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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
Méthodologie
 
METHODOLOGIE






















Les économistes, mais aussi tous les spécialistes en sciences sociales rencontrent dans leur démarche intellectuelle quatre clivages principaux sur lesquels ils doivent adosser leur carrière professionnelle :

1- Ou bien ils pratiquent l'individualisme méthodologique ou bien l'holisme ou l'organicisme ou encore le fonctionnalisme ;

2- Ou bien ils privilégient la rigueur de la formalisation et/ou la réflexion substantive sur les concepts et l'argumentation utilisés pour la démonstration ou bien ils se contentent d'être descriptif et littéraire, privilégiant l'histoire des idées (ou des modèles) et des faits;

3- Ou bien ils testent les théories ou doctrines avancées en les confrontant aux faits ou bien ils suivent une démarche déductive a priori en adoptant une vision praxéologique de leur discipline;

4- Ou bien ils évitent de faire interférer leurs jugements de valeurs personnels dans l'analyse des phénomènes qu'ils observent et qu'ils cherchent à prédire ou expliquer, en étant  Wertfrei Ÿ ou  value free Ÿ ou en français  libre de tout jugement de valeur Ÿ , ou bien au contraire ils acceptent que les jugements de valeurs soient indissociables de toute action humaine et que les sciences humaines soient avant tout des sciences morales et non des sciences  positives Ÿ à l'image des sciences de la nature et qu'une réflexion rationnelle sur l'art de faire des jugements de valeur est cruciale. Nous consacrerons une première section à ces choix fondamentaux qui façonnent une carrière professionnelle dans la discipline choisie. On peut, en effet, en quelques minutes, identifier, chez un chercheur, quels sont les clivages méthodologiques auxquels il adhère.

Une deuxième section portera sur un exemple qui fait couler beaucoup d'encre chez les non économistes comme dans notre profession celui de l'hypothèse d'un comportement rationnel de la part des individus alors que les faits semblent contredire constamment un tel comportement. Cette discussion est exemplaire car elle permet de se poser la question de savoir si la méthodologie des sciences de la nature peut s'appliquer en sciences humaines.

LES QUATRE POINTS CLEFS DE LA METHODOLOGIE

L'individualisme méthodologique

L'individualisme méthodologique consiste à expliquer les phénomènes politiques, économiques et sociaux seulement à partir des actions des individus qui composent la société. Les êtres humains sont des individus. C'est l'individu qui a une conscience, une identité, des besoins, des talents, une volonté. C'est lui qui a des préférences ou des valeurs, c'est lui qui vit une existence séparée, qui en supportera les peines et les plaisirs, qui fait des choix et, s'il en a la liberté, qui prend des décisions : c'est l'individu qui agit. L'individu n'a pas non plus le don d'ubiquité. Lorsqu'il assiste à un cours de sciences politiques à Paris, il ne peut assister à un cours d'anglais à New York à la même heure. Il n'est pas non plus immortel : une journée est composée de 24 heures et non de 26. La rareté du temps est un fait, elle impose des choix entre différentes alternatives. Autre contrainte : les ressources nécessaires pour réaliser les fins poursuivies ne sont pas en quantités illimitées, et, malheureusement, nous ne sommes pas seuls à les convoiter. Enfin, et on ne saurait trop souligner cet aspect, c'est lui seul qui contrôle et "possède " son corps humain. Un tiers peut agir à la place de l'individu, peut essayer d'influencer la volonté de l'individu pour qu'il use de son corps dans une certaine direction, mais de manière ultime c'est l'individu lui-même qui agit. Ces quelques rappels ne sont pas inutiles.
Ainsi Le prix Nobel d'économie J.Stiglitz écrit :

"Les économies de marché ne sont pas capables de s'autoréguler. Elles sont soumises à des chocs qui échappent à leur contrôle. Il leur arrive de perdre la tête et de paniquer, de passer de l'exubérance au pessimisme irrationnel, de virer à l'escroquerie, de prendre des risques tels qu'ils relèvent presque du pari, et les coûts des erreurs et des méfaits sont très souvent supportés par l'ensemble de la société."


Il est possible que certains capitalistes perdent la tête, mais une économie de marché n'a pas de conscience individuelle et ne peut donc perdre la tête. Stiglitz commet une faute de raisonnement en prêtant à un non existant " une économie de marché" un comportement propre à des humains. Ce sont les être humains qui échangent et qui constituent par leurs actions une économie de marché qui peuvent avoir de tels comportements pris individuellement mais pas le groupe lui même qui n'agit pas en tant que tel. Stiglitz fait un sophisme classique de généralisation hâtive en inférant du comportement de quelques capitalistes que le groupe entier se comporte de la même manière que ces personnages exubérants et irrationnels. Or, c'est cela qu'il faut démontrer. D'ailleurs, à la fin de sa phrase, notre Prix Nobel contredit son propre argument puisqu'il affirme que le coût des erreurs et des méfaits (sans doute de quelques capitalistes) sont très souvent supportés par les autres membres de la société. La question est donc comment se fait-il que les autres membres de la société puissent supporter le coût des erreurs ou des méfaits commis par d'autres? Habituellement cela relève du droit de la responsabilité civile.

Comparer le marché à une personne est une métaphore organiciste. Si cette expression constitue un moyen économique de dire que certains individus prennent les décisions, il est inutile de faire de fausses querelles à ce propos. En revanche, si cela signifie que la société, le marché, le gouvernement ou la France ont un comportement propre et indépendant des individus qui les composent, alors là les choses sont différentes. Comment un groupe en tant que groupe peut-il agir ? Quel peut être le comportement propre d'un groupe, si ce n'est le comportement des membres qui composent ce groupe ? Comment une société peut-elle avoir des valeurs ou des préférences indépendamment des membres qui la constituent? Les concepts holistes imprègnent le discours ambiant et sont une source permanente d'erreur de raisonnement.

L'individualisme méthodologique s'oppose donc à l'holisme ou à l'organicisme. Prenons la définition de la sociologie donnée par M. Mauss et Fauconnet (1901). Elle est exemplaire de cette attitude holiste en sciences sociales et mérite à ce titre d'être reproduite :

Un premier fait est constant, c'est qu'il existe des sociétés, c'est-à-dire des agrégats d'êtres humains... Ils présentent tous ce caractère qu'ils sont formés par une pluralité de consciences individuelles, agissant les unes sur les autres et réagissant les unes aux autres. C'est à la présence de ces actions et réactions, de ces interactions, que l'on reconnaît les sociétés. Or la question est de savoir si, parmi les faits qui se passent au sein de ces groupes, il en est qui manifestent la nature du groupe en tant que groupe et non pas seulement la nature des individus qui la composent. Y en a-t-il qui sont ce qu'ils sont parce que le groupe est ce qu'il est ? A cette condition et à cette condition seulement, il y aura une sociologie proprement dite.Ÿ

La sociologie française, sous l'impulsion du groupe de normaliens rassemblé autour de Durkheim, a été construite en opposition à l'hypothèse que les phénomènes sociaux et, en conséquence, les phénomènes économiques, puissent s'expliquer par la nature même des individus qui la composent.
Négligeons le contenu de cette définition pour en retenir la forme. Définir une discipline par les principaux paradigmes qu'elle utilise a l'avantage de cerner les contours de celle-ci plus efficacement que ne peuvent le faire des définitions plus explicites dit en substance, R. Boudon (1977), un autre sociologue. En outre, une analyse de ce genre permet de déceler des similarités d'une discipline à l'autre, ce qui est d'un grand intérêt pour rendre compte des limites de l'interdisciplinarité comme des incompatibilités d'humeurs entre membres d'une même discipline !

Nous retrouvons ce conflit méthodologique en philosophie politique lorsque l'on discute de la définition de l'Etat. Par exemple pour la plupart des économistes, l'État a son origine et trouve légitimité (ou illégitimité) et continuité dans les désirs qu'ont les individus de poursuivre leur intérêt personnel en recourant au monopole de la contrainte publique. L'État n'a d'autres fins que celles des membres qui le composent. Il ne possède aucune réalité indépendante des individus, qui sont les seuls à être souverains et à détenir le pouvoir d'agir, pouvoir qu'ils peuvent déléguer à d'autres hommes que l'on appeler hommes d'Etat ou gouvernants. L'État est alors un instrument permettant à l'individu de poursuivre ses fins privées par d'autres voies que l'échange volontaire.
En revanche, les théories mystiques et organicistes de l'État abondent et s'opposent à l'individualisme méthodologique. Selon elles, l'État existe indépendamment des citoyens qui le composent. Cette conviction est renforcée par le fait que de nombreux hommes politiques parlent en son nom et évoquent la raison d'État, comme si l'État était un être doué de raison. Il est souvent considéré, par exemple chez E. Durkheim, comme un organe de réflexion et un instrument rationnel chargé de réaliser l'intérêt général, constituant ainsi un centre de décisions autonome qui agit au nom de la collectivité comprise comme un tout. C'est une entité transcendante, dotée d'un pouvoir suprême unique et cohérent, avec un système de valeurs propre. Cette entité située, au-delà des individus, se lance souvent dans des actes qui exigent omniscience, omnipotence, et bénévolat. Mais qui peut être omniscient, omnipotent et bénévole, si ce n'est la somme de toutes les perfections, Dieu lui-même. N'est-ce pas d'ailleurs ainsi que l'on appelle, par dérision, le Président de la République ? Autrefois, le Roi incarnait l'État et l'essence de l'État était d'origine divine.
Il existe également des versions holistes de l'État : celle de Jean Bodin qui écrit à propos de la République :

 Tout ainsi que le navire n'est plus que bois sans le vaisseau, quand la quille, qui soutient les costés, la proue, la poupe et le tillac sont ostées: aussi la République sans puissance souveraine qui unist tous les membres et parties d'icelle et tous les mesnages et collèges en un corps, n'est plus République Ÿ.

