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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
richard Cobden et la ligue
 
L’abolition des lois sur les céréales et la ligue de Richard Cobden
par Bertrand Lemennicier
2001-2003



 L’abolition des lois céréales en Angleterre est le plus grand triomphe que le libre échange ait remporté au XIXe siècle. Ÿ
Karl Marx
Discours sur la question du libre échange prononcé le 7 janvier1848 à l’association démocratique de Bruxelles.

Incidemment dans ce discours, Karl Marx ne mentionne pas le nom de Richard Cobden. Ce dernier est pourtant connu mondialement à l'époque où K.Marx prononce son discours. En revanche il cite des seconds couteaux, Bright et Bowring, voire des troisièmes ou quatrièmes couteaux, Morse, Greg, ce qui en dit long sur l'honneté intellectuelle de cet auteur.


Richard Cobden naît le 3 juin 1804 à Dunford-House, antique ferme du petit village de Midhurst, près de Heyshott dans le West Sussex. Son père homme médiocre de caractère vends la propriété familiale et émigre dans le Hampshire où il vit de la charité de ses proches. Le jeune Richard est envoyé par un oncle maternel, marchand à Londres, dans une école du Yorshire. Il y demeure de 10 à 15 ans . Il quitte l’école avec un mauvais souvenir et est embauché comme commis dans la boutique de son oncle. Après des débuts pénibles, il gagne son estime par son zèle. A 21 ans son oncle l’envoie visiter sa clientèle. Pendant 3 ans, il parcourt toutes les routes d’Angleterre comme simple voyageur de commerce. A l’âge de 24 ans, il prends l’initiative de vendre à Londres, en qualité de commissionnaire, des étoffes de calicots imprimées à Manchester. Le succès est immédiat. Il fonde alors avec deux de ses amis une société, emprunte de l’argent et part pour Manchester où il ouvre un magasin, puis plus tard une imprimerie de tissus. Il s’installe à Manchester et , non content de diriger une activité prospère, il crée une école là où se trouve son usine.

A trente ans, il est assez riche pour se livrer à sa passion : les voyages. Entre 1833 et 1837,il parcourt la France, l’Italie, le Portugal, l’Espagne, la Suisse, l’Amérique, l’Egypte, la Grèce et la Russie. Il revient en 1837 au moment de l’avènement de la fameuse Reine Victoria. (20 juin 1837). Le changement de souverain donne lieu à des élections générales, présenté par quelques amis libéraux, il échoue à Stockport. En août 1838, il visite les Etats d’Allemagne récemment réunis par la  Zollverein Ÿ. De 1838 à 1846, la vie de Cobden ne peut être séparée de l’histoire de la campagne pour l’abolition de la loi sur les céréales. Il devient membre du parlement en 1841 nommé par la ville de Stockport.

Le parlement se compose, à l'époque, d'environ 580 députés, dont 160 élus par les comtés, c'est-à-dire la campagne, et 420 par les "burroughs", c'est-à-dire les agglomérations. Il est divisé en deux grands partis, le parti conservateur, appelé tory, et les whigs nous rappelle Jacques de Guénin lors d'une conférence à Euro92.
Comme en France à l'époque, pour être électeur, il fallait satisfaire à certaines conditions de revenu, et ces conditions étaient telles que la totalité des comtés élisaient des membres de l'aristocratie. Les bourgs élisaient certes des aristocrates, mais aussi des députés issus de la bourgeoisie manufacturière et commerciale. Toutefois les deux partis étaient contrôlés par l'aristocratie. Donc, que la majorité fut tory ou whig, le parlement était sous le contrôle de l'aristocratie


Après la dissolution de la ligue, il fait des voyages en Europe où il rencontre tous les grands de ce monde. Le Roi de France ou l’Empereur de Russie. Il s’oppose à la guerre de Crimée 1854-1856.En 1860, il a pour mission de signer, pour le compte de William Gladstonee.
premier ministre, le traité de libre échange entre la Grande Bretagne et la France Michel Chevalier. Il meurt le 2 avril 1865 d’une bronchite aiguë.

