Accueil
Vidéo conférences
 
Autres universes
Curriculum Vitae
 
Voir Panier
Connection client :
   
 
Nouveau compte ?
 
Evènements à la une
Nos élus sont-ils légitimes?
Le déclin des Etats Nations
Réformer le droit du travail
le pacte républicain : un piège à ....?
les élections présidentielles de 2017
 
Recherche
 
Nous contacter
Liens
Plan du site
 
 
  
 
Powered by
BWM Mediasoft
Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
 

La privatisation de la sécurité intérieure et le polycentrisme comme réponse adaptée aux nouvelles menaces contemporaines

2009/ révisé en novembre 2015

Par Bertrand Lemennicier

Professeur de Sciences Economiques

Université de Paris Panthéon-Assas

 

Introduction

Ce nouveau siècle a commencé avec l’épisode le plus emblématique du terrorisme contemporain : celui de l’attentat du 11 septembre 2001(ou pour faire court le  9/11) sur les Twin-Towers à New-York. Il a surpris par sa violence et l’ampleur des décès (3572 en provenance de 90 pays différents qui travaillaient dans les deux tours) et par le peu de moyens humains et financiers utilisés pour commettre l’attentat puisqu’un petit groupe d’hommes, kamikazes, d’une organisation privée al Qaeda se sont emparés de quatre avions de lignes et les ont écrasés volontairement sur le World Trade Center, le Pentagone et en Pennsylvania (l’objectif visé pouvant être la Maison Blanche où vit le Président des États Unis)[1].

Cet événement a  bouleversé le monde, non pas parce qu’il s’agit d’attentats terroristes puisque de 1968 à 2003, on a constaté 14486 attaques terroristes (excluant le conflit palestinien et les attentats impliquant des combattants armés dans la guerre d’Iraq), soit 427 attaques en moyenne par an. Le nombre de morts victimes des attentats s’élèvent de 1968 à 2003 à 14783, soit à peu près 1 mort par attentat. La période 1984 -1988 a été la plus dangereuse avec 616 attaques par an. On a dénombré 273 attaques, en 1998; 392 en 1999 et 423 en 2000.  Entre 1995 et 2000, 2077 personnes ont été tués (346 par année) et 17085 blessés (2847 par an). Pour 38% d’entre elles, les attaques terroristes étaient dirigées contre des intérêts américains. Sur la période de 1968 à 2003 on dénombrait approximativement 99 morts pour 100 attentats (si on enlève l’attentat du 11 septembre ce nombre de morts se ramène à 77 pour 100 attentats), et 266 blessés pour 100 attentats[2].

 Ce n’est pas non plus le nombre de morts du 9/11 qui, s’il est exceptionnel dans l’attentat terroriste du WTC, ou modeste comme avec l’attentat contre le journal Charlie Hebdo ou celui du Bataclan (146 morts en France au total depuis le  premier janvier 2015 à fin novembre 2015), est loin de l’être devant d’autres situations comme des catastrophes naturelles. Depuis 1985 on a observé 8 tremblements de terre qui ont fait en moyenne plus de 20 000 morts à chaque fois, avec celui de Sumatra en Indonésie qui a dépassé les 232 000 tués[3]. ________________________________________

Encadré 1 Le terrorisme durant l'année 2015.

Nombre d'attaques terroristes dans le monde
période 01/01/2015au 23/11/2015
Nombre d'incidents
323
Nombre de tués
4617
Nombre de blessés
7931
Nombre de terroristes tués lors de l'attentat
87
Nombre de mort par terroriste tué
53
ratio des tués sur blessés
58%
France

Nombre d'incidents
4
Nombre de tués
146
Nombre de blessés
371
Nombre de terroristes tués lors des attentats
15

Source : https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_terrorist_incidents,_2015,calcul fait par nos soins. Il y a des incertitudes et sous estimations du fait du Nigéria, Nous n'avons pas comptabilisé les actes de guerre au sens ou l'armée a été engagée contre Boko Haram.

Les attentats les plus fréquents, selon le GTI de 2014 (Global Terrorism Index) restent ceux commis dans les dix premiers pays suivants : Irak, Afghanistan, Nigéria, Syria, India, Somalia, Yemen, Philippines, Thaïlande avec un indice situé entre 10 et 7, La France en 2014 arrivait à la 52 ème place, avec un indice de 2, 67, en revanche en 2015, le calcul de cet indice nous remonte à la 36 ème place avec un indice de 4,5 sur 162 pays ! On ne peut guère parler de victoire contre le terrorisme car cette année 2015 révèle qu’un Djihadiste tué au moment de l'attentat tue en moyenne10 personnes , alors que le ratio devrait être inversé. On mesure la gravité des attentats en calculant le nombre de tués par attentat. Dans le monde on a observé, cette année, en moyenne 14 tués par attentat (36 pour la France).

________________________________________

Non, ce qui a bouleversé le monde depuis le 11 septembre 2001 c’est la réaction de l’exécutif américain à cet événement. Les autorités américaines ont décidé de faire la guerre au terrorisme islamiste partout dans le monde quitte à envahir des pays entiers pour éliminer les gouvernants qui soutiendraient ces terroristes. Or, les conséquences les plus dramatiques, en nombre de victimes innocentes, n’ont pas été les victimes du World Trade Center mais celles consécutives à l’entrée en guerre de l’État américain contre le terrorisme. Hélas, l'exécutif français en 2015, sans tenir compte de cette leçon terrible de l'expérience passée fait comme George Bush et déclare la guerre au terrorisme ! La puissance et la gloire tourne toujours la tête à des hommes ordinaires dès qu'ils sont investis d'un pouvoir hors du commun : il réclame la vengeance, que paradoxalement il refuse à leurs concitoyens, monopole de la force oblige. 

L’attentat du 11 septembre (ou celui du Bataclan en France en 2015) aurait pu être traité comme n’importe quel accident d’avion et d’effondrement d’un bâtiment (ou n'importe quel incendie d'une salle de spectacle). Les ayant droits des victimes sont dédommagées en partie ou en totalité par les compagnies d’assurance privées qui assurent ces moyens de transports, bâtiments ou lieu de divertissement. Les assureurs, eux mêmes, auraient pu faire la chasse ensuite aux auteurs des attentats, comme ils le font dans d’autres cas, vol de tableau ou prise d’otage, tout en incitant les compagnies aériennes et les propriétaires de tours à prendre les précautions en sécurisant au mieux avions, les bâtiments et les salles de spectacles pour réduire de tels types de risque. Ces propriétaires n'ont pas pu sécuriser convenablement leurs activités parce qu’il y a un monopole de l’État sur la justice et sur l’usage de la force armée et que ce dernier est interdit aux entreprise de sécurité privée..Lles hommes politiques au pouvoir et les groupes de pression qui les soutiennent poursuivent d’autres buts que la seule  préservation du territoire américain ou français d’attentats similaires. Le gouvernement français, entre l'attentat de janvier et celui de novembre, n'a pris  aucune mesure efficace pour lutter contre le terrorisme par souci de maintenir leur monopole régalien sur la justice et les armes.

La solution adoptée par l’exécutif américain pour lutter contre le terrorisme a été une décision engageant l’État et donc le contribuable américain (ou français 15 ans après) dans une voie très coûteuse en pertes de vies humaines (le nombre de morts de la coalition en Irak avoisine 4100 hommes et celui des irakiens serait de 30 000 ou de 80 000 selon les sources), et en argent (le budget américain consacré à la guerre en Irak et en Afghanistan contre le terrorisme serait de l’ordre de 2 267 milliards de dollars)[4]. Le d’attentats après 2001 (c’est-à-dire en 2002 et 2013) n’a pas pour autant diminué, Il a quadruplé, ce qui peut faire douter de l’efficacité de l’action publique internationale devant un tel bilan: 80% des attentats se concentre dans 6 pays : Iraq, Afghanistan, Pakistan, Nigeria, Syrie et Indes. 5% des attentats meurtriers concernent les pays de l’OCDE. Les plus touchés sont Israël et la Turquie. Mais comparé aux homicides les attentats sont 40 fois moins meurtriers[5]. Il est prudent de rappeler ces chiffres pour ne pas tomber dans l'hystérie propre aux médias à la recherche de l'audience qui nous font croire que les événements qu'ils relatent sont historiques et changent la face du monde. Pas du tout.

L’autre solution consiste à ne rien faire et à laisser les assureurs privés prendre en charge ces risques créés par ces nouvelles menaces liées au terrorisme comme ils le font avec les accidents d’aviation ou les risques liés aux catastrophes naturelles. Les pertes consécutives au terrorisme, avant et après l’attaque sur le WTC, sont faibles et non corrélées entre elles et peuvent être absorbées au travers des primes d’assurance habitation, spectacle et /ou transports. Si la fréquence de ces actes s’élève, il est facile aux assureurs d’imposer des normes de sécurité aux bâtiments publics et/ou compagnies aériennes pour diminuer la probabilité d’apparition d’un nouvel attentat style les Twin Towers annoncé sur le Net ayant pour objectif la Tour Eiffel. Il suffit de sécuriser l’accès au poste de pilotage et d’avoir un personnel à bord, équipé d’armes non létales et spécialisé dans l’élimination de preneurs d’avion. La protection des bâtiments aéroportuaires ou des installations portuaires est déjà assurée et renforcée en faisant appel à des entreprises privées spécialisées dans la lutte contre les menaces potentielles y compris le terrorisme avec les armes adéquates pour dissuader les auteurs de ce type d'attentats[6].

 Évidemment, l’attaque du 11 septembre 2001 en tuant 3576 personnes a entraîné une perte estimée à 32.5 billion de dollars partagées entre 150 assureurs et réassureurs répartis dans le monde entier. Cette perte est l’une des plus élevées encourue aux États Unis par les assureurs, une fois et demie supérieure aux dommages causés par l’ouragan Andrew en 1992 le précédent record nous disent Kunreuther and Michel-Kerjan (2004)[7]. Si le terrorisme devenait un terrorisme de masse, avec de nouvelles techniques biochimiques ou nucléaires, les assureurs devraient faire face à un nouveau défi en dispersant les dommages attendus sur un plus grand nombre d’assureurs et réassureurs ainsi que sur les marchés financiers spéculatifs avec des titres qui offrent des taux d’intérêt élevés mais qui si l’événement survient ne sont pas payés.

Dans les pages qui suivent nous allons soutenir l’idée que ces nouvelles menaces ne pourront être surmontées que par des modifications importantes dans la conception de nos institutions politiques, la privatisation de la sécurité n’étant qu’un des éléments importants de ce changement. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet et de revenir sur la question du terrorisme, il est utile de faire la différence entre des menaces réelles, celles imaginaires et celles qui ont pour cause principale l’intervention de l’État lui-même dans les affaires ordinaires de la vie privée de nos concitoyens.

1) Les menaces contemporaines sont-elles réelles, imaginaires et/ou le sous produit de l’interventionnisme étatique ?