J.J. Rousseau considère l'État comme un pacte social où :

 chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre une partie indivisible du tout Ÿ. La façon dont J.J.Rousseau définit la volonté générale mérite d'être mentionnée : Il y a souvent de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale ; celle-ci ne regarde qu'à l'intérêt commun, l'autre regarde à l'intérêt privé, et n'est qu'une somme de volontés particulières : mais ôtez de ces mêmes volontés les plus et les moins qui s'entre-détruisent, reste pour somme des différences la volonté générale. Finalement cet  acte d'association produit un corps moral et collectif composé d'autant de membres que l'assemblée a de voix, et auquel le moi commun donne l'unité formelle, la vie et la volonté. Cette personne publique qui se forme ainsi par l'union de toutes les autres prend en général le nom de corps politique, lequel est appelé par ses membres Etat Ÿ.

Utilitarisme classique, holisme et organicisme caractérisent la définition de l'Etat vu par J.J.Rousseau (Notion du corps social, Chapitre III, Contrat Social Ie version).

P. Bourdieu voit dans l'Etat :

 un champ de pouvoir entendu comme l'espace de jeu à l'intérieur duquel les détenteurs de capital de différentes espèces luttent notamment pour le pouvoir sur l'Etat, c'est-à-dire sur le capital étatique donnant pouvoir sur les différentes espèces de capital et sur leur reproduction Ÿ.

La définition généralement acceptée par les politicologues est la suivante :  L'Etat est un ensemble d'institutions qui possède les instruments de la violence et de la coercition Ÿ. On remarquera que cette définition est beaucoup plus proche de l'organicisme  fonctionnel Ÿ que de l'individualisme méthodologique.

En effet, un ensemble d'institutions ne possède rien, car posséder est une action humaine or seuls les êtres existants possèdent. Une institution comme l'Etat n'a pas d'existence en soi. Le président de la République Française et son gouvernement tire son pouvoir de coercition, comme le rappelle De Jouvenel , de sa capacité :

 à se faire obéir, à se procurer par l'obéissance les moyens d'agir. Tout repose sur l'obéissance. Et connaître les causes de l'obéissance, c'est connaître la nature du Pouvoir. Ÿ . D'où vient :  la miraculeuse obéissance des ensembles humains, milliers ou millions d'hommes qui se plient aux règles et aux ordres de quelques-uns Ÿ ?

C'est toute la question de l'Etat.

Or, constate bien que cette différence méthodologique dans l'approche des phénomènes des sciences sociales conditionne les questions posées et donc les réponses que chaque discipline peut apporter aux phénomènes ou paradoxes observés.

Du bon usage de l'abstraction et de la rigueur formelle en sciences sociales


Politologues, sociologues et économistes pratiquent l'abstraction. En effet, compte tenu de la formidable complexité des phénomènes politiques, économiques et sociaux, ils émettent des hypothèses qui, souvent, n'ont aucun lien apparent avec la réalité. L'abstraction est l'instrument traditionnel de l'analyse scientifique. Ce n'est pas la philosophie de la diminution ou du réductionnisme ni des mathématiques ou de la logique, qui sont des instruments de cohérence de la pensée. Le cerveau humain ne peut appréhender dans sa totalité la complexité des phénomènes sociaux et en déduire des éléments significatifs. C'est donc en séparant, dans la masse d'informations qui nous parvient, ce qui constitue l'essentiel de l'accessoire que l'on améliore sa connaissance du monde. La théorie est abstraite, mais c'est parce qu'elle l'est que sa puissance d'explication et de conviction en est multipliée. Personne ne critique l'abstraction en tant que tel, c'est le propre de la démarche scientifique.
Ce qui est en jeu c'est le bon usage des mathématiques ou de la rigueur formelle via la  modélisation Ÿ des argumentations dans le domaine des sciences sociales. C'est aussi un enjeu non seulement technique, mais aussi politique. Par exemple, techniquement l'outil mathématique adapté aux sciences de la nature serait inapproprié aux sciences de la société et plus particulièrement à l'économie, discipline qui fait un usage intensif de l'outil mathématique. C'est la position Mises , il écrit :


" Si cet antagonisme entre les économistes mathématiciens et logiciens était seulement un désaccord sur la procédure la plus adéquate à l'étude scientifique de l'économie, il serait superflu d'y prêter attention. La meilleure méthode ferait preuve de sa supériorité en montrant les meilleurs résultats. .. Toutefois, ce n'est pas ici une dispute sur des questions heuristiques mais une controverse portant sur les fondations de la science économique. La méthode mathématique doit être rejetée, et pas seulement en raison de sa stérilité. C'est une méthode entièrement fautive partant de postulats faux et conduisant à des déductions fallacieuses. Ses syllogismes ne sont pas seulement stériles; ils détournent l'esprit de l'étude des problèmes réels et déforment les relations entre les divers phénomènes".


Sans être aussi radical que Von Mises, on peut cependant rappeler que si :

 la formulation mathématique a l'inappréciable avantage de forcer l'esprit à la réflexion et à la précision. Ÿ, comme l'écrit le Prix Nobel M.Allais , elle  ne transforme pas une erreur en vérité, même si ses raisonnements sont corrects au point de vue formel Ÿ. Aujourd'hui les économistes tendent (Maurice Allais écrit ces phrases dans les années 1950-1960) :  à fourrer un peu partout des développements mathématiques là où l'on pourrait parfaitement s'en passer, ou même là où ils n'ont rien à faire. Ÿ

Cependant politiquement, l'usage des mathématiques joue un rôle fondamental dans la rhétorique de l'intimidation pour persuader le lecteur du caractère  scientifique Ÿ de l'analyse. Analyse que seuls quelques spécialistes peuvent comprendre. Mais obtenir le statut de "scientifique" ouvre une voie royale à l'argument d'autorité dans les débats publics. Cela permet de forger les croyances collectives et faire accepter des réglementations ou des déréglementations qui la plupart du temps ne servent que les intérêts de quelques uns au détriment du plus grand nombre.

L'empirisme logique

Enfin, les chercheurs en sciences sociales s'efforcent d'apporter à l'appui de leur argumentation des preuves empiriques. Celles-ci proviennent de diverses sources : statistiques, expérimentales, politico-métriques, économétriques, historiques ou liées à des expériences individuelles.

Prenons l'exemple suivant. L'astrologie est une vieille discipline. Elle était florissante à Babylone au temps d'Hammurabi (1792 -1750 avant J.-C.) Depuis, l'intérêt pour comprendre l'influence de la course des astres sur le comportement des hommes ne s'est pas démentie : 30 % des gens, selon des sources américaines, croient en l'astrologie, 60 % pensent qu'il y a un fonds de vérité et connaissent le signe sous lequel ils sont nés. Ainsi, connaissant la date de naissance d'un individu, un astrologue peut dresser un horoscope qui prédit ses traits de caractère, ses caractéristiques physiques, le type de maladie auquel il est exposé, le métier le mieux approprié pour lui et même le type d'orientation que doit avoir sa maison pour être soumis aux bonnes influences des astres. Si ses prédictions étaient correctes, l'astrologie devrait avoir une grande influence sur les affaires et l'économie en général.

Deux économistes, J. Bennett et J. Barth , dans un article datant de 1973 paru dans le Journal of Political Economy, ont testé l'influence de l'astrologie sur le choix de la profession. Selon cette discipline, les personnes nées sous le signe de la planète mars devraient avoir un tempérament guerrier et être incitées à choisir le métier des armes plus que d'autres personnes nées sous un signe différent. Ces deux économistes ont choisi le corps de Marines américains, réputé pour sa combativité. L'échantillon a été composé par les individus se réengageant dans les Marines, pendant la période de 1962 à 1970, soit un total de 63 000 individus. Le résultat montre que dans les Marines, on trouve une proportion de personnes nées sous le signe de Vénus (personnes douces et destinées aux arts) à peu près identique à celle de personnes nées sous le signe de la planète mars. L'évidence empirique ne soutient donc pas les prédictions des astrologues.

Ce type de test est régulièrement appliqué à toutes les théories ou tous les arguments avancés par les  scientifiques Ÿ à propos des phénomènes qu'ils cherchent à expliquer ou à prédire. L'attitude qui consiste à tester empiriquement les théories dans le domaine de la politique, de l'économie ou de la sociologie fait référence explicitement à la méthodologie des sciences de la nature. Peut-on transposer une telle méthode aux sciences de l'homme ? Vraisemblablement non.
Cette adhésion à une méthodologie que les économistes prêchent mais ne s'appliquent pas toujours à eux-mêmes fait suspecter qu'il s'agit là comme pour l'usage des mathématiques plus d'un  scientifiquement correct Ÿ importé des sciences de la nature que de l'exigence d'une  connaissance correcteŸ dans le domaine des  sciences humaines Ÿ.

