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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
Les manifestations de mars 2006
 


Les manifestations étudiantes contre le CPE de mars 2006.

L'occupation de la Sorbonne en 2006

Par bertrand lemennicier
17 mars 2006

Les manifestations d'aujourd'hui contre le CPE ou celles d'hier contre le Smig jeune ou contre l'école libre illustrent l'ignorance de la part de nos gouvernants des lois d'airain de la micro politique (1) .

L'affaire est pourtant simple. La génération de 1968, celle de gauche, a usé de son pouvoir politique, via les urnes ou la rue, pour créer sur le marché du travail un secteur protégé de la compétition que se font les travailleurs entre eux et les entrepreneurs entre eux. Les jeunes, les immigrés et les femmes qui souhaitent être embauchés dans des entreprises sont les premières victimes de cette législation. Les instruments utilisés pour construire ce secteur protégé ont été un code du travail (lois Auroux par exemple) particulièrement contraignant pour les employeurs et un prix plancher (le SMIG) en hausse continue.

Cette législation pèse sur les moins qualifiés d'entre nous. Ceux qui sont exclus du marché du travail par ce protectionnisme voulu et désiré par les partis de gauche et leurs clientèles respectives, ont pour seule alternative (du fait même du caractère universel de cette protection) que de se tourner vers l'assistance publique via toutes les variétés d'aides publiques (y compris l'allocation de chômage et le RMI) ou la clandestinité (travail illégal ou travail noir), voire les deux en même temps.

Ce secteur protégé et généralisé à l'ensemble du marché du travail crée ce que l'on appelle un chômage de file d'attente. En effet, s'il existe une certaine probabilité d'accéder à un emploi protégé dans un délai raisonnable, cela vaut le coup de faire la queue dans la file d'attente des chômeurs pour obtenir l'emploi protégé convoité. Pour augmenter cette probabilité, les gouvernements de gauche successifs :

1) ont crée des emplois dans le secteur protégé (public et semi-public),
2) ont favorisé le taux de rotation des emplois en incitant les gens à prendre leur retraite le plus tôt possible, en retardant l'entrée des jeunes sur le marché du travail, en abaissant la durée légale du travail à 35 heures,
3) ont augmenté ou maintenu la rémunération du secteur protégé (secteur public, SMIG) à un niveau plus élevé que dans le secteur non protégé.

Simultanément ces mêmes gouvernants, pour éviter une jacquerie des chômeurs, ont suivi une politique de transferts de revenu via l'assistance publique pour faire patienter tout ce petit monde en quête d'un emploi protégé. Pour comble de l'ironie ils ont fait supporter ces transferts sur les entreprises qui sont aussi obligées de financer cette redistribution.

Les effets pervers de cette politique sont nombreux. Nous en retiendrons deux.

Le SMIG pousse les entreprises, à ce niveau de la valeur de la productivité marginale à préférer des employés qualifiés à des non qualifiés. Dans le contexte présent cela les pousse à préférer des jeunes, des femmes ou des immigrés diplômés à ceux qui ne le sont pas. Ils repoussent donc dans la file d'attente toutes les personnes non qualifiées.

La politique de transferts de revenu pour faire patienter tous ceux qui espèrent pouvoir accéder à un emploi protégé pousse chacun à être plus exigeant sur les conditions salariales, les conditions d'embauche, de licenciement et de travail. Cela les incite à refuser le premier emploi proposé et augmente la durée du chômage. Par un effet de réverbération (ou de hasard moral diraient les économistes) la politique de transfert s'alourdit augmentant le coût du travail ce qui incite cette fois les entreprises à ne pas embaucher ou à se délocaliser.

Pour sortir de cette impasse, le gouvernement de droite actuel tente de créer légalement un secteur non protégé en déréglementant très timidement le code du travail. En cela, il essaie de copier le modèle anglo-saxon. Il ne faut pas cependant se tromper sur ce modèle. Il existe dans ces pays, sur le marché du travail, un secteur protégé avec des syndicats bien plus puissants que les nôtres. Mais la probabilité d'accès à ce secteur est très faible. Ceux qui ne peuvent y accéder offrent leur travail dans un large secteur d'emplois légaux non protégés.

