Le rôle des think-tanks dans la conquête du pouvoir politique
par John Blundell
General Director of
IEA
The daily telegraph
mars 1999

Hier c'était le 25 anniversaire de la chute du gouvernement de Mr Heath. "Qui gouverne ?" demandait-il au pays. "Les syndicats" lui a-t-on répondu. Plus important c'était l'époque où le parti conservateur se réinventait lui même. Un an après Mme Margaret Thatcher allait prendre la tête des "Tories" . Le premier pas de rejet de l'orthodoxie dominante avait été franchi.
A la place d'une politique de revenu et de prix néo kéynésienne, d'un contrôle des changes et d'un pacte avec les syndicats, Mme Thatcher et Keith Joseph commencèrent à mettre sur pieds une politique fondée sur la liberté individuelle, une politique monétaire saine , une réforme des syndicats et de l'économie de marché. Toute cette panoplie était jugé comme impopulaire et politiquement impossible à mettre en oeuvre.
Dans cette aventure deux think-tanks- The Institute for Economic Affairs (IEA) et le Centre for Policy Studies (CPS) ont joué un rôle crucial.Leur succès et influence ont été largement reconnus, à tel point qu'ils ont été imités dans de nombreux pays. Jusqu'à aujpourd'hui il y a un flux permanent de visiteurs étrangers demandant comment ils avaient pu changer le cours de l'histoire britannique. La question la plus fréquemment posée par les visiteurs est : "quel est votre secret?"
Malheureusement, ceux qui sont en charge de réinventer le parti conservateur contemporain ne semble pas plus comprendre ce secret que les visiteurs étrangers. Pour être plus précis le leader du parti conservateur n'a pas bien saisi le rôle propre des think-tanks dans leur capacité à modifier l'opinion publique , ce qui permet par lla suite de mettre en route des politiques qui auparavant étaient jugées comme inacceptables.
C'est sans doute la raion pour laquelle William Hague est peu satisfait dit-on avec les performances des think-tanks existants, en particulier avec leur incapacité à fournir "la grande idée" qui donnerait à son parti la direction et l'excitation intellectuelle qui caractérisait Mme Thatcher dans l'opposition.
On dit qu'il fait des plans pour fonder un nouveau think-tank. Ceux qui , comme moi, sont en faveur de la compétition ne peuvent se plaindre quand celle-ci survient dans sa propre cours. Mais il est peut être intéressant de lui signaler que l'argent et les efforts qu'il met dans cette opération risquent d'être dilapidées s'il n'a pas une meilleure connaissance de ce qu font actuelleent les think-tanks.
Leur tâche n'est pas de fournir ou de créer "une grande idée" pour le bénéfice d'un homme politique. Plutôt , leur tâche consiste à appliquer un corpus d'idées- celui de sla pensée classique léibérale dans le cas de l'IEA-à des phénomènes contemporains, pour mieux comprednre les problèmes et les solutions qu'il faut mettre en oeuvre. S'ils ont du succès, l'une des conséquence sera un changement dans l'opinion publique, qui determinera ce qui sera politiquement possible.
C'est commettre une erreur que de considérer l'homme politique comme un client et le think-tank comme un magasin à idées. Le patron d'un think-tank est plus un intermédiaire qu'un producteur ou un distributeur. Si l'homme politique désire tirer quelque avantage de sa relation avec lui, il doit se mettre dans la tête qu'il a affaire à un travail en cours de progression plutôt qu'un travail fini.
En conséquence quelque soit le gain intellectuel qu'il obtient stimulé qu'il est par la discussion , un gros travail reste à faire à transformer les idées pour les rendre acceptable à son parti et au pays dans son ensemble.
