observables sont optimaux au sens où ils minimisent les coûts de transaction des acheteurs comme des vendeurs sur ce marché.

Le marché du travail n'échappe pas à cette loi. Remplaçons le prix du billet par la rémunération réelle offerte aux travailleurs, les places inoccupées par les emplois vacants et la file d'attente par le stock de chômeurs. Les entreprises, pour faire face aux fluctuations de la demande de leurs produits, peuvent elles aussi adopter différentes stratégies.

1) Elles peuvent dépenser de l'argent pour connaître avec exactitude le nombre d'employés dont elles ont besoin en chaque instant pour faire face aux quantités de produits désirés par les acheteurs..
2) Elles peuvent embaucher plus de travailleurs qu'il ne faut pour faire face aux pointes de la demande, en acceptant de les sous-employer de temps en temps.
3) Elles peuvent au contraire embaucher moins de monde qu'il ne faudrait, en laissant des emplois vacants pour les périodes où les pointes de la demande apparaissent. Si celles-ci ne sont pas durables, les firmes peuvent ou bien louer les services d'une entreprise de travail temporaire, ou bien ne pas satisfaire la demande et supporter les pertes de profits correspondantes, en revanche si cette pointe de la demande se transforme en demande durable, les entreprises embaucheront sur leurs emplois vacants ou créeront de nouveaux emplois.
4) Elles peuvent aussi faire varier le taux de salaire de telle sorte que, lorsque la période est défavorable, le salaire des travailleurs diminue et, lorsque celle-ci est au contraire favorable, il augmente. Laquelle de ces stratégies est la moins coûteuse ? Pour donner une réponse à cette question il faut se rappeler que si l'embauche d'un travailleur rapporte à la firme des profits supplémentaires, elle entraîne aussi des coûts. On décompose ces coûts en général en deux : les coûts liés à la personne embauchée, qui ne varient pas avec son temps de travail ou ses efforts, et ceux qui varient avec la durée et l'intensité du travail. Les premiers sont des coûts fixes, les seconds des coûts variables. Dans les coûts fixes d'embauche d'un individu il faut compter la période de formation spécifique au savoir-faire de la firme et les dépenses encourues pour le recruteur. A cela s'ajoutent les charges sociales et les dépenses attendues pour compenser les dommages créés par un licenciement. Plus ces coûts fixes s'élèvent, plus il est onéreux pour la firme de payer pendant longtemps un travailleur à ne rien faire. Contrairement aux compagnies aériennes la solution la moins coûteuse semble être la suivante : embaucher moins de monde qu'il ne faudrait en moyenne pour faire face aux pointes imprévues de la demande, laisser un grand nombre d'emplois vacants et louer les services d'entreprises de travail temporaire pour capter les profits attendus de ces pointes imprévues. Les raisons pour lesquelles les firmes comme les salariés ne veulent pas d'une variation des salaires en synchronisation avec la conjoncture réside dans le fait que le prix du travail pour les offreurs deviendrait imprévisible et entraînerait de leur part, pour stabiliser leurs revenus, une mobilité volontaire excessive pour la firme, compte tenu des coûts fixes d'embauche. Ainsi en période de récession les employeurs verraient s'en aller leurs meilleurs ouvriers qui pourraient trouver ailleurs à exercer leurs talents.

D'un autre côté, les personnes qui entrent sur le marché du travail ou celles qui sont déjà à la recherche d'un emploi n'accepteront pas le premier emploi venu. En effet prospecter pendant une période supplémentaire pour trouver un emploi présente un coût transitoire : le revenu perdu à ne pas travailler pendant cette période de recherche; mais si l'on renonce à cette période de prospection, on se prive d'un gain permanent qui est le revenu supplémentaire que l'on aurait pu obtenir en trouvant un emploi mieux payé durant ces démarches. Si ce coût transitoire est inférieur à la valeur actuelle du gain permanent, l'individu prolonge ses recherches, c'est-à-dire son statut de chômeur. La durée optimale du chômage sera déterminée lorsque les gains et les coûts seront égaux. Cette durée diffère d'un individu à l'autre et est d'autant plus longue que le coût transitoire est faible ou que le gain permanent attendu est élevé.
On observera sur le marché du travail simultanément des salaires nominaux stables ou rigides, des emplois vacants, des travailleurs temporaires et des employés oisifs. Le coût relatif de chaque solution décidera du stock optimal de travailleurs temporaires, d'employés oisifs ou d'emplois vacants. Par ailleurs on observera un stock de chômeurs et une durée optimale de chômage conformes à la structure des coûts transitoires et des gains permanents de la prospection d'un emploi.

