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l'hypothèse de la révolution
 
L'hypothèse de la révolution
Le conservatisme de façade de la société française cache de profondes remises en cause

PAR JEAN-JACQUES ROSA
LE FIGARO, JEUDI 29 DECEMBRE 1994
CHEMINEMENT DU FUTUR

Nous vivons une mutation politique de grande ampleur. Elle remet en cause les pouvoirs établis de notre société. A ce titre, on peut considérer qu'elle constitue une véritable révolution. Les signes en sont nombreux et convergents. En premier lieu, le débat sur la corruption et les affaires qui met en cause des dirigeants politiques et des chefs d'entreprise, c'est-à-dire le sommet des grandes hiérarchies de notre société. Il se peut que la corruption ait gagné dans les dernières années, notamment à la faveur de la décentralisation, parce que l'argent public est devenu plus abondant, à la fois en raison de la prospérité des années 80 et du fait de l'extension de la sphère publique. Il se peut aussi que la moralité générale se dégrade.

Mais ces affirmations sont difficiles à démontrer. Il faut pourtant se demander pourquoi les juges décident, probablement sans concertation très précise, d'appliquer plus strictement la loi à des personnages puissants qui naguère, bénéficiaient de l'impunité.

Une raison peu souvent invoquée pourrait venir de la perte de pouvoir des hiérarchies et, par conséquent, de leurs dirigeants. Le mouvement est général et il peut être dévastateur. On l'a constaté dans la révolution de 1989 qui a fait imploser l'URSS. La disparition du communisme s'explique certes par la faiblesse de sa performance économique qui est devenue à la longue patente confrontée aux trente glorieuses des économies mixtes de marché. La relance de la compétition militaire par Ronald Reagan a certainement, elle aussi, joué un rôle.

Mais la dissolution de l'empire soviétique résulte au moins autant de la perte d'efficacité de son organisation hiérarchique. Les hiérarchies existent dans toutes les sociétés, mais elles constituaient, dans les pays communistes, la modalité principale d'allocation des ressources, beaucoup plus que dans les économies mixtes ou l'autre mécanisme allocatif, le marché, était largement plus répandu sinon toujours dominant.

Hiérarchies et communication
La révolution de l'information, qui est intervenue à partir des années 70 avec la diffusion du transistor et des microprocesseurs, a soudainement rendu les grandes hiérarchies économiquement obsolètes. La mode est visiblement passée, dans les entreprises, par exemple, aux organisations plus  plates Ÿ, sur le modèle de la firme japonaise.

C'est que la hiérarchie est faite pour valoriser une information rare et centralisée ; lorsque l'information devient surabondante, comme c'est le cas dans nos sociétés de communication, la hiérarchie perd son avantage comparatif sur le marché. Il n'y a plus d'économies de dimensions ~ réaliser dans le traitement de l'information. Aujourd'hui les Etats géants et les très grandes firmes ne sont pas mieux informes que les opérateurs individuels sur les marches. Et peut-être moins.

D'où. la tendance à la décomposition et au fractionnement des plus grands Etats et de ceux dont la cohésion était la moins assurée, les Etats fédéraux. La survie ne s'obtient que dans une dimension plus réduite. Le mouvement affecte également les entreprises qui tendent à réduire leur taille, diminuent le nombre de leurs niveaux de commandement, et se recentrent sur leur métier de base. Dans ces conditions, les dirigeants de ces géants en difficulté perdent de leur pouvoir social et de leur prestige. Ils sont plus vulnérables et font l'objet de critiques d'autant plus intenses que leur pouvoir était précédemment considérable. Il n'est pas interdit de penser que le regain d'activité anticorruption correspond à ce nouvel équilibre social, et l'entérine. Cette hypothèse a l'avantage de rendre compte à la fois des procédures dirigees contre les chefs d'entreprise et celles qui visent les hommes politiques. Car les deux catégories de dirigeants sont affectées par la perte de pouvoir de leurs hiérarchies.

Crise fiscale
Le deuxieme aspect de la révolution politique actuelle tient aux difficultés financières que rencontre l'Etat, confronté à des réformes indispensables mais qu'il s'avère incapable d'amorcer. Le diagnostic de crise de l'Etat-providence a été fait et refait depuis vingt ans. Les difficultes présentes et futures des systèmes de retraites ont été analysées et prévues depuis la fin des années 70. L'analyse économique des systèmes de santé est un peu plus récente mais elle s'appuie désormais sur des connaissances solides et l'observation de nombreux pays. Les dysfonctionnements du marché du travail ont engendré une littérature pléthorique. Tous les observateurs savent que nous ne pouvons pas continuer d'alourdir la fiscalité sociale, qui maintient le chômage à des niveaux records et étrangle l'activité des petites entreprises. Malgre cela, le système politique n'a pas été en mesure de concevoir, ni a fortiori d'appliquer, un début de réforme cohérente et efficace. Dans le même temps, la crise fiscale s'aggrave.