Le mot  science Ÿ veut dire connaissance exacte et approfondie. Or, la transposition de la méthodologie des sciences de la nature aux  sciences Ÿ de l'homme est loin d'amener à une connaissance exacte et approfondie pour une raison simple que tout le monde peut comprendre : les faits qui constituent la base empiriques du domaine des sciences humaines sont les résultats des actions humaines et de leurs interactions. Or le fait même de vouloir prédire le comportement des acteurs économiques ou politiques, exige une action humaine qui consomme des ressources, or il sera rationnel de mener à bien cette connaissance exacte et approfondie que s'il y a un profit à la clef qui excède les coûts de cette action. S'il y a un profit à prédire la course des actions humaines cela veut dire aussi qu'il y a un profit à les déjouer pour ceux qui auront connaissance de ces prédictions. Paradoxe qui a donné naissance à la théorie de l'efficience des marchés ou à celui des anticipations rationnelles rendant impossible toute prédiction dans le domaine des sciences sociales.

Par ailleurs, l'empirisme logique qui fonde la méthodologie positive en sciences sociales présuppose que l'on respecte les principes simples des syllogismes cohérents. Ce qui n'est pas toujours le cas. La théorie économique, qui pourtant selon les économistes est la reine des sciences sociales, est prise souvent en flagrant délit de syllogisme incohérent. Toute théorie se présente sous la forme d'un syllogisme hypothétique mixte suivant :
Si X, alors Y (si la demande pour le bien X s'élève, les prix montent), on observe X (on observe que la demande de X augmente) ; donc, Y (donc, les prix montent), ou encore :
si X, alors Y (si la demande pour le bien X s'élève, les prix montent), on n'observe pas Y (on observe que les prix ne montent pas), donc, non X (donc, la demande de X ne s'élève pas). Nous venons de décrire un syllogisme est cohérent lorsque :

1) la prémisse classificatoire affirme l'antécédent de la proposition conditionnelle et la conclusion affirme le conséquent
2) la prémisse classificatoire nie le conséquent de la proposition conditionnelle, alors la conclusion nie l'antécédent.

Dans tous les autres cas, il y a une faute de raisonnement. Prenons en exemple, le Théorème de Modigliani et Miller (1958) :

S'il y a parfaite information et pas de coûts de transaction sur un marché financier, (antécédent de la proposition conditionnelle), alors la valeur présente d'un projet d'investissement est indépendante de son mode de financement (conséquent de la proposition conditionnelle). Il n'y a pas de parfaite information et les coûts de transaction sont positifs, donc un projet d'investissement n'est pas indépendant de son mode de financement. C'est un sophisme consistant à nier l'antécédent.

La plupart des développements autour des théorèmes élaborés par les économistes néoclassiques repose sur le sophisme de la négation de l'antécédent. Même s'il n'y a pas d'information parfaite et / ou si les coûts de transaction sont positifs, le projet d'investissement peut être indépendant de son mode de financement. Il en va de même avec la conception néoclassique de la concurrence. Il faut donc constamment surveiller la façon dont on présente une théorie pour satisfaire un minimum de cohérence logique quand il va falloir tester celle-ci.


La question des jugements de valeurs en sciences sociales : de l'amoralisme à la Wertfrei

Les fins poursuivies par les individus sont infiniment variées et incluent des besoins alimentaires et intellectuels, sexuels et émotionnels. Si les individus partagent la plupart des mêmes fins, l'ensemble des fins poursuivi par chaque individu est unique. Du fait même de l'existence séparée de chaque individu, il est difficile au chercheur en sciences politiques, en économie ou en sociologie de porter un jugement de valeur sur ces fins multiples et subjectives. Il les considère donc souvent comme données. Ce qui ne veut pas dire que ces fins ne changent pas. En cela, le politologue, l'économiste ou le sociologue est méthodologiquement amoral. Ainsi en économie, l'activité d'un criminel, d'un bureaucrate ou d'un homme politique est analysée comme celle d'un offreur de travail ordinaire qui maximise sa satisfaction en arbitrant entre loisirs et consommation.

Le drogué, le paysan spécialisé dans la production de drogue et le dealer sont considérés de la même manière que de simples consommateurs, producteurs ou intermédiaires. Il ne faut cependant pas confondre cet amoralisme avec l'idée erronée que l'analyse dans les sciences sociales et politiques est éthiquement neutre. En effet, postuler que les individus poursuivent des fins et qu'ils sont rationnels dans leurs actions implique des jugements de valeur sur la façon dont se conduisent les individus en société.

L'économiste, le politologue ou le sociologue évitent de faire interférer ses propres jugements de valeur, en tant qu'individu, avec ceux des autres individus dont il observe et analyse le comportement. Il évite de porter un jugement sur les fins poursuivies par les individus pris individuellement ou en groupe. L'analyse des jugements de valeur sur les fins poursuivies par les individus est du domaine de l'éthique. L'éthique est la "science" des fins que l'on devrait poursuivre. Chacun d'entre nous fait un jugement de valeur sur les actions entreprises par lui même ou par d'autres individus. Car ce sont ces jugements de valeurs, sur les fins que l'on poursuit, qui guident nos actions humaines. Porter un jugement de valeur sur une action ou sur les fins que l'on poursuit veut dire que telle action, consommer de la drogue ou bien tricher aux examens, est "bien" ou "mal" et donc ne devrait pas être poursuivie. Rappelons que le chercheur en sciences sociales est un individu qui agit et qui poursuit lui aussi des fins : la connaissance  correcte Ÿ.

L'éthique, a l'instar de la méthodologie, est une discipline qui nous permet de critiquer la manière dont on fait ces jugements de valeur. On peut distinguer au moins trois manières de faire des jugements de valeur sur les actions humaines :

1) Juger en fonction des conséquences de actes eux mêmes pour soi et ou pour les autres Ce qui bon ou mauvais se décide sur la base des conséquences qu'entraîne une action individuelle. Ces conséquences sont jugées en fonction de l'utilité ou du bonheur qu'elles rapportent à celui qui agit ou sur des tiers voir comme avec l'utilitarisme de Bentham pour l'ensemble des individus composant la société.

2) Juger en fonction d'une règle de conduite quelle qu'en soit la conséquence (déontologie). Par exemple à la manière de Kant, agis de telle sorte que tu traites ta propre personne et celle des autres, toujours comme une fin et jamais comme un moyen pour atteindre tes propres fins sans son consentement.

3) Juger en fonction de la finalité de l'acte : est  bien Ÿ tout acte qui est poursuivi pour lui-même, qui est sa propre finalité. Par exemple est " bien " le comportement d'amitié s'il est poursuivi par un individu pour la chaleur des relations qu'il procure avec son supérieur hiérarchique et non pour la promotion qu'il en attend.

Les économistes comme vous pouvez en juger maintenant, postulent souvent que le moteur de l'action humaine repose sur une vision conséquencialiste du bien et du mal. Ils supposent que ces individus sont hédonistes lorsqu'ils jugent des conséquences d'une action en termes de poursuite du bonheur ou de la satisfaction ou de la réalisation de leurs projets ou désirs. En ce sens les économistes font l'hypothèse que les agents économiques suivent, comme guide de leurs actions individuelles, une morale particulière : celle d'un comportement libre et rationnel évaluant les résultats de leurs actions en termes d'utilité. Leur prémisse de départ n'est donc pas éthiquement neutre, d'où les débats de disciplines à disciplines ou entre membres d'une même discipline sur les prémices mêmes du raisonnement qui fondent la discipline elle-même.

Si vous supposer que le comportement des individus est déterminé par leur milieu social ou par les normes sociales ou encore par leurs gènes ou leurs réflexes comme avec le béhaviorisme ou encore par la capacité limitée de leurs cerveaux à faire des choix, vous éliminez la question des jugements de valeur sur les fins poursuivies par les individus ( qu'ils soient homme politique, entrepreneur ou consommateur) , il n'y a plus de bien ou de mal. Mais le chercheur qui avance une telle hypothèse est lui aussi prédéterminé par son milieu ou ses gènes ou ses réflexes, il n'y a donc plus non plus de critère de vérité ni de fausseté en sciences sociales puisque nous sommes alors en plein polylogisme !
La tradition scientifique voudrait que les chercheurs soient  value-free Ÿ ou  wertfrei Ÿ, ou plus simplement en français  libre de tout jugement de valeur Ÿ. Ce qui en soi est déjà un jugement de valeur sur ce qu'est une connaissance  correcte Ÿ. Mais peut-on vraiment l'être comme le suggère M.Rothbard ?

Lorsque des économistes (cela vaut pour le sociologue ou le politologue) observent une politique consistant à augmenter le salaire minimum pour diminuer le nombre de personnes pauvres, ils ne répondent pas à la question doit-on augmenter le salaire minimum pour diminuer la pauvreté? Ils disent  si vous faites cette politique, aura-t-elle les effets attendus par ceux là même qui mettent en oeuvre cette hausse du salaire minimum ?Ÿ. Ils conseilleraient le Prince sans endosser ses jugements de valeurs. Si la hausse du salaire minimum est une mesure prise dans le but de diminuer la pauvreté, l'économiste vous dira que cette mesure va au contraire l'augmenter en excluant du marché du travail des salariés dont la valeur de la productivité marginale est inférieure à ce salaire minimum.