La troisième idée fausse qu'il faut rejeter est la suivante: un marché du travail n'est pas en déséquilibre parce qu'il présente simultanément des emplois vacants et des chômeurs.

Une situation économique sans vacances d'emplois et sans chômeurs révélerait une société où la liberté de disposer de sa force de travail et de son propre capital humain comme on le désire est interdite. Ce détour sur la notion de stock optimal de ressources inemployées, permet de mieux comprendre ce qu'est le phénomène du chômage. La question fondamentale n'est donc pas l'existence d'un taux  optimal Ÿ de chômage ni d'une durée  optimale Ÿ de chômage mais celle d'un écart considérable et non prévu entre le taux effectif et celui désiré.

Le phénomène du chômage contemporain résulte d'un choix politique.

L'argument que nous allons développer peut être résumé de la façon suivante : le chômage contemporain est un chômage de file d'attente résultat d'une intervention ou d'un ensemble d'interventions publiques antérieures cherchant à protéger un secteur de la compétition sur le marché du travail. Ce secteur protégé engendre un effet pervers: un chômage qui entraîne la montée de l'exclusion et de la pauvreté. Pour corriger cet effet pervers, des réglementations spécifiques destinées à réduire la pauvreté sont prises. Ces réglementations spécifiques non seulement sont souvent inefficaces mais dans certains cas, contribuent à accentuer le phénomène combattu. A nouveau pour corriger cet effet pervers non anticipé, de nouvelles mesures d'aides et de réglementations sont introduites qui elles mêmes engendrent des effets pervers ainsi de suite. La tâche de l'économiste consiste à identifier ce type de processus cumulatifs d'interventions et d'effets pervers qui au lieu de résoudre le problème engendré par la première intervention en créé de nouveaux. Les processus réglementés ne sont pas, bien sûr, les seuls à engendrer des résultats non attendus mais leurs fondements sont tels que l'incitation à revenir en arrière y est sans doute plus faible que dans les processus non réglementés. En d'autres termes, une fois instituée, la réglementation est difficile à abolir car elle a créé des intérêts divers et des rentes sur lesquels on ne peut revenir facilement même lorsque les conditions invoquées pour sa mise en place ont disparu.

L'hypothèse avancée ici, et que nous allons tenter de défendre, est que l'on peut attribuer aux groupes de pression syndicaux, relayés par des partis politiques, la volonté de maintenir un secteur protégé à l'abri de la compétition que se font les travailleurs entre eux et les employeurs entre eux pour obtenir un emploi aux meilleures conditions. La création d'un secteur protégé et d'un secteur non protégé introduit une différence significative de salaire réel entre les deux secteurs qui modifie les comportements individuels. Chacun cherchent à accéder au secteur protégé et comme tous ne peuvent y accéder, on observe un chômage de file d'attente qui entraîne une durée du chômage trop longue, qui engendre la pauvreté, la dislocation de la famille et la suppression des solidarités intra familiales.

Les dispositifs de lutte contre cette pauvreté "institutionnelle", tels l'allocation de chômage, le revenu minimum d'insertion et l'API (l'allocation de parent isolé) en particulier, n'ont pas pour objet de lutter contre la pauvreté mais ont pour objet de rendre tolérable la dualité entre secteur protégé et non protégé qui est à la source même de la pauvreté et sur lesquelles le législateur n'a pas l'intention de revenir pour des raisons évidentes de clientélisme électoral ! Nous allons prendre une réglementation simple à titre d'exemple : celle du salaire minimum. Les gouvernants, par démagogie pure, augmentent régulièrement ce prix-plancher sur le marché du travail, qu'ils soient de droite ou de gauche, au nom de la lutte contre la pauvreté.
La relation entre salaire minimum, pauvreté et distribution des revenus fut soulignée la première fois par George Stigler .

