L’analyse spatiale des votes et
les élections présidentielles françaises de 2012 : bilan et réflexions
méthodologiques.
Par Bertrand Lemennicier []juin 2012
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Introduction
En avril-mai 2012, s’est tenue la dixième élection
présidentielle de la Vème République française. Face à Nicolas
Sarkozy, qui briguait un nouveau mandat de cinq ans, les socialistes, et donc
François Hollande leur candidat, apparaissaient depuis des mois – si l'on en
croit les sondages – en position favorable pour l'emporter en particulier au
deuxième tour. A trois mois des élections, les sondages prédisaient que ce
candidat l’emporterait avec 57% des votes contre 43% à Nicolas Sarkozy
(sondages IFOP 19 janvier 2012, CSA du 10-11 avril 2012) ou au minimum avec 54%
des votes (IFOP 9-12 avril). Même son de cloche lorsque l’on se reporte aux
paris sur les élections présidentielles de 2012. La cote fractionnelle de
François Hollande sur les paris de Londres est de ½ en janvier 2012, 2/7 le 15
mars et 1/3 début avril, celle de Nicolas Sarkozy est de 6/4 en janvier, de 3
en mars et 9/4 début avril. Pour 100 euros misé sur Hollande, si ce dernier
l’emporte, le parieur gagne 150 euros (1+1/2) en janvier, 128 euros en mars
(1+2/7) et 133 euros début avril (1+1/3). La probabilité pour Hollande de
l’emporter, telle qu’elle est estimée par les parieurs, est donc de 66,6%
(100/150) en janvier, 78% en mars et 75% début avril. Pour 100 euros misé sur
Sarkozy, si ce dernier l’emporte, le parieur gagne 250 euros (1+6/4) en
janvier, 400 euros en début mars (1+3) et 325 euros début avril (1+9/4). La probabilité qu’il a de l’emporter est
estimée à 40% (100/250) en janvier, de 25% en mars et de 30.7% début avril [1F] déjà à l’époque, les jeux semblent faits. Hollande
sera le prochain Président de la République Française.
Ces sondages entraient en contradiction avec une
analyse spatiale des votes le long d’un axe droite gauche qui prédisait un score
du candidat du parti socialiste beaucoup plus incertain. En mai 2011, lors des
premiers sondages nous avions estimé que François Hollande était le meilleur
candidat de la gauche (exception faite de Dominique Strauss-Kahn) et qu’il
était susceptible de battre Nicolas Sarkozy avec un score attendu de 49,2% dans
une fourchette de 47,5%-51% des votes. Il devançait Martine Aubry (48,5%) et Ségolène Royal
(45,9%). Cette analyse cependant anticipait
une défaite possible de François Hollande [] à l’élection présidentielle. Cette contradiction
entre la prédiction du modèle et l’interprétation par les médias des intentions
de votes révélées par les sondages comme quoi les jeux étaient faits d’avance
nous a incité à suivre la campagne électorale et à affiner notre prédiction que
nous avions publiées dans French Politics
en décembre 2011. En mars 2012, un mois avant les présidentielles nous
avons, à partir d’une moyenne des sondeurs, confirmé notre prévision de French Politics puisque le score prédit
était de 49,3% pour François Hollande dans une fourchette de 47,5%- 51%. Nous
anticipions à nouveau son échec or il a gagné les élections avec un score de
51, 6% des votes. Cette sous-estimation du résultat nous a suggéré trois types
de réflexions : 1) la première porte sur les raisons de l’échec relatif du
modèle spatial des votes inspiré des contributions de H.
Hotelling (1929) [5F], A. Downs (1957) [6F] et M. Hinich et M. Munger (1997) [7F] pour prédire le résultat de 2012 alors qu’il a été très performant en 2007; la seconde porte sur la stratégie des candidats
durant la campagne qui par leurs actions et leur compréhension ou
mécompréhension du modèle spatial des votes créent leur propre victoire ou
défaite ; et enfin la dernière
piste de réflexion porte sur les travaux des économistes ou politologues eux-mêmes
qui cherchent à quantifier le non quantifiable ou à prédire ce que eux-mêmes
disent qu’il est impossible de prédire !
L'élection présidentielle de 2012 vue par l'analyse
spatiale de la distribution des votes.
L’analyse spatiale
des votes permet d'éclairer les enjeux de n’importe quelles élections y compris
donc les élections présidentielles. Ses mérites sont doubles : non seulement
elle constitue une méthode de prévision électorale, mais elle permet aussi d'interpréter
le comportement des acteurs politiques (candidats ou partis) lors d'une
campagne. Elle peut également permettre d'anticiper les comportements que l'on
observera lors du mandat politique suivant l'élection. Elle est
contrefactuelle, elle permet de savoir ce qui se serait passé si toutes les
hypothèses du modèle étaient satisfaites [] et donc elle est un point de référence ou un point d’application
d’Archimède dans les analyses des élections. Enfin, si on se
reporte à un spécialiste dans le domaine comme Michael Lewis-Beck (2005), [8F ], elle
donne des estimations précises (erreur de prévision inférieure à 1.5), elle est
précoce (au moins plusieurs mois à l'avance -1 à 6 mois voire 11 mois à
l’avance- et non pas la veille des élections); facile à mettre en œuvre (la méthode n'exige pas une
technicité trop grande, peut-être comprise aisément et les variables faciles à
mesurer sans erreur), elle est reproductible et avantage non négligeable relativement peu coûteuse car une fois comprise
n’importe qui peut la reproduire. Cette méthode
originale, ainsi que ses applications dans des configurations politiques
diverses, est présentée dans Lemennicier, Lescieux-Katir et Grofman (2010) [9F], Lemennicier, Lescieux-Katir (2010) et Lemennicier, Lescieux Katir et Vuillemey
(2011).
Après une présentation brève de l’analyse spatiale des
votes, nous décrirons l’évolution des prédictions du second tour depuis les
premiers sondages de 2009, 2010 et ceux d’avril 2011 avant les primaires
socialistes jusqu’au 6 mai 2012.