Au lieu d'une longue file d'attente de chômeurs qui patientent de long mois pour obtenir un emploi de "rentier" dans le secteur protégé, on observe sur ce secteur non protégé des salaires plus faibles (la différence de salaire entre les deux secteurs peut aller jusqu'à 20%) et une mobilité (une précarité ou une flexibilité dirait-on en France ou en Europe) plus forte des employés. C'est le prix à payer sur le marché du travail pour entretenir un secteur protégé de la compétition que se font les travailleurs entre eux. On a soit l'un, soit l'autre.

Les citoyens français, chômeurs ou non, se sont adaptés au chômage de file d'attente (jusqu'à quand ?), les citoyens américains se sont adaptés à un large secteur du marché du travail non protégé, mais chacun des deux modèles a été crée de toute pièce par les hommes politiques de chaque pays respectif sous la pression de groupes d'intérêts syndicaux.

Une politique réellement libérale consiste avant tout à supprimer le secteur protégé en rendant la liberté contractuelle aux employeurs et employés dans tous les domaines y compris celui de la protection contre les aléas du marché du travail ou de la vie. Le gouvernement de droite actuel ne mène donc pas une politique libérale. Il en va de même de ses homologues dans les pays anglo-saxons. Ces derniers acceptent un secteur protégé plus ou moins étendu. En revanche, chez eux existe un secteur légal non protégé ou toute personne qui désire un travail peut le trouver sans problème. Faire croire le contraire aux lecteurs est un mensonge par omission ou par ignorance.

En fait, la nouveauté par rapport aux précédents gouvernants de gauche ou de droite dans cette affaire des jeunes, consiste à tenter de créer un secteur non protégé légal sur le marché du travail et à terme à sortir les français du carcan imposé par le  modèle social Ÿ de gauche. En ce sens l'opposition syndicale et politique de gauche a bien compris que le CPE n'est qu'un début. Leur réaction de préserver leurs droits acquis par la violence (qu'ils ont acquis de la même manière) est certes immorale mais est quelque chose de parfaitement prévisible.

Le diagnostic étant posé, la stratégie de créer un secteur légal non protégé ayant été choisie, faut-il encore savoir la mener à bien. C'est de cela dont nous voulons discuter. C'est là où l'ignorance de la micro-politique est la plus flagrante de la part de nos gouvernants. Lorsque l'on choisit de mener une déréglementation d'un marché- y compris donc du marché du travail- d'une manière graduelle par opposition à la  thérapie Ÿ de choc (à l'exemple de la nuit du 4 août 1789), dans le cadre d'une démocratie d'opinion majoritaire , il faut alors subir les lois d'airain de cette démocratie (2).

Nous en retiendrons une qui a été depuis longtemps répertoriée par les économistes du courant de l'école des Choix Publics : un homme politique qui veut être réélu, doit toujours distribuer les bénéfices de son action sur un petit groupe d'électeurs aux intérêts concentrés et qui peuvent facilement se coaliser pour soutenir cette action et disperser les coûts sur un grand nombre d'électeurs aux intérêts dispersés et qui peuvent difficilement se coaliser pour s'opposer à cette action. Dans tous les autres cas l'action menée sera un échec.

La nature même d'une action étatique coercitive (3) consiste à séparer, dans l'action menée, ceux qui reçoivent les bénéfices de ceux qui en supportent les coûts (4). Le tableau suivant résume les quatre cas de figures auxquels l'homme politique fait face quand il prend une décision qui va s'appliquer à tous par la force (injuste ?) de la loi :


La zone 4 représente une dispersion à la fois des coûts et des gains. La zone 3 suggère une concentration des gains, mais une dispersion des coûts. La zone 1 montre que les bénéfices et les gains sont concentrés, sur des personnes différentes. Enfin, la zone 2 fait apparaître des coûts concentrés et des gains dispersés. Normalement, la production de biens collectifs tombe dans la zone 4: tout le monde bénéficie et tout le monde paie. Lorsque les coûts et les bénéfices sont concentrés, zone 1, on oppose deux groupes aux intérêts qui peuvent facilement se coaliser et dont l'un supporte les coûts et l'autre les bénéfices.