Les experts de la sécurité (ou de la sûreté) publique ont tendance à voir des nouvelles menaces partout et à les dramatiser. Si on peut comprendre cette attitude puisqu’ils prêchent  pour leurs intérêts professionnels, cela ne veut pas dire que l’on doit accepter pour argent comptant ce qu’ils nous décrivent d’abord comme une menace, ensuite une menace nouvelle et contemporaine.  Si l’on se reporte à la conférence organisée par nos collègues de Paris II du Département de Recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines conjointement avec la fondation Robert Schuman en octobre 2007 et intitulée : « L’Europe et les nouvelles menaces criminelles », le cyber terrorisme et le cyber guerre, le crime organisé transnational, l’hybridation entre terrorisme et criminalité, les bandes juvéniles et les violences urbaines sont les principales menaces. Elles sont nouvelles, non pas par leur intitulé (excepté la criminalité liée à Internet) mais par leur ampleur, par les nouvelles techniques utilisées et l’aspect globalisé de ces activités criminelles.

Le terrorisme est une menace réelle, mais elle n’est pas nouvelle, ni contemporaine comme la bataille d’Alger l’a illustrée dans un passé pas si éloigné.. Ce qui est nouveau c’est le risque d’un terrorisme de masse lié aux nouvelles technologies et simultanément les nouvelles formes de gouvernance de ce terrorisme.

Les violences urbaines par des bandes de jeunes  sont réelles mais ne sont pas contemporaines puisque cela fait déjà 30 ans qu’on les observe[8]. Ce qui est, peut-être,nouveau  c’est la prise de conscience médiatique et leur ampleur. Cependant elles résultent fondamentalement d’un interventionnisme de l’État sur le marché du travail, d’une obligation de scolarité jusqu’à 16 ans qui se fait au détriment des familles « pauvres » , d’une immigration récente et d’une irresponsabilité pénale des mineurs. Cette obligation scolaire interdit à un jeune de 13 ou 14 ans d’aller sur le marché du travail pour gagner honnêtement sa vie et ramener une rémunération supplémentaire pour ses parents. Forcé d’aller à l’école où il n’apprend rien et s’y ennuie, il devient violent parce que l’on exerce aussi une violence « politique » sur lui au moment même de l’entrée dans  l’adolescence dont on sait qu’elle n’est pas toujours facile. Pour échapper à cette contrainte, il s’absente de l’école et vit dans la rue avec ses copains qui sont comme lui. On retrouve alors le phénomène classique de bandes vivant de rapines ou travaillant pour trois fois rien comme sous traitant pour des dealers faisant le commerce illégal de la drogue et à la merci des recruteurs djihadistes. Là encore la lutte contre ce fléau qu’est la drogue et l'endoctrinement religieux par des radicaux est le résultat d’une intervention étatique qui provient d’une incompréhension de la part des autorités publiques des effets pervers d’une politique de prohibition [9].  Comme le rappelle Hülsmann[10] (2002) :

«C'est l'État, après tout, qui par ses entraves au négoce international - surtout par les innombrables droits de douanes et quotas d'importation - a mis les habitants du Tiers Monde devant le choix, ou de périr dans leurs pays natals, ou de chercher une nouvelle vie dans les pays développés de l'Occident. C'est le même État qui, ensuite, a laissé entrer en France quelque huit millions d'immigrants. C'est encore l'État qui, ensuite, a empêché l'intégration d'une grande partie de ces gens dans la division du travail et donc dans la société française ; il l'a empêchée par le SMIG et les charges sociales, qui rendent inemployables ceux qui n'ont pas encore acquis, ou qui ne peuvent acquérir, une productivité égale à leur coût pour un employeur. C'est cette législation prétendument  sociale qui exclut les travailleurs les plus faibles du marché du travail, et c'est donc cette même législation qui marginalise des groupes entiers tels que les jeunes, les vieux et les immigrants. Face à cette calamité, c'est toujours l'État qui a enfermé les immigrants chômeurs dans les ghettos des HLM et des banlieues où ils vivent dans la dépendance permanente des aumônes publiques.».  

En fait, ces menaces, si elles sont réelles, résultent d’une réglementation « politique » au profit des salariés ayant un emploi dans un secteur du marché du travail qui est protégé par la législation. Une fois cette réglementation abolie, l’effet pervers qui en découle devrait disparaître. On ne peut donc pas considérer ces phénomènes comme des menaces puisqu’elles sont le produit même de l’activité de redistribution des hommes politiques pour se faire élire et réélire. 

La criminalité sur Internet est-elle réellement une menace et pour qui ? Elle ne l’est que pour les internautes et que pour ceux qui utilisent ce moyen de communication pour leurs transactions ou pour publier leurs œuvres sur le Net pour en tirer un profit. Laurence Ifrah (2007)[11] nous présente un tableau saisissant des nouvelles menaces qui peuvent entraver le développement d’Internet. De l’attaque numérique massive sur les ordinateurs estoniens ou sur Sony qui a bloqué tous les sites et les transactions bancaires pendant deux jours à celle de la chine sur les occidentaux à la fraude à la carte bancaire, la fraude ring, le Phishing, le Pump and Dump, le lockpiking, jusqu’à l’utilisation des portables en prison pour continuer à gérer ses activités criminelles, Internet est un monde dangereux.

Cependant ce tableau noir oublie de nous rappeler la proportion d’actes délictueux sur le nombre de transactions normales. Ce qui nous intéresse, ici, c’est la probabilité d’être victime de tels actes de malveillance. En janvier 2004, il y a eu 49 914 falsifications et usages de cartes de crédit. Parmi ces faits, 9366 ont pu être élucidés ce qui nous fait un taux d’élucidation  de 18.7%. Mais cette année là, le nombre de transactions via une carte bancaire a été estimé à 6 milliards. La probabilité d’une fraude est de 0.83/100 000. Pour comparer, on peut rappeler que la probabilité de décéder dans un accident de la circulation routière est voisin de 11/100 000, 13 fois plus élevée que celui des fraudes à la carte bancaire. C’est en ce sens là que ce risque est imaginaire.

 

Une attaque numérique massive bloque un système de communication comme Internet à l’égal d’une panne massive d’électricité qui bloque pendant plusieurs heures les transports et le chauffage et qui peut paralyser des villes entières, que cette panne soit involontaire ou organisée par un quarteron de syndicalistes de l’EDF. Il est vrai que sur internet il est plus difficile de repérer qui est à l’origine d’une attaque malveillante, mais l’attaque engendre la parade et deux jours après, le problème est réglé. 

Le Net est un lieu où s’échangent de l’information et des produits dématérialisés que l’on peut matérialiser chez soi. C’est un espace public, une pâture commune, cependant dans cet espace public on peut y créer des domaines privés accessibles qu’à ceux à qui on donne un droit d’entrée. Or, pour qu’il y ait un crime avec une victime, il faut une violation d’un droit de propriété. Là encore où est réellement la menace ? En quoi est-elle différente de celle  que l’on connaît déjà avec les vols, escroqueries etc. dans le monde hors Internet ? Il n’y en a pas. Les techniques de protection diffèrent, au lieu d’une porte fermée à clef avec des verrous, on a des codes sécurisés qui remplissent la même fonction. Les spécialistes qui offrent ces services sont des informaticiens au lieu d’être des serruriers, mais ils font le même métier. Il est vrai que les informaticiens sont aussi très bons en matière de piratage ou de lockpicking, mais les bons serruriers peuvent aussi devenir de bons perceurs de coffre-fort.

 

D’autres experts mettent l’accent sur des risques liés à l’espionnage industriel, à la contrefaçon, au changement de  climat ou à la pauvreté. Cependant ils oublient, paradoxalement, les risques extrêmement élevés que nous font courir les chefs d’État lorsqu’ils prennent des décisions qui s’imposent à tout le monde. Par exemple, en nous empêchant de quitter un système de retraite par répartition en faillite et en continuant à le financer pour satisfaire les intérêts de la génération de retraités du moment, les décideurs publics ont choisit de sacrifier, avec certitude, les générations futures. Elles verront leur niveau de vie baisser brutalement. L’expérience des Pays de l’Est devrait pourtant les éclairer sur cette possibilité. Leurs décisions sont encore plus risquées lorsqu’ils écrivent dans une constitution un  principe de précaution dont l’objet est de ne pas prendre de risque s’il y a un doute. Un tel principe, s’il est appliqué à la mise sur le marché d’un médicament qui peut sauver des vies humaines mais sur lequel il y a un doute, revient à sacrifier les vies que ce médicament aurait pu sauver. Ne pas prendre de risque c’est prendre un risque.  

Dans la vie, il n’y a pas de repas gratuit. A toute action ou inaction privée ou publique, il y a un coût d’opportunité. On peut rappeler aussi que nos parlementaires à force de changer les lois, de créer des impôts ou de faire des lois de circonstances au moindre problème qui frappe l’opinion publique sont des grands producteurs d’incertitude juridique. Nos experts en matière de sécurité sont alors bien silencieux devant les risques que nous imposent les décideurs publics par leurs interventions.

Les violences urbaines, le djihadisme radical des jeunes, le crime organisé, la lutte contre la drogue sont des effets pervers des politiques publiques de prohibition. La cyber criminalité et la cyber guerre ne sont que la transposition sur le domaine virtuel du Net de ce que l’on connaît bien en matière de vols, escroqueries, diffamation ou guerres etc. dans le monde réel dans lequel nous vivons. Il y a cependant une  différence entre ce monde virtuel et le nôtre, à la suite de l’attaque numérique massive contre l’Estonie, on n’a pas constaté de décès.  Lutter contre ces nouvelles menaces contemporaines en employant les moyens de coercition dont dispose la force publique, n’est pas sans coût d’opportunité, il faut nécessairement se poser la question de savoir si ce coût n’excède pas le bénéfice attendu. Il faut vérifier s’il n’existe pas d’autres moyens et d’autres stratégies plus efficaces que la prévention étatique et la répression policière pour les éradiquer. Il est vrai que la réaction des hommes politiques est d’abord d’envisager la répression et la prévention comme moyen de lutter contre les nouvelles menaces contemporaines et on comprend bien pourquoi les hommes politiques et les bureaucrates qui leur obéissent (policiers, militaires, services de renseignements, douaniers etc.) préfèrent cette alternative. Elle augmente leurs pouvoirs et donc les bénéfices personnels qu’ils en tirent. Mais ce n’est pas à eux d’en juger, c’est au contribuable de le faire car c’est lui qui paie. Dans ce qui suit, nous nous intéresserons uniquement au terrorisme contemporain.