Les sondages sur les intentions de vote constituent la méthode la plus
répandue et la plus ancienne pour tenter d'anticiper les résultats des
élections. Ils consistent en la réalisation d'un questionnaire auprès d'un
échantillon jugé représentatif de l'ensemble d'une population. Si ces
techniques ont été progressivement affinées, elles ne sont cependant pas les
seules. Ainsi les économistes ont introduit dans la sphère politique des
techniques de prévision propres à leur discipline. Depuis, les économistes font
concurrence aux politologues, produisant parfois des prédictions sensiblement
différentes. Aux États-Unis, où l'analyse économique de la sphère politique est
plus développée qu'en France, les élections présidentielles de 2008 ont montré
la diversité des méthodes employées : fonctions de votes estimées par des
techniques économétriques [3F], simulations probabilistes,
sondages médians, panels d'experts, tournois, marché des « futures »
ou « betting odds »
(Jones, 2008) [4F].Les deux
dernières méthodes sont souvent jugées par les économistes,
confiants dans les mécanismes de marchés, comme plus efficaces que les méthodes
« politico-économétrique » car elles impliquent un acte de
spéculation rapportant des profits. Le prix ou les cotes qui s’établissent sur
ces marchés qui émergent de la compétition entre offfeurs entre eux et
demandeurs entre eux, sont des bons prédicteurs des résultats des élections
(mais pas des scores des candidats puisque le prix indique la probabilité de
succès du candidat).
Le modèle
L’analyse
spatiale des votes que nous avons utilisée, ex ante, pour la présidentielle de
2007 et rétrospectivement pour les autres repose sur des hypothèses qu’il faut rappeler
aux lecteurs tant ces prévisions soulèvent les passions []. Nous avons d’abord décrit le
paysage politique français, en effectuant un découpage en cinq blocs :
l’extrême gauche, la gauche, le centre, la droite et enfin l’extrême droite. Il
s'agit là d'une simplification ou plus correctement d’une abstraction permettant
d’éviter la complexité des espaces à n dimensions qui ne permettent pas de
dégager les traits essentiels de la structure de la compétition électorale
française : celle de la bi modalité.
L’analyse spatiale des votes est un modèle et présuppose donc des hypothèses. Nous en
retiendrons cinq.
1) que
la position des candidats puisse-t-être identifiée le long d'un axe
gauche-droite [10F]
2) que
les électeurs votent pour leur candidat préféré, et non de manière stratégique.
La distribution des votes doit donc représenter les préférences réelles des
votants.
3) que
les électeurs dans un scrutin majoritaire à deux tours se reportent au second
tour sur le candidat le plus proche de leur préférence exprimée lors du premier
tour.
4) Pour
gagner, les candidats cherchent à se rapprocher des préférences des
électeurs.
5) Enfin,
nous ne tenons pas compte des tentatives de manipulation du système de vote qui
consistent à favoriser les divisions à l’intérieur de son propre camp ou dans
le camp de l’opposition [11F].
La première hypothèse recoupe des catégories
habituelles en sciences politiques. Ici, la classification est facilitée par
une agrégation en cinq classes. De manière générale, on peut supposer que la
localisation des cinq groupes le long de la dimension idéologique est figée
dans la mesure où la localisation des partis est contrainte par leur histoire
et par les paradigmes que l'activité militante, notamment à gauche, a imposés.
La deuxième hypothèse est plausible, dans la mesure où un système électoral à
deux tours favorise souvent le fait que les électeurs votent pour le candidat
le plus proche de leurs idées au premier tour. La troisième est essentielle et
résulte de l’hypothèse 2. La quatrième
et la cinquième sont liées à la compétition entre les candidats des divers partis
politiques et à la multiplicité des candidatures comme en 2002. Pour cette
élection, il semble raisonnable de la faire.
Une fois ces hypothèses admises, Downs affirme que le
parti qui remporte les élections est celui qui
est le plus proche de l'électeur médian. Dans un pays comme la France où la
distribution de l'électorat apparaît
bimodale sur la longue durée (avec deux pics de concentration de
l'électorat à gauche et à droite, plutôt qu'un seul au centre), cette approche
spatiale doit être modifiée pour prendre en compte cette structure particulière
de la distribution des votes: dans une élection à deux tours, la gauche et la
droite ne peuvent trop dériver vers le centre dès le premier tour, car ils
perdraient alors une fraction trop importante de leur électorat, qui se
reporterait respectivement sur leur gauche et sur leur droite (vers les
extrêmes). Pour prendre en compte ce fait, nous considérons que le vainqueur
d'une élection est le parti qui présente le mode le plus élevé à proximité de
l'électeur médian. Nous l’avons appliqué pour la première fois en France
aux élections présidentielles de 2007.
___________________________________________________________________
Encadré 1
: Uni modalité, multi modalité et bi modalité de la distribution des votes sur
l’axe politique gauche droite.
Dans le cadre d’un scrutin proportionnel, d’une
répartition uniforme des préférences et trois partis politiques, le parti qui
s’installe au centre capte des votes sur sa gauche comme sur sa droite, tandis
que les deux autres partis captent les votes aux extrêmes. Avec un scrutin
majoritaire, il en va autrement. Lorsque le parti de gauche déplace son
idéologie vers le centre, il conserve son électorat sur sa gauche tant qu’aucun
parti dissident, ne cherchant pas à gouverner, ne décide de s’installer à
l’extrême gauche. Il en va de même pour le parti de droite lorsqu’il déplace
son idéologie vers le centre, il garde les électeurs d’extrême droite tant
qu’aucun parti, ne désirant pas gouverner, ne s’installe pas sur sa droite. La base électorale du parti
centriste se réduit alors rapidement. L’expérience [14F] montre que, dans des régimes à scrutin
majoritaire, les partis centristes disparaissent au sein des autres partis de
droite ou de gauche. L’UDF de François Bayrou est le dernier exemple d’un parti
centriste victime de cette loi et qui n’a pas encore été absorbé entièrement
par le grand parti de droite qu’est l’UMP. À gauche, depuis longtemps, les
partis centristes ont été absorbés par le parti socialiste (souvenons-nous des
radicaux de gauche). Cela illustre l’importance du mode d’élection, scrutin
proportionnel ou majoritaire sur le positionnement des partis sur l’axe
politique gauche droite.