Ce dernier avançait trois séries de critiques quant à la possibilité de traiter le problème de la pauvreté par l'instauration d'un salaire minimum :
1) Le salaire minimum réduit l'emploi dans les secteurs de l'économie couverts par ce prix plancher (sauf si le marché du travail est en situation de monopsone ). La diminution de l'emploi et la baisse associée des revenus concernent vraisemblablement les plus démunis i.e. ceux qui disposaient déjà initialement des salaires les plus faibles.
2) Sauf à considérer que tous les titulaires de bas salaires sont des pauvres, il est possible que l'instauration d'un salaire minimum se traduise par une amélioration du pouvoir d'achat non pas du groupe ciblé (en l'occurrence les pauvres) mais des familles plus riches, comprenant un ou plusieurs membres payé au salaire minimum .L'impact sur la pauvreté est d'autant plus réduit si cette hausse des bas salaires est accompagnée d'augmentations salariales pour les autres groupes.
3) Dans la mesure où les secteurs non couverts par le salaire minimum absorbent la main d'oeuvre inemployée dans le secteur couvert, les salaires se réduisent, compensant par la même les gains obtenus dans le secteur protégé. Si toute l'économie est couverte par le salaire minimum, l'offre excédentaire de travail ne trouvera pas à s'employer, se spécialisera dans les activités non-déclarées ou se retirera du marché du travail.

Par ses effets contraires sur l'emploi et sur la distribution des revenus, le salaire minimum semble être une composante peu crédible du dispositif de lutte contre la pauvreté. Les effets pervers soulignés ci-dessus sont encore accentués pour peu que l'on prenne la peine d'examiner l'aspect dynamique de cette mesure. On obtient des conclusions apparemment paradoxales puisque si le salaire minimum augmente le revenu salarial courant, il a un effet contraire sur le revenu du cycle de vie. Le paradoxe n'est en réalité qu'apparent et trouve sa justification chez Gary Becker .

La formation spécifique dispensée par la firme pour chaque travailleur constitue un investissement qui doit être partagé par les deux parties. La prise en charge d'une partie des coûts par le salarié se traduit par la perception d'un salaire momentanément inférieur à sa productivité marginale, compensée par un salaire supérieur ou égal à sa productivité marginale sur les autres périodes. La condition, sur un marché du travail concurrentiel, de rémunération à la valeur de la productivité marginale n'est certes pas remplie mais la signature de tels contrats est efficiente car, en leur absence, la formation spécifique ne serait pas dispensée et le potentiel de croissance future amputé. L'introduction d'un salaire minimum, en rendant la signature de tels contrats, avec des travailleurs peu qualifiés, plus difficile, augmente le coût de la formation spécifique pour la firme et peut décourager cette dernière d'embaucher des jeunes. Mais les conséquences en termes d'accumulation du capital humain ne s'arrêtent pas là. Les coûts additionnels de la formation spécifique sont répercutés sur l'ensemble des salariés, de sorte que la distribution des revenus devient plus plate. Cette compression des salaires, induite par le salaire minimum, réduit l'incitation des travailleurs à investir dans la formation générale et amoindri les flux futurs de revenu susceptibles d'être perçus.

Cette réglementation peut donc laisser croire qu'elle parvient à hausser les revenus du travailleur "moyen" alors qu'elle contient les germes d'une pauvreté durable, poussant une partie de la population à sous-investir en capital humain. Ce sous-investissement aura pour effet, dans le meilleur des cas, d'allonger la période de chômage voire même, face aux faibles perspectives de revenus futurs, d'inciter une partie des peu qualifiés à se retirer définitivement du marché du travail.
Le salaire minimum a pour objectif initial de corriger ce qui est identifié habituellement comme une distorsion dans le fonctionnement du mécanisme de marché - dans ce cas précis, la divergence constatée entre le revenu perçu par les pauvres et le revenu dont devrait disposer cette population aux yeux de la communauté. Il semble toutefois que cette législation soit incapable de corriger ces écarts de revenu non souhaités. Bien au contraire, elle provoque une distorsion supplémentaire qui appelle, à son tour, de nouvelles mesures.

L'imposition d'un salaire minimum résulte donc de la cartellisation du marché du travail et s'accompagne d'une législation qui tend à protéger les salariés de la compétition. Les groupes de pression syndicaux ont alors créé un secteur protégé dans l'économie. Mais la question fondamentale est la suivante : comment une telle cartellisation peut-elle perdurer sous la pression des exclus du marché du travail et du développement de la pauvreté qui s'ensuit et celle des syndiqués (et non celle des syndicalistes) eux -mêmes qui individuellement cherchent à rompre les accords du cartel en travaillant davantage au salaire existant? Une des réponses réside dans la capture de la législation et de la politique de l'emploi par ces groupes de pression via les partis politiques et leur main mise sur les bureaucraties concernées. La création par cartellisation d'un secteur protégé entraîne des effets qu'il faut connaître pour mieux comprendre l'engrenage des politiques économiques qui vont contribuer à ce processus cumulatif d'interventions génératrice d'une pauvreté non aléatoire (jeunes, immigrés, femmes et non qualifiés) et permanente.