L'ouverture internationale des économies rend les facteurs de production plus mobiles et donc malaisés à taxer. La concurrence fiscale entre Etats, qui cherchent tous à retenir les capitaux et les compétences en n'alourdissant pas trop l'imposition, est une réalité. Comme les dépenses de l'Etat-providence ne cessent de s'accroître en raison des incitations intrinsèques aux systèmes, il ne reste plus que l'emprunt et l'endettement, qui a partout fortement augmenté depuis les années 80. Il existe certes beaucoup de marges d'emprunt. Les finances publiques françaises sont bien loin du délabrement de la fin de l'Ancien Régime. Mais, d'un autre côté, la surveillance des marchés de capitaux se fait beaucoup plus étroite et les primes de risque viennent très vite pénaliser les gouvernements qui ne satisfont pas aux normes conservatrices des prêteurs. Rappelons, pour mémoire, que les révolutions politiques découlent généralement d'un tarissement des recettes publiques : c'était le cas aussi de la révolution russe de 1917, lorsque la Grande Guerre bloqua le commerce extérieur et réduisit en conséquence les droits de douane qui faisaient l'essentiel des recettes fiscales tsaristes. Il existe, de plus, un lien étroit entre difficultés financières publiques et accusations de corruption.

La dénonciation de la corruption devient aiguë dans les périodes de mutation des hiérarchies et de leur financement. C'est ainsi que l'Ancien Régime était présenté à la fin du XVII° siècle comme corrompu, et critiqué dans ses pratiques fiscales et financières. On peut évoquer, dans le même sens, la critique de l'Eglise catholique, vaste appareil hiérarchique aux forts besoins de financement, qui se trouvait à cette occasion confrontée à la compétition des Eglises réformées, peu hiérarchisées et plus facilement finançables en raison de leurs moindres frais de fonctionnement. Accusations de corruption, dénonciation de l'incapacité à mener la réforme nécessaire, et perte de compétitivité de la hiérarchie vont donc de pair dans les exemples historiques comme dans la situation présente.

Réaction nobiliaire
Un troisième facteur de mécontentement et de crise vient de la concentration du pouvoir que notre société a connue depuis la guerre, et plus particulièrement depuis l'instauration de la V° République. En butte à l'opposition du personnel politique des notables de la IV°, le régime de 1958 a mis en place une monarchie élective, faite sur mesure pour son fondateur, et qui s'appuyait sur la promotion accélérée d'une nouvelle classe de dirigeants, principalement issue de la haute fonction publique et de l'ENA en particulier.

Très vite, et compte tenu de l'extrême centralisation du système social français, une nomenklatura homogène s'est mise à régner à la fois sur la politique, la haute administration et les entreprises. Ce constat maintes fois répété depuis 1958, vient d'être repris par Claude Allègre (Le Monde du 16 decembre 1994) pour expliquer la crise politique actuelle. Le point important mais qui n'est jamais souligné, c'est que cette pratique sociale a réduit la démocratie et concentré extraordinairement le pouvoir. Bien que le recrutement de l'ENA soit ouvert et concurrentiel, I'exclusion de toute autre filière dans le recrutement du personnel dirigeant public, et par voie de conséquence politique et d'entreprise, fait qu'un monopole de la direction de toutes les grandes hiérarchies est désormais dévolu à une catégorie très étroite.

A une époque où le nombre des diplômes dans la population augmente beaucoup tandis que le nombre des diplômés de l'ENA reste approximativement constant, I'exclusivité de fait du recrutement dans une catégorie au nombre inchangé accroît dramatiquement la concentration relative du pouvoir dirigeant et décourage un nombre croissant de compétences. La circulation des élites se fait à sens unique, de l'Etat vers la société civile, et sur une base de recrutement proportionnellement plus étroite que naguère. Et ce, précisement au moment ou l'Etat perd de son pouvoir, de son influence dans l'économie globale, et s'avère incapable de se réformer. La rente de situation de  la Ÿ classe dirigeante s'accroît au moment où la justification sociale de l'Etat diminue. Cette sorte de  réaction nobiliaire Ÿ ne peut que susciter des insatisfactions croissantes parmi les élites potentielles autres qu'énarchiques, qui voient leurs possibilités de progression jusqu'au sommet tendre vers zéro.