Si
nous supposons que les préférences sont distribuées symétriquement à gauche
comme à droite selon une loi statistique
normale. Le mode le plus élevé et la médiane sont confondus au centre sur l’axe
gauche-droite. Dans une telle constellation des préférences, deux grands partis
vont émerger et se situer près de l’électeur médian qui est juste au centre. En
effet pour avoir des députés, ils sont contraints de capturer l’électeur
médian, et le déplacement de leur idéologie vers le centre leur rapporte plus
de voix qu’ils n’en perdent sur leur gauche (si le parti est de gauche) ou sur
leur droite (si le parti est de droite) du fait même de la distribution des
préférences des électeurs puisqu’il y a de plus en plus d’électeurs quand on se
rapproche du centre. Les deux partis
vont poursuivre des programmes politiques similaires qui, en s’étendant un peu
sur la droite comme sur la gauche, vont satisfaire la grande majorité des
électeurs. La démocratie est politiquement stable et consensuelle. Si la
distribution des préférences est biaisée à « droite » (le mode le
plus élevé et la médiane sont sur la gauche de l’axe gauche- droite avec un
aplatissement à droite), il y a un grand nombre d’électeurs qui partagent les
mêmes préférences situées à gauche sur l’axe gauche droite. La localisation de
l’électeur médian est telle que c’est le parti avec le mode la plus élevé et le
plus proche de l’électeur médian qui prend le pouvoir. Le pouvoir passe dans
les mains d’autres hommes politiques et électeurs, situés idéologiquement plus
à gauche. Il est alors difficile aux partis centristes ou de droite de
s’adapter à cause de l’immobilité idéologique, mais, avec le temps, si les
hommes politiques des partis centristes et de droite veulent gouverner, ils vont malgré tout modifier leur
image de marque et déplacer leur idéologie vers l’électeur médian situé à
gauche. C’est le parcours de François Mitterrand. Cette concentration des
préférences à gauche diminue le nombre de partis et donne un poids important au
parti qui a le plus d’électeurs. La stabilité politique est assurée par un
grand parti dominant de « gauche » et un consensus élevé consécutif à
leur concentration autour du mode le
plus élevé. On peut inverser le sens de la distribution et observer un biais à
gauche (le mode est supérieur à la médiane et est situé à droite), le résultat
sera identique, sauf que le parti dominant sera de droite au lieu d’être de
gauche. Lorsque la distribution des préférences est uni modale, les programmes
politiques révèlent un fort consensus dans la population des électeurs, et le
nombre de partis dominants est faible. C’est ce qui assure la stabilité
politique.
Il n’en va pas du tout ainsi lorsque la
distribution des préférences est multimodale. Nous avons alors un système de
partis multiples, un faible consensus dans la population et une instabilité
politique fondamentale. En effet, si nous avons cinq partis politiques
répartis le long de l’axe des préférences politiques gauche-droite. Chaque
parti attire le même nombre d’électeurs. La distribution des préférences est
dite multimodale et uniforme. Supposons que les partis de gauche et de droite
cherchent à gouverner. Ils sont face à la situation suivante. S’ils rapprochent
leur programme du parti centriste pour lui prendre des votes, ils vont gagner
des votes sur leur droite ou sur leur gauche, mais ils risquent de perdre une
fraction de leurs électeurs, qui se reporteront respectivement sur leur gauche
et sur leur droite. Ils ne sont donc pas incités à rapprocher leur idéologie de
l’électeur médian, aussi vont-ils former une coalition avec d’autres partis
pour emporter les élections. Mais alors, la coalition, pour être stable, doit
offrir un programme qui couvre un spectre plus large des opinions politiques.
En effet, pour gouverner, la coalition des partis de gauche et de droite doit
se rapprocher du centre et en même temps offrir un programme qui n’amène pas
les électeurs du parti de gauche à se reporter sur le
parti d’extrême gauche. Ce qui vaut à gauche vaut à droite. Mais en
offrant des politiques économiques et sociales qui donnent satisfaction à des
électeurs situés à gauche, on crée une tension dans le pays car une majorité
d’électeurs s’y opposent : tous ceux situés à droite de la gauche. Si
la coalition n’offre pas ce large spectre de politique, elle perd les élections
car les électeurs de gauche reportent leurs votes sur le
parti d’extrême gauche. Cette distribution n’est sans doute pas stable.
Elle tend au mieux vers une distribution bimodale (biaisée à droite ou à
gauche), les électeurs des extrêmes se ralliant au mouvement des partis
de gauche à gauche et de droite à droite. Avec une distribution bimodale
extrême ou le poids des extrêmes excède celui des partis situés à l’intérieur
ou plus modérée, on s’attend à une instabilité de la vie politique car les deux
partis dominants sont idéologiquement opposés []. Cette situation est jugée par A. Downs comme
pré-révolutionnaire, car aucun gouvernement ne peut plaire à une majorité
franche d’électeurs.
Graphique
1 Distribution normale ou bi modale des
votes. 
Rappelons qu’une distribution uni
modale signifie que 90% des électeurs sont proches des préférences de
l’électeur médian. Cela traduit un fort consensus des citoyens quant à la
gestion politique que doit mener le
gouvernement. En revanche, une distribution bi modale voire multimodale traduit
l’inverse. Les électeurs s’opposent très fortement quant au rôle du
gouvernement et de la politique à mener. La bi modalité est une caractéristique bien française
et n’est pas nouvelle. Le tableau 1 et le graphique qui suit donne cette
distribution des votes en 1932 et 1956 et 2007[13F]
Tableau 1 Distribution des votes et
intentions de votes aux élections parlementaires de 1932 et 1956 puis à la
présidentielle de 2007.
|
|
Législatives 1932
(suffrage hommes)
|
Législatives 1956
(suffrage
universel: hommes plus femmes)
|
Présidentielles
2007(suffrage universel: hommes plus femmes)
|
|
Extrême gauche
|
8,5
|
25,4
|
10,5
|
|
Gauche
|
45
|
29,6
|
25,9
|
|
Centre
|
14,5
|
6,5
|
18,6
|
|
Droite
|
31
|
25,9
|
32,5
|
|
Extrême droite
|
1
|
12,6
|
12,7
|
Graphique 2 Distribution des votes au parlement en 1932
et 1956 puis à la présidentielle de 2007

.