Mais si l'homme politique qui vit des votes des pauvres désire davantage de pauvres, augmenter le salaire minimum correspond bien à son objectif puisqu'il s'agit là de son intérêt personnel d'homme politique. Cet effet pervers engendré par la hausse du salaire minimum permet à l'homme politique de proposer et mettre en oeuvre des réglementations ou des redistributions supplémentaires (à l'exemple du RMI mis en oeuvre sous le gouvernement de M. Rocard) qui maintiennent les pauvres dans l'état de pauvreté et donc un socle électoral permanent en faveur de ces hommes politiques. En effet, si cet objectif d'accroître le nombre de pauvres n'était pas l'objectif poursuivi par les hommes politiques, il y a longtemps que l'on aurait du observer la suppression du salaire minimum. Comme il n'en est pas ainsi que peut bien conclure l'économiste s'il postule que l'homme politique a un comportement rationnel? Il en conclut que du point de vue de l'homme politique celui-ci est  efficient Ÿ, il a atteint ses objectifs. Si l'économiste cherche à comprendre pourquoi l'homme politique désire davantage de pauvres et qu'il analyse la structure d'interaction dans laquelle agit l'homme politique (démocratie majoritaire) qui le pousserait à de tels actes, il se pose bien la question des fins poursuivies par l'homme politique et porte implicitement un jugement de valeur sur ses fins. Mais il cesse alors d'être conseiller du Prince pour devenir celui de l'électeur. Peut-on donc être conseiller du Prince sans endosser ses jugements de valeurs ?

L'économiste se veut souvent  wertfrei Ÿ, il considère comme donné la hiérarchie des fins d'un autre-l'homme politique qu'il conseille- Il se borne alors à lui indiquer les moyens les plus efficaces pour atteindre ses fins. Ainsi, il demeurerait à l'écart des jugements de valeurs. Il ne serait que l'ingénieur social. Il est évident que cette position est intenable si l'économiste ne considère pas comme  bon Ÿ les objectifs du Prince. En effet si l'objectif du Prince est d'éliminer physiquement une partie de la population dont il juge nuisible la présence sur le territoire de la principauté , l'économiste peut-il s'en tenir à accepter l'objectif fixé par le Prince (ou les dirigeants politiques) et à indiquer la manière la plus efficace de l'atteindre?

Si cet économiste agit ainsi, il accepte explicitement les jugements de valeur du Prince, s'il exprime son désaccord en cherchant à montrer qu'un tel objectif va à l'encontre de l'intérêt du Prince ou des électeurs qui l'ont porté au pouvoir, il sort de sa neutralité.
En fait l'éthique est première en sciences sociales, ce qui est une leçon pénible pour tous les chercheurs adhérant au positivisme contemporain c'est-à-dire désirant séparer les jugements de faits des jugements de valeurs. En réalité, comme le fait remarquer Mahoney à propos du livre de De Jouvenel sur la théorie pure de la politique , il faut aborder les sciences politiques, économiques ou sociales comme des sciences morales sans a priori moral.



PEUT-ON APPLIQUER LA METHODOLOGIE DES SCIENCES DE LA NATURE EN ECONOMIE ?Vraisemblablement non.


L’attitude qui consiste à tester empiriquement les théories économiques fait référence explicitement à la méthodologie des sciences de la nature. Peut-on transposer une telle méthode aux sciences de l'homme ?
Prenons un exemple. Les économistes postulent un comportement rationnel chez les individus; or on observe des comportements irrationnels. Faut-il donc rejeter le postulat fondamental des économistes sur la seule base d'une vérification empirique ?
Rejeter une hypothèse de comportement rationnel sur la base d’observations présuppose :
1) que l’on puisse observer un comportement rationnel,
2) que le raisonnement économique est de la forme : si alors,
3) que le critère ultime de vérité d’une théorie ou d’un argument est sa conformité avec les faits ou sa réfutabilité.

Admettons transitoirement les trois propositions ci-dessus.
L’affirmation :  si les individus sont rationnels, alors on observe telle choseŸ est une implication. Un non-respect des règles de l'implication conduit à une faute de logique, de syntaxe ou de procédure dans le développement du raisonnement ou de l’argumentation puisqu’une implication est toujours vraie.
On juge d’une argumentation de manière sémantique (du sens) en discutant du caractère vrai ou faux des prémisses et des conclusions que l’on en déduit. Si l’hypothèse les individus sont rationnelsŸ est fausse, les conclusions peuvent être vraies ou fausses. On est certain de la fausseté d’une argumentation si et seulement si la conclusion est fausse. Il ne suffit donc pas de dire que l’hypothèse est fausse ou que la conclusion est vraie pour rejeter ou affirmer une argumentation.

Ce rappel épistémologique étant fait, on devine immédiatement comment s'organise de manière cohérente une discussion à propos de la réfutation de l'hypothèse d'un comportement rationnel de la part des individus :

1) rejet de l’hypothèse d'un comportement rationnel pour une autre ne faisant pas appel à la rationalité individuelle,
2) modification de l’hypothèse de rationalité individuelle pour une autre plus conforme à la réalité telle quelle est perçue par le sens commun,
3) contestation de l’argument selon lequel une théorie devrait être testée par le réalisme de ses hypothèses et la tester par ses conclusions,
4) faire l’hypothèse contraire, postuler l'irrationalité, et vérifier si les prédictions que l’on en tire sont fausses,
5 ) contester les faits observés (ceux-ci contredisent-ils vraiment l’hypothèse de rationalité ?),
6) savoir si le comportement rationnel est une hypothèse et non pas une conclusion,
7) enfin, contester le principe de réfutabilité comme critère ultime de vérité d'un argument.


1- Rejet de l'hypothèse de rationalité

Nombre d'économistes rejettent l'hypothèse de rationalité comme principe fondamental d'explication du comportement humain, même dans les affaires économiques, commerciales ou financières. Ils font reposer le comportement individuel sur des normes sociales ou un "habitus économique" rejetant en même temps l’individualisme méthodologique. Par exemple, le choix d'acheter un Jeans ne reposerait pas sur une comparaison entre le prix relatif d'un Jeans et d'un pantalon de velours, compte tenu d'une contrainte de budget, mais sur le fait que presque tout le monde porte des Jeans et qu'il est difficile d'échapper à cette emprise des autres si ne pas porter de Jeans vous exclut du groupe social dans lequel vous évoluez. Bien qu’il soit possible, comme l’a fait le prix Nobel G. Becker, d’expliquer ce phénomène simplement en supposant que l’individu maximise non pas l’utilité qu’il tire des biens ou services qu’il achète mais l’utilité qu’il tire du fait que les autres approuvent son comportement c'est le premier axe décrit plus haut.


2- rationalité limitée

Une autre attitude consiste à prendre acte de l'écart entre le comportement supposé rationnel des individus et leur comportement réel. On attribue cette différence à des "inerties" à des "gaspillages" ou bien à des défauts consécutifs à un manque de motivations, d'efforts ou de perception de la part de l'individu. Les économistes sont alors priés d'abandonner partiellement le postulat d'un comportement rationnel de la part des agents économiques ou sociaux au profit d'autres types de comportements d'une rationalité limitée sans toutefois abandonner l’individualisme méthodologique. C'est le deuxième axe. Un des tenants de cette approche est le prix Nobel H. Simon (1978). Il soutient que notre capacité à comparer les alternatives et à faire des choix est limitée par les processus cognitifs eux-mêmes. En effet, les décisions sont prises à partir d'un ensemble d'alternatives locales, souvent spécifiques, mais aussi de façon séquentielle. L’impossibilité pour un cerveau de capter l’ensemble des informations nécessaires à une prise de décision  rationnelleŸ entraîne que l’ensemble des alternatives considérées sont limitées. Par ailleurs, la nature séquentielle des choix introduit un problème d'"agenda": certaines décisions induisent des phénomènes irréversibles et excluent quasiment de l'ensemble des choix un grand nombre d’alternatives. Or, les psychologues montrent que l'instinct ou l'émotion impose très souvent un ordre de priorité dans les décisions. Si nous ne sommes pas limitées par notre cerveau, en revanche, nous sommes peut être limités par la nature même de l’incertitude qui environne toute décision. Ainsi I.Kirzner (1997) souligne le caractère complexe des informations nécessaires à une prise d’une décision  rationnelleŸ du fait même de la nature radicale de l’incertitude qui environne la décision. Celle-ci limite toute tentative de comportement rationnel, puisque même les informations les plus simples doivent être perçues, découvertes ou créées. Rechercher des informations qui existent au préalable mais qu’il est très coûteux de faire apparaître parce qu’elles sont en grand nombre et complexes n’est pas la même chose que de découvrir ou créer des informations qui n’existent peut être pas.

3- Le réalisme des hypothèses n'est pas fondé

L’idée qu’une hypothèse doit être vraie, réaliste ou en accord avec les observations pour juger de la validité d’une théorie n’est pas une condition nécessaire, ni suffisante. Même si l’hypothèse n’est pas observable, cela ne signifie pas que l’on doive la rejeter, et avec elle l’argumentation et les conclusions que l’on en tire. Le caractère abstrait et non observable de la rationalité individuelle implique nécessairement de juger de la validité de l’argumentation par la fausseté des conclusions. L'analyse de la rationalité individuelle devient alors un postulat fondamental qu'il appartient à la philosophie de discuter mais dont les résultats justifient la valeur ! Le prix Nobel M. Friedman (1953) adopte cette attitude, à l'instar de Freud, vis-à-vis de l'existence d'un inconscient. Cette manière de réagir immunise l'hypothèse de rationalité de ses détracteurs. C'est le troisième axe.

4- L'hypothèse d'irrationalité est-elle valable?