Par une conjonction dangereuse, I'exclusion frappe, avec des sévérités différentes, la base et le sommet des hiérarchies : les moins qualifiés sont exclus du marché du travail par l'Etat-providence et l'évolution des techniques, tandis que les nouveaux diplômés voient se restreindre leurs possibilités d'ascension du fait de la monopolisation croissante des fonctions dirigeantes.
Aux trois facteurs de crise précédentes vient aujourd'hui s'ajouter un quatrième qui reflète en partie les trois premiers : la décomposition de la représentation politique nationale.

Elle a très bien été décrite par Denis Jeambar et Jean Marc Lech dans leur ouvrage Le Self-service électoral: les nouvelles familles politiques (Flammarion 1992). Les auteurs soulignent l'émiettement progressif des suffrages, soudainement accéléré lors des élections régionales de 1992 et aujourd'hui confirmé dans la campagne de la présidentielle. Les quatre partis classiques du système gauche-droite (PC, PS UDF, RPR) ne cessent de perdre des voix au profit de nouveaux venus, au point de ne plus représenter que la moitié environ de l'électorat.

Les partis traditionnels de la V° République n'ont cessé de perdre des parts de marché dans les derniers années, tandis que disparaissait l'idéologie socialiste qui servait de colonne vertébrale à la gauche, bien entendu, mais aussi à la droite, comme une sorte de repoussoir qui lui permettait de se définir.

Ne pouvant plus se poser en anti-gauche parce que cette cette dernière n'existe plus au plan idéologique et a rejoint le conservatisme ambiant dans sa politique, la droite ravale son absence de pensée politique et se retrouve d'accord avec la gauche sur fond commun de corporatisme étatiste.

C'est cette révélation des années 80 qui a pousse certains à diagnostiquer une convergence idéologique, celle de La Republique des centres (Jacques Julliard, François Furet et Pierre Rosanvallon, Calmann-Lévy, 1988). Il ne s'agit cependant pas d'un propos raisonné vers une solution négociée entre partis opposés. Il s'agit plutôt d'une mise à jour du socle conservateur partagé, suite à la disparition des différences circonstancielles extérieures, notamment la guerre froide.

11 y a donc pénurie idéologique, pénurie d'idées, pénurie de dessein politique.
Les réactions qui se sont manifestées jusqu'a présent sont sectorielles et reposent sur une vision nationaliste étroite, nostalgique du début du siècle (Front national, de Villiers).

Or, une idéologie plus en accord avec la société globale dans laquelle nous vivons reste nécessaire. Il faut à la politique un dessein et une vision d'ensemble capables de simplifier les choix essentiels. Faute de quoi la confusion risque de l'emporter.

A l'anomie idéologique actuelle correspond l'accroissement de l'aléa électoral. L'électeur, qui ne sait plus sur quelle politique compter de la part de ses élus, et qui ne peut même plus savoir qui a des chances d'être élu, en raison de l'émiettement politique, évolue au hasard ou au gré de son humeur du moment entre les candidats, ce qui donne des mutations brusques et des contradictions étonnantes. C'est  I'hypermarché des opinons Ÿ et la  démocratie convulsive Ÿ qu'évoquent Jeambar et Lech.

Jeu de loterie
Le résultat de ce jeu de loterie est imprévisible, ce qui est aussi la caractéristique des périodes révolutionnaires, celles où, à la faveur du chaos général, des individus peuvent jouer un rôle réellement décisif sans subir le poids habituel du déterminisme des forces économiques et sociales.

Nous vivons ainsi un mélange explosif de crise financière, d'exclusion sociale, d'incapacité à réformer, de remise en cause des élites dirigeantes, de réaction nobiliaire, de nécessité de mutations profondes de l'organisation du secteur public. L'analogie avec la Révolution française, et avec d'autres situations révolutionnaires, est troublante.
L'hypothèse révolutionnaire peut apparaître excessive étant donne le calme general apparent et le conservatisme qui caractérisent la société française de cette fin de siècle.

Mais après tout, la perception des événements de la Révolution par les acteurs de l'époque n'était peut-être pas plus spectaculaire que ce que nous vivons aujourd'hui. A l'exception cependant d'une différence majeure et heureuse : l'heure n'est plus à la violence politique.

Peut-être devons-nous alors penser davantage à ce qui vient de se passer dans les pays d'Europe de l'Est : nous serions engagés dans une  révolution de velours Ÿ, pacifique comme celle de Prague plutôt que violente comme celle de Danton ou de Robespierre.

Il ne serait que temps, dans l'une des économies mixtes les plus centralisées et les plus fiscalisées du monde, la plus proche qui soit, à l'exception peut-être de la Suède, du système que connaissaient les pays de l'Est les plus évolués à la veille de la désintégration du communisme.
Si cette hypothèse correspond à une réalité c'est que le choc russe de 1989 a rattrapé la France, après un lustre.

 
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