Secteur protégé contre secteur non protégé.
En absence d'intervention les individus allouent leur temps en comparant la valeur de leur productivité marginale domestique à celle du taux de salaire offert sur le marché qui est lui même égal à la valeur de la productivité marginale de l'individu sur le marché du travail Introduisons maintenant un salaire minimum sur le marché du travail et une législation protectrice ( coût de licenciement élevé, recrutement par diplôme, à travail égal, salaire égal, apprentissage plus long que nécessaire etc. ). Tous les individus qui peuvent accéder à ce secteur bénéficient d'une protection que les autres n'auront pas. Ce statut entraîne un phénomène bien connu celui de la "file d'attente" avec son lot de précarité et de pauvreté.

Reportons-nous aux graphiques suivants où nous représentons les deux secteurs.



Partons de la situation où les deux secteurs sont non protégés. L'arbitrage qui s'opère entre les deux secteurs entraîne un salaire réel identique wp*=wnp* entre les deux secteurs. Maintenant introduisons un secteur protégé (le secteur syndiqué). Le salaire minimum est imposé et est supérieur au salaire du secteur non protégé par la législation wmin>wnp*. Si la probabilité de trouver un emploi (dans l'année) dans le secteur protégé est très forte, voire certaine, les gens du secteur non protégé se déplacent vers le secteur protégé et entrent dans la file d'attente des chômeurs. Le taux de chômage dans la collectivité augmente de U + U' Ces chômeurs proviennent de trois sources ceux qui sont licenciés ceux qui n'étaient pas sur le marché du travail et sur qui travaillaient dans le secteur non protégé. Paradoxalement le salaire dans le secteur non protégé augmente puisque l'offre se réduit. On observera une égalité des salaires dans les deux secteurs mais un chômage de file d'attente important qui annihile le gain attendu car sa durée est excessivement longue (15 mois en moyenne en France). On voit graphiquement que ce chômage de file d'attente dépend:

i) de l'écart de salaire entre les deux secteurs. Plus cet écart est grand plus les gens en provenance du secteur non protégé sont nombreux.
ii) du taux de rotation de la main d'oeuvre dans le secteur protégé. Plus le taux de rotation est rapide plus la probabilité d'être employé dans le secteur protégé est élevée, plus les gens se déplacent du secteur non protégé vers le secteur protégé.
iii) de la couverture du salaire minimum sur l'ensemble de l'économie. Plus le salaire minimum est universel plus l'effet de réduction de l'emploi est élevé.

Supposons maintenant l'inverse. On ne peut pas trouver facilement un emploi dans le secteur protégé. Le taux de rotation de la main d'oeuvre est quasi nul. Nous avons alors les figures suivantes.



Cette fois l'offre de travail dans le secteur protégé se déplace vers le secteur non protégé. L'offre augmente dans ce secteur et le salaire d'équilibre diminue. En revanche, dans le secteur protégé le salaire d'équilibre devient égal au salaire minimum. La redistribution se fait au détriment du secteur non protégé. Le chômage est faible, en revanche la différence de salaire entre les deux secteurs est la plus élevée possible. Chaque syndicat a sa stratégie, le modèle américain ou anglais correspond à cette deuxième structure où la probabilité d'accès aux emplois protégés est extrêmement faible, la couverture peu étendue, et avec un écart de salaire maximal entre les deux secteurs. En revanche le modèle syndical européen correspond à la première structure, extension de la couverture, taux de rotation dans le secteur protégé suffisant, faible différence de salaire entre les deux secteurs et chômage de file d'attente massif et d'une durée anormalement longue. Faute de revenir sur cette législation, on voit apparaître deux types de sociétés :
1) l'une où le chômage de "file d'attente" se développe avec des salaires relativement élevés pour ceux qui travaillent, quelque soit le secteur, si la probabilité d'accéder aux emplois protégés est élevée,
2) l'autre, où le chômage de file d'attente est inexistant parce que la probabilité d'accéder aux emplois protégés est faible alors que celle dans le secteur non protégé est forte et où la différence de salaire entre les deux secteurs est élevée, créant ainsi une économie duale .