Le système démocratique favorise toutes les actions politiques qui concentrent les bénéfices sur un petit nombre d'électeurs et dispersent les coûts sur un grand nombre d'électeurs qui peuvent difficilement se coaliser pour s'y opposer. En revanche, il défavorise les actions qui concentrent les coûts et dispersent les bénéfices (ou dispersent les bénéfices et les coûts). L'intérêt d'un élu est de rechercher les votes des individus concernés par une mesure politique quelconque favorisant leurs intérêts privés et de leur offrir d'en disperser les coûts sur un grand nombre de personnes, en faisant passer cet intérêt privé pour un intérêt public. Servir les intérêts d'un public très large et peu intéressé ne rapporte malheureusement pas de votes supplémentaires. L'homme politique doit donc, s'il veut survivre, servir les intérêts privés de groupes désireux d'user de la contrainte publique à leur avantage. On sait que de telles actions sont néfastes pour l'ensemble de la collectivité.

On comprend mieux alors ce que l'on observe aujourd'hui avec les manifestations des jeunes étudiants contre le CPE et simultanément les violences des jeunes non qualifiés à l'école ou dans les banlieues. Ces deux violences révèlent à l'opinion publique la même crise sociale engendrée par la même cause : l'existence d'un secteur protégé qui s'étend à tout le marché du travail.

Si le gouvernement ne fait rien pour lutter contre ce secteur protégé qui pousse les non qualifiés dans l'assistance publique et la clandestinité ou le marché noir, il récolte les violences urbaines.

Si le gouvernement cherche à ouvrir sur le marché du travail un secteur légal non protégé pour favoriser l'intégration des non qualifiés au marché du travail, les jeunes étudiants perdent leur petit privilège lié à leur qualification, descendent dans la rue et expriment par la violence leur opposition à la destruction de ce privilège (5).

C'est un problème tout à fait classique d'une mesure de politique qui concentre les bénéfices sur un groupe et les coûts sur un autre. Les deux descendent dans la rue.

Le gouvernement de droite déréglemente le marché du travail dans le but avoué de créer un secteur non protégé bénéficiant aux jeunes non qualifiés. Il voudrait par ce biais intégrer sur un marché du travail légal les jeunes des banlieues et éviter leur désespérance. Ces jeunes non qualifiés (qui souvent ne votent pas) sont normalement les gagnants de cette déréglementation.

Mais le gouvernement dans sa précipitation a oublié qu'il allait concentrer les coûts de cette déréglementation sur un autre groupe de jeunes: les étudiants (qui eux votent davantage). Pourquoi ? Parce que les étudiants courent après un diplôme en imaginant que, grâce à lui, ils pourront accéder plus aisément à un emploi dans le secteur protégé. A force de leur dire que le diplôme protège du chômage et de la précarité, ils l'ont cru.

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Ce qui dans le monde actuel est une illusion. A 80% d'une classe d' âge dans l'enseignement supérieur (objectif fixé par un gouvernement de gauche) les diplômes universitaires ne révèlent plus la qualité intellectuelle d'un individu, ce que tout enseignant du supérieur sait qu'il soit de droite ou de gauche. Pour retrouver des gens de qualité, on regarde désormais la mention Bien ou Assez Bien obtenu par l'étudiant dans ses études.
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Les employeurs ne sont pas philanthropes et paient les employés à la valeur de la productivité d'une heure de leur travail. Si les contraintes d'embauche et de licenciement sont trop fortes et si le salaire minimum excède la valeur de ce qui est produit, il préfère embaucher un jeune qualifié à un autre qui ne l'est pas.

Rappelons que, dans toute cette histoire, le chef d'entreprise ne supporte aucun coût ni n'est bénéficiaire de ces réglementations. Si le coût du travail et le contrat de travail qu'on lui impose sont trop contraignants, il n'embauche pas en France. Il fait ses profits ailleurs. D'où le paradoxe des grandes firmes françaises du CAC 40 qui font des profits élevés qui seront redistribués à des actionnaires étrangers qui eux les réinvestissent ailleurs. Après tout ce sont d'autres employés (étrangers) qui profitent de ces réinvestissements et qui voient leur bien être s'améliorer au détriment des nationaux : le capitalisme et la mondialisation redistribue les positions des politiquement puissant vers les politiquement faibles (6) !

Maintenant si l'étudiant fait des études ou continue ses études, pour l'unique raison que cela lui permet d'avoir, à la marge, un pied dans le secteur protégé, supprimer ce  marche pied Ÿ en offrant aux employeurs la possibilité d'embaucher un non qualifié à sa place, détruit l'investissement dans son diplôme.