L’histoire de la Ligue

La ligue naît officiellement en 1838 à Manchester. A la fin de 1836 une crise économique frappe l’Angleterre, en 1838 une mauvaise récolte créé un déficit de production de blé dans le pays. Le prix du blé augmente, le chômage augmente, le salaire réel baisse, la misère se développe, vols, violence, révoltes, décès frappent les esprits des contemporains. Les manufacturiers dénoncent alors les lois sur les céréales de 1814 comme cause de tous ces troubles.
En octobre 1837, Joseph Hume, Francis Place et John Roebuck forment une association contre les lois sur les céréales. L’année suivante, le docteur Birnay organise un meeting au Théatre de Bolton à Manchester et invite un dénommé Paulton pour dénoncer les lois sur les céréales. La conférence a un tel succès que Paulton répète la même conférence pendant plusieurs jours. A l’une de ses conférences le docteur Bowring et quelques hommes d’affaires (J.B.Smith l’une des grandes fortunes de Manchester ) et directeur de journaux Archibald Prentice ( redacteur en chef du Manchester Time) prennent la décision d’organiser des conférences non seulement à Manchester mais aussi à Birmingham, Wolverhampton, Leicester, Coventry et Derby. ð
Richard Cobden qui est aussi un homme d’affaires joint le groupe au retour de son voyage en Allemagne. Lors d’un meeting à la chambre de commerce il propose l’abolition immédiate des lois sur les céréales et gagne les votes contre le président de cette chambre qui était aussi un membre du parlement britannique.

Le groupe commence alors à lever des fonds(1000 livres sterling) pour créer un journal (l’anti-Corn Law Circular) et organiser une pétition pour l’envoyer au parlement. Ils envoyèrent cette pétition après qu’elle fut signée par la chambre de commerce de Londres. Le parlement britannique la rejette par 344 voix contre 197. C’est alors la guerre. Richard Cobden propose alors de former une association à l’image de la ligue Hanséatique:
la ligue contre les lois céréales. L’Anti-Corn Law League était née.

Un conseil exécutif a été créé à Manchester même, composé de 50 membres pour organiser, contrôler et soutenir les efforts de la ligue. Pour devenir membre de ce conseil, il fallait verser 50 £. A la fin de la campagne en 1846, le conseil était composé de 300 membres. G.Wilson , remarquable organisateur, était le Président de la ligue et Cobden le leader intellectuel avec John Bright. Le trio a été remarquable.

Les membres de la ligue écrivaient des articles, publiaient des booklets et un journal dont le tirage a atteint en 1846 plus de 20 000 exemplaires. La ligue envoya dans tout le pays des conférenciers pour éduquer les paysans, organisa des meetings, festivals , et soirées, des comités de femmes, d’électeurs et récolta des fonds par souscriptions et exhibitions. Elle finit par se construire son propre centre de conférence à Manchester le "Free Trade Hall" dont parle K.Marx.
La ligue créa un réseau d’influence, surtout parmi les journalistes. Elle a ses entrées dans le Manchester Time, mais aussi dans le célèbre journal "The Economist " , que tout le monde connait aujourd'hui, qui fut créé à cette occasion par James Wilson, membre de la ligue. Les ligueurs n’ont pas, non plus, négligé le Parlement où ils développèrent un réseau d’influence avec les députés Villiers, Gison, Bowring etc. Cobden a été lui même nommé membre du Parlement en 1840 par la ville de Stockport.

La collecte des fonds est un essentielle pour financer cette campagne  d’agitation Ÿ pour demander l’abolition de la loi. La ligue démarre en 1839 avec £5000, elle passe rapidement à £6000 en 1840, £10000 en 1841 en 1845 1 an avant le succès la ligue leva £ 500 000 alors que le budget de l’Etat anglais s’élevait à environ £4 000 000 de livres sterling c’est-à-dire le succès de cette opération puisque les fonds de la Ligue font 12% du budget du gouvernement anglais de l’époque.

Voici par exemple une photographie de ce qu' ont été les fonds en 1844. Ces chiffres sont extraits d'un rapport présenté dès le 22 janvier 1845, par M. Hickin, secrétaire de la Ligue devant un public de 10 000 personnes chiffres que nous tirons de la conférence de J. de Guénin à Euro 92

Année 1844
Voici d'abord le compte d'exploitation. Les chiffres entre parenthèses représentent une tentative d'expression des livres de 1845 en francs 2000 sur la base d'une évaluation des pouvoirs d'achat respectifs (I £ 1840=550 F 2000).