On oppose ainsi volontiers les Etats Unis, qui développent une société duale entre secteurs fortement syndiqués (secteur public inclus) et secteurs privés non protégés de la compétition où le taux de chômage est faible mais où les écarts de salaire entre les deux secteurs sont élevés, à l'Europe qui développe un chômage de file d'attente important mais où la différence de salaire entre les deux secteurs est relativement faible.

Il est intéressant de voir qu'en France le secteur protégé est plutôt le secteur public et assimilé comparé au secteur privé ou encore le statut de salarié (protégé par le SMIG) par opposition aux femmes au foyer ou aux travailleurs indépendants. La politique appliquée par les différents gouvernements de droite ou de gauche a toujours été d'augmenter le salaire minimum et la probabilité d'accès aux emplois protégés pour satisfaire les groupes de pression syndicaux.

Pour atteindre cet objectif, les gouvernements successifs :
1) ont crée des emplois dans le secteur protégé (public et semi-public),
2) ont favorisé le taux de rotation des emplois en incitant les gens à prendre leur retraite le plus tôt possible, en retardant l'entrée des jeunes sur le marché du travail et en abaissant la durée légale du travail.
3) ont augmenté ou maintenu la rémunération du secteur protégé (secteur public, SMIG) à un niveau plus élevé que dans le secteur non protégé.
4) ont étendu le secteur protégé.

Cette politique, qui n'est pas inconsciente, et qui a pour objet d'instaurer un chômage de file d'attente, enclenche un processus cumulatif d'interventions pour le rendre tolérable. En effet, développer un chômage de file d'attente implique de créer volontairement de la pauvreté transitoire. Les individus, pendant qu'ils attendent un emploi protégé, doivent subvenir à leurs besoins. C'est là où la panoplie des aides aux pauvres intervient dans ce processus pour maintenir ces gens dans la file d'attente et les empêcher de se reporter sur le secteur non protégé et /ou de se révolter contre les syndicats et les partis politiques qui les soutiennent. Il ne s'agit donc pas d'un chômage involontaire, ni conjoncturel, ou structurel mais d'un chômage d'essence politique. Ce cercle vicieux ne peut être rompu que par une politique drastique qui supprime les règlementations à la source du processus cumulatif et l'aide sociale accordée aux chômeurs de file d'attente.

Existe-t-il une politique de lutte contre le chômage?

Une politique de lutte contre le chômage est en réalité une politique de libération du marché du travail de toutes les entraves à la circulation des hommes et de leur capital humain que les syndicats ont reconstituées depuis la révolution de 1789. Il est frappant de constater que les premières associations ouvrières connues remontent au XII siècle. Il en existait une centaine en 1268 enregistrée aux Etablissements des métiers de Paris. Les corporations de commerçants légalisées par Philippe Lebel et Louis XI sous le nom de corporations jurandes étaient semblables à nos corporations de médecins, de notaires, d'avocats, etc. Leur but était d'interdire la concurrence entre leurs membres. Les compagnonnages des ouvriers étaient des associations de travailleurs implantées au niveau national. Elles aussi visaient à freiner la concurrence entre ouvriers et à négocier de hauts salaires par la grève. Boisguilbert dans son Traité des grains écrit :

 Il y a un esprit de rébellion si fort établi (...) que l'on voit, dans les villes de commerce, de 700 à 900 ouvriers d'une seule manufacture s'absenter tout à coup et en un moment, en quittant les ouvrages imparfaits parce qu'on leur voulait diminuer d'un sou leur journée (...), les plus mutins usant de violence envers ceux qui auraient pu être raisonnables. Il y a même des statuts parmi eux, dont quelques-uns sont, par écrit, et qu'ils se remettent de main en main par lequel il est porté que si l'un d'eux entreprend de diminuer le prix ordinaire, il soit interdit de faire le métier Ÿ

En 1571 un premier édit condamne ces confréries mais il n'est pas appliqué. En revanche Colbert, dont on connaît le rôle désastreux dans l'extension de l'État, fait prospérer le système et étend les corporations jurandes à tous les métiers. Les compagnonnages se développent et en arrivent à pratiquer le closed shop en interdisant l'embauche au non-affilié ou bien le boycott d'une entreprise ou d'un atelier de l'époque en empêchant le  maître Ÿ d'embaucher un travailleur. C'est la nuit du 4 août 1789 qui, en abolissant tous les privilèges, a brisé la puissance de ces syndicats et corporations. En effet le décret Allarde du 17 mars 1791 interdit les corporations et la loi Le Chapelier du 14 juin de la même année interdit les coalitions de travailleurs! Il faudra attendre 1 864 pour voir réapparaître le droit de créer une coalition de travailleurs et la loi de Waldeck-Rousseau en 1884 pour voir réapparaître le droit de créer un syndicat.