 

2) Une définition du terrorisme

Le terrorisme contemporain est définit comme étant l’usage «illégal» et délibéré de la violence ultime ou de sa menace contre des tiers innocents  dans le but de frapper de terreur l’opinion publique (grâce à la caisse de résonance que constituent les médias contemporains)  afin d’intimider et/ou infléchir la politique des gouvernants et promouvoir les objectifs politiques, religieux ou idéologiques de leurs auteurs[12]. Cette menace est particulière parce qu’elle s’adresse aux hommes politiques eux-mêmes par des groupes de personnes qui aspirent à prendre leur place pour nous imposer leur vision du monde. Ce que font aussi nos gouvernants en nous imposant la vision du monde de leurs électeurs ou des groupes de pression qui les ont portés au pouvoir. On remarquera incidemment que cette technique est celle pratiquée par les grévistes et/ou les syndicalistes qui usent « légalement » de la violence ou de sa menace sur des tiers innocents afin d’intimider les gouvernants pour atteindre leurs objectifs politiques ou syndicaux. Le terrorisme n’est donc pas une pratique nouvelle ni nécessairement illégale. Elle est redoutée par ses effets lorsqu’il s’agit, non pas de paralyser des villes entières avec un blocage des moyens de transport ou une grève de l'électricité, mais lorsqu’il s’agit de tuer massivement des milliers de personnes comme avec l’attentat du WTC.

Il n’est pas non plus évident de bien discerner un terroriste d’un combattant pour la « liberté ». Cela dépend parfois des circonstances politiques. Les Moudjahidin d’Afghanistan sont des combattants de la liberté contre l’invasion soviétique mais des terroristes lorsqu’ils combattent pour leur foi contre le grand Satan américain ou français, comme si Hollande pouvait effrayer quelqu'un. Il apparaît plus simple d’appeler terroriste toute personne qui mène une  « guerre injuste » jus in Bello [13] parce qu’elle frappe délibérément des tiers innocents même si les objectifs de la guerre que cette personne poursuit peuvent-être « juste » jus ad Bellum. Par contraste, les hommes d’État des régimes politiques appelés  démocraties sont contraints  par leur opinion publique de mener contre les terroristes une « guerre juste » jus in Bello (par exemple ne pas frapper des tiers innocents pour capturer ou tuer des terroristes, ne pas les torturer pour obtenir des renseignements et leur offrir un procès équitable s’ils sont prisonniers) même si ce contre terrorisme est injuste parce que ces gens là combattent pour une « cause juste ». Souvent dans les guerres d’indépendance, les terroristes qui combattent deviendront les chefs de gouvernements après leur victoire comme pour le F.L.N algérien des années 1954-62 ou Menahem Begin au temps de l'occupation par les anglais de la Palestine.

La difficulté principale de combattre le terrorisme provient donc du chantage auquel sont soumises les autorités publiques. Ou bien les autorités résistent et les terroristes exécutent leurs otages ou détruisent effectivement la Tour Eiffel pour prouver leur crédibilité, ou bien les autorités publiques cèdent aux exigences de ces bandes armées et c’est le gouvernement qui perd toute crédibilité en encourageant par sa faiblesse de nouveaux actes terroristes. Chaque branche de l’alternative revient à une défaite si l’on croît que les gouvernants sont là pour nous protéger. Il est vraisemblable que ces autorités publiques, parce qu’elles sont la véritable cible, sont les plus mal placées pour mettre fin à cette guerre d’un nouveau type menée par des organisations privées fragmentées sans organisation hiérarchique, aux cibles multiformes et imprévisibles, aux modes de financement variés, à la mutualisation des informations et des moyens avec les groupes pairs et aux modes de recrutement consistant à saisir les faillites de l’État dans le domaine de la lutte contre le crime et de l’éducation des jeunes des banlieues via les réseaux sur le web.

 

3) L'échec programmé de l’usage de la force publique pour lutter contre le terrorisme.


La plupart des gouvernants voient dans l’usage de la force publique (militaire et/ou civile), la seule alternative à la lutte contre le terrorisme, les violences urbaines et autres menaces criminelles. Son but est à la fois de dissuader ceux qui auraient l’intention de se lancer dans de telles activités puis d’arrêter et punir ceux qui commettent de tels actes et/ou les commanditent en leur imposant des sanctions extrêmement sévères devant des juridictions d’exception. Cela va jusqu’à menacer de sanctions ou d’interventions militaires les États qui abritent volontairement ou malgré eux ces organisations terroristes sur leur sol.  Le fait même d’appliquer une politique de prévention, de dissuasion et de répression repose sur l’hypothèse que les terroristes (et autres criminels) sont des individus rationnels qui réagissent aux sanctions, aux récompenses et à la probabilité jointe d’être appréhendé, sanctionné et voir la peine appliquée. Or il s’agit là d’une première erreur.

Depuis les travaux de Becker (1968) et Ehrlich (1974)[14]  les économistes ont développé une approche théorique qui repose sur cette hypothèse d’un comportement rationnel de la part des criminels. Nous pouvons la résumer de la façon suivante. L’individu qui veut entrer dans une activité illégale (commettre un acte terroriste supplémentaire) compare le taux de rendement attendu de cet acte, en observant l’expérience passée, au taux de rendement minimal qu’il exige pour accepter le risque de se lancer dans cette activité : celui d’être appréhendé, condamné et voir la peine être exécutée et donc être privé de ses gains. Naturellement il faut que la sévérité de la sanction soit supérieure au gain  attendu, sinon « le crime paie » et tout le monde commet des crimes. Le taux de rendement minimal exigé pour accepter de rentrer dans cette activité criminelle, et maintenir constant sa satisfaction, est le produit du risque d'être appréhendé, condamné et la peine exécutée multiplié par un coefficient représentant l’aversion pour le risque. Les économistes prédisent alors que la criminalité va augmenter si le taux de rendement du crime excède le taux de rendement minimal exigé pour le commettre.

Si les individus sont neutres à l’égard du risque : la décision de commettre l’acte criminel dépend uniquement de la comparaison entre le risque d’être appréhendé, condamné et la peine exécutée et le taux de rendement du crime. Dans un tel cas on compare directement le gain au coût attendu de l’acte lui-même, produit de la probabilité d’être appréhendé, condamné et la peine exécutée par la sévérité de la sanction. Mais il est difficile de faire une hypothèse de neutralité à l’égard du risque dans le domaine qui nous concerne : celui de la criminalité et du terrorisme. 

Si les individus ont une aversion à l’égard du risque, alors :

1)  une hausse du produit de la probabilité d’être arrêté, sanctionné et la peine exécutée, telle qu’elle est perçue par les individus, augmente le taux de rendement minimal exigé pour les individus pour commettre des actes illégaux, cela diminue donc l’incitation à entrer dans des activités criminelles ;

2) une baisse du gain attendu à commettre ces actes illégaux et une hausse de la sévérité et de la progressivité des sanctions dissuadent les individus de s’engager dans une telle activité.

A l’inverse, si le produit de la probabilité d’être appréhendé, sanctionné et la peine exécutée est faible parce que l’une d’entre elles ou les trois sont faibles,  alors le taux de rendement minimal exigé pour rentrer dans cette activité (pour maintenir constant sa satisfaction) est faible. Si simultanément le gain attendu de cette activité augmente et si les peines ne sont pas sévères ni progressives, alors le taux de rendement à commettre ces actes est élevé et le nombre d’actes criminels augmente dans l’année.

On remarquera l'importance des relations entre la police qui arrête et la justice qui condamne. Si la probabilité de voir la peine appliquée, pour le criminel est nulle, le juge de l'application des peines est laxiste, c'est l'ensemble du produit des probabilités qui est nulle ! Le policier, le juge qui condamne et celui qui applique les peines doivent être sur la même longueur d'ondes.


Comme il en coûte à la collectivité de mettre en œuvre une politique de répression, le produit de la probabilité d’être appréhendé, sanctionné et la peine exécutée ne sera jamais égal à l’unité (ce qu’implique normalement l’idée de tolérance zéro). Maintenant il est facile de montrer pourquoi une politique publique de répression et de dissuasion est efficace avec des honnêtes gens et échoue avec des criminels. Il suffit de comparer la lutte contre les excès de vitesse à la lutte contre la délinquance juvénile et/ou drogue et à celle contre le terrorisme.

 

La politique de répression contre les honnêtes gens qui commettent des excès de vitesse (qui ne sont pas des "crimes", mais des homicides involontaires rappelons le ) est efficace parce qu’ils sont honnêtes (que l’on assimile ici a une aversion pour le risque) et que la politique de répression est automatisée entre l’arrestation, la condamnation et l’exécution de la peine sans que le « délinquant » puisse faire appel à la justice pour contester son acte de telle sorte que le produit de la probabilité d’appréhension, de condamnation et d’exécution de la peine n’est pas affaibli par une décision du juge qui ne condamne pas ou ne fait pas exécuter la peine. Il suffit pour être efficace d’augmenter la fréquence d’arrestation avec la multiplication des radars, d’augmenter la sévérité de la sanction avec des amendes élevées et sa progressivité avec le permis à point[15].

 Il en va autrement avec les criminels, on ne leur applique pas une telle politique répressive[16], et les criminels ne sont pas des gens honnêtes.  Ils ont sans doute une préférence pour le risque et ils font tous ce qu’ils peuvent pour ne pas se faire appréhender, condamner et la peine être exécutée. Il est donc plus difficile de dissuader des criminels de cesser leurs activités car il ne suffit pas de multiplier les radars pour les appréhender. Il est intéressant de contraster la lutte contre la drogue qui est un crime sans victime à celle de la lutte contre le terrorisme qui lui est une activité impliquant des victimes. Pourquoi la lutte contre la drogue est-elle inefficace ? Parce qu’il s’agit d’une criminalité sans victime. Le consommateur  (dont on peut penser qu’il a une aversion pour le risque) n’a pas intérêt à se plaindre puisqu’il désire justement consommer de la drogue, la probabilité d’appréhender le consommateur et son dealer ne repose que sur la diligence des policiers et des moyens mis à leur disposition et non pas sur la collaboration des victimes potentielles qui n'existent pas par principe. Par ailleurs, les juges dépénalisent cette activité en ne condamnant pas les consommateurs de drogues  dites « douces »[17]. Les consommateurs et les dealers anticipent que le produit de la probabilité d’appréhender les consommateurs et de les condamner est proche de zéro. Le taux de rendement minimal exigé pour consommer de la drogue est donc très faible. Enfin, la prohibition elle-même en restreignant l’offre illégale de drogue augmente le taux de rendement de cette activité. Il est donc normal d’observer une montée de cette consommation avec l’activité criminelle qui va de pair. Plus on luttera contre ce phénomène, plus il se développera[18].

 L’échec prévisible de la lutte contre le terrorisme, qui, cette fois, impliquent des victimes est aussi expliqué par cette théorie parce que les terroristes ont une préférence pour le risque. Dans une telle configuration, par définition, la sévérité et la progressivité des sanctions sont non seulement sans effet mais sont considérées comme source d’utilité. Dans le cas des terroristes, kamikazes, la mort est une source de satisfaction pour le terroriste et de revenu pour sa famille puisqu’il est un « martyr » de la cause[19]. Le terroriste sera donc insensible à la sévérité de la sanction ou à sa progressivité (la mort étant la sanction la plus élevée) mais aussi à la probabilité d’être arrêté, condamné et la peine exécutée car décédé. La seule chose qui puisse alors le dissuader c’est la baisse du rendement net de l’acte terroriste lui-même !