Désormais l'étudiant du premier cycle se retrouve en compétition avec des non qualifiés alors qu'il croyait que son diplôme (ou ces quelques années d'études supérieures sans obtenir le diplôme) lui permettrait d'éviter de se retrouver au chômage ou dans un secteur non protégé. Il est rationnel pour lui de se rebeller exactement comme les jeunes des banlieues l'ont fait avant eux devant un  modèle social Ÿ si cher aux syndicats et aux partis politique de gauche qui les exclut de la société.

Du point de vue de l'homme politique on est dans la pire situation. C'est l'échec assuré (7). Où est la faute de Villepin ? C'est un problème pratique de déréglementation. On connaît la boite à outil depuis longtemps. Il suffit de l'utiliser.

Comment résout-on les problèmes pratiques de déréglementation

Par définition, une réglementation créée des privilèges et par voie de conséquences des intérêts concentrés et spécifiques pour les maintenir. Naturellement, les bénéficiaires, ici, en l'espèce, les étudiants qui font des études que pour la protection qu'ils en espèrent sur le marché du travail, sont réticents à voir leurs privilèges disparaître. Ils ont peur de perdre leur position de force contre les jeunes des banlieues. Ils sont soutenus par leurs leaders syndicalistes et les hommes politiques qui se sont localisés idéologiquement sur ce segment de la population qui réclament une protection sur le marché du travail et qui eux aussi ont peur de perdre le peu de clientèle électorale respective qu'ils ont encore. Il ne faut pas s'attendre non plus au soutien immédiat des parents ou de la génération qui précède et qui a trouvé un travail dans le secteur protégé, bien qu'ils savent que leurs enfants seraient les premiers bénéficiaires d'une déréglementation du marché du travail. Ils ne voient que la menace de remplacer ce qui existe, qu'ils connaissent et auquel ils se sont adaptés, par un système inconnu, et peut- être destructeur de leurs habitudes. Ils ont peur qu'un changement de modèle social ne signifie une régression. Qui plus est, ces craintes sont souvent alimentées et amplifiées par une manipulation de l'opinion publique via les médias par ceux dont la position privilégiée est plus directement menacée par la déréglementation du marché du travail. Ces préoccupations sont réelles. Un processus de déréglementation ne peut réussir que si ceux qui la mettent en oeuvre en tiennent compte, les anticipent et les neutralisent. La solution on la connaît : il faut neutraliser les oppositions et penser le timing de l'opération pour engendrer les résultats électoraux que l'on attend de cette déréglementation.

Le premier problème consiste à penser le timing. Si l'échéancier électoral est de 5 ans et qu'il faut 3 ans pour voir apparaître les premiers effets de la mesure de déréglementation et une année pour la mettre en oeuvre, la réforme doit être menée dans l'année où la nouvelle majorité a conquis le pouvoir. Cela veut dire qu'avant d'avoir pris le pouvoir la stratégie et la tactique de la déréglementation doit déjà être pensée et prête à être appliquée.

Or créer un secteur non protégé parfaitement légal ne se fait pas à 1 an et six mois d'une échéance électorale majeure. C'est là aussi un des biais fondamentaux de la démocratie d'opinion majoritaire, la réglementation produit des effets visibles rapidement en dispensant souvent ses bienfaits sur un groupe de pression aux intérêts concentrés alors que les effets néfastes de cette réglementation prennent du temps à devenir visibles et sont supportés par des groupes de pression aux intérêts dispersés. C'est une des raisons pour lesquelles les hommes politiques préfèrent (dans le cadre de cette conception de la démocratie) réglementer à nouveau plutôt que d'abolir la réglementation source des effets pervers. La déréglementation Villepin arrive trop tard. Elle aurait du être faite, d'une manière encore plus radicale, en 2003.

Le second problème consiste à gagner le soutien de l'ensemble des jeunes (8) bénéficiaires de la déréglementation (les jeunes non qualifiés) qui n'accéderont jamais au secteur protégé et des étudiants qualifiés qui ont peur de se retrouver dans un secteur non protégé qu'ils n'anticipaient pas (9) et dont l'opposition pourrait faire échouer la déréglementation. A vrai dire cela ne concerne pas uniquement les étudiants, mais aussi les employeurs, les parents, les syndicats aussi bien que le public en général.

Dans la pratique, cela signifie :

1) qu'il faut mener une campagne d'information à la manière de celles que l'on mène contre le tabagisme ou l'insécurité routière pour sensibiliser le public aux méfaits de la présence d'un tel secteur protégé sur le marché du travail.