_____________________________________________________________________________
Un rappel bref des
élections de 2007
Le tableau 2 suivant donne la distribution des votes et intentions de votes aux
élections présidentielles de 2007. Il indique aussi la distance entre le mode
le plus élevé de chaque camp et l’électeur médian global en excluant
l’hypothèse que les électeurs de chaque camp votent pour le camp opposé. Ils
reportent leurs voix sur le candidat le plus proche (hypothèse 3). Il
donne aussi le score prédit au second tour par cette analyse spatiale des
élections à la Downs, à partir d’une équation de prédiction historique
associant le score du second tour du candidat de gauche avec sa distance à
l’électeur médian global révélée au moment des résultats du premier tour.
|
Familles politiques
|
Intentions de vote à
1 mois des élections présidentielles de 2007
|
résultats des élections au premier tour de 2007
|
|
Extrême gauche
|
12,5
|
10,5
|
|
Gauche
|
25,6
|
25,9
|
|
Centre
|
20,3
|
18,4
|
|
Droite
|
27,6
|
32,5
|
|
Extrême droite
|
14
|
12,7
|
|
Distance du camp de gauche à l’électeur médian
global
|
11,9
|
13,6
|
|
Distance du camp de droite à l’électeur médian global
|
8,4
|
4,8
|
|
Score estimé et réalisé au second tour pour le
candidat du parti socialiste
|
46,7
Fourchette :44.7- 48.7
|
46,9
|
Tableau 2 Distribution des votes et intentions de
votes aux élections présidentielles de 2007
On classe les candidats sur un axe gauche-droite en partant de la gauche en
fonction des programmes et de leurs idéologies politiques. L’idée qui nous
guide est de savoir si tel candidat est à gauche ou à droite du candidat du
parti socialiste (respectivement du candidat de l’UMP) Ensuite nous
additionnons le nombre d’intentions de votes (ou les votes exprimés) pour les
candidats situés à gauche du PS sous le vocable extrême gauche ; les
intentions de votes pour le candidat du parti socialiste sont présentées sous
le vocable gauche. La somme des intentions de votes pour l’extrême gauche et
gauche donne le pourcentage de votes du camp de gauche. En 2007 ce camp de
gauche faisait 36.4% des votes. Pour l’emporter ce camp devait capter 13.6%
plus une voix sur sa droite. C’est la distance à l’électeur médian global. La
candidate du parti socialiste Ségolène Royal va faire 46.9% des voix. Elle n’a
pu capter que 10.5% des votes sur sa droite sur les 13.6 % dont elle avait
besoin. Elle a été battue.
En 2007, pour estimer le score avec lequel le candidat du parti socialiste
emporterait l’élection présidentielle au second tour, nous avons
rétrospectivement estimé le pourcentage de votes obtenu par le candidat de gauche au
deuxième tour sur les élections présidentielles entre 1965 et 1995. Pour
prédire la présidentielle de 2007, nous avons ajouté les résultats des
élections de 1965 à 1995, 1969 et 2002 exclus puisqu’il n’y avait pas de
candidat de gauche au second tour. [12F]. Le graphe suivant présente l’équation que nous
avons utilisée pour la prédiction de 2007. Le premier chiffre donne le score,
le deuxième fait référence à l’année de la présidentielle et le dernier donne
la distance du candidat de gauche à l’électeur médian global. L’équation simple
suivante s’écrit :
% de votes du candidat de gauche au second tour= -0.47 (distance à
l’électeur médian global) +52,3 %.
Nous présentons sur le graphique 3 suivant cette équation qui permet
d’obtenir le score prévu par le candidat de gauche 1 mois avant les élections
(46.9%).

Graphique 3: Estimation du pourcentage de votes
obtenus au second tour de l’élection présidentielle en fonction de la distance
du mode le plus élevé à gauche. Les présidentielles 1969 et 2002 ont été omises
de l’estimation car, entre les deux tours, pour 1969, l’électeur médian global s’est déplacé à
droite en direction de l’électeur médian de droite. En 1969 un candidat du
centre était opposé au candidat de droite (Poher contre Pompidou) et en 2002 un
candidat de droite était opposé à un candidat d’extrême droite (Chirac contre
Le Pen) Chirac étant plus proche de l’électeur médian que Le Pen, l’emporte. Si
le candidat se situe juste sur l’électeur médian, la distance est nulle, X=0,
le candidat du parti socialiste emporte
l’élection avec 52,3% des votes, si la
distance passe à 10%, on retire de 52,3% 4,7% des votes (10*0,47) et on obtient
47,6% des votes au second tour. Le calcul est alors élémentaire en substituant
la distance à l'électeur médian dans l'équation: (Score prédit au second tour)=
-0,47 (distance à l'électeur médian) + 52,3 soit en 2007 un score du second tour de S.R. aux environs de 46,9%
46,7= -0,47(11,9) + 52,3 On choisit toujours de prédire les votes de
gauche parce que les reports à gauche sont plus fiables qu'à droite. (Rares
seront les électeurs du Front de gauche à voter à droite ou au centre au second
tour). Par complément, on obtient le score du candidat de droite. En réalité le
score du premier tour a démontré que Ségolène Royale était à 13,6% de
l’électeur médian global. Sur cette base le modèle prédisait un score plus
faible.de 45,9% au lieu des 46,9% qu’elle a obtenu. Soit une erreur de
prédiction de 1% au lieu de 0,2% sur l’estimation à 1 mois de distance.
.Pour l’élection de 2007 l’estimation portait sur les 5
elections 1965, 1974, 1981,1988 et 1995 (1969-2002 exclus, faute de candidats à
gauche au second tour). L’équation donnait la relation suivante (graphique 3): 
1) Y (% de votes au second tour du candidat du
PS)=-0.47*X (distance à l‘électeur median global de ce candidat) +52,3 %; R2
=0.75 . erreur de prediction =2%
En 2012, nous utilisons une équation similaire. On ajoute
simplement les résuttats de l’élection de 2007 (voir graphique 4). Elle est
quasiment lidentique à celle que l’on obtient sur les 5 élections de 1965 à 1995.