Une autre attitude consiste à postuler l’irrationalité des individus. Quelles conclusions tire-t-on de cette hypothèse de comportement ? Si celles-ci sont fausses, on peut alors affirmer que la négation de l’hypothèse d’irrationalité est vraie ! C'est un quatrième axe de recherche.
En fait, il n’a pas été exploré de manière systématique. Mais Becker n'hésitait pas, dans un texte écrit en 1962 et qui est passé relativement inaperçu, à s’engager sur cette piste. Il faisait remarquer que les comportements aléatoires ou coutumiers sont parfaitement compatibles avec la loi de la demande, l'une des lois jugées comme des plus fondamentales en économie. Quand le revenu augmente, les individus augmentent leur consommation de tous les biens. Quand le prix relatif d'un bien augmente, ils réduisent les quantités consommées de ce bien
De nombreuses années plus tard, Kagel et al.(1981) ont testé le comportement rationnel des rats et des pigeons. Ils ont constaté que leurs comportements satisfaisaient aux lois de la demande. Cette expérimentation est intéressante. En effet, si les animaux et les êtres humains réagissent de la même manière alors que l'on sait qu'a priori l'homme a une capacité à la rationalité supérieure à celle des animaux, l'argumentation de Becker se trouve être vérifiée expérimentalement. Le principe de rareté permet bien d'engendrer des comportements de demande ayant les propriétés habituelles.
Le paradoxe ici n'est pas que des individus "irrationnels" ou des animaux se comportent comme s'ils étaient rationnels, mais que les économistes auraient depuis longtemps abandonné toute référence à la rationalité s'il était vraiment possible de fonder le raisonnement économique sur le seul principe de rareté en présence de comportements aussi simples que ceux décrits par des choix aléatoires, impulsifs ou coutumiers. S'il n'en est pas ainsi, c'est qu'il existe des raisons.
La première raison est très directe : on observe des courbes de demande positives ou des courbes d'offre (de travail par exemple) à pente négative. Toutes ces observations contredisent l'hypothèse d'un comportement aléatoire. Ce n'est pas parce que le principe de rareté prédit un effet revenu positif et un effet prix négatif qu'il faut rejeter l'hypothèse de rationalité. Celle-ci permet non seulement de rendre compte d'effet revenu positif et d'effet prix négatif, mais aussi des anomalies observées.
La deuxième raison est essentiellement heuristique. Si l'on adopte le paradigme de l'individualisme méthodologique, c'est-à-dire si les individus ont un comportement intentionnel, pourquoi ne pas supposer qu'ils sont aussi rationnels ? Qui peut le plus, peut le moins. L'hypothèse de rationalité permet de développer un langage économique que ne peut développer un paradigme fondé sur des comportements intentionnels mais aléatoires, impulsifs ou coutumiers. La leçon du texte de G.Becker est simple; il ne suffit pas de critiquer l'hypothèse de rationalité, il faut proposer un comportement alternatif qui puisse rendre compte lui aussi des anomalies observées.

5- Il est rationnel d'etre irrationnel

Admettons l'observabilité du comportement rationnel. Comment peut-on dire que l’observation d’un comportement impulsif ou coutumier est le résultat d'un comportement irrationnel et non pas d’un comportement rationnel ? Au lieu de prendre acte de l'écart entre un comportement rationnel présumé et un comportement réel irrationnel, puis d’accepter la fausseté de cette hypothèse et de faire appel à une rationalité limitée pour l’expliquer, on adopte une autre approche. La théorie économique ne souffrirait pas d'un trop-plein de rationalité mais bien au contraire d'un manque ! Il faut pousser aussi loin qu’on le peut l'hypothèse de rationalité. Si prendre une décision nécessite les ressources de l'individu (et en particulier ses capacités à être rationnel) et si celles-ci ne peuvent être mobilisées sans coût, il existe un montant optimal de rationalité. Il est naturel d’observer des comportements irrationnels. Cette observation ne contredit pas l’hypothèse de rationalité mais la renforce si le coût d’être rationnel est positif.
On peut citer L.Robbins à l’appui de cette argumentation
 Il peut être irrationnel…d’être parfaitement conséquent [dans ses choix] quand on compare les marchandises, précisément parce qu’il vaut mieux( dans l’opinion du sujet économique concerné) dépenser autrement le temps et l’attention que nécessitent des comparaisons exactes de cette sorte. En d’autres termes, il peut y avoir un coût d’opportunité de l’arbitrage interne qui, passé un certain point, est nettement supérieur au gain qu’on peut escompter Ÿ

On comprend aisément pourquoi, par exemple, il n'est pas rationnel de s'informer sur toutes les alternatives possibles ou imaginables (c'est-à-dire susceptible d'apparaître dans un avenir plus ou moins proche). D'une part, cette comparaison épuiserait rapidement toutes les ressources de l'individu, et d'autre part, elle nécessiterait de retarder la décision (peut-être indéfiniment). Or, ce retard a un coût : se priver des gains procurés par un choix effectif. Ainsi, une attente trop longue ou une prolongation de la prospection ou de l'expérimentation des alternatives éliminerait la rentabilité de la décision elle-même. L’ignorance devient rationnelle.

Prenons une expérience simple, à votre portée, pour illustrer ce point : les bals annuels des "Corpos" de sciences économiques ou de médecine ou des grandes écoles. Pour passer une bonne soirée, c'est-à-dire pour danser tout au long de la nuit avec une jolie fille (si vous êtes une fille, mettez-vous à la place du garçon, même si dans cette expérience, vous avez déjà appris que les rôles ne sont pas interchangeables), il vous faudra utiliser une partie de votre temps pour inspecter, expérimenter et évaluer les participantes à ce bal. Si vous arrivez vers 22 heures, au moment de la pleine affluence au bal et si vos parents vous ont laissé quartier libre jusqu'à 3 heures du matin, vous disposez de 5 heures pour danser et faire la conquête de vos rêves. Prenons maintenant un étudiant de sciences économiques, un de ces étudiants comme on en voit encore parfois, studieux et désireux d'appliquer ce qu'il a appris de la rationalité" économique. Il commencera, avant de faire son choix, par comparer toutes les alternatives. Il dansera donc avec toutes les jeunes filles présentes au bal. Une technique simple consiste à inviter à chaque danse une nouvelle partenaire en démarrant le tour des tables par la gauche ou la droite selon le degré d'encombrement de la salle. A trois minutes par danse, s'il y a une centaine de participantes, il lui faudra 5 heures pour comparer les alternatives. Il ne lui reste alors plus de temps pour, d'une part, décider, parmi les jeunes filles testées, celle qu'il juge la plus jolie, et d'autre part, la retrouver, l'inviter à danser et lui plaire, car il sera temps de rentrer sagement chez ses parents ! Cet étudiant a eu un comportement hyper rationnel. C'est cela qui est irrationnel.
Heureusement, les étudiants moins studieux sont plus malins. Ils ne procèdent pas ainsi. Ils attendent au bord de la piste une ou plusieurs danses avant de se lancer. En effet, ils commencent par écarter de leur choix toutes les jeunes filles qui font tapisserie, pour éviter de perdre du temps avec elles. Si elles n'ont pas été choisies par leurs camarades et rivaux, arrivés plus tôt, c'est qu'il y a vraisemblablement des raisons. Ensuite, ils examinent avec soin parmi les jolies filles, celles qui dansent le mieux (ou parmi celles qui dansent le mieux, les plus jolies, les deux ensembles ne se recouvrent pas). Une fois repérées celles-ci, ils ne leur restent plus qu'à s'inscrire sur leurs carnets de bals ou à faire le siège de leurs tables. Le tout ne leur prendra pas plus d'une heure. Il est vrai que la décision de danser n'est pas unilatérale et même l'habitué peut se voir opposer un ou plusieurs refus. Pour éviter cette douloureuse épreuve, il est parfois prudent de venir avec une amie quitte à la laisser pour aller danser avec une autre, plus a votre goût, si vous savez en saisir l'opportunité.
En général, le nombre et la nature des alternatives sur lesquelles portent les choix sont limités volontairement, Ce nombre varie d'un individu à l'autre, selon l'aptitude de chacun à saisir les opportunités de profits ou d'utilité dus à l'incertitude et à utiliser les techniques existantes les plus efficaces pour faire un choix.
D'une façon vraisemblablement fréquente, l'individu peut trouver rationnel de ne pas s'informer sur les alternatives. Il choisira au hasard ou sous l'influence d'un stimuli quelconque (comportement impulsif) ou bien il reconduira les choix faits à une période précédente (habitude) ou il imitera le choix d'un autre individu (conformisme).
Nous venons de discuter de la comparaison des alternatives, passons à la cohérence des choix. L'hypothèse de rationalité repose essentiellement sur l'axiome de la transitivité des choix. Cette dernière traduit la cohérence des comportements de l'individu dans ses décisions. A chaque instant du temps, fait-on attention de ne pas violer cet axiome, c'est-à-dire préserve-t-on l'ordre de classement ? C'est le problème de l'instabilité des préférences. Lorsque les décisions se succèdent, assure-t-on une cohérence entre elles? C'est le problème de l’incohérence des préférences dans le temps. Illustrons ces deux points.
Prenons un étudiant parisien qui aime beaucoup visiter les boîtes de nuit, mais qui, pour réussir ses examens doit lire les livres écrits par ses professeurs. Il décide alors d'allouer chaque mois les 3/4 du montant mensuel de sa bourse pour visiter les boîtes de nuit et le 1/4 restant pour acheter les livres nécessaires à la réussite de ses examens. Le mois suivant, il consacre le 1/4 de sa bourse à visiter les boîtes de nuit et les 3/4 restant à acheter des livres. Si les prix et le montant de la bourse sont restés inchangés d'un mois sur l'autre et si les préférences de cet étudiant sont strictement convexes, on peut alors affirmer que l'individu, au lieu d'être irrationnel a des préférences instables. L'instabilité des préférences dans le temps n'est pas différente du problème posé par la comparabilité des alternatives. Si, à chaque période, le stock de connaissances que l'individu accumule fait apparaître de nouvelles alternatives ou des caractéristiques non observables auparavant, l'ordre des préférences se trouvera modifié. L'instabilité des préférences est ramenée à un problème d'information. L'étudiant parisien s'aperçoit à la fin du premier mois que les soirées passées à lire les livres de ses professeurs sont passionnantes.
Modifions légèrement le cadre de cet exemple. L'étudiant parisien décide de dépenser le premier mois les 3/4 de sa bourse aux soirées passées dans les boîtes de nuit et le 1/4 restant à l'achat de livres, mais il veut pour le mois suivant être studieux et consacrer cette fois les 3/4 de son budget mensuel aux études et non pas aux loisirs de la vie parisienne. Cependant, une fois le mois suivant arrivé, il revient sur sa décision passée et consacre toujours 3/4 de sa bourse à fréquenter sa boîte de nuit préférée, car le mois dernier il s'est particulièrement bien amusé ! Cet étudiant est alors incohérent dans sa préférence pour le temps, parce qu'il a remis en cause à la période suivante, le plan qu'il s'était fixé.
L'incohérence dans les préférences pour le temps est le signe d'une faiblesse de la volonté. Ce manque d'effort sur soi-même pour maîtriser ses passions ou ses instincts est un des thèmes favoris de la littérature. Chaque époque a ses héros prônant dans la lutte constante entre les passions et la raison une victoire de la seconde sur la première ou de la première sur la seconde. Contrôler ses passions ou ses instincts nécessitent un effort de volonté semblable à celui éprouvé pour guider le comportement de ses enfants, ou diriger l'équipe de rugby dont on est l'entraîneur ou s'assurer des performances du personnel de son entreprise. Cet effort de volonté sur soi-même ne se fait pas sans dépenser des ressources en temps et en argent.
Les méthodes qui ont pour but de contrôler son propre comportement peuvent être regroupées sous quatre rubriques :
1) celles qui renforcent, par un apprentissage, la volonté individuelle ; à savoir l'autodiscipline ;
2) celles qui sont le résultat joint d'une action modifiant l'environnement de l'individu et qui par là empêche la faiblesse de la volonté de s'exprimer;
3) les stratégies de pré-engagement ;
4) celles qui résultent d'une délégation de son autorité à d'autres personnes qui auront pour rôle de sanctionner l'individu si celui-ci ne fait pas des choix cohérents.