2) qu'il faut prendre des mesures qui profitent directement à ceux qui vont perdre leur privilège. Les étudiants dans les filières dévalorisées ou au début de leurs études dont on connaît les taux d'échec élevés. Il s'agit donc de proposer un avantage plus intéressant que celui offert dans le secteur protégé pour les inciter à renoncer à leurs études et à entrer dans le secteur légal  non protégé Ÿ puisqu'il s'agit de la stratégie adoptée par le gouvernement (10). Enfin, il ne faut pas non plus négliger les avantages financiers que l'on peut distribuer. Il vaut mieux racheter un privilège (ou une rente) que de la détruire puisque l'on est certain de créer l'opposition à la déréglementation.

3) Qu'il faut neutraliser les hommes politiques, les bureaucraties et les syndicats qui vivent de la distribution de ses prébendes et privilèges.

4) Qu'il faut financer cette déréglementation sans que celle-ci fasse supporter les coûts sur un groupe de pression aux intérêts concentrés.

Il est vrai que cela est plus facile à écrire qu'à mettre en oeuvre. C'est la raison pour laquelle une thérapie de choc reste la meilleure solution avec une réforme des institutions politiques qui empêchent les groupes de pression les plus variés d'user de la contrainte publique pour satisfaire leurs intérêts privés. Nous ne sommes pas encore dans cette configuration politique bien qu'elle se posera avec l'arrivée massive à l' âge de la retraite de la génération née après la deuxième guerre mondiale.

En fait, le contrat de travail offert aux jeunes au lieu d'être une pâle copie d'un CDI sans les contraintes (sur deux ans) devrait être beaucoup plus audacieux voire révolutionnaire. Pour réellement créer un large secteur du marché du travail non protégé par une réglementation contraignante et un prix plancher destructeur d'emplois, il faut que les jeunes et les moins jeunes aient envie d' y entrer. Il faut des avantages supérieurs à ce que l'on peut trouver dans le secteur protégé. C'est une condition nécessaire pour faire accepter la transition.

Un tel contrat de travail existe. Il est constitué par trois piliers :

a) une dotation en capital universelle attachée à l'individu (obtenue à la naissance ou au moment où l'on obtient son premier emploi) (11) pour faire face aux risques inhérent au marché du travail et à la vie elle-même (chômage, formation, retraite, santé) en contrepartie d'une libération totale de l'assujettissement au modèle social imposé à l'ensemble des français par les gouvernements de droite comme de gauche,

b)d'une rémunération en fonction du temps de travail et du talent de l'individu

c) et d'une part variable sous forme de stock options pour l'inciter à coopérer avec l'équipe qui gère l'entreprise.

On instaurerait alors une compétition entre les deux secteurs et il ne serait plus certain que les jeunes et les plus vieux continueraient à rechercher une situation de rentierŸ ou de fonctionnaire dans le secteur protégé compte tenu des avantages du secteur non protégé.

Il est important de se rappeler que les motivations et les récompenses du secteur non protégé sont très différentes de celles qui régissent le secteur protégé. Les salariés du secteur protégé doivent leur statut à l'ancienneté, et leur prestige à la taille de la firme et/ou au nombre d'employés syndiqués. Les espérances de carrière et de mobilité sociale sont faibles et dépendent plus de vos réseaux d'amis et de vos compromissions morales ou politiques. Enfin, on n'y est pas heureux au travail puisque vos efforts n'y seront jamais récompensés.

Dans le secteur non protégé, par contraste, la capacité de travail et le talent importent plus que l'ancienneté ou le diplôme. Les possibilités de carrières sont ouvertes aux talents et à ceux qui travaillent durs, la mobilité sociale y est plus forte. On a le plaisir de se dire que sa propre réussite est due à soi même et non aux réseaux construits à force de compromissions ou de clientélisme.Si l'on doit se compromettre, on peut le refuser facilement en changeant d'employeur ou en créant sa propre entreprise.

Si les employés du secteur non protégé profitent individuellement de cette situation, ils seront moins enclins à s'y opposer sérieusement. S'ils deviennent travailleurs indépendants, chefs d'entreprise ou actionnaires de l'entreprise qui les emploient, grèves et autres perturbations seront moins fréquentes : la coopération par la copropriété remplace la situation conflictuelle. De plus, la diminution des conflits de travail rend l'entreprise plus attrayante pour les investisseurs, donc sa valeur augmente et les actionnaires- salariés y gagnent. Une entreprise où les employés sont simultanément des actionnaires vaut plus cher, parce qu'il y règne une atmosphère de coopération entre la direction et les employés, plutôt que de conflits syndicaux.