En effet, on obtient :
2) Y (% de votes au second tour du candidat du
PS)=-0.467*X (distance à l‘électeur median global du candidat PS) +52,3 %; R2
=0.78, écart type de l’estimation 1,78%..[]
Maintenant reste à estimer la distance du candidat de
gauche à partir des intentions de votes affichées publiquement par les
électeurs en répondant aux sondeurs, à calculer la distance du camp de gauche à
l’électeur médian global et à faire le pronostic sous les hypothèses du modèle.
Le tableau 3 suivant donne des estimations depuis 2009, 2010 et 2011 bien avant
le début de la campagne électorale de janvier 2012 et le graphique 4 suivant
les estimations avec leurs erreurs de prévision.
Le tableau 3 Les
intentions de votes et les prédictions depuis avril 2009
|
IPSOS
|
Moyenne des Instituts de sondage
|
Moyenne
des Instituts de sondage
|
Résultats
Premier tour
|
Résultats
Deuxième tour
|
|
Familles politiques
|
20 mai 2011
|
4-19 janvier
|
24-28 mars 2012
|
22 avril
|
6 mai 2012
|
|
extrême gauche
|
12,5
|
11,4
|
16,19
|
15.2
|
|
|
gauche
|
31
|
28,5
|
27,38
|
28,6
|
|
|
centre
|
12,5
|
13,6
|
11,44
|
9.1
|
|
|
droite
|
25
|
27,1
|
28,31
|
27
|
|
|
extrême droite []
|
19
|
18,9
|
16,69
|
19,9
|
|
|
camp de gauche
|
43,5
|
39,9
|
43,56
|
44
|
|
|
distance à l'électeur médian global
|
6,5
|
10,12
|
6,44
|
6
|
|
|
estimations FH second tour
|
49,26
|
47,57
|
49,29
|
49,5
|
51,6
|
|
Écart type prédiction
|
1,54
|
1,77
|
1,54
|
1,6
|
|
|
Fourchette à 95%
|
47,72-50.08
|
45,8-49.2
|
47,75-50.6
|
47,9-51.05
|
|
|
Intentions de votes FH second tour
|
58
|
56
|
54,00
|
55,2
|
55,2
|
|
Écarts de prévision entre sondeurs et le modèle
|
8,74
|
6,8
|
4,71
|
5,7
|
|
|
Erreur de la prévision par rapport au résultat
|
2,34
|
4,03
|
2,31
|
|
2.1
|
|
Erreur des sondeurs
|
6,4
|
4,4
|
2,4
|
3,6
|
3,6
|
Graphique 4.Projection
du pronostic (en italique) et du résultat de 2012 à partir de notre équation de
distance à l’électeur médian global. 
Selon l’analyse spatiale des élections c’est le
candidat de droite qui devrait l’emporter car c’est lui qui a le moins de votes
à saisir sur sa gauche (5%) en direction de l’électorat centriste comparé à son
adversaire qui doit en remporter beaucoup plus sur sa droite (6,44%). Les
intentions de votes à 1 mois des élections sont proches de celles observées. La
marge d’erreur prévue par le modèle est de 1.78%. La prédiction est donc de
49,3% pour François Hollande avec une erreur prévue de +ou – 1,78%. La
fourchette haute donne FH à 51 ,08% et celle basse donne 47,52% .
Graphique 1, distributions des intentions de votes
en 2012 (pointillés) et distribution réelle
après le premier tour (trait plein).

Les intentions de votes avant les primaires socialistes et la prédiction en
avril 2011.
Revenons sur la distribution des intentions de vote
fournies par deux enquêtes [16F] téléphoniques. La première a été réalisée les 18 et 19 février 2011 par TNS-SOFRES pour Le Nouvel Observateur et i>Télé auprès d'un échantillon national de 1000 personnes,
représentatif [17F] de l'ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus et
inscrite sur les listes électorales. La seconde s’est déroulée entre les 20 et 21 mai 2011 auprès d'un
échantillon national de 1013 personnes.
La question – « Si dimanche
prochain devait se dérouler le premier tour de l’élection présidentielle, pour
lequel des candidats suivants y aurait-il le plus de chances que vous votiez ? » – a été posé suivant différents scénarios
possibles, la représentation du Parti socialiste par Martine Aubry (MA),
Dominique Strauss-Kahn (DSK) seulement lors de la première enquête, François
Hollande (FH) ou Ségolène Royal (SR). Les résultats obtenus par famille
politique sont présentés dans le tableau 3.
|
|
20/05/2011
MA
|
18/02/2011
DSK
|
20/05/2011
FH
|
20/05/2011
SR
|
|
EXTREME GAUCHE
|
14
|
20,5
|
12,5
|
18,5
|
|
GAUCHE
|
28
|
29
|
31
|
18
|
|
CENTRE
|
12
|
9
|
12,5
|
16
|
|
DROITE
|
27
|
24,5
|
25
|
27,5
|
|
EXTREME DROITE
|
19
|
17
|
19
|
20
|
|
CAMP DE GAUCHE
|
8
|
0,5
|
6,5
|
13,5
|
|
CAMP DE DROITE
|
4
|
8,5
|
6
|
2,5
|
|
Score prédit du candidat du parti socialiste en mai 2011,
|
48,5
|
52
|
49,2
|
45,9
|
|
avec +ou – 1,78%
fourchette
|
46,7-50,28
|
50,2-53,8
|
47.2-51
|
44.1-47.7
|
Tableau 4 : Intentions de votes pour les sondages réalisés par
IPSOS avant et après l’affaire DSK. Les cases surlignées en jaune indiquent
l’intervalle dans lequel se situe l’électeur médian global. En gris l’hypothèse
François Hollande qui a gagné les primaires socialistes et Distance entre le mode le plus élevé de
chaque camp et l’électeur médian global.