Recettes 86 009 livres (47 300 000 F)
Dépenses 59 333 livres (32 600 000 F)
Balance en caisse 26 676 livres (14 700 000 F)

Plus de 200 meetings ont été tenus en Angleterre et en Ecosse, à ne parler que de ceux où ont assisté des députations de la Ligue.
Il a été distribué 2 millions de brochures, et 1 340 000 exemplaires du journal hebdomadaire de la Ligue (soit une diffusion de plus de 20 000 par semaine).Les bureaux de l'association ont reçu un nombre immense de lettres, et en ont expédié environ 300 000.
Les professeurs de la Ligue ont ouvert des cours dans 36 comtés sur 40. Partout, et principalement dans les districts agricoles, on demande plus de professeurs que la Ligue n'en peut fournir.
L'Angleterre a été divisée en 13 districts électoraux. Des agents éclairés, rompus dans la connaissance et la pratique des lois, ont été assignés à chaque district pour surveiller la formation des listes électorales et en poursuivre la rectification devant les tribunaux.
L'opération a été exécutée dans 160 bourgs. Jusqu'ici on peut considérer que les free-traders ont eu l'avantage sur les monopoleurs dans 112 de ces bourgs, et, dans le plus grand nombre, cet avantage suffit pour assurer la nomination de candidats engagés dans la cause du libre commerce.


En 1846 Robert Peel bien connu des économistes pour son  Act Ÿ de 1844 qui renouvelle le privilège d’émission de la monnaie (c’est-à-dire son monopole) par la banque d’Angleterre, décide d’abolir les lois sur les céréales, mettant fin à la campagne menée par les ligueurs. L’anti-Corn Law league est dissoute dans l’année.

Après 8 années d’efforts soutenus et constants, la ligue l’emporte. Cette campagne d’agitation est exemplaire de la façon dont est abolie une loi ou au contraire de la façon dont on obtient une législation protectionniste. Plusieurs grandes campagnes d’opinions ont existé à la même époque, celle sur l’abolition de l’esclavage, celle des lois pour les pauvres de 1834 avec E. Chadwick et celle pour le brevet d’inventions à la fin du siècle etc… L’Anti Corn Law nous intéresse parce qu’elle illustre la théorie de la formation des croyances collectives par les cascades d’opinion. Son succès vient de la coïncidence qui existe entre le groupe des experts, les économistes, et des journalistes qui sont homogènes et parlent d’une même voix, condition impérative pour déclencher une cascade d'opinion en faveur de l'abolition.

La méthode de la Ligue

La campagne d’agitation menée par la ligue est exemplaire des techniques utilisées pour influencer l’opinion publique telle que la théorie des cascades nous l’enseigne. Nous allons distinguer 9 étapes dans ce processus.

1 -Consulter des experts ( les économistes) et leur demander de produire des articles et des livres contre les lois sur les céréales et les diffuser dans les médias, via ses propres journaux ou le réseau d’influence dans les autres médias.
2 -Créer une coalition d’hommes d’affaires, qui soutiennent les idées et qui apportent leurs concours financiers à la ligue
3- Lever des fonds par souscription, organisation de festivals, de rencontres, d’exhibitions.
4 -Organiser des meetings, des soirées, des débats avec des opposants dans les cafés et les théâtres.
5 -Informer et éduquer les victimes de la législation.
6- Couvrir tout le territoire avec des associations et des comités
7 -Présenter des candidats aux élections
8 -Utiliser des événements dramatiques pour rendre les messages de la ligue plus crédible encore à l’homme ordinaire de la rue.
9- Disposer d’un  entrepreneur charismatique Ÿ qui promeut les idées auprès des hommes politiques sous la forme de solutions à des problèmes pressants et d’arguments pour les vendre.

On ne peut que constater l'actualité de telles techniques, elles sont abondamment utilisées par les ennemis de la liberté comme les altermondialistes.

Les arguments de la Ligue

De nombreux mouvements d’opinion sont déclenchés sans le secours d’une argumentation rationnelle, l’action de Cobden n’appartient pas à cette catégorie. Or , les arguments ont été une force essentielle de la ligue dans sa campagne d’opinion. C’est effectivement le plus étonnant de cette histoire. En effet, si une chose semble bien difficile c’est justement de faire comprendre la doctrine libérale à la population. Deux siècles après l’obstacle est toujours le même.