La législation du travail tout au long de notre XX siècle n'est qu'une lente reconstitution du pouvoir de ces associations dont le but est de stabiliser le revenu des travailleurs et de le soustraire à la loi de l'offre et de la demande. Les lois du 4 août 1982, du 28 octobre, du 13 novembre et du 23 décembre 1982, dites lois Auroux, ont eu pour objet d'introduire la démocratie politique dans l'entreprise en renforçant légalement la représentation et le pouvoir des syndicats, c'est-à-dire essentiellement le pouvoir des délégués syndicaux. Il est désormais illégal pour un patron de refuser la présence d'une section syndicale. Le délégué syndical bénéficie d'un nombre d'heures et d'une liberté de mouvement pour exercer ses activités syndicales dans l'entreprise pendant les heures de travail. Il ne peut être licencié sans l'autorisation de l'inspection du travail. La base de l'électorat est constituée par l'ensemble des salariés même s'ils sont temporaires à temps partiel ou travailleurs à domicile. Le versement des cotisations syndicales peut désormais s'opérer au sein de l'entreprise. Les conditions de travail comme les rémunérations sont obligatoirement négociées entre employeurs et salariés une fois par an tant au niveau de l'entreprise qu'au niveau de la branche! Les conventions collectives sont aussi obligatoires. Si une entreprise ne propose pas de convention collective, le ministère du Travail peut autoritairement imposer la convention collective d'une entreprise similaire aux patrons récalcitrants. L'égalité de salaires entre salariés français ou étrangers et entre hommes et femmes est obligatoire, etc. Il est aussi obligatoire d'édicter un règlement intérieur. Celui-ci doit respecter les libertés publiques et individuelles. Il doit fixer les règles de discipline et l'échelle des sanctions.

Bien entendu chacun peut maintenant exprimer son avis individuellement ou collectivement sur le contenu et l'organisation du travail. Pour les entreprises de plus de 200 salariés ce droit doit être exercé et les résultats de celui-ci doivent être communiqués au gouvernement actuel car celui-ci a bien l'intention de codifier et légiférer l'exercice de ce droit avant 1985!

Les offreurs de travail n'acceptent pas facilement de voir le prix des services qu'ils rendent à autrui dépendre de la loi de l'offre et de la demande comme pour le prix de n'importe quelle autre marchandise. Ils acceptent difficilement que les revenus qu'ils reçoivent ne récompensent pas leurs efforts ou leurs mérites ou bien ne satisfassent pas leurs besoins personnels mais la valeur qu'ont leurs services pour leurs semblables. Il peut paraître choquant de voir la rémunération d'un professeur ayant les plus hauts diplômes être très inférieure à celle d'un chanteur à la mode. Mais cette différence de rémunération signale qu'un bon chanteur rend des services plus grands à ses semblables que les élucubrations des professeurs. Ces derniers pour les moins brillants ou les moins motivés feraient mieux de réallouer leur temps vers la production de chanson à la mode. Le niveau intellectuel des chansons s'élèverait, la rémunération des chanteurs à la mode baisserait et celui des professeurs brillants et motivés augmenterait par suite de la rareté nouvelle de ceux-ci. Il est tentant pour les citoyens d'intervenir dans le prix relatif des activités humaines pour imposer aux autres, par l'intermédiaire de l'État, leur propre conception de la distribution des revenus qui souvent, comme par hasard, coïncide avec une rémunération élevée pour leur profession. Comme l'écrit Hayek (1976),

C'est un signe d'immaturité de notre esprit, que nous ne soyons pas encore sortis de ces concepts primitifs, et que nous exigions d'un processus impersonnel (l'ordre spontané de l'échange volontaire) qu'il se conforme à des préceptes moraux élaborés par les hommes pour guider leurs actions individuelles Ÿ