Sur la base de cette distribution des intentions
de vote, nous pouvons calculer la distance séparant l'électeur médian des
candidats de gauche et de droite. La hauteur des modes permet d'identifier les
deux candidats accédant au second tour. Sur cette base, nous pouvons prévoir le
vainqueur probable de l'élection Le tableau 4 présente de manière
synthétique les distances (en points de pourcentage) entre la famille politique
ayant le mode le plus élevé dans chaque camp et l’électeur médian de l’ensemble
de la distribution en supposant que les extrêmes se reportent tous sur le
candidat le plus proche de leurs préférences [18F]. Dans cette hypothèse il donne aussi le score
attendu au deuxième tour du candidat socialiste.
En observant les distributions
précédentes, le candidat qui permet au camp de gauche de se rapprocher le plus
de l’électeur médian global est Dominique Strauss Khan qui l’emporte aisément. DSK étant sorti de la compétition, c’est
François Hollande (distance de 6.5 % au 20 mai 2011, contre 8 % pour Martine
Aubry et 13.5 % pour Ségolène Royal) qui devient le meilleur candidat pour la
gauche. Ce candidat apparaît d’autant plus intéressant pour le PS qu’il ferait
s’éloigner le camp de droite (6 % contre 4 et 2,5% pour les autres candidats)
de l’électeur médian global, en mordant sur son électorat. Mais dans tous les
cas de figure, le candidat du camp de droite est le plus proche de l’électeur
médian global et devrait donc l’emporter.
Les intentions de
votes après les primaires socialistes.
En janvier 2012, à 100 jours des
élections, les enjeux se précisent. Le tableau 5 suivant présente les résultats
des intentions de votes selon divers instituts de sondages entre la première
semaine et la troisième semaine de janvier 2012. Ils convergent, par famille politique, plus ou moins vers la même distribution
bimodale à 1 ou 2% près. En nous reportant au tableau 1, on observe une
remarquable stabilité de la distribution bimodale à 9 mois de distance quand on
prend l’hypothèse de François Hollande. En mai 2011, la distribution est fort
semblable à celle de janvier 2012.
Tableau 6 [19F].
|
|
LH2
|
Ipsos
|
Opinion- Way
|
CSA
|
TNS Sofres
|
BVA
|
Ifop
|
|
|
13-14 janv.
|
13-14 janv.
|
10-11 janv.
|
9-10 janv.
|
6-9 janv.
|
6-7 janv.
|
4-6 janv.
|
|
EXTREME GAUCHE
|
12
|
11,5
|
10,5
|
9,5
|
11,5
|
13
|
10
|
|
GAUCHE
|
30
|
29
|
27
|
29
|
30
|
28
|
28
|
|
CENTRE
|
14,5
|
14,5
|
16,5
|
13
|
11,5
|
12
|
13,5
|
|
DROITE
|
25,5
|
26
|
27
|
29
|
27,5
|
28
|
28,5
|
|
EXTREME DROITE
|
17,5
|
18,5
|
18,5
|
19,5
|
18,5
|
18
|
20
|
|
CAMP DE GAUCHE
|
8
|
9,5
|
12,5
|
11,5
|
8,5
|
9
|
12
|
|
CAMP DE DROITE
|
7
|
5,5
|
4,5
|
1,5
|
4
|
4
|
1,5
|
|
estimations score du
second tour de FH
|
48,54
|
47,84
|
46,43
|
46,90
|
48,31
|
48,07
|
46,66
|
|
Écart type prédiction + ou
-1.78 %
|
46.7-50.3
|
46.06-49.6
|
44.6-48.2
|
45.1-48-7
|
46.5-50.09
|
46.3-49.8
|
44.9-48.4
|
Tableau 6: Intentions de votes en janvier 2012 pour
différents instituts de sondages. Les cases surlignées en jaune indiquent
l’intervalle dans lequel se situe l’électeur médian global. Distance
entre le mode le plus élevé de chaque camp et l’électeur médian global en
janvier 2012
Le candidat de droite est toujours le plus proche, et ce d’une façon plus
marquée, de l’électeur médian global. Il devrait donc l’emporter. Il lui faut
capter beaucoup moins de vote sur sa gauche au centre que son adversaire de gauche sur sa droite en direction du
centre. Pour estimer le score avec lequel François Hollande emporterait
l’élection présidentielle au second tour, reprenons l’estimation des votes pour
la gauche au deuxième tour à partir de notre équation sur les élections
présidentielles entre 1965 et 2007 [20F].
En
prenant la moyenne des sondeurs, François Hollande atteint le score 47,54% des
votes au second tour et serait donc battu. La vague des sondages de la fin mars
donne des résultats différents. Le tableau 9 suivant présente les résultats de
la semaine du 21au 28 mars .