Discipliner son corps, son esprit et son caractère par soi-même ou avec l'aide d'une tierce personne revient à incorporer un ensemble d'attitudes ou de règles de conduite permettant à tout instant de contrôler son comportement. L'éducation de la volonté par la pratique d'un sport difficile est astreignante et un moyen de se forger une aptitude à se contrôler soi-même. La pratique de l'effort physique apprend à maîtriser en grande partie son propre corps. De la même manière, cultiver son intelligence, c'est-à-dire exercer son raisonnement, conduit à la maîtrise de la volonté:
Cette maîtrise de soi-même par un apprentissage de la volonté, de l'exercice de la liberté et de l'entendement nous renvoie à la doctrine stoïcienne de Zénon ou Chrysippe et aux écrits d'Epictète trois siècles plus tard. Discipliner son corps et son esprit par un apprentissage n'est pas quelque chose qui se fait sans coût. Il faut y consacrer non seulement son temps et son énergie, mais il faut aussi souvent faire appel au temps et à l'énergie de quelqu'un d'autre. Or, ceci, de nos jours, est devenu trop coûteux. En général on préfère des moyens moins consommateurs de temps et d'efforts. Par exemple, on peut très bien s'auto-discipliner en évitant de se mettre dans des situations où les tentations sont fortes d'être incohérent dans ses choix. La maîtrise de ses passions sera obtenue comme un produit joint d'un autre choix ou d'une autre action. Revenons à l'exemple de notre étudiant. Celui-ci peut renoncer à faire ses études à Paris pour aller en Province dans une petite ville universitaire ou les professeurs sont bons et les boîtes de nuit absentes. En choisissant d'aller en Province dans une ville sans boîtes de nuit l'étudiant élève artificiellement le prix pour lui d'une soirée parisienne du coût monétaire et non monétaire du trajet Province Pari Province. C'est une stratégie de contournement des faiblesses de la volonté.
D'autres stratégies connues sous le nom de "pré-engagement" sont aussi très efficaces. Elles sont parfaitement illustrées par le fameux passage d'Ulysse et les Sirènes dans le livre de l'Odyssée (d'où le titre du livre d'Elster sur la rationalité et l'irrationalité) ou par le sabordage de la flotte de Cortés quand ce dernier s'est lancé à la conquête du Mexique. D'une façon plus ou moins quotidienne, cette stratégie est la suivante : une femme qui aime faire les magasins mais qui ne sait pas résister au boniment d'un vendeur ou qui n'ose pas lui faire de la peine achètera trop de marchandises compte tenu de sa contrainte de budget. Un moyen simple pour cette femme au foyer d'éviter de succomber à cette tentation est de visiter les magasins sans argent dans son porte-monnaie.
Il est vrai que l'apparition du compte chèque ou des cartes de crédit rend plus difficile ce type de contrôle sur soi-même puisque le paiement ou le prélèvement sur le revenu de l'individu est dissocié de l'achat de la marchandise. Le sens commun ne s'y trompe pas en affirmant que ces moyens de paiement poussent à la consommation présente. L'exploitation de la faiblesse des gens ou de leur manque de volonté ou de maîtrise d'eux même par les vendeurs est largement répertoriée. Lorsque dans un magasin le prix affiché pour un article de consommation courante est de 49 F 99 centimes au lieu 50 F, c'est que l'on espère bien qu'il existera un consommateur marginal qui, au lieu de lire 50 F, lira 49 F et que ce défaut de perception ou de calcul mental suffira à emporter la décision d'achat. La vente au porte à porte est souvent un moyen de vente efficace, car psychologiquement, il est plus difficile de dire non à un interlocuteur que l'on reçoit chez soi. Les firmes de vente par correspondance utilisent le goût pour les jeux de hasard des consommateurs, et vendent conjointement avec un billet de loterie leurs produits. C'est un autre moyen de faire succomber à la tentation d'acheter. C'est aussi une des critiques faite à la publicité.
L'art de se contrôler soi-même est à peu près identique à l'art de contrôler d'autres personnes. Or, une des stratégies les plus couramment utilisées est celle qui consiste à déléguer son autorité sur soi-même à un tiers bienveillant. Les professeurs, les psychanalystes, les prêtres ou les parents jouent depuis longtemps un tel rôle. Ceux-ci se chargent de vous punir ou de vous récompenser si vous ne respecter pas votre plan initial ou si vous n'avez pas un comportement raisonnable. Ainsi, notre étudiant, au lieu de vivre seul dans une chambre en ville peut décider de partager celle-ci avec un ou une camarade n'ayant pas ses goûts pour les boîtes de nuit et qui ferme la porte de l'appartement dès 9 heures du soir. il peut aussi rester chez ses parents et ceux-ci peuvent le sanctionner s'il ne travaille pas suffisamment ou s'il rentre trop tard au domicile chaque soir. D'une façon ou d'une autre, tous les stratagèmes ont pour but de modifier à la hausse le prix non monétaire de l'activité non désirée. Les différentes techniques pour maîtriser la cohérence des choix ont un coût. Celles qui se répandront seront sans doute les moins coûteuses en temps et en argent.
Cette façon de rendre compte des comportements irrationnels par l'hypothèse de rationalité elle-même, pourvu que l'on cesse de considérer le calcul rationnel comme une activité exempte de coûts, ne conduit-elle pas à rendre irréfutable le postulat de rationalité ?
En effet, le montant optimal de rationalité s'obtient lorsque le gain marginal de la comparabilité des alternatives et de la cohérence des choix est juste égal à son coût marginal. Or égaliser le coût marginal de l'information ou de la cohérence des choix avec son gain marginal n'est-ce pas déjà faire preuve d'un comportement rationnel ? Comment ce minimum de rationalité est-il déterminé ? Tout comportement irrationnel peut-il être déclaré rationnel par le simple postulat de l'existence de coûts qui n'ont pas été pris en compte par l'observateur ?
La première remarque est tout à fait fondée. Les économistes qui adoptent cette attitude font l'hypothèse que tous les individus concernés sont au départ dotés d'une capacité à arrêter leurs actions quand le coût de celle-ci excède le gain attendu ou bien à la poursuivre quand le gain attendu est supérieur à son coût (il existe donc un montant déterminé de rationalité a priori dans un sens très différent de celui que nous avons énoncé : la capacité à saisir une opportunité de profit ou à éviter des coûts en excès de ce qu'ils rapportent), mais ce n'est pas parce qu'ils en sont dotés que l'on observera de leur part un comportement qui consiste à appliquer cette règle. L'autre remarque est tout aussi pertinente. Si l’on peut toujours interpréter n’importe quel comportement comme “rationnel”, le concept de rationalité devient purement tautologique. Ce n'est pas le cas. En effet, si les coûts (resp. les gains) pour comparer les alternatives ou être cohérent dans les choix augmentent (resp. diminuent), on devrait observer des comportements de plus en plus irrationnels. C'est cette prédiction sur les processus de décisions eux-mêmes qui ne rend pas tautologique cet argument. Si les coûts pour être rationnel excèdent les gains et que l’individu a un comportement rationnel, alors le concept de rationalité est réfuté. L’individu est irrationnel au sens où il ne saisit pas une opportunité de profit nets des coûts en connaissance de cause.
Poussons l'argumentation plus loin. Imaginez que vous vouliez réfuter cette hypothèse en vous comportant de manière irrationnelle, c'est-à-dire en refusant de saisir une opportunité de profit quand elle se présente. En effet, vous êtes libre de ne pas être rationnel. Mais cette liberté a un coût d’opportunité. Plus ce coût d’opportunité augmente, moins vraisemblablement vous adopterez cette attitude consistant à vouloir réfuter l’hypothèse de rationalité en vous comportant de manière irrationnelle.