Enfin, l'indépendance à l'égard des organismes sociaux et syndicaux procurée par la dotation en capital permet de rendre à nouveau plus attrayant le statut de travailleur indépendant ou de profession libéraleŸ. L'individu, qui adopte ce statut, est en effet libéré de sa dépendance à l'égard d'un chef d'entreprise mais aussi de celle liée aux tracasseries administratives et prélèvements des organismes sociaux à la légitimité douteuse (12).
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1) Terme emprunté à Madsen Pirie, le Directeur de l'Adam Smith Institute, qui a été l'un des conseillers du gouvernement de Madame Thatcher durant la vague des privatisations et déréglementations anglaises des années 1980.

2) Par opposition à une démocratie libérale.

3) Certaines actions étatiques ne sont pas toujours coercitives, par exemple le financement d'un bien public par des Loteries ou des fondations ne disposant pas d'un monopole ou d'un privilège de déduction fiscale.

4) Contrairement aux mécanismes de marché qui interdisent par définition un tel divorce entre ceux qui reçoivent les bénéfices de leurs actions et ceux qui en supportent les coûts, puisque l'on parlera d'échec du marché lorsque certains bénéficient de leurs actions en faisant supportant à d'autres une partie des coûts (externalités négatives) comme pour la question de l'environnement, ou bien bénéficient des actions d'autres personnes qui ont été les seules à en supporter les coûts ( externalités positives) comme avec les inventions. Le paradoxe est de laisser à l'Etat le soin de corriger ces externalités alors que par la nature même de l'Etat il ne peut le faire.

5) L'hypocrisie des syndicats étudiants est évidement à son comble lorsque l'on sait que l'éducation nationale, dans le supérieur, propose des emplois extrêmement précaires à une masse d'enseignants : les chargés de TD. Le salaire y est faible, l'emploi est révocable du jour au lendemain par l'enseignant titulaire qui a en charge l'équipe pédagogique. Par ailleurs, en tant que clients, les étudiants n'hésitent pas à demander au professeur le licenciement du chargé de TD qui ne leur plait pas !

6) Tandis que la démocratie redistribue les positions des plus riches et des plus pauvres vers les classes moyennes.

7) Rappelons que Villepin n'est pas un élu, mais un bureaucrate. Il ne doit pas sa position aux votes d'électeurs et peut-être n'a-t-il aucune ambition politique. Ceci peut expliquer son entêtement. Le président de la République lui-même ne briguera pas un nouveau mandat et est donc insensible pour une fois aux pressions de la rue ou de l'opinion publique.

8) Le CPE concerne que les jeunes de moins de 26 ans

9) Ils sont trompés par le gouvernement dans leurs attentes

10) Que nous ne partageons pas puisque nous sommes partisans de la thérapie de  choc Ÿ et d'une nouvelle  nuit du 4 août 1789 Ÿ.

11) Cette proposition, qui n'est pas libérale, s'oppose à l'allocation universelle proposée par les gens d'extrême gauche au sens où une dotation en capital brise le lien de dépendance à l'égard de la bureaucratie (la CNAF) qui gèrerait mensuellement l'allocation universelle. Elle se rapproche du plan Eva de Martine Aubry. Mais son objet est de libérer le salarié et le chef d'entreprise de leur assujettissement aux divers organismes sociaux et syndicaux qui étouffent le marché du travail et la vie de l'individu. Cette dotation est capitalisable et reste sous la responsabilité de l'individu. Les individus ne peuvent remettre ce capital dans les mains d'une entreprise ou d'un syndicat ou encore de bureaucratie dont les intérêts ne sont pas les siens.Faisons maintenant un calcul simple Il y a 764700 naissances environ par an (chiffre de 2004). Le contribuable verse à chaque nouveau né, dans son berceau, une dotation en capital de 20 000 euros. Cette somme est placée sur un compte qui ne pourra être utilisé qu'à l'âge adulte. 20 ans plus tard chaque adulte dispose d'un capital de 36000 euros à un taux d'intérêt certain de 3% l'an, de 53 000 euros à 5% l'an et de 230 000 euros environ si cette somme est placée sur un marché boursier dont la rentabilité moyenne est de 13 % (qui est le taux du marché boursier français de 1950 à 2000).Multiplions 20 000 euros par 764700 naissances, cela fait 15 294 millions d'euros ou 15, 294 milliards d'euros. Les prestations de protection sociales reçues, en 2002, par les ménages étaient de 443 milliards d'euros. 443 milliards d'euros moins 15 milliards, font une économie de 428 milliards d'euros chaque année ou plus si le déficit des prestations sociales se creuse!