|
Intentions de votes
|
moyenne des Instituts de sondage
|
|
|
Fin mars 2012
|
|
extrême gauche
|
16,19
|
|
gauche
|
27,38
|
|
centre
|
11,44
|
|
droite
|
28,31
|
|
extrême droite
|
16,69
|
|
gauche
|
43,56
|
|
distance à l'électeur médian global
|
6,44
|
|
estimations FH second tour
|
49,27
|
|
Écart type prédiction + ou -1.78 %
|
47.5-51
|
|
Intentions de votes FH second tour
|
54,00
|
|
Écarts de prévision entre sondeurs et analyse
spatiale des votes
|
4,73
|
Tableau 9a Estimation du second tour pour François Hollande
(méthode : proximité à l’électeur médian global) vague fin mars 2012
|
BVA
|
Ifop R
|
CSA
|
LH2
|
Opinion- Way
|
moyenne
|
|
11-12 avril
|
9-12 avril
|
10-11 avril
|
10-11 avril
|
10-11 avril
|
|
|
extrême gauche
|
16
|
17
|
19,5
|
17,5
|
17
|
17,4
|
|
gauche
|
30
|
27
|
27
|
29,5
|
27
|
28,1
|
|
centre
|
11
|
10
|
11
|
10,5
|
10
|
10,5
|
|
droite
|
27
|
28,5
|
26
|
27
|
28
|
27,3
|
|
extrême droite
|
16
|
17,5
|
16,5
|
15,5
|
18
|
16,7
|
|
camp de gauche
|
46
|
44
|
46,5
|
47
|
44
|
45,5
|
|
distance à l'électeur médian global
|
4
|
6
|
3,5
|
3
|
6
|
4,5
|
|
estimations FH second tour
|
50,4
|
49,5
|
50,7
|
50,9
|
49,5
|
50,2
|
|
Écart type prédiction + ou -1.78 %
|
48.6-52.18
|
47.7-51.3
|
48.9-52.5
|
49.12-52.7
|
47.7-51.3
|
48.4-52
|
|
Intentions de votes FH second tour
|
56
|
54
|
57
|
55
|
54
|
55,2
|
|
Écarts de prévision entre sondeurs et analyse
spatiale des votes
|
5,6
|
4,5
|
6,3
|
4,1
|
4,5
|
5
|
Tableau 9b Estimation du second tour pour François Hollande
(méthode : proximité à l’électeur médian global) vague 9-12 avril à
10 jours des élections
Les tableaux ci-dessus montrent la disparité des
résultats selon les Instituts de sondage. Si l’on fait la moyenne, selon
l’analyse spatiale des votes, en mars,
François Hollande n’est pas encore élu puisqu’il n’obtiendrait au second tour
que 49,27% des votes. Seul le sondage BVA du 21-22 mars donne FH vainqueur avec
notre méthode. Cependant le modèle prédit le score réalisé de 51.6% dans la
fourchette de prédiction 48,4%-52%. En
revanche, à 10 jours du premier tour,
FH est élu. On voit donc une progression du score de François Hollande entre
janvier, mars et avril qui résulte de la
montée de l’extrême gauche. Prenons
l’évolution du score de FH avec le même institut de sondage en l’occurrence
avec l’IFOP.
Tableau 10 : Distance entre le mode le plus élevé du camp de
gauche et l’électeur médian global et score prédit au second tour avec l’écart
type de la prédiction.
|
François
Hollande
|
20/05/2011
|
19/01/2012
|
06/03/2012
|
24/03/2012
|
06/04/2012
|
12/04/2012
|
15/04/2012
|
|
TNS-SOFRES
|
IFOP
|
IFOP
|
IFOP
|
IFOP
|
IFOP
|
IFOP
|
|
Distance
du CAMP DE GAUCHE à l’électeur médian
|
6,50%
|
10%
|
8%
|
6%
|
7%
|
6%
|
3%
|
|
Score
prédit par l’équation du
graphique 3 au second tour du candidat de gauche en %
|
49,25%
|
47,60%
|
48,54%
|
49,48%
|
49.03%
|
49,5%
|
50,09%
|
|
Écart type prédiction + ou -1.78 %
|
47.47-51.03
|
45.8-49.4
|
46.7-50.3
|
47.7-51.26
|
47.25-50.8
|
47.7-51.3
|
48.3-51.9
|
Pour l'emporter sans
compter sur les voix du centre et de l’extrême droite, le camp de gauche doit atteindre environ 45.5% des votes au premier tour. Toutes
choses égales par ailleurs, c'est-à-dire avec une extrême gauche à 15%, François Hollande doit
atteindre 30.5% (avec une extrême gauche à 17%, FH doit atteindre 28,5%)
des votes au premier tour pour franchir sans contestation la barre des 50%
[21F]. Si les intentions de votes pour le camp de gauche
montent à ce niveau de 45,5% des votes, François Hollande sera le prochain
Président de la République. Cependant, en janvier 2012 (et en mars 2012), il
n'avait pas encore atteint ce chiffre. En revanche, à une semaine du premier
tour, il a atteint cette barre fatidique grâce à la montée de l’extrême gauche
dans les intentions de votes. Le camp de gauche fait alors 46% des votes. FH
doit alors gagner sur sa droite au moins 4% les voix du centre. Cette
prédiction dépend fondamentalement de la précision avec laquelle les sondages
estiment les intentions de votes au premier tour pour l’extrême gauche. En
2007, IPSOS mesurait les intentions de votes de l’extrême gauche à 7,5% à 10
jours du premier tour, or l’extrême gauche a réalisé un score de 10,7% des
votes au premier tour. Soit une erreur de 3% par sous-estimation. Ce même
institut avait surestimé le score du FN
de 4%. En 2012, les résultats du premier tour ont montré que les sondeurs dans
la dernière semaine ont surestimé de 2 à 3% le score de l’extrême gauche. En
fait, le bloc de gauche, selon une moyenne des distributions des votes des
sondeurs en mars 2012, ne dépasse pas 44,28% des votes.
Résultats
du premier tour 2012 comparé à celui de 2007 et prédiction du second tour.
Graphique
2 La distribution des votes le long de l’axe gauche –droite 1er tour
2012
Le
candidat sortant est le plus proche de l’électeur médian global et devrait donc
l‘emporter sous l’hypothèse 3 du modèle spatial des votes.Mais cette prédiction
a été contredite par les faits.