Le prix du travail n'est pas la récompense de ce que les individus ont fait mais le signal de ce qu'ils devraient faire dans leur propre intérêt comme dans l'intérêt général.
Les individus n'acceptent pas non plus facilement que leurs revenus soient soumis aux aléas du marché et de la nature, surtout si la seule source de ces revenus est constituée par leur propre capital humain dont on sait qu'il est difficile à diversifier. L'histoire témoigne parfois de l'aspect tragique de cette condition. Lorsque le revenu réel de l'individu est brutalement réduit à la suite d'une baisse du salaire nominal ou d'une hausse du niveau général des prix, il peut subitement se trouver dans la zone où son revenu réel ne lui assure plus la survie. Dans le passé, mais aussi dans le présent pour certains pays comme l'Inde ou l'Afrique, une hausse drastique et temporaire du prix du blé ou du riz signifiait pour une part importante de la population la plus démunie une sentence de mort. De tous temps les pauvres se sont révoltés contre la cherté des denrées alimentaires; ils ont exigé un maximum au prix du blé ou du riz, base de leur alimentation. Cette demande traduisait l'acuité de ce problème, même si l'État en donnant satisfaction aux pauvres accentuait la disette avec son cortège de morts, au lieu de la réduire car ce prix maximum raréfiait encore plus l'offre de blé ou de riz.

L'incertitude sur le revenu présent ou futur est d'une importance capitale. En effet celle-ci va susciter de la part des individus différents comportements dont le but est justement d'éviter les conséquences des variations trop brutales du revenu (par exemple être obligé de réduire sa consommation en dessous du seuil nécessaire pour survivre). Il existe deux types très tranchés de comportements vis-à-vis de ce but : 1) la demande d'assurance qui consiste à faire face à l'événement redouté en épargnant son revenu pendant les périodes fastes (auto-assurance) ou bien en diversifiant les sources de son revenu, par exemple en travaillant pour plusieurs employeurs ou en partageant les risques de la profession avec d'autres travailleurs à l'aide de mutuelle ou d'assurance; 2) la demande de protection qui consiste à diminuer la probabilité d'apparition de l'événement redouté, ici baisse brutale du revenu, en choisissant un métier dont le revenu est stable (protection personnelle) on bien en négociant un contrat de long ternie à option avec l'employeur assurant une stabilité du revenu en contrepartie d'une moindre mobilité (protection impersonnelle). Bien entendu certaines solutions sont exclues pour certaines catégories de personnes. Les pauvres ne peuvent s'auto-assurer, Ils ne peuvent pas non plus diversifier aisément leur force de travail entre plusieurs employeurs ou bien partager avec les membres de leur famille les risques de fluctuations du revenu lorsqu'ils sont célibataires et orphelins.

Par ailleurs le marché du capital n'est peut-être pas suffisamment développé pour faire face à ce risque et permettre à des intermédiaires de vivre en offrant un service d'assurance aux individus. Trouver un métier où le revenu est stable est très difficile parce que les places y sont rares (être fonctionnaire, par exemple) ; enfin la négociation de contrats de long terme avec option nécessite une production élaborée de droits qui n'existe peut-être pas dans la société où l'on vit.

Cependant ce qui pouvait être vrai d'une société au XVII siècle ou ce qui est vrai encore pour un pays comme l'Inde ne l'est plus pour nos pays développés. Chacun peut choisir la manière dont il veut se couvrir contre les risques de fluctuations de son revenu en adoptant le comportement qui pour lui, compte tenu des circonstances dans lesquelles il vit et qu'il est seul à connaître, est le moins coûteux. Il peut même choisir une combinaison de ces différentes façons de faire face aux risques du marché du travail. Malheureusement le rôle des syndicats ici est encore particulièrement néfaste. En effet ceux-ci tentent d'imposer à l'ensemble des citoyens un seul moyen de protection : celui qui leur assure un pouvoir accru, les contrats de long terme à option avec l'employeur par l'intermédiaire des conventions collectives. Or ces contrats sont peu différenciés et guère adaptés aux demandes des uns et des autres, c'est-à-dire des employeurs et des employés.
Dans des sociétés aussi complexes que les nôtres seul le marché du capital et les marchés futurs peuvent offrir des services d'assurance et de protection impersonnelle suffisamment différenciés pour être efficaces (les contrats à option de long terme avec l'employeur sont les contrats types des marchés futurs et les assurances en concurrence sont les moyen de faire partager et diversifier les risques entre les travailleurs en cas de perte d'emploi ou de revenu grâce à la surface financière du marché du capital).