F.Bastiat écrivait :
 On peut se poser la question suivante : les bénéfices de la liberté sont ils si bien cachés qu’ils ne sont évidents qu’aux seuls professionnels : les économistes?
Oui , on doit l’admettre, nos opposants dans ce domaine ont un avantage décisif: ils ont besoin de quelques mots pour établir une demi-vérité, alors que , pour démontrer qu’il s’agit d’une demie vérité, nous devons avoir recours à des dissertations longues et arides. Ÿ


L’impact d’un droit de douane.
Reportons-nous au graphique suivant.

L’axe horizontal mesure les quantités de blé et l’axe vertical le prix du blé par quarter. On suppose l’offre de blé inélastique et la demande est linéaire. Le prix du blé par quarter sur le marché mondial est 0Pm. Les quantités produite et importée à ce prix sont mesurée par 0qm. Si l’offre de blé sur le marché intérieur excède cette quantité le prix sur le marché intérieur est inférieur au prix mondial, donc les producteurs de blé exporte leur blé au prix mondial. L’offre de blé s’établit à 0qm. En revanche si la récolte est mauvaise, le prix sur le marché intérieur s’établit à 0Pi. Il excède 0Pm du montant PiPm. Les quantités offertes sont mesurées par 0qi. Les consommateurs ou les spéculateurs déstockent leur blé ou l’ importent des marchés étrangers de telle sorte que l’offre de blé reste à 0qm. C’est ce qui se passe si l’échange est libre entre les individus. Le revenu des producteurs de blé est mesuré par la recette celle-ci avec libre échange se mesure par l’aire G+H+I. En absence de libre échange (interdiction d’importer du blé), la recette se mesure par l’aire B+D+G. Si la demande est linéaire elle sera maximum au point de la demande où l’élasticité est unitaire. Les consommateurs voient les gains à l’échange (différence entre le prix qu’ils paient et celui qu’ils étaient prêts à payer ou surplus du consommateur) être les plus élevés avec le libre échange : aires A+B+C+D+E+F. En absence de libre échange le surplus du consommateur se résume à l’aire A

Les droits de douanes sur les céréales importées de 1814 à 1842
Prix sur le marché intérieur Droits d’entrée
Moins de 50 sh. 36 sh. 8 d.
Moins de 60 sh. 26 sh. 8 d.
Moins de 70 sh. 10 sh. 8 d.
73 sh. et au dessus 1sh.
Les droits de douanes sur les céréales importées après 1842
Prix du blé à l’intérieur Droits d’entrée
50 sh. et au dessous 20 sh.
56 sh. --------------- 16 sh.
59 sh. --------------- 13 sh
70 sh. -------------- 5 sh.

Il s'agit de maintenir le prix du blé par quarter à un prix plancher de 70 sh. Dès que le prix du marché intérieur descend au dessous de 60 sh. dans la version d'avant 1842, les importations sont quasiment impossibles.

L’interdiction d’importer pénalise donc les consommateurs c’est-à-dire les ouvriers des villes ou travaillant dans l’industrie cotonnière ( qui sont aussi des salariés agricoles ne trouvant pas de travail à la campagne ou des yeomen quittant les terres parce qu’elles sont closes.), ils perdent en effet D+E+F de gains à l’échange. Par ailleurs pour un salaire nominal donné sur le marché du travail dont l’offre est abondante, la hausse du prix du blé réduit le salaire réel des ouvriers des villes. Ce qui provoque des révoltes frumentaires et de la pauvreté endémique.
La loi sur les céréales en fait réduit l’offre de blé en deçà de 0qm (par exemple 0ql) Elle affecte le revenu des fermiers car D+E+H+G est supérieur à G+H+I. Ceux-ci cherchent alors une protection telle que la recette soit maximum ou que le tarif douanier soit tel que la quantité vendue sur le marché intérieur s’établit au point où l’élasticité de la demande est unitaire. Mais le gouvernement s’il contrôle le tarif douanier ne contrôle pas le prix mondial ni la météorologie. Si le prix mondial plus le tarif restreint la production de blé à un niveau où les recettes sont très inférieures au maximum et que simultanément les gains du consommateur se réduisent significativement , tout le monde perd au tarif douanier.