 Mais cette baisse est-elle possible dans le cas particulier où les cibles des terroristes sont justement les hommes d’État dont on cherche à déstabiliser la politique et/ou à créer des dommages sur l’économie qu’ils s’efforcent de diriger en attirant l’attention des médias sur la menace qu’ils vont faire peser en tuant massivement des tiers innocents, par exemple, des touristes?

Si les hommes politiques résistent au chantage, la probabilité que le massacre ait lieu augmente et les moyens utilisés pour prévenir un attentat (plan Vigipirate) ne font qu’accroître la « terreur » dans la population des touristes qui renoncent à leurs voyages dans le pays visé. Le pays perd alors des recettes en devises et s’appauvrit, ce qui augmente bien le gain à  commettre un attentat pour le terroriste. Si l’homme d’État cède au chantage, il accroît directement le rendement des activités terroristes puisque c’est ce que cherche à faire les terroristes. Le piège se referme sur les hommes politiques car, quelle que soit l’alternative qu’ils vont choisir, ils seront perdants. La politique menée de dissuasion et de répression est donc sans effet dans le cadre du terrorisme.

 Non seulement la lutte contre le terrorisme est sans effet pour dissuader les terroristes d’agir, mais elle entraîne des effets pervers sur la population que l’on cherche à protéger. En effet, le seul moyen dont on dispose est de déceler les « intentions » de terroristes avant qu’ils puissent mettre en œuvre leurs projets d’attentat. L’usage de la contrainte publique, à titre préventif, pour faire échec aux terroristes, veut dire imposer des coûts élevés à sa propre population avec des aspects ridicules comme d’interdire de monter à bord d’un avion avec un canif ou un coupe-ongle ! La création du département du « Homeland Security » en mars 2003 est une réponse bureaucratique à  l’attentat du WTC[20].

Il s’agit d’une politique mise en œuvre par les américains pour améliorer la  collecte d’information et de coordination de celle-ci entre le niveau local, national et fédéral. Des fonds ont été distribués et des formations créés auprès de la police locale pour collecter l’information sur des terroristes potentiels, assurer la protection des infrastructures et faire coopérer la population à la recherche de ces terroristes potentiels (ceci vaut aussi pour les criminels de droit commun) afin de détecter les préparatifs d’un attentat à ses débuts. L’ambition de ce département de l’administration américaine est plus profonde. Il s’agit d’aller plus loin et de recréer une coopération entre la police et les citoyens en les faisant participer à une surveillance informelle de leur voisin et un contrôle social exercé par la communauté elle-même sur ses éléments déviants. Cette réponse bureaucratique et centralisée entre en conflit avec la façon traditionnelle dont la police locale ou de proximité assure la sécurité[21].

 

Cette surveillance accrue de la population pour repérer préventivement de futurs terroristes (et/ou autres criminels) et en particulier des groupes parmi lesquels ils s’abritent revient :

1) d’une part à créer un processus naturel de stigmatisation de la part des autorités. Les non terroristes de ces groupes deviennent alors des victimes « innocentes » non seulement des hommes d’État (affaire de Roissy) mais aussi des terroristes eux-mêmes qui cherchent eux aussi à les contrôler par des moyens violents pour ne pas être dénoncés aux autorités publiques. Ces victimes innocentes, qui veulent vivre en dehors de la politique, deviennent un enjeu que se disputent deux « bandes armées » ceux au pouvoir et ceux qui y aspirent. On assiste alors à une violation massive des droits individuels par ces deux bandes en concurrence.

2) d’autre part la coopération entre la police et la population y est plus difficile qu’ailleurs. L’immigration massive observée depuis de nombreuses années vers notre continent a créé des communautés périurbaines de différentes origines où la police n’est pas aussi bien implantée que dans la rue de Grenelle et où elle ne s’y déplace pas « comme des poissons dans l’eau ». Par exemple, dès qu’un autochtone de ces communautés est soupçonné de collaborer avec la police ou est policier lui-même, il est harcelé jusqu’à ce qu’il quitte le territoire. Les violences dites urbaines dans les quartiers dits difficiles ont démontré combien peut être rapide l’engrenage vers les affrontements entre communautés et/ou avec la police engendrant une insécurité généralisée pour ces populations et ce n’est pas la police de proximité qui règlera ce problème.

 

3) Ordre polycentrique et privatisation de la sécurité comme moyens de faire face aux nouvelles menaces contemporaines

 

Devant l’échec et le coût d’opportunité exorbitant de la lutte contre le terrorisme[22], il est important d’examiner avec soin les alternatives qui ne se cantonnent pas à une politique publique pure de répression-dissuasion. Dans un livre relativement récent Bruno Frey[23] propose trois politiques spécifiques de lutte contre le terrorisme :


i) diminuer la vulnérabilité aux attaques terroristes avec une structure politique polycentrique et décentralisée.

ii) augmenter les incitations à réintégrer les terroristes dans la communauté civile en offrant des opportunités de représentation ou discussion de leurs idéologies et en supprimant toutes les réglementation qui empêchent les jeunes de s'intégrer naturellement dans la population (supprimer le salaire minimum et la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans-en la ramenant par exemple à 12 ans) ;

iii) réduire la publicité faite par les médias à leurs actions, par exemple on ne mentionnant jamais quel groupe terroriste est à l’origine de l’attentat pour créer un problème de « cavalier seul » entre eux, certains groupes s’attribuant un attentat qu’ils n’ont pas commis. On pourrait ,ajouter dans le même esprit saisir la faiblesse des structures non hiérarchisées en achetant certains groupes et en les incitants à lutter contre d'autres groupes. Utiliser des techniques d’infiltrations des diverses organisations  pour  jeter la suspicion sur leurs membres en faisant courir des rumeurs de trahison et provoquer des exécutions de leurs propres adhérents (efficace et pratiquée pendant la guerre d’Algérie).

iv) nous pourrions aussi ajouter à cette liste, la privatisation de la sécurité y compris celle de l'armée publique au sens où elle vendrait les services rendus par ses interventions militaires extérieures au prix de marché. Les interventions en Libye, au Mali en Syrie coûtent de l'argent aux contribuables français alors qu'ils fournissent finalement un bien collectif aux autres pays. On pourrait financer ces interventions autrement que par un appel "financier" à l'aide aux européens ou aux américains.

 

Des trois propositions, la première est sans doute celle qui est la plus efficace au regard de la critique que nous avons développée. En effet, la réintégration des terroristes dans la communauté civile par une représentation accrue dans les instances de décisions publiques comme des parlements ou encore en discutant de leurs idéologies est une technique utilisée par les islamistes (et en leur temps les communistes) pour justement gagner de nouveaux adeptes à leur cause[24]. La prise de pouvoir par un processus démocratique ne protège pas la population contre une dictature, ex post, menée par le nouveau parti qui vient d’être porté au pouvoir par des électeurs.  Les partis communistes l’ont amplement prouvé dans le XXème siècle. Réduire la publicité autour des actes terroristes revient à censurer l’information et à accepter la main mise du pouvoir sur celle-ci. Du fait même qu’elle est contrôlée par le pouvoir elle n’est plus crédible[25]. Cela donne une crédibilité accrue à celle qui se diffuse sur Internet ou à l’étranger sur une télévision contrôlée par des groupes terroristes ou des sympathisants de ces groupes. Aujourd’hui il est illusoire de penser contrôler l’information avec des portables qui peuvent diffusent quasiment en temps réel sur internet l’intervention musclée des forces de l’ordre au moment des violences urbaines ou des attentats.

Nous retiendrons donc la première proposition de Frey en allant plus loin que lui avec la théorie des gouvernements contractuels privés[26], car elle semble être est la seule à pouvoir mettre en échec les actions terroristes en ôtant tout intérêt, de leur part, à agir. Il va de soi que si une telle solution est adoptée, celle-ci est incompatible avec une nationalisation et bureaucratisation centralisée de la police et des services de sécurité intérieure (ou extérieure)[27], elle nécessite, par opposition, un marché privé de la sécurité  en situation de concurrence qui est la seule alternative à la tentation de l’autodéfense des populations concernées par ces menaces contemporaines[28].

 

a) Éclatement et diversification du pouvoir politique 

 

Un système politique composé de différents centres en situation de concurrence entre eux est moins vulnérable au chantage des terroristes du fait de sa variété qui permet à un centre de se substituer à un autre si l’un est affecté négativement par des actes terroristes.  Si les islamistes frappent Louxor en Égypte, les agences de voyages proposent à leurs touristes d’aller à Petra en Jordanie. S’ils frappent Paris, les touristes vont à Venise. Il est plus difficile pour les terroristes de choisir la cible et d’en tirer des bénéfices élevés en termes de chantage sur des autorités publiques. En revanche, en présence d’une structure qui centralise les décisions politiques dans les mains de quelques individus, voir d’un seul, les terroristes ont beau jeu de frapper au cœur de ce système, par exemple dans les quelques km2 englobant l’Élysée, le Parlement, les invalides, la rue de  grenelle et Varenne où se trouvent la plupart des Ministères, ajoutons la Maison de la radio et les télévisions, la préfecture de Paris et Bercy bien visible et le pouvoir a disparu en France. Cette concentration du pouvoir non seulement dans les mains de quelques personnes mais aussi physiquement sur quelques km2 constitue une cible idéale pour des terroristes[29]. Imaginez qu’en une matinée la zone décrite soit rayée de la carte ou occupée par une katiba qui en prend le contrôle en trois jours, l'armée française ne peut pas arriver avant et ce ne sera pas des troupes d'élites qui pourront intervenir elles sont sur des terrains extérieurs. Le système politique français s’en trouvera déstabilisé.

 

Paradoxalement, nous dit Frey, l’attaque contre le WTC et ou le Pentagone ont démontré l’intérêt d’une structure politique comme le fédéralisme et d’une économie de marché florissante et diversifiée. Cette attaque terroriste, la plus meurtrière  de l’histoire politique, n’a guère affecté l’économie américaine. Chicago ou Los Angeles, Seattle ou Boston etc. ont continué à fonctionner sans être affectés par cet événement. Contrairement à ce que l’on pense l’attentat du 11 septembre 2001 a démontré la supériorité d’une économie de marché décentralisée qui a été marginalement touchée par cet événement.  En très peu de temps les activités à Manhattan ont repris. L’importance de cet attentat n’est pas l’attentat lui-même, comme nous l’avons dit plus haut, mais la réaction de l’exécutif américain à cet acte terroriste.