Dans le cas de Keith Joseph, la discussion avec l'IEA et le CPS, et avec les universitaires et intellectuels qui soupaient à sa table était intense et passionnée. Si jamais un homme se sentait en mission c'était bien Keith Joseph de 1974 à 1979. Mme Thatcher n'était pas en reste non plus. Chaque vendredi son secrétaire politique collectionnait les textes produits par ses think-tanks favoris. Ils étaient retournés avec des annotations à la marge et des questions chaque lundi. Comme conservateur à la gauche du parti MP se rappelle "bienque n'étant pas un supporter incondittionel de Mme Thactcher cela a été les cinq années les plus excitantes de ma vie politique".
Aujourd'hui, l'intérêt suscité par les travaux de l'IEA vient aussi bien du parti travailliste au gouvernement que du "shadow cabinet". Il suffit de regarder les initiatives du gouvernement à propos des écoles, de la banque centrale indépendante, sur les péage urbain , sur la santé sur les nouvelles privatisations pour détecter l'influence des auteurs des textes publiés par IEA.
Le problème de Mr Hague est qu'il met la charette avant les boeufs. En décidant quoi faire et quoi dire, il ne commence pas par identifier le corpus d'idées ou de principes sur lesquels , avec l'aide d'autres personnes , il peut construire quelque chose. Il commence par les trouvailles d'un groupe phare de personnes ou avec les résultats d'un sondage. Les autres inputs viennent après. C'est le moyne le plus sûr pour élaborer une politique incohérente. Tourner les idées dans une forme qui sonnent bien aux oreilles du public est la dernière étape du processus de création d'une politique non le premier.
Si Mr Hague avait été à la tête du parti Tory , il y a un quart de siècle, aucune des réformes du parti conservateur des années 1980 n'aurait vu le jour.
Aucune privatisation n'aurait été possible, pourtant l'une des réformes les plus populaires de Mme Thatcher.
Il est vrai que Mr Hague fait face à une tâche plus difficile que Mme Thatcher. Pendant les années 1974-1979, l'échec national a permis abeaucoup de gens de développer les idées de la "nouvelle droite conservatrice", parce que la vieille orthodoxie keynésienne avait échouée d'une manière aussi patente. Le sentiment d'un échec national a été un allié puissant pour l'opposition d'alors.
D'un autre coté cependant la tâche de Mr Hague est plus facile . Il y a un grand nombre de think-tanks en Angleterre, aux Etats Unis et ailleurs sur lesquel lui est ses collègues peuvent compter. Par exemple Digby Andersen à la tête du Social Affairs Unit, amontré que le débat politique s'est déplacé et qu'il y a un grand nombre de sujets importants auxquesl il faut se consacrer- de la sentimentalité au déclin des bonnes manières ou à l'éthéqie militaire. Ses travaux trouvent encore peu d'écgho chez les Tories.
Aux Etats Unis il y a un nombre extraordinairement grand de think-tanks faisant un excellent travail facilement transposable à la Grande Bretagne. Il faudrait un travail à plein temps pour résumer et dtistribuer tous les textes disponibles. Là encore il y a peu d'évidence que les tories exploitent toutes ces richesses intellectuelles.
Quant à l'IEA , il a récemment étendu ces activités de recherche et d'influence à des thèmes comme les alternatives privées au welfare State, au rôle des droits de propriété dans la protection de l'environnement et dans la réglementation sans Etat. Idées bizarres pour encore quelques uns , certainement, mais pas plus bizarres que ne pouvait l'être la vente des HLM , la privatisation des téléphones et les réformes du marché du travail d'il y a 25 ans.
Il ne reste pas beaucoup de temps pour les tories d'afficher leur programme politique auprès de l'opinion publique. Une élection viendra l'an prochain ou l'année d'après. Il n'y a pas de deficit d'idées bien au contraire, mais les conservateurs ont besoin d'avoir les idées nettes, de la forme qu'elles doivent prendre et d'être plus agressifs en les défendant. Autrement le jour du vote, on se posera encore la question de savoir ce qu'ils envisagent comme futur pour le pays.