6- La rationalité n'est pas une prémisse de la théorie économique mais une conclusion

Le comportement rationnel ou d'optimisation n'est pas une prémisse de la théorie économique même si on le présente souvent comme tel. Il est le produit d'une structure d'interaction qui sélectionne le comportement rationnel parce que celui-ci procure des gains qu'aucun autre comportement ne permet d'obtenir ! C’est le cinquième axe. Si les rendements attendus d'un comportement rationnel n'excèdent pas les coûts des investissements faits pour l'être, ce comportement ne se développera pas Comme les coûts et les gains diffèrent d'un individu à un autre ou d'une décision à l'autre, l'économiste ne s'attend pas à observer systématiquement un tel comportement chez les acteurs économiques pour toutes les décisions qu'ils sont amenés à prendre. Il peut même être avantageux de demander à d'autres d'exercer cette activité à sa place. Une demande potentielle de décisions rationnelles par l'individu sera alors une source de profit pour des entrepreneurs capables de produire les services demandés. Un marché de la comparabilité des alternatives et de la cohérence des choix se développera. Il sera d'autant plus important que le coût d'une erreur de décision ou d'un choix passionnel ou non rationnel est élevé. Il en est ainsi du choix d'un conjoint, d'un emploi, d'un appartement, d'une carrière professionnelle ou d'un prêt, etc. Le développement des agences matrimoniales ou des agences immobilières ou des banques, c'est-à-dire des intermédiaires en général qui rapprochent les offres des demandes, permettent entre autre aux individus de comparer les alternatives à un moindre coût. Le développement des contrats, des droits et toutes les institutions qui vendent l'art et la manière de maîtriser son corps et son esprit offrent aux individus l'opportunité de se prémunir contre leurs propres faiblesses et de maintenir une certaine cohérence dans leur choix.
Le développement extraordinaire du commerce, la complexité croissante des produits ou des alternatives existantes, l'allongement de la durée de la vie humaine et l'accroissement phénoménal de la richesse rendent les erreurs de décision extrêmement coûteuses en termes d'alternatives perdues qui avec l'irréversibilité du temps, deviendront rapidement inaccessibles. La demande d'un comportement rationnel s'en trouve considérablement accrue. La rationalité est un comportement demandé et offert dans nos sociétés de marchés concurrentiels.
En réalité comme le souligne Hayek (1973) :

"Le comportement rationnel n'est pas une prémisse de la théorie économique, bien qu'on présente souvent la chose ainsi. La thèse fondamentale de la théorie est au contraire que la concurrence est ce qui oblige les gens à agir rationnellement pour pouvoir subsister. Elle se fonde non pas sur la supposition que la plupart des participants au marché, ou même tous, sont rationnels mais au contraire sur l'idée que ce sera généralement à travers la concurrence qu'un petit nombre d'individus relativement plus rationnels mettront les autres dans la nécessité de devenir leurs émules en vue de prévaloir. Dans une société où un comportement rationnel confère à l'individu un avantage, des méthodes rationnelles seront progressivement élaborées et se répandront par imitation. A quoi bon être plus rationnel que le reste, si l'on ne vous laisse pas tirer un bénéfice de l'être ?"

Cette idée a été confortée d'une autre manière par le prix Nobel Vernon L. Smith qui l'a reçu pour avoir contribué à développer l'économie expérimentale.

7- le critère ultime de vérité d’une théorie ou d’un argument n'est pas sa conformité avec les faits ou sa réfutabilité.


Dans les attitudes précédentes, il y a la reconnaissance implicite que l’on doit juger de la validité d’une argumentation en référence à l’observation de faits. Toute proposition non réfutable ou logiquement irréfutable est jugée comme conventionnelle et arbitraire, donc comme non scientifique. Elle est alors disqualifiée par ce fait même. Un argument ou une théorie devrait être réfutable pour qu’on lui accorde le label de scientifique.

Il va de soi que ce critère, pour rejeter un argument comme vrai ou faux, n’a rien de scientifique. Le mot : "science" vient de "scienta" , comme le rappelle fort opportunément M.Rothbard dans son article :" The Mantle of Science" (republié dans M.Rothbard 1997,The logic of Action, Edward Elgar Publishing.) et qui veut dire "connaissance correcte"! Prétendre que pour avoir uen connaissance correcte il faut tester les arguments avancés sur des faits adéquats est une proposition normative et non une proposition testable ! Cette définition de la science est donc purement conventionnelle et arbitraire. Ne nous laissons pas impressionner par un critère de validité que les "scientifiques" ne s’appliquent pas à eux-mêmes.

En effet, les êtres humains disposent d’un libre arbitre. Ils sont rationnels. C’est bien ce qui différencie l’homme de l’animal. La rationalité n’est pas une hypothèse à tester, puisqu’en faisant le test, l’homme applique et utilise un comportement rationnel. La rationalité est constitutive de l’être humain.

Il n’est pas possible en sciences de la nature d’observer directement les éléments de base de l’interprétation théorique, tels les molécules ou les atomes. En revanche, en sciences humaines, les éléments de base de l’interprétation théorique, les individus et leurs désirs, sont de nature directement empirique. Les hommes, par l'introspection, ont une connaissance directe de leurs désirs et projets. Ils peuvent comparer ces projets et être cohérents dans leur choix s’ils le désirent. Mais ils peuvent, aussi, ne pas l’être. La rationalité individuelle n’est donc pas une hypothèse au sens où on l’entend habituellement c’est- à- dire une supposition qu’il faudrait accepter ou rejeter, c’est une certitude, une évidence, un axiome. C'est le dernier et septième axe.

Ce que l'on observe en sciences humaines, c'est l'action des individus, par définition ou par nature, ils ont un comportement intentionnel tendu vers des fins et usent de moyens pour les atteindre. Les planètes, les pierres, les molécules, n'agissent pas, elles ne choisissent pas leur trajet dans l'espace comme le font des hommes embarqués dans un vaisseau pour aller sur la Lune. Seuls les etres humains ont le libre arbitre et la conscience. Ignorer dans l'analyse ce simple fait de nature et considérer les etres humains comme des molécules revient à construire une réalité érronée et fondamentalement non scientifique. Contrairement aux sciences de la nature, l'économie n'est pas une discipline où des "causes" déterminent le comportement individuel mais une dsicipline "téléologique" où les fins poursuivies par les indivdius sont déterminantes.

Quel est alors le critère authentique du vrai et du faux dans le domaine de l’action humaine ? Au niveau théorique, c’est la cohérence logique des déductions que l’on tire d’un comportement rationnel, orienté vers une fin, et compatible avec les fins poursuivies par les autres acteurs individuels. Au niveau pratique ou empirique, cela se traduit par une réflexion sur les raisons pour lesquelles les projets tels qu’ils étaient anticipés par chacun n’ont pu être réalisés. C’est ce que l’on va observer lorsque l’on empêche par la violence ( y compris la violence politique) le système de prix de fonctionner. Cela se traduit aussi par ce que l'on appelle l'analyse contre factuelle. Quels auraient été les événements qui auraient façonné l'histoire individuelle ou celle d'un ensemble d'individus si telle décision n'avait pas été prise ou si tel évènement ne s'était pas passé ? Par exemple quel aurait été le niveau de vie des allemands de l'Est si ces derniers n'avaient pas vécu sous un régime communiste pendant 45 ans ? La réponse a été donnée partiellement par l'histoire. Ils auraient eu le niveau de vie des allemands de l'Ouest.

Encore que l'on puisse discuter de cette proposition parce que ceux qui ont choisi cette voie volontairement, c'est-à-dire ceux qui ont dirigé le pays et ceux qui les ont soutenus, contrairement à ceux qui ont été contraints de les suivre, ont révélé qu'ils préféraient la pénurie et une situation de relative pauvreté à celle de la richesse.
Constamment les individus par leurs actes révèlent quelles auraient été leurs vies s’ils n’avaient pas pris la décision qu’ils ont prise. L’acte d’émigrer, de travailler ou d’y renoncer, de se marier ou de rester célibataire etc. révèlent lorsqu’ils sont non contraints la valeur d’une situation ou d’un système institutionnel telle qu’elle est perçue par les individus eux-mêmes par rapport à son alternative.

Cette brève analyse montre qu'il n’y a pas un accord total entre économistes sur la bonne façon de juger si une théorie est bonne ou mauvaise. Certains veulent appliquer strictement les méthodes expérimentales ou de vérifications empiriques développées dans les sciences de la nature en arguant qu'il n'y a qu'une méthode scientifique. D'autres, au contraire, voient dans l'application de cette méthodologie à un domaine qui ne s'y prête pas une imitation servile fondamentalement anti scientifique.