Quand les grévistes de la SNCF prennent en otage les citoyens et paralysent le pays, ils peuvent le faire parce qu’ils détiennent un monopole sur le transport ferroviaire. On rappelle qu’il était il y a peu de temps interdit à des compagnies privées de Bus de se substituer aux chemins de fer pour transporter les passagers par exemple d’une ville à l’autre ! En absence de monopole, le dommage causé par les grévistes à la population aurait été moindre et l’intérêt de faire grève aurait simultanément diminué. Au lieu de supprimer le monopole, les hommes politiques ont passé une loi pour établir un service minimum qui en cas de grève sera lettre morte. Si les hommes politiques voulaient vraiment éliminer ce chantage « légal », ils leur suffiraient d’introduire la compétition en supprimant le monopole et accessoirement en privatisant ce moyen de transport[30].

 L’Europe des micro-États en concurrence pourraient constituer une telle structure politique décentralisée si le pouvoir régalien des États nationaux était attribué au niveau de la région. La Flandre serait un État souverain autonome, et la Wallonie aussi. Les 22 régions françaises seraient des États indépendants,  les Landers allemands pourraient eux aussi devenir des États souverains à l’image de l’Estonie, de la République Tchèque, du Danemark ou de la Suède. Le Royaume Uni serait morcelé entre le pays de Galles, l’Écosse, l’Angleterre et l’Irlande du Nord et du Sud etc. Le pouvoir européen resterait ce qu’il est, un moyen de faire un grand marché et de maintenir la compétition juridique et fiscale entre tous les États membres. En réalité, la sécession en de multiple micro- États est une force de progrès et non l’inverse. On explique ainsi l'origine du capitalisme par le fait même que celui-ci émerge dans un monde politique composé d'innombrables entités politiques : Cités -États de l'Italie du nord, Allemagne du Sud et Pays Bas sécessionnistes. C'est aussi une des raisons de la mondialisation du capitalisme. Comme le fait remarquer J.J.Rosa[31] le nombre d'États indépendants entre 1945 et 1995 c'est-à-dire en 50 ans est passé de 74 à 192 en 1995 ? 87 États sur les 192 ont une dimension inférieure à 5 millions d'habitants, 35 d'entre eux ont moins de 500 000 habitants (les îles). Les pays qui se sont créés depuis la fin du communisme sont dans cette catégorie des petits États. On peut rappeler qu'au XVII siècles, l'Allemagne était composée de 234 comtés, 51 villes libres et de 1500 manoirs de chevaliers indépendants ! Cette structure du pouvoir polycentrique a l’avantage de diminuer drastiquement la vulnérabilité aux attaques terroristes. Ce que l’on observe bien au niveau mondial. Les attentats les plus meurtriers ont eu lieu à Londres, à New York, à Madrid peut être prochainement à Paris[32]. Mais les terroristes semblent moins intéressés d’en faire à Genève ou  Lausanne, à Helsinki, à Malte, aux Bahamas, à Monaco, ou au Luxembourg etc. dont l’importance politique et/ou médiatique est jugée mineure par les organisations terroristes. On peut aller plus loin dans cet éclatement du pouvoir politique en privatisant les gouvernements locaux eux-mêmes comme le suggère le Nouveau Fédéralisme[33].

 

G.Tullock commence son livre « The New Federalist » en parlant du petit gouvernement sous l'autorité duquel il vit : le "Sunshine Mountain Ridge Homeowners Association". Il vit dans un groupe d'environ 250 maisons, construit par un promoteur immobilier et vendu en une seule fois. Au moment de l'achat, chaque propriétaire doit signer un contrat par lequel il s'engage à devenir membre de l'association des propriétaires, à obéir aux règles de la copropriété et à payer à cette association une cotisation annuelle. S'il vend, le nouveau propriétaire est contraint par ce contrat. En contrepartie, il possède, au conseil d'administration de la copropriété, un droit de vote qui est fonction du nombre de maisons dont il est propriétaire ou de la surface de sa propriété. Il peut se plaindre au conseil d'administration en allant aux assemblées générales ou en faisant circuler des pétitions, se présenter au bureau qui gère la copropriété ou quitter celle-ci en vendant ses parts. Les copropriétaires sont responsables des rues qu'ils doivent entretenir et améliorer[34]. Ils achètent à une entreprise privée la protection contre l'incendie. On rend attrayants le paysage, les rues et les aires communes ; il y a des piscines, des courts de tennis, des emplacements pour les barbecues. L'État, c'est-à-dire le Pima County Sheriff's Office, assure normalement la protection, mais des arrangements ont cependant été passés avec lui et une police privée qui complète cette protection. La copropriété produit des lois et règlements généraux conformément auxquels les copropriétaires doivent entretenir la partie visible de leur jardin. Ils ne peuvent pas non plus peindre leur maison d'une manière excentrique. De même que dans tout environnement humain, des querelles de voisinage naissent à propos du paysage, du bruit... Le bureau de la copropriété compte environ 500 votants. Il peut aller parler aux autorités publiques et faire pression auprès d'administrations d'un rang supérieur. L'endroit où vit G.Tullock est l'une des multiples communautés privées qui se développent aux Etats Unis depuis les années1980.  La copropriété où habite G.Tullock est modeste en taille. Il y en a d'autres, comme Reston en Virginie ou Irvine en Californie qui sont de véritables villes privées. A titre d'exemple en Virginie, sur la cote Est des Etats Unis, à coté de Washington DC, Reston est une véritable ville privée habitée par plus de 56 000 habitants. Dans l'aire de Reston on trouve 4 lacs, 17 piscines, 44 courts de tennis, 88 km de sentiers pédestres, 106 ponts, des jardins, des aires pour les réunions publiques, théâtres, centres commerciaux, bureaux pour des activités professionnelles (34 000 personnes travaillent à Reston), écoles élémentaires, collèges etc. On y trouve donc la plupart des équipements privés et collectifs que l'on peut trouver dans une municipalité quelconque de taille comparable et de meilleure qualité parce que cela a été décidé par son créateur R. Simon Jr. La question fondamentale n'est donc pas la nature des biens et services ou équipements collectifs ou privatifs que l'on y trouve mais dans les règles utilisées pour les produire.

 

 Les villes privées, en fait se distinguent des municipalités en ce qu'elles offrent des biens et services privés et/ ou collectifs voir civiques qui correspondent mieux à ce que désirent les habitants. En particulier les décisions en matière de sécurité intérieure à la copropriété sont dans les mains des copropriétaires. Ils peuvent eux-mêmes assurer la protection des parties communes de leur copropriété privée (milice privée) ou la déléguer à une entreprise spécialisée dans l’offre de ce service  et qui évolue sur un marché compétitif. En général ces entreprises seront sous traitantes de l’assureur qui aura la charge d’édicter les normes communes de protection de la copropriété qui va de la sécurité des biens et des personnes à la protection contre les incendies ou les invasions d’insectes et qui proposera l’entreprise qui sera amenée à protéger les habitants comme cela se passe déjà aujourd’hui avec les systèmes électroniques de protection des maisons ou appartements individuels contre le vol ou les incendies. Seule la dimension change. Si vous n'êtes pas satisfait de l'évolution des arrangements proposés par cette copropriété, vous vendez votre maison, appartement ou terrain pour une autre copropriété privée proposant des contrats plus attrayants pour vous. Comme tout le territoire est maillé de copropriété vous ne pouvez pas vous y déplacer incognito habillé en noir avec un lance rocket et un AK-47 en bandoulière prête à tirer comme dans une municipalité traditionnelle. En effet dans celle-ci, les rues y sont publiques avec toutes les nuisances et insécurité que cela comportent, les permis de construire y sont délivrés par un maire élu par une coalition médiane d'électeurs ou par des intérêts particuliers de promoteurs immobiliers qui ne sont pas nécessairement concernés par les problèmes locaux, où les POS, ZAC et autres sigles déterminent le bétonnage de la commune, la circulation et l'environnement commercial et industriel y sont guidés par des raisons électorales, fiscales ou de prestige qui n'ont rien à voir avec les intérêts présents ou futurs des habitants de la commune et où l'horizon politique du maire n'excède pas 6 ans s'il ne redistribue pas rentes et prébendes municipales à ses électeurs sous forme de subventions à un nombre élevés  d’associations dont l’objet ne concerne que le bien être de ceux qui en sont membres.

 

Pour le sujet qui nous intéresse, celui de la sécurité, celle-ci est produite par une police d’État complétée par une police municipale payée elle aussi par le contribuable[35]. Les décisions engageant les forces de sécurité publiques ne sont pas dans les mains des habitants copropriétaires de la ville qui demandent une protection, elles sont dans les mains de bureaucrates (préfets, colonel de gendarmerie) ou d’hommes politiques (maire de la commune) dont les intérêts sont très différents. Ces forces de police sont utilisées pour protéger les hommes politiques, comme l’illustre la concentration des forces de l’ordre rue de Grenelle où se trouvent les Ministères ou les services de protection des hautes personnalités, même étrangères, lorsqu’elles se déplacent en France. Les Compagnies de Sécurités Républicaines ou les Gardes mobiles de la Gendarmerie n’existent que pour maintenir l’ordre public dans la rue et empêcher les manifestants de franchir le Pont Alexandre III pour gagner l’Élysée ou encore le Parlement. Elles  n’ont pas à proprement parlé la mission de protéger les habitants contre les criminels mais plutôt selon une longue tradition d’empêcher les coups d’État[36]. La plupart du temps, le policier de base a un travail qui consiste à faire respecter des règlements qui empêchent les gens d’exercer leur métier comme ils l’entendent comme vérifier si les chauffeurs de taxi respectent leur quota de courses et les prix imposés par le cartel légal de la profession, contrôler le stationnement des voitures en ville, qui  absorbe 11% des crédits à la préfecture de Paris et 35% des agents municipaux, à conserver les  objets trouvés, à assurer la protection sanitaire et la protection contre les incendies[37], (dans le cas de la préfecture de Paris) etc. L’histoire de la police française est aussi éclairante sur ce point, ses missions ont toujours été celle d’une administration de la cité et d’une protection du pouvoir en place avec la constitution d’un large réseau d’indicateurs.

 

 Si pour lutter contre les nouvelles menaces criminelles, il faut passer à un ordre politique polycentrique avec une privatisation des gouvernements locaux cela veut dire que les décisions d’utilisation des forces de sécurité ne sont plus dans les mains des hommes politiques mais dans celles des copropriétaires de rues ou de villes privées donc dans les mains de la société civile et non de la société politique. Ces derniers ou leurs assureurs vont réagir rapidement pour sécuriser les lieux sans entraver la vie des copropriétaires en interdisant toute activité économique ou sociale comme à Bruxelles en novembre 2015.  La compétition et la privatisation des services de sécurité s’imposent alors comme une alternative crédible compte tenu des gains attendus de la division du travail[38].