(12) Ils ont été créés par un gouvernement provisoire non démocratiquement élu par ordonnance le 4 octobre 1945 à la fin de la deuxième guerre mondiale.



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Epilogue du CPE: 10 avril 2006

Comme prévu le gouvernement de Villepin a enterré le CEP et a donné satisfaction aux groupes de pression syndicaux et aux manifestations de rue des étudiants. Il est intéressant de faire remarquer que le remplaçant du CPE n'est pas autre chose que ce qui existe déjà avec les contrats d'insertion qui concentrent les bénéfices sur un petit nombre de jeunes non qualifiés et dispersent les coûts sur un grand nombre de contribuables qui financent ces mesures (qui ont déjà prouvé leur inefficacité) auprès des entreprises.
Cette capitulation du gouvernement à la suite d'une faute initiale révèle deux choses:

1) le renoncement conduit à un accroissement des charges sur le contribuables, au renforcement d'une réglementation qui maintient les privilèges du secteur protégé et qui favorise le chômage de file d'attente.
2) Ce renoncement conduit à la destruction de la démocratie représentative. Elle est remplacée par une démarchie populaire où le vote avec ses pieds, dans la rue, tient lieu du bulletin de vote avant que, dans un avenir proche, les balles de fusil tiennent lieu de bulletins de vote.

Cette crise institutionnelle sur laquelle tout le monde semble s'accorder illustre une fois de plus l'ignorance profonde qu'ont les français de la micro-politique et de la philosophie politique qui sous tend leur conception de la démocratie.


 

je suis en chômage forcé
par J.L.Cacomo
une rebellion sans issue
par Y. Roufiol

La ceinture et les bretelles sur le marché du travail

par Anthony de Jasay

Anthony de Jasay est l'auteur de The State, Against Politics et, plus récemment, Justice and Its Surroundings.

Les révoltes frumentaires au XVIII siècle

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Le chômage est un phénomène politique et non pas économique ou social
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La violence qui règne dans les banlieues de Paris et ailleurs est un problème politique
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Les syndicats sont-ils utiles ou nuisibles?
par Bertrand Lemennicier


L'Etat des syndicats
par Jacques Garello
10 avril 2006
tiré de Libres.org

Je ne veux pas m' interroger sur la santé des syndicats : ils sont en bon état, plus présents, plus florissants et plus médiatisés que jamais. Je veux plutôt commenter la place qu'ils occupent dans la vie économique et politique française, et souligner que la France s'est peu à peu donnée des institutions et des moeurs qui mettent l'Etat sous la coupe des syndicats, alors que paradoxalement les syndicats ne vivent que de l'Etat.

Les syndicats ont colonisé l'Etat. Je ne sais trop comment se terminera l'épisode lamentable du CPE, mais le rôle que les leaders syndicaux y auront joué a déjà mis en évidence que notre pays vit une vraie crise institutionnelle. A la différence de ce qui s'est passé dans les banlieues, et à la ressemblance de ce qui s'est passé en 1995, en 1986 et en mai 1968, la pression de la rue a été exploitée et entretenue par les mots d'ordre lancés par les syndicats. Et c'est cette pression qui a conduit le Président de la République, pourtant  gardien des institutions Ÿ, à prendre une décision pour le moins incongrue : promulguer une loi en demandant qu'elle ne soit pas appliquée. Premier signe d'un naufrage juridique et politique. Le deuxième signe aura été de demander aux sénateurs et députés de reconnaître qu'ils ont voté un texte inacceptable ou imbécile, ou les deux. Où sont les  représentants du peuple Ÿ ? Où est le  législateur suprême Ÿ ? Qui fait la loi ? Le Président, qui peut la vider de son contenu, le Premier Ministre qui abuse du 49-3, les manifestants, les syndicats qui en exigent le retrait ? N'importe qui sauf les parlementaires ! Le troisième signe, le plus inattendu, c'est que le même Parlement, domestiqué, ridiculisé, est réduit à la portion congrue d'un parti, fût-il celui qui détient une imposante majorité à l'Assemblée et au Sénat. En d'autres termes, la loi n'est pas votée par le Parlement, mais par la majorité parlementaire ; ce qui est arithmétiquement exact, mais ce qui est anti-constitutionnel, parce qu'une fois votée une loi est celle de la République, et non d'un parti. Enfin, le dernier signe c'est que ce croupion de Parlement est appelé à négocier avec les syndicats pour concevoir une nouvelle loi. Voici donc un législateur de plus : l'initiative de la loi est désormais partagée entre syndicats et élus du peuple !