C’est le point fondamental de l’argumentation de la ligue. Ces derniers vont utiliser de manière abondante les deux arguments suivants :
1-La protection ne protège personne. Les fermiers meurent de faim derrières les barrières douanières. A quoi bon maintenir une protection qui ne peut sauvegarder l’existence même de ceux en faveur de qui elle est instituée.
2-Le libre échange c’est le bien du consommateur. La liberté d’acheter à l’étranger profite surtout au consommateur, c’est –à-dire à la masse. Une réforme libre échangiste est une réforme démocratique.


La rhétorique
Comme le disait F.Bastiat on ne peut persuader les individus des bienfaits du Libre échange en développant l’analyse précédente. Il faut être économiste de profession ou étudiant en économie pour comprendre les tenants et les aboutissants du libre échange. Il faut donc user d’autres types d’arguments. Viennent alors en tête les arguments rhétoriques.

Pour frapper l’opinion publique il faut faire un usage intensif du sophisme  ad misericordiam Ÿ. R.Cobden commence souvent ses discours par les mots suivants :

 Je sais que la famine ravage le pays et que les hommes périssent du manque d’aliments les plus nécessaires à la vie. Quand je suis témoin de ces choses et que je me rappelle qu’il existe une loi faite exprès pour tenir le peuple dans un complet dénuement, je ne puis m’empêcher d’incriminer la législation de ce pays; partout où je serai, ici ou ailleurs, je dénoncerai un système d’assassinat légal.. Ÿ

Nous avons vu que le libre échange est démocratique parce qu’il bénéficie à la masse des consommateurs, mais on peut ajouter que c’est un moyen pacifique de vivre ensemble. La ligue cherche une coalition avec les pacifistes et les Quakers. Ils essaient de greffer l’agitation en faveur du libre échange sur ce mouvement qui est très développé à l’époque en Angleterre. En effet, le libre échange est le seul moyen à la portée des hommes pour établir une paix universelle et durable. Richard Cobden militera toute sa vie pour la paix et pour le désarmement général !

Les arguments économiques seront utilisés mais de manière ciblée.
Il s’agit de repérer les groupes qui souffrent des lois sur les céréales et leur expliquer un par un pourquoi tous gagneraient à leur abrogation. Les ligueurs vont développer une argumentation pour:

- La branche aînée de l'aristocratie, qui possède pratiquement toute la surface du territoire. Elle jouit de privilèges fiscaux considérables, et détient la majorité au parlement.
- La branche cadette de l'aristocratie, qui possède peu ou rien, car pour éviter la division des domaines, l'héritage se fait par primogéniture. Cette classe ne peut se soutenir par le travail productif, car les nobles méprisent ce travail, exactement comme notre classe politico-administrative aujourd'hui. Elle ne peut donc se soutenir que par l'exploitation des classes laborieuses : l'exploitation extérieure, au moyen de guerres, de conquêtes, et de colonies; l'exploitation intérieure au moyen d'impôts, de dîmes, de charges, de monopoles. Elle fournit le gros des officiers de l'armée et de la marine, du clergé, et des fonctionnaires des colonies. Elle fournit aussi des émigrés qui vont devenir à leur tour propriétaires terriens dans les colonies. Notons qu'à cette époque l'Angleterre ne possède pas moins de 45 colonies.
- Les industriels, qu'on appelle alors les manufacturiers, les importateurs exportateurs, et les banquiers. On est en plein dans la révolution industrielle, et cette classe est de plus en plus importante et agissante.
- Les commerçants et artisans
- Les ouvriers
-Les fermiers, qui louent leurs terres aux grands propriétaires terriens, vivent assez misérablement, et emploient des ouvriers agricoles encore plus misérables.

L'argument moral ou rhétorique est fait pour susciter l'émotion et emporter l'appui des foules et l'argumentation économique est fait pour la raison qui parle aux intérets des groupes catégoriels. Ce mélange sera un succès.

Comme le souligne J. de Guénin, les raisons du succès de la ligue se résument dans les attributs suivants:

- Objectif unique
- Argumentation juste
- Croisade morale, voire religieuse
- Organisation remarquable
- Ténacité en face d'une forte opposition
- Soutien de la classe moyenne
- Représentation parlementaire
- Intelligence et habileté du premier ministre
A cela on peut ajouter la condition essentielle de la réussite de la cascade d'opinion :
l'homogénéisation des économistes et des journalistes de l'époque qui parlent d'une voix unique en faveur du libre échange ce qui n'est plus le cas aujourd'hui!
 
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