 

b) Privatisation et mise en concurrence de la sécurité intérieure

 

Le défi de la privatisation de la sécurité est depuis longtemps relevé de part le monde[39]. Même en France on compte environ 130 000 personnes travaillant pour la police nationale, 105 000 gendarmes et 148000 salariés dans les entreprises de sécurité privée. Selon l’Observatoire des métiers de la prévention et de la sécurité[40], on dénombre 4570 entreprises de sécurité privée pour un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros hors taxe. Elles sont majoritairement de petites tailles puisque l’on dénombre seulement 13% d’entreprises ayant  plus de 20 salariés et seulement 4% dépassant 100 salariés. Évidemment leurs missions sont très différentes de celles de la police nationale puisque cette dernière détient un monopole qui empêche l’émergence de polices privées comme aux États Unis. 84% des entreprises de sécurité font de la surveillance, 23% de la télésurveillance, 59% d’entre elles font de l’intervention (agents de sécurité dans les magasins, filtrage, prévention contre les vols etc.), et 22% de l’installation de systèmes. Très peu d’entreprises font de la protection rapprochée ou du transport de fonds (5%). Le développement de la sécurité privée est donc bien en deçà de ce que l’on devrait observer s’il y avait un marché libre et concurrentiel dans ce domaine comme on l’observe aux États-Unis qui respecte un principe de subsidiarité dans ce domaine. Tout responsable d’un espace public (ville comté, campus universitaire, centre commercial etc.) peut y exercer des pouvoirs de police. Un simple citoyen est en droit de procéder à l’arrestation d’un délinquant et de faire usage d’une arme en cas de légitime défense nous rappelle J. Marguin[41].  Même les chasseurs de prime exercent légalement leur métier comme la société EFFIA le fait pour l’enlèvement des voitures que la police signale par un autocollant sur une vitre latérale. Cette sous-traitance à une firme privée de l’enlèvement des voitures est particulièrement efficace comme chacun a pu l’expérimenter, il en va de même avec « les chasseurs de prime » qui arrêtent les personnes recherchées par la police.  La réticence à un empiétement des firmes privées sur les pouvoirs régaliens de la police nationale repose sur des craintes justifiées de la part des individus quant à l’usage de la force pour accomplir certaines missions. Par exemple est-ce que le personnel d’une police privée ou publique, qui détient le pouvoir de contrôle et d’arrestation, se comporte en respectant les droits individuels les plus élémentaires des personnes interpellées ? Est-ce que ces personnels protègent plus les riches que les pauvres ? Ne sont-elles pas au service de ceux qui dirigent ces entreprises au lieu d’être au service de la population dont ils assurent la protection ? Plus modestement, pour un économiste, est-ce que ces firmes privées ou publiques offrent en quantités suffisantes une protection à ceux qui la demandent ? Ne peut-on craindre finalement que ces entreprises ou milices privées (mais aussi publiques) finissent par user de leurs armes pour s’assurer un monopole territorial engendrant une violence compétitive préjudiciable à la sécurité de tous.

Toutes ces craintes sont réelles puisque c’est très exactement ce que l’on observe aujourd’hui avec le monopole de la police nationale ou de la gendarmerie.

Certains de nos policiers publics (contrairement aux gendarmes) se comportent comme des « cow-boys » comme on peut, de temps en temps, l’observer lors d’un contrôle de routine de son véhicule dans la capitale. Les enquêtes administratives de l’Inspection Générale de la Police ne font qu’augmenter d’années en années reflétant cette difficulté à respecter les droits individuels. Ce que confirme aussi la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) qui a enregistrée 19 saisines en 2001, 40 en 2002, 70 en 2003 puis 97 en 2004, 108 en 2005 et 117 en 2006. Apparemment les quartiers pauvres semblent être moins protégés que les autres et l’ordre public ne semble pas y régner autant que dans d’autres quartiers si l’on en juge par le nombre de véhicules brûlés chaque année. En effet, en moyenne, entre 1999 et 2003, il y a eu 288 843 véhicules brûlés selon le rapport annuel de l’observatoire national de la délinquance de l’INHES[42].

Les forces publiques semblent être au service essentiellement de ceux qui les dirigent, en tous les cas c’est ce que l’on observe rue de Grenelle. On peut rappeler qu’il y a 253 000 salariés dans la police nationale et la gendarmerie et 63 millions d’habitants ce qui fait 4 policiers pour 1000 habitants ou 250 habitants pour 1 policier. En revanche, les effectifs  du deuxième R.I.de la Garde Républicaine en charge de la sécurité du Parlement et du Sénat se montent à 1300 hommes ou femmes, ils ont en charge de protéger 577 députés et 331 sénateurs, ce qui nous fait 2 gardes républicains pour un parlementaire ou sénateur !

Souvent les économistes évoquent la nature « bien collectif » de la  sécurité. Ce bien présenterait deux traits fondamentaux : la non rivalité, (mis à la disposition d’une personne ce bien serait disponible automatiquement pour les autres) et la non-exclusion (il serait impossible d’exclure de la consommation ceux qui ne veulent pas payer)[43].  Dans un tel cas extrême le marché serait dans l’incapacité de fournir ce service à la population. Mais le service de protection policière ne présente pas ces deux caractéristiques. En effet, une firme qui assure la sécurité dans un quartier pour protéger les biens et les personnes ne protège que la population restreinte à ce quartier. Par ailleurs, il est aisé d’exclure le voisinage de la protection en privatisant la rue ou les parties communes d’un centre commercial et en en faisant payer l’accès. Paradoxalement, la demande croissante de protection privée et l’offre qui cherche à la satisfaire contredisent cet argument[44]. C’est parce qu’il y a un « monopole », qu’il soit public ou privé, que les quantités offertes de sécurité collective sont limitées et obtenues à un coût élevé.

Enfin, la crainte que des entreprises ou des milices privées de protection finissent dans une situation de violence compétitive pour assurer à chacune d’entre elles un monopole territorial et taxer la population qui y habite est très réelle, c’est ainsi que tous les États modernes émergent. Ils naissent dans la violence et dans le sang. L’histoire politique française en est un témoignage exemplaire. Plus proche de nous la constitution de l’État d’Israël ou de l’État Palestinien en sont d’autres. La Hagana était une milice privée juive et l’Irgoun une organisation terroriste juive, elles ont en effet contribué largement par leurs actions à la création de l’État d’Israël. En fait, ce que craignent les hommes politiques, qui sont au pouvoir, c’est que ces firmes privées ou milices privées soient utilisées par leurs clients pour s’affranchir des lois et règlements qu’ils imposent uniformément à tous parce que ces lois et règlement heurtent la morale de ceux qui sont clients de ces firmes privées de sécurité. Ils peuvent faire quasi sécession  tel le Hezboullah au Liban  qui interdit à l’armée libanaise de pénétrer dans les quartiers qu’il contrôle[45].  C’est une crainte qui ne peut être exprimée que par ceux qui bénéficient déjà du monopole de la force c’est-à-dire les hommes politiques en place et qui ont peur de la contestation de ce monopole. C’est la nature de leur pouvoir politique qui est en jeu.

Mais cela ne peut faire oublier la situation dans laquelle nous sommes déjà avec le régime politique sous lequel nous vivons. La démocratie a substitué à  la compétition violente entre factions politiques et ou religieuses pour s’approprier un monopole territorial une  forme de  compétition « ordonnée » dont l’objet est le même : celui de l’exercice de ce monopole de la force (competition for the fields) par quelques uns. Il est utilisé à tour de rôle par les partis politiques vainqueurs des élections pour satisfaire les fins privées de ceux qui les portent au pouvoir. Rappelons que plus de 57% de la production nationale en France est prélevé et redistribué au profit des factions et groupes de pression les plus divers qui cherchent à vivre au dépens de ceux qui créent les richesses.  Mais comme seul le pouvoir des armes arrêtent le pouvoir des armes, on comprend bien la réticence de nos élus à l’empiètement des firmes privées de sécurité sur les missions régaliennes de la police et ou de l’armée. Imaginons un instant que le maire de Lyon, sous la pression des habitants, loue les services d’une firme privée de sécurité civile et militaire et décide de s’affranchir des lois de la République et déclare Lyon ville libre !  On aura compris que cette crainte démontre a contrario que nos élus savent bien que les lois et règlements ne bénéficient pas à tout le monde et que certains peuvent exprimer l’intensité de leur désaccord par cet appel à des forces de sécurité privée. C’est donc leur monopole territorial qu’ils défendent et non le bien être de la population au travers de cet argument. Or, aujourd’hui avec la mondialisation des échanges, un tel monopole territorial n’a plus guère de signification autre que fiscal d’où la forte pression sécessionniste qui ébranle les États modernes qui se sont constitués à la fin du XIX ème siècle. 

Pour l’instant, en dehors de cette question de nature politique, on ne peut imputer les autres craintes à des firmes privées puisque celles-ci ne peuvent exercer les missions de la police nationale. Il est donc amusant d’imputer à un marché qui n’existe pas les défauts que l’on observe déjà avec système public de sécurité. Pour pouvoir trancher, il faudrait disposer d’un secteur privé exerçant les missions régaliennes pour comparer au moins les performances respectives des uns et des autres. En absence de ce secteur les arguments avancés sont de la pure rhétorique car on peut vouloir un secteur privé justement pour éviter les craintes qui ont été formulées plus haut et que l’on observe avec le secteur public.

Dans ce qui suit, nous allons rappeler les arguments qui justifient la supériorité d’un tel marché par rapport au monopole public de l’État sur la production de sécurité. Ils ne sont pas différents de ceux que l’on peut avancer pour privatiser les Postes et télécommunications, l’EDF, l’éducation nationale ou la justice.  Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas de secrets particuliers que le secteur privé connaîtrait et pourrait mettre en œuvre pour mieux gérer un commissariat de police ou la sécurité dans une commune tout en faisant face aux craintes exprimées plus haut. La supériorité du secteur privé ne réside pas dans une meilleure connaissance du métier ou de la façon dont il faut combiner la télésurveillance et les interventions pour protéger les biens et les personnes là où ils vivent. Cette supériorité vient du système d’incitations qui diffère profondément de celui qui gouverne le comportement des individus dans le cadre d’une bureaucratie bénéficiant d’un monopole dans la production.

Les bureaucrates sont des hommes comme les autres. Cette proposition simple et directe n’est pas nouvelle elle s’applique  aussi à l’homme d’affaire, au boucher, au consommateur, au spéculateur ou à l’entrepreneur comme à l'homme politique ou au criminel. En tant qu’hommes ordinaires, ressemblant à tous les autres, les bureaucrates prennent leurs décisions en fonction de ce qui les avantagent personnellement et non pas en fonction du bénéfice que peut en tirer la collectivité. Les enseignants, les juges, les militaires, les policiers, les fonctionnaires des affaires étrangères ou d’une préfecture ou de la banque centrale sont des « bureaucrates ». Ils maximisent donc leur utilité personnelle et non l’intérêt général. Le boucher placé dans un contexte de concurrence prendra des mesures qui bénéficieront à l’intérêt général (du consommateur) non pas parce qu’il s’intéresse à cet intérêt mais parce qu’il cherche à gagner autant d’argent qu’il le peut. Or, la seule façon d’en gagner est de donner satisfaction aux consommateurs en offrant de la bonne viande à un prix très compétitif. Comme le signalait déjà A. Smith[46], le père fondateur de l’Économie, le bureaucrate n’est pas placé dans un contexte de concurrence comme peut l’être un boucher ou un entrepreneur ! C’est toute la différence.