Les signes ne manquent donc pas, qui attestent d'une crise de la démocratie, devenue une véritable  syndicratie Ÿ, suivant l'heureuse expression de mon ami Gérard Bramoullé.

Qui t' a fait duc ? Qui t' a fait roi ? Qui a mis l'Etat entre les mains des syndicats ?

On peut évoquer le rôle des médias, ou le jeu des politiciens - la droite a peur, la gauche pousse. Mais ce sont les rapports paradoxaux entre les syndicats et la loi qui expliquent la puissance syndicale aujourd'hui. Paradoxe, parce que les syndicats sont à la fois hors-la-loi et dans-la-loi.

Ils sont hors la loi, puisqu'ils ne respectent ni les biens ni les personnes que l'Etat est supposé protéger. Ils empêchent les gens de circuler et de travailler. Ils poussent les jeunes à bloquer les universités, et les syndicalistes de l'Education Nationale poussent lycéens et étudiants à l'émeute. L'agitation a été entretenue et amplifiée par des grèves aussi inattendues et illégales que nuisibles : est-ce que les contrôleurs du trafic aérien ont quelque chose à voir avec le CPE ? Et les cheminots ? José Bové a défendu avec talent la thèse que le droit commun et pénal s'arrête aux portes du leader syndical : il n'est pas hors la loi, il est au-dessus de la loi. C'est la négation même de l'état de droit qui suppose, comme disait HAYEK, l'isonomie, c'est-à-dire la même règle pour tous, qu'il soit président de la République ou leader de la CGT. Nos syndicalistes font exception à la loi commune, ils bénéficient d'une loi privée, cela s'appelle un privilège.

Mais pourquoi ce privilège, maintenant élevé à la dignité de  droit acquis Ÿ ? C'est que les syndicats sont sensés exprimer la volonté des travailleurs. Et ce postulat, c'est la loi, la loi la plus officielle, le Code du Travail, qui l'établit. En fait, la  représentativité Ÿ des syndicalistes français ne doit rien au vote : les  travailleurs Ÿ leur ont enlevé de longue date toute légitimité, car ils refusent de voter pour des syndicats de ce type (plus de 80 % d'abstentions dans la plupart des élections  sociales Ÿ dans les entreprises privées ) et ils refusent surtout d'adhérer à un syndicat : moins de 5 % dans le secteur privé, et 18 % dans la fonction publique. C'est donc une infime minorité qui parle au nom de l'ensemble des salariés. Mais il en est ainsi parce que le Code du travail a d'une part défini les critères aberrants de représentativité au niveau national (impossible de créer un nouveau syndicat en dehors des cinq  grands Ÿ), d'autre part reconnu le monopole de représentation du personnel (lois Auroux), et enfin donné une préséance ahurissante à la convention collective sur le contrat personnel. Les rapports juridiques dans le monde du travail ne sont plus contractuels, mais négociés, régis par les rapports de force, c'est-à-dire politiques. Derrière le CPE, c'est le principe de la liberté contractuelle que combattent aujourd'hui les syndicats. Ils sont parfaitement lucides : si la liberté du travail était reconnue dans notre pays, il n'y aurait plus de place pour ces leaders syndicalistes qui gouvernent la France. Ils gouvernent à leur profit personnel, et au détriment des Français, qu'ils sont en train de ridiculiser aux yeux du monde entier - passe encore - mais surtout en train de ruiner. Ils sont aussi en train de pourrir la jeunesse, et cela me paraît être le plus triste de l'affaire. En France il faut absolument remettre les syndicats à leur place, et l'Etat à la sienne : qui aura le courage de le faire ?






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