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  La logique


Les sophismes


Les métaphores


La méthodologie


Les statistiques

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Les trois points clefs pour écrire un papier
par Bertrand Lemennicier

Le débat: Économie et Mathématique

La révolte des étudiants de la rue d'Ulm contre leur enseignement de microéconomie


Depuis le début de l'année 2000, des conférences organisées dans le monde étudiant sur l'économie et son enseignement à l'Université ont permis à des étudiants animés par les mêmes préoccupations ("sortir des mondes imaginaires", retour aux faits et aux enjeux économiques actuels, etc.) de se rencontrer.

Un réseau s'est ainsi progressivement constitué, qui s'est étendu de proche en proche: de fait essentiellement parisiens au départ (facultés d'économie, ENS Ulm et Cachan, ENSAE, Université et magistère d'économie de Paris I, Universités de Nanterre et Versailles-Saint-Quentin, etc.), des liens se sont étendus aux universités de province. C'est alors qu'est né le projet de lettre ouverte des étudiants aux responsables de l'enseignement de l'économie.

Cette lettre ouverte a été signée par 800 étudiants, et 200 professeurs. Le moment critique a fait son chemin: nous sommes pris au sérieux par l'institution. Mais il reste à investir le terrain des propositions. C'est pourquoi nous avons rédigé un "manifeste", qui tire les conséquences de notre lettre ouverte en terme d'orientations de réformes. Nous vous invitons à le signer et à le diffuser le plus largement possible.

Manifeste pour une réforme de l'enseignement de l'économie A l'attention de Monsieur le Ministre de l'Éducation Nationale et des responsables des UFR d'économie:

" Si elle [ la théorie micro-économique standard ] est fausse, pourquoi ne pas s'en débarrasser ? Je pense que les manuels sont scandaleux. Je pense qu'exposer de jeunes esprits impressionnables à cet exercice scolastique, comme s'il disait quelque chose sur le monde réel, est scandaleux. "

(Herbert Simon, prix Nobel d'économie, in Models of bounded rationality, vol. 3, 1997, p. 397)



"Alors les économistes, on s'ennuie ? Eh bien il est temps de réagir ! Car depuis l'initiative prise par notre mouvement de faire circuler une lettre-pétition pour une réforme de l'enseignement de l'économie (cf. www.autisme-économie.org), le débat a été lancé un peu partout en France et à l'étranger. Les enseignants et les responsables nous prennent au sérieux. C'est donc le moment de traduire nos critiques en propositions : La lettre appelait à sortir des " mondes imaginaires ". Pour atteindre cet objectif, il convient d'avoir une connaissance fine de l'économie concrète, de ses acteurs et de son environnement. Les cursus devraient comporter une part beaucoup plus grande d'économie descriptive qui comprendrait l'histoire des faits économiques, l'étude des principales institutions économiques (États, institutions internationales, entreprises, syndicats, ménages, etc.), ainsi que la géographie économique. Elle déplorait " l'usage abusif de la formalisation ". La question n'est pas " pour ou contre les maths " : les techniques quantitatives et formelles sont justifiées, mais dans la mesure où elles répondent à des problèmes économiques précis (ex. : décisions d'investissement des firmes, effet des minima sociaux, etc.). Les maths ne sont pas une garantie de scientificité. Elle s'inquiétait de l'absence de contextualisation des théories présentées. C'est pourquoi les cours devraient fournir les éléments nécessaires à une véritable réflexion sur les enjeux politiques et éthiques de l'économie, en partant de questions fondamentales (" à quoi sert l'État ? ", " qu'est-ce qu'une société juste ? ", etc.). Ces propositions ont pour conséquence la disparition des fameux blocs " micro 1, 2,… ", " macro 1, 2,… ", dont les contenus ne seront repris que s'ils sont vraiment nécessaires à la résolution de problèmes économiques (et dans le cours d'histoire des théories) : exit les calculs de TMS à longueur de semestres ! Tous les étudiants, enseignants et leurs représentants, sont appelés à apporter un soutien actif à ces propositions. C'est le seul moyen d'être enfin écoutés par une institution qui trop souvent résiste à toute volonté de changement."

Mouvement des étudiants pour la réforme de l'enseignement de l'économie 45, rue d'Ulm 75005 PARIS.



Ces étudiants manquent-ils de curiosité intellectuelle au point de ne pas lire et relire ce que les économistes ont déjà dit sur le débat entre économie et mathématique ? Ou bien la querelle ne cache-t-elle pas un autre débat, plus politique où l'on veut confondre libéralisme et théorie néo-classique ?

Cette confusion d'ailleurs démontre combien les étudiants de l'École Normale sont ignorants de ce qu'est la philosophie politique libérale et du libéralisme en économie puisque la théorie néoclassique est fondamentalement interventionniste et à l'opposé de la pensée classique libérale.

Une grande partie des critiques faites à la théorie néoclassique par les étudiants de l'école normale est parfaitement justifiée. Mais ces critiques sont les mêmes que celles des années 1968 lorsque le débat entre marxistes et néoclassiques faisait rage et que les néoclassiques étaient minoritaires.

Il est particulièrement intéressant d'essayer de comprendre pourquoi en une génération les économistes non matheux, ex-marxistes ou non marxistes, ont été évincés de l'enseignement.

Cette querelle ne concerne pas les économistes ultra libéraux ou libertariens français. Ils ont été éliminés de l'enseignement à la fin du XIX siècle grâce au sympathique Jules Ferry qui par ailleurs n'a guère soutenu son ami "mathématicien" et socialiste L.Walras qui s'est exilé à l'université de Genève. Ne soyons donc pas surpris de l'inculture des étudiants de l'Ecole Normale ou d'ailleurs, en matière de libéralisme, ils n'ont jamais été exposés à un véritable enseignement de philosophie politique et économique libérale.

La querelle politique est évidemment en filigrane dans l'esprit des étudiants de la rue d'Ulm. Mais c'est une querelle de "gauche" car pour un libéral, la théorie néoclassique et l'usage des mathématiques en économie sont fondamentalement scientiste et socialiste.

Il est amusant de voir des gens de gauche ( voir la pétition) pro-étatistes et désireux de contrôler et régenter le destin et la vie privée des autres par la violence politique critiquer le scientisme et le socialisme de l'appareil analytique des néoclassiques !

Le débat est avant tout une :

Une querelle technique

Maurice Allais (1954) "Puissance et dangers de l'utilisation de l'outil mathématique en économie " , Econmetrica

Juan Carlos Cachanosvky (1986) "L'économie politique contre l'économie mathématique
" , Libertas, Buenos Aires, 1986.Traduit de l’espagnol par François Guillaumat.


Nicolas Gertchev et Bertrand Lemennicier(2002) "L'invasion de l'économie par les mathématiques" , Laboratoire d'Economie Publique, Université de Paris II.

Une querelle méthodologique

Milton Friedman (1953) La méthodologie de l'économie positive dans Essays in Positive Economics, The University of Chicago Press

Mario Rizzo (1976) Praxéologie et économétrie : une critique de l'économie positive New Directions in Austrian Economics,,édité par Louis M. SpadaroKansas City: Sheed Andrews and McMeel, Inc.

Pierre Bourdieu (2002) L'habitus économique dans les Structures sociales de l'économieSeuil, Collection Liber

Friedrich Hayek (1952)Le caractère subjectif des données dans les sciences sociales dans Chapitre III du livre Scientisme et Sciences Sociales , Plon, Coll. Agora, 1991


Leonard Peikoff (1967)"La dichotomie analytique-synthétique" dans Introduction to Objectivist Epistemology par Ayn Rand,New American Library, New York

Ce débat n'est pas nouveau :


John Elliot Cairnes (1875) The Character and Logical Method of Political Economy London Macmillan, enlarged edition


Une querelle politique

Alfred Sauvy(1949)La science économique, dans: le Pouvoir et l’Opinion, Chapitre 12, Editions Payot, 1949


Friedrich Hayek(1949)Les intellectuels et le socialisme, publié dans la University of Chicago Law Review, et republié en 1998 (avec une introduction), The Institute of Economic Affairs (Rediscovered Riches No. 4)


Hans Herman Hoppe(1995)Les élites naturelles, les intellectuels et l'Etat, discours prononcé à San Francisco,Californie pour le Supporters' Summit de 1995 du Ludwig von Mises Institute

Bertrand Lemennicier (1989)L'originalité des Economistes Universitaires Français en collaboration avec Olivier Marrot et Philippe Setbon, JEEH

Bertrand Lemennicier (2003) Les Curriculum Vitae des membres du Conseil d'Analyse Economique révèlent que le Premier Ministre est entouré d'une élite intellectuelle scientiste et socialiste.

"Les membres du Conseil d'Analyse Economique sont principalement :
1)issus des grandes écoles ou de l'université,
2) spécialisés en macroéconomie et finance internationale
3) et ont majoritairement des opinions politiques de gauche, paradoxalement le changement de gouvernement ( de Jospin à Raffarin) a accentué cette dernière tendance!


Bertrand Lemennicier (2004) Le profil intellectuel de la génération montante des économistes au premier concours d'agrégation de sciences économiques de l'enseignement supérieur de 2003-2004

Friedrich Hayek (1952) La Source de l'orgueil scientiste :
L'École polytechnique
Chapitre 11 de "The Counter-Revolution of Science," Liberty Fund



Pascal Salin (2006) : Un cas exemplaire de terrorisme intellectuel: l'offensive contre le jury de l'agrégatiion de sciences économiques de 2003-2004
publié sur internet dans Le Quebecois Libre



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