 Il ne s’agit pas de critiquer le comportement du fonctionnaire en soi, mais le système institutionnel dans lequel il inscrit ses actions.

« Je n’entends pas jeter un quelconque discrédit sur les fonctionnaires de la Compagnies des Indes Orientales et de manière générale de qui que ce soit. C’est le système d’administration, la situation où ils sont placés que j’entends remettre en cause, et non pas leur caractère. Ils agissent comme leur situation le leur permet et ceux qui d’ailleurs les critiquent le plus auraient probablement fait la même chose à leur place »[47]

 

Dans un système de marché dominé par des entreprises privées, ce qui garantit  que  les décisions prises par le patron ( propriétaire,  gérant ou PDG s’il s’agit d’une société par actions) améliorent la qualité de la production, respectent les droits individuels, protègent les pauvres et les riches et sont au service de leurs clients et non d’eux même, permettent de choisir la combinaison la plus efficiente des facteurs de production  et réduisent au maximum l’écart entre le prix du service facturé à la clientèle et les coûts de cette combinaison, c’est effectivement d’une part la compétition et d’autre part une structure de droits de propriété qui incite les décideurs à maximiser le profit de la firme.

 

En revanche, le bureaucrate qui prend les décisions dans une administration n’est pas soumis au même système d’incitation à améliorer la qualité du service, de respecter les droits individuels, de protéger les pauvres et les riches, d’être au service des clients et non d’eux-mêmes et à choisir la combinaison de facteurs de production la plus efficiente parce qu’il gère un budget qui lui est donné par  les hommes politiques et qui a été prélevé par la contrainte sur les contribuables qui sont dans l’incapacité d’en contrôler l’exercice.

 La plupart du temps son pouvoir,  son salaire et les bénéfices non monétaires qui vont avec sont proportionnels à la taille du budget qu’il gère. Son intérêt est donc de maximiser la taille de son budget et de s’approprier à des fins personnelles une part de celui-ci (budget discrétionnaire)[48]. La sécurité de l’emploi, la recherche du moindre effort,  la réticence à prendre des risques et une  irresponsabilité institutionnelle sont les traits majeurs qui caractérisent le bureaucrate qu’il soit juge, enseignant,  policier ou employé des postes.  La pression des salariés par l’intermédiaire des syndicats consiste à avoir des salaires plus élevés en en faisant le moins possible et à bénéficier d’un statut de fonctionnaire qui vous protège d’un licenciement et vous fait bénéficier d’une retraite sans le risque du régime général des retraites puisque celle-ci est payée par le contribuable.

 

Cependant le défaut majeur du système public est que la qualité du service offert correspond à la vision de ceux qui produisent ce service et non pas à la vision de celui qui demande la protection, la justice ou un enseignement qui débouche sur un métier. C’est là où, à la fois, le monopole (ou l’absence de compétition) et la gratuité du service ont  les effets les plus désastreux. Le monopole abrite le bureaucrate de la compétition. Celui-ci qui a été formé à un moment donné au début de sa carrière va avoir une certaine conception de son métier. Sa génération va imposer cette conception à tous au fur et à mesure de sa progression dans les postes de commandement. Par ailleurs, comme le service offert n’est pas payé par ceux qui bénéficient du service, l’habitant ne peut se plaindre de la qualité du service puisque ce sont les autres qui paient pour lui. La police est, dans ce cadre là, moins susceptible d’évoluer car il n’y a pas la possibilité de se reporter sur une police privée qui en contrepartie d’un prix offrirait aux habitants une meilleure protection or c’est ce qu’impliquerait une privatisation de la sécurité. Par exemple, dans l’éducation nationale, au niveau de l’enseignement supérieur, il existe un fort secteur privé payant, si les parents ne sont pas satisfaits de l’enseignement supérieur public, ils envoient leurs enfants dans ces écoles privées qui assurent un débouché à leurs étudiants. Au bout d’un certain temps l’université est dans l’obligation de s’adapter et elle aussi d’offrir des services compétitifs avec le secteur privé. On doit donc bien dissocier ce qui tient du monopole et ce qui tient de la privatisation. Les deux doivent normalement être mise en œuvre simultanément.

Les expériences de privatisation montrent que l’on commence souvent par la sous-traitance au secteur privé d’un ensemble de tâches qui sont coûteuses en personnel mais dont les missions ne sont pas essentielles à la police. Ces appels d’offre au marché économisent entre 10% et 50%  du budget alloué à ces tâches. Le service d’entretien des bâtiments et des matériels roulants peuvent être et sont déjà sous-traités à des firmes privées, les repas servis dans les cantines de préfectures le sont eux aussi. Les interventions en matière d’enlèvement de voitures qui gênent la circulation ou le stationnement sont sous-traités à des firmes privées.  Cependant, on peut aller beaucoup plus loin dans ce domaine comme le montre l’expérience américaine où l’on sous-traite au marché la gestion des prisons ou la prison elle même, les interventions pour arrêter les immigrés clandestins, la recherche de criminels, la protection contre les incendies[49].

 La vision des gouvernements contractuels privés va donc bien au-delà de cette sous-traitance et peut mettre en cause le monopole territorial[50] parce que cette fois ce sont les habitants et copropriétaires eux-mêmes qui prennent les décisions concernant l’entretien et la sécurité des parties communes et des rues privées à l’intérieur de leur copropriété. Ils sont entièrement responsables des décisions qu’ils vont prendre et les bienfaits et les méfaits seront capitalisés immédiatement dans la valeur de leur propriété. Ils sont donc fortement incités à s’adresser aux entreprises de protection et de sécurité privée qui assurent le meilleur rapport prix-qualité comme ils le font déjà pour les services d’entretien ordinaire. Ils seront beaucoup plus attentifs par leur règlement intérieur au type de locataire que l’on doit accepter dans la copropriété, y compris aux nouveaux copropriétaires. C’est là où le terrorisme est aussi contrôlé. Si un islamiste habite cette copropriété, son intérêt est justement que les terroristes choisissent une autre cible. Il est donc intéressé à dénoncer ceux-ci. Paradoxalement, les services privés de sécurité obtiendront rapidement les informations de la part des copropriétaires parce que tous les troubles qui sont susceptibles de détruire la valeur des propriétés seront préventivement signalés et éliminés par les copropriétaires quitte à passer par une modification des règlements intérieurs de la copropriété. C’est une réponse privée au fameux « Homeland Security Department » qui voudrait inciter les habitants à coopérer beaucoup plus avec la police d’État pour lutter contre les nouvelles menaces contemporaines.

 

Références

Bauer A. et Raufer X  .2004, Violences et Insécurité Urbaine, PUF col. »Que sais-je ? 

Becker, G. : 1968, “Crime and Punishment: An Economic Approach”, Journal of Political Economy, 76, 169-217 

Bernholz P. 2004, « Supreme values as a basis for terror” European Journal of Political Economy, Vol.20,317-333Benson B. 1998, To serve and Protect, Privatization and Community in Criminal Justice, The Independent Institute, Oakland Ca.

 Bilmes L. & Stiglitz J.2006 « The Economic Costs of the Iraq War: an Appraisal Three Years after the Beginning of the Conflict” paper presented at the ASSA meetings , Boston

 Boudreaux D. & Holcombe R 2002, »Contractual Governments in Theory and Practice” dans  The Voluntary City, Choice Community and Civil Society, ed. D.Beito, P.Gordon et A.Tabarrok The independent Institute, Oakland Ca.

Davies S. 2002 « The Private Provision of Police during the Eighteenth and Nineteenth Centuries” in The Voluntary City, The Independent Institute, Michigan

 

Ehrilch, I. 1974, « Participation in Illegitimate Activities: An economic Analysis », dans Essays in Economics of Crime and Punishment; National Bureau of Economic Research; édité par G. Becker et W. Landes.    

Frey B. 2004, Dealing with Terrorism-Stick or Carrot?, Edward Elgar, Cheltenham, UK


Friedmann R. & Cannon W. 2007  ”Homeland Security and Community Policing, Competing or Complementary Public Safety Policies” Journal of Homeland Security and Emergency Management Berkeley Electronic Press


Ifrah L. 2007, « Cyber terrorisme, Cyber guerres, les nouvelles menaces pour l’Europe », Conférence sur les nouvelles menaces en Europe, DRMCM et Fondation Schuman, Bruxelles


Hülsmann G.2002 « Liberté et Sécurité » Conférence au Cercle Frédéric Bastiat, Dax décembre, http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/article.php?ID=122

 

Kunreuther H.& Michel-Kerjan E. 2004, « Challenges for Terrorism Risk Insurance in the United States”, Journal of Economic Perspectives Vol 18, Fall, 201-214

 

Lemennicier B.1992, « Prohibition de la Drogue : Diagnostic et solutions » Journal des Economistes et des Etudes Humaines, Vol VIII, n°4 (décembre)

___________ 2003, “Classical Just War Theory: a Critical View” paper presented at the Libertarian International Spring Convention, Krakow, Poland. March 22-23, en français  http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/article.php?ID=86&limba=fr 

_______________2005, “La privatisation des armées et l’argument des biens collectifs” dans Insécurités publiques ? Sécurité privée ? Essai sur les nouveaux mercenaires, sous la direction de J.J. Roche, Paris , Economica 

____________. 2006, « Pour un commerce libre de la drogue » dans La morale face à l’économie, Eyrolles

____________ 2006 « La privatisation des rues » dans, La morale face à l’économie, éditions d’Organisation

Marguin Jean 2007 « Force de police et entreprises de sécurité aux Etats-Unis et en France » Fondation pour la Recherche Stratégique.

 

Niskanen  A. 1971., Bureaucracy and Representative Government, Chicago, Aldine.