En réalité une politique économique et sociale sur le marché du travail ne consiste pas à réduire le taux de chômage, mais d'une part à prohiber toute intervention de syndicats ou de corporations ayant pour but de créer un secteur protégé à l'abri de la compétition et d'autre part à développer au maximum le marché du capital et les marchés futurs pour protéger les travailleurs contre les fluctuations imprévisibles de leur revenu ou de leur emploi. Cette politique permettra une diminution du coût fixe d'embauche d'un travailleur. Cela restituera aux coûts relatifs d'un emploi vacant, d'un intérimaire, d'une sous-traitance, d'un chômeur ou d'un employé oisif leur véritable fonction qui est de signaler aux travailleurs comme aux chefs d'entreprise la rareté ou l'abondance d'une ressource, la main-d'oeuvre ou le capital humain, par rapport à une autre, les biens d'équipement ou le capital physique.

Revenons plus concrètement aux coûts fixes d'un travailleur. Distinguons les coûts fixes liés au contrat de travail et ceux qui sont le résultat de la redistribution des revenus d'un groupe de pression a un autre par l'intermédiaire du marché politique. Nous aurons ainsi les coûts de recrutement, de formation spécifique et de rupture du contrat de travail d'un côté, et puis, de l'autre, le salaire minimum et l'ensemble des charges sociales payées par l'employeur (assurance maladie et vieillesse, accident du travail, assurance chômage, prime de transport, aide au logement, au repas sur le lieu du travail, oeuvres sociales, formation continue, taxe d'apprentissage, congés payés). La suppression du salaire minimum et de la plupart des charges sociales (y compris les congés payés, qui rappelons-le, sont un avantage exorbitant donné aux salariés comparé aux non salariés - ce qui ne veut pas dire que les pauvres ne se paieront pas de vacances : des chèques vacances peuvent être distribués à cette population) sont des mesures simples qui bénéficieront à long terme à tous car d'une part le salaire moyen sur le marché du travail s'élèvera et d'autre part l'emploi sera stimulé. En effet le prix du travail pour la firme ayant baissé, la demande sera plus forte et le niveau d'emploi plus élevé. Par ailleurs pour une offre de travail inchangée, le taux de salaire net perçu par les salariés sera plus élevé. A court terme pour ceux qui ne bénéficiaient pas de la redistribution des revenus une telle mesure est très avantageuse; en revanche pour les autres elle est indifférente ou néfaste. A long terme, elle bénéficie à tout le monde car des ressources auparavant consacrées à obtenir des rentes par l'intermédiaire du marché politique sont libérées pour des usages plus productifs.
Naturellement les coûts de recrutement, de formation spécifique ou de licenciement sont des coûts de transaction qui seront nécessairement supportés par l'un des cocontractants. Cependant le total de ces coûts peut être diminué par l'introduction d'une concurrence entre les intermédiaires qui s'efforcent de rapprocher les offres et les demandes de qualification ou de main d'oeuvre par la suppression du monopole de l'Agence nationale pour l'emploi ou de celui de l'Education nationale sur les formations générales. De la même façon on peut libérer le droit du travail et les conventions collectives de l'emprise des syndicats en introduisant une gamme plus étendue du contrat de travail, substituables les uns aux autres en laissant le soin aux individus, aux syndicats et aux employeurs de rivaliser entre eux pour les produire. Pour cela il faut supprimer le monopole des syndicats sur la représentation des travailleurs et leurs prétentions à être les seuls à négocier une convention collective, à participer aux décisions avec l'employeur, et à régenter la vie de l'entreprise. Il faut supprimer les lois Auroux. Il semble aussi indispensable de supprimer la cogestion par les syndicats et les entreprises, des assurances chômage pour laisser aux institutions spécialisées dans l'assurance le soin de proposer des contrats couvrant les risques de pertes de revenu en cas de chômage, plus conformes aux situations très différenciées des individus en attente d'un emploi.

Les circonstances actuelles n'incitent pas à l'optimisme. L'expérience gouvernementale en cours en matière d'emploi est l'illustration parfaite du rôle dangereux exercé par un groupe de pression sur les décisions politiques. Mais est-il sûr qu'un gouvernement d'opposition formé par les mêmes personnes qui gouvernaient hier aurait la volonté de passer outre aux désirs exprimés par ce même groupe de pression, alors que pendant les années où elles étaient au pouvoir elles ont montré le contraire?

Faudra-t-il une nouvelle nuit du 4 août 1789 pour supprimer tous les privilèges et libérer les talents comme les énergies? Vraisemblablement oui.
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