 

Rosa J.J.2000, Le second XXe siècle, Déclin des hiérarchies et avenir des Nations, Economie, Grasset Paris

Samuelson P (1954) “ The pure theory of public expenditure ” The Review of Economics and Statistics, 36.;ou “ La théorie pure des dépenses publiques et de la fiscalité ” dans Économie Publique CNRS colloque Biarritz 2-9 septembre 1966

Sandler T. & Enders W. 2004 « An Economic Perspective on Transnational Terrorism”, European Journal of Political Economy vol.20, 301-316 table 1 pp 303, reproduite en annexe, source U.S.Department, Patterns of Global Terrorism

 

Smith, A. 1776, The Wealth of Nations, Ed Canan 1925 Vol II, p.23

 

Tullock G 1994,The New Federalist, The Fraser Institute, Vancouver, British Columbia, Canada

 



[1] 14 ans après, le 7 janvier 2015, en France, l’exécution de 12 membres de la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo à Paris par El Qa’ida Yemen[1] , pour venger les caricatures de Mahomet publiées par ce journal et ce il y a quelques années, a été ressentie symboliquement, et toute proportion gardée, comme le 9/11 français.Comme le rappelle Eric Denécé du centre français de recherche sur le Renseignements Editorila n° 37, intitulé LE SANGLANT CRÉPUSCULE DES DJIHADISTES, : "notre pays été finalement très peu touché par les actes terroristes-­‐ grâce à la qualité du travail de nos services de renseignement et de sécurité-­‐, malgré

 les menaces régulières dont nous avons fait l’objet. De septembre 2001à janvier 2015, en France et

l’étranger (Algérie, Mali, Somalie), 49 de nos compatriotes ont perdu la vie  soit rapporté sur soixante mois, une moyenne de 3,2 victimes par an. Certes cela est trop, surtout

pour les familles concernées. Mais à l’échelle de la nation, cela montre que les actions terroristes n’ont

jamais atteint l’ampleur de celles qui se sont produites aux Etats-­‐Unis, en Espagne ou au Royaume-Uni et que notre pays est loin d’avoir été déstabilisé par les djihadistes, malgré leurs imprécations

haineuses. Aussi doit-­‐on reconnaître la sur-­‐réaction des médias à l’occasion des événements

de ces derniers jours".

Comme pour les Etats-Unis, ce qui est à craindre c'est la sur-réaction de nos hommes politiques toujours en mal de faire la guerre qui rappelons le est la nature profonde des Etats Modernes. Ecoutez le langage de nos élites: faire la guerre au chômage, à la finance, au tabagisme, aux fous du volants, aux immigrés clandestins aux humoristes pro-islamistes, aux racistes, aux islamophobes, aux homophobes, aux négationnistes de tous bords, aux évadés fiscaux et j'en passe. 

[2] Sandler T. & Enders W. 2004 « An Economic Perspective on Transnational Terrorism”, European Journal of Political Economy vol.20, 301-316 table 1 pp 303, reproduite en annexe, source U.S.Department, Patterns of Global Terrorism

[4] Bilmes L. & Stiglitz J.2006 « The Economic Costs of the Iraq War: an Appraisal Three Years after the Beginning of the Conflict” paper presented at the ASSA meetings , Boston

[5] Sources :Global Terrorism Index, Institute for Economics and Peace, et U.S.Patterns of Global Terrorism 2014

[6] EADS Defence& security a remporté récemment un contrat pour la fourniture du système intégré de sécurité maritime du nouveau port de Tanger. Ce système repose sur des capteurs de détection et d’identification coté mer et du coté ville des filtres comprenant des clôtures d’enceinte, de la détection périmétriques, des dispositifs anti-intrusif, des dispositifs non intrusif des passagers, des bagages et des voitures, de la détection d’explosifs et de matières radio actives avec une salle de contrôle et de gestion de crise unique.

[7] Kunreuther H.& Michel-Kerjan E. 2004, « Challenges for Terrorism Risk Insurance in the United States, Journal of Economic Perspectives Vol 18, Fall, 201-214

[8] Bauer A. et Raufer X.2004, Violences et Insécurité Urbaine, PUF col. »Que sais-je ?

[9] Lemennicier B. 2006, « Pour un commerce libre de la drogue » dans La morale face à l’économie, Eyrolles

[10] Hülsmann G.2002 « Liberté et Sécurité » Conférence au Cercle Frédéric Bastiat, Dax décembre, http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/article.php?ID=122 

[11] Ifrah L. 2007, « Cyber terrorisme, Cyber guerres, les nouvelles menaces pour l’Europe », Conférence sur les nouvelles menaces en Europe, DRMCM et Fondation Schuman, Bruxelles

[12] Selon le U.S Department of Defense

[13] Lemennicier B 2003, “Classical Just War Theory: a Critical View” paper presented at the Libertarian International Spring Convention, Krakow, Poland. March 22-23, en français  http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/article.php?ID=86&limba=fr

[14] Ehrilch, I. 1974, « Participation in Illegitimate Activities: An economic Analysis », dans Essays in Economics of Crime and Punishment; National Bureau of Economic Research; édité par G. Becker et W. Landes.     Becker, G. : 1968, “Crime and Punishment: An Economic Approach”, Journal of Political Economy, 76, 169-217

[15] Il y a une limite à cette politique qui est la montée du nombre de gens conduisant sans permis tellement aujourd’hui la voiture comme moyen de déplacement est vital pour la plupart d’entre nous.

[16] Ce qui est ironique car par définition une politique répressive est efficace avec les honnêtes gens qui par nature sont honnêtes.

[17] Il en va de même avec la délinquance juvénile qui elle fait des victimes, mais comme les mineurs ne sont pas sanctionnés le rendement minimal exigé pour commettre un forfait est ridiculement bas pour des jeunes qui, pour satisfaire la pression du groupe, aiment prendre des risques. Or quand on a une préférence pour le risque, seule une probabilité élevée d’être appréhendé, condamné et la peine exécutée est dissuasive. Si le juge ne condamne pas et/ou n’applique pas les peines, il est inutile que les policiers les arrêtent.

[18] Lemennicier B.1992, « Prohibition de la Drogue : Diagnostic et solutions » Journal des Economistes et des Etudes Humaines, Vol VIII, n°4 (décembre)

[19] Bernholz P. 2004, « Supreme values as a basis for terror” European Journal of Political Economy, Vol.20,317-333

[20] On attend une réponse identique de la part du gouvernement français tant l’imagination n’est pas au pouvoir

[21] Friedmann R. & Cannon W. 2007  ”Homeland Security and Community Policing, Competing or Complementary Public Safety Policies” Journal of Homeland Security and Emergency Management Berkeley Electronic Press

[22] Ceci est vrai aussi de la lutte contre la drogue

[23] Frey B. 2004, Dealing with Terrorism-Stick or Carrot?, Edward Elgar, Cheltenham, UK

[24] Cette politique est adoptée par le gouvernement français en dépit de l’expérience de la guerre civile d’Algérie des années 1991-2002 qui a déjà démontré qu’il s’agit là d’une voie sans issue et dangereuse pour les musulmans non islamistes.

[25] Comme avec les statistiques de la criminalité du Ministère de l’Intérieur du fait même que cette administration est juge et partie dans la fabrication de ces données.

[26] Boudreaux D. & Holcombe R 2002, »Contractual Governments in Theory and Practice” dans  The Voluntary City, Choice Community and Civil Society, ed. D.Beito, P.Gordon et A.Tabarrok The independent Institute, Oakland Ca.

[27] Cela est vrai aussi celui du système judiciaire.

[28] Faute d’un marché privé de la sécurité il ne reste que le droit de porter les armes et la pratique de l’auto défense avec les difficultés qui vont avec : faiblesse des armements consécutif aux interdictions d’être armé par l’Etat qui se réserve le monopole de la sécurité. Les ligues juives et la Haganah, les milices chrétiennes, sunnites, chiites ou de toute autre communauté religieuse ont des difficultés à assurer la protection de leur membres respectifs

[29] C’est une discussion qui agite certains forums islamistes : http://www.memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=fd&ID=FD7308

[30] Ce qu’ils vont faire contraints qu’ils sont par les traités européens

[31] Rosa J.J.2000, Le second XXe siècle, Déclin des hiérarchies et avenir des Nations, Economie, Grasset Paris

[32] On ne peut parler avec l’exécution de la rédaction de Charlie Hebdo et d’un attentat comparable à la moyenne de ceux que l’on observe là où il y a vraiment du terrorisme : en  Iraq en 2012, il y eu  1271 attentats et 2436 tués. L’assassinat de constitue que 5% des attentats, pour 62% c’est la bombe qui est utilisée, elle est la plus aveugle des armes  et elle terrorise le plus les habitants. Souvenez-vous de la bataille d’Alger.

[33] Tullock G 1994,The New Federalist, The Fraser Institute, Vancouver, British Columbia, Canada

[34] Lemennicier B. 2006 « La privatisation des rues » dans, La morale face à l’économie, éditions d’Organisation

[35] Alors que pendant très longtemps la police n’était que municipale dans les villes et militaire dans les campagnes avec la maréchaussée d’abord et ensuite à partir de 1791 avec la gendarmerie.

[36] http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_l_interieur/la_police_nationale/histoire

 Cette tradition n’est pas que française, un historien comme S. Davies rappelle que l’élite anglaise avait peur des classes populaires et de leurs revendications et militait pour une police d’Etat alors qu’elle était à la charge d’associations privées qui naturellement n’avaient pas de préoccupation de protéger les classes dirigeants mais les habitants de leur quartier. Davies S. 2002 « The Private Provision of Police during the Eighteenth and Nineteenth Centuries” in The Voluntary City, The Independent Institute, Michigan

[37] Rapport de la  chambre régionale de la cour de comptes, Ile de France, sur la préfecture de Paris 2006 :

 http://www.ccomptes.fr/CRC13/documents/ROD/IFR200665.pdf

[38] par rapport à l’auto-défense individuelle ou collective via  des milices privées

[39] Benson B. 1998, To serve and Protect, Privatization and Community in Criminal Justice, The Independent Institute, Oakland Ca.

[41] Marguin Jean 2007 « Force de police et entreprises de sécurité aux Etats-Unis et en France » Fondation pour la Recherche Stratégique.

[42] Institut National des Hautes Etudes de Sécurité

[43] Samuelson P (1954) “ The pure theory of public expenditure ” The Review of Economics and Statistics, 36.;ou “ La théorie pure des dépenses publiques et de la fiscalité ” dans Économie Publique CNRS colloque Biarritz 2-9 septembre 1966

[44] Lemennicier B. (2005,) “La privatisation des armées et l’argument des biens collectifs” dans Insécurités publiques ? sécurité privée ? essai sur les nouveaux mercenaires, sous la direction de J.J. Roche, Paris , Economica

[45] Privilège obtenu au temps du premier ministre  Hariri

[46] Smith, A. 1776, The Wealth of Nations, Ed Canan 1925 Vol II, p.23

[47] idem p.140

[48] Niskanen  A. 1971., Bureaucracy and Representative Government, Chicago, Aldine.

[49] En région parisienne les pompiers sont des militaires !

[50] Nous disons « peut » mettre en cause car aux États-Unis ou en Allemagne par exemple, les villes privées ou les ex villes libres comme Hambourg ne remettent nullement en cause ce monopole.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 

    Article connexes
Guerre et Politique étrangère par M. Rothbard, 1978

 " origin and nature of international conflicts" par hans H. Hoppe
Légitime défense et droit de porter des armes par Pierre Lemieux 1993

Par Bertrand Lemennicier
Les Guerres contemporaines: Le Kosovo 
La notion de guerre juste  mars 2003 
 Le terrorisme et le 11 septembre 2001 septembre 2001

 top
Vidéo conférences - Autres universes - Curriculum Vitae
Nous contacter - Liens - Plan du site - Conditions Générales de Vente

Copyright © 1996-2008 Bertrand Lemennicier. Tous droits réservés.