Tableau 11 Résultats du premier tour de 2012
comparé à celui de 2007:
|
Familles politiques
|
Intentions de vote à 1 mois des élections
présidentielles de 2007
|
résultats des élections au premier tour de 2007
|
intentions de votes, au 22-24 mars 2012, à 1 mois des élections
présidentielles de 2012, sondage : IPSOS
|
Résultats 1er tour 22 avril 2012
|
Résultats second tour , 6 mai 2012
|
|
Extrême
gauche
|
12,5
|
10,5
|
16
|
15.2
|
-
|
|
Gauche
|
25,6
|
25,9
|
28
|
28,6
|
-
|
|
Centre
|
20,3
|
18,4
|
11,5
|
9.1
|
-
|
|
Droite
|
27,6
|
32,5
|
27,5
|
27
|
-
|
|
Extrême
droite
|
14
|
12,7
|
17
|
19,9
|
-
|
|
Total camp
de gauche
|
38,1
|
36,4
|
44
|
44
|
-
|
|
Distance
du camp de gauche à l’électeur médian global
|
11,9
|
13,6
|
6
|
6
|
-
|
|
Distance
du camp de droite à l’électeur médian global
|
8,4
|
4,8
|
5,5
|
3,3
|
-
|
|
Score
prédit au second tour par l’approche spatiale pour le candidat du parti
socialiste comparé aux résultats du second tour
|
Résultat
prédit au second tour à partir des
intentions de votes, 1 mois avant les élections
46,7
|
Résultats du second tour
46,9
|
Résultat
prédit au second tour à partir des intentions de votes, 1 mois avant les
élections
49,48
|
Résultat
prédit au second tour à partir des
votes exprimés
49,5
|
Résultat du second tour
51,6
|
|
Écart type prédiction + ou -1.78 %
|
44.9-48.48
|
0.2
|
47.7-51.2
|
47.7-51.3
|
2,1
|
Il est intéressant de voir que le score prévu par l'analyse spatiale des
votes donne FH gagnant à 10 jours des élections (tableau 9b) avec
un score de 50,2% avec une extrême gauche à 17%, mais perdant avec une extrême
gauche à 15% qui sera le score du
premier tour. Sous l'hypothèse 3, NS est plus proche de l'électeur médian
global en dépit de son positionnement sur l'électeur médian de son camp. FH
doit gagner 6% des votes sur sa droite. La méthode l’estime perdant avec 49,5%
des votes sous l’hypothèse 3. Si celle-ci ne tient pas, il ne peut être élu que
s'il obtient la plupart des votes de l’extrême gauche, du centre et de
l'extrême droite. NS, de son coté, est
dans une situation où il a besoin impérativement des votes des partis
adjacents. Si cette hypothèse 3 ne tient
pas, il est mal, car nous passons alors à un jeu stratégique entre les candidats
non finalistes et les deux sélectionnés par les électeurs.
L’extrême gauche, le centre et
l’extrême droite (sous l’hypothèse que les électeurs suivent les consignes de
votes de leur formation politique) peuvent faire perdre FH comme NS. Quel est
le poids alors de Mélenchon, du centre et de l’extrême droite dans la chute
possible de FH ? De manière
identique quel est le poids du centre et de l’extrême droite dans l’échec
éventuel de NS ?
L’indice de pouvoir normalisé de
Banzhaf (http://homepages.warwick.ac.uk/~ecaae/index.html ) mesure le
pouvoir dont dispose chaque formation, en se coalisant avec l’un des deux
finalistes, de faire perdre les élections à l’autre. Prenons FH. L’indice donne un pouvoir
identique de 1/4 aux formations adjacentes à François Hollande (Bayrou et
Mélenchon) sans l’un ou l’autre FH est battu, mais donne un poids de 3/4 à Marine Le Pen ! Sans elle FH est
battu. Pour NS, les deux formations adjacentes ont un poids égal de ½ de lui
faire perdre les élections. On comprend mieux alors la stratégie des deux
candidats. FH a intérêt à axer sa campagne du second tour en direction des voix
de Marine le Pen parce que son indice de pouvoir de nuisance est de ¾ vis-à-vis de FH [] !
Paradoxalement, compte tenu des scores obtenus au premier tour, FH est beaucoup
plus dépendant des votes de Marine le Pen que NS (3/4 comparé à ½). De son côté
NS dépend tout autant de Bayrou que de Marine Le Pen puisque cette dernière a
un pouvoir de nuisance égal à ½. En
privilégiant plus les électeurs sur sa droite que sur sa gauche, il commet une
erreur car les deux ont le même pouvoir de nuisance.
A droite, FB aurait pu être acheté
en lui proposant un poste ministériel (y compris de 1er ministre) et NS aurait
pu passer des alliances avec le FN pour les législatives afin que ce parti
accède plus facilement au parlement. Stratégie offerte traditionnellement par
le PS aux écologistes et au parti communiste. Nicolas Sarkozy a décidé de ne
pas imiter les socialistes dans cette stratégie et donc a hypothéqué sa
capacité à gagner le second tour.
ENCADRE 2 : L’ANALYSE SPATIALE DES VOTES AU
NIVEAU DES DEPARTEMENTS
Pour démontrer que François Hollande doit son élection aux votes du Front
National, nous avons estimé une équation similaire sur la base des résultats du
premier tour des élections au niveau départemental. Nous avons pris les
résultats du premier tour pour chacun de ces départements avec notre
classification habituelle extrême gauche, gauche, centre, droite et extrême
droite. Le score réalisé au second tour de François Hollande a été estimé à
partir de la distance du camp de gauche à l’électeur médian global, le
pourcentage de votes obtenus par Marine Le Pen dans chaque département. Simultanément
nous avons estimé une fonction de vote pour le parti d’extrême droite en
fonction d’un ensemble d’indicateur traduisant l’hypothèse de rejet du
gouvernement sortant. Nous avons ainsi pris le pourcentage de ménages ouvriers,
la densité en termes de population au kilomètre carré, l’inégalité des revenus
fiscaux entre le premier décile et le dixième, le nombre de radars dans le
département, l’impôt moyen payé par les ménages. On le système d’équation
suivant :
%Vote (FH 2ème tour)i= a+b (Dist)i+ c(Vote FN 1er
tour)i+e1
%Vote (FN 1er tour)i = f+g(Densité)i+h(Inégalité)i+i(impôt
moyen)i+j(%ouvriers)+k(radar pour 1000 hab) +e2
Tableau 12
|
Two Stages Least Square
|
Score réalisé par FH au second tour
|
% de votes allant à l’extrême –droite au premier tour
|
moyenne
|
|
Distance à l’électeur médian global
|
-1.18 (-32.78)
|
-
|
5.78
|
|
% de votes d’extrême droite
|
0.244 (4.66)
|
|
19.6
|
|
Taux de chômage 12/2011
|
-
|
0.46 (2,35)
|
9.21
|
|
Inégalité des revenus fiscaux
|
-
|
2.6 (5.25)
|
5.16
|
|
Impôt moyen en euros
|
-
|
0.0025 (2.82)
|
966.83
|
|
Densité des habitants au km2
|
-
|
-0.0015 (-7.23)
|
537
|
|
% de ménages ouvriers
|
-
|
0.73 (7.5)
|
18.3
|
|
Nombre de radars par milliers d’habitants
|
-
|
0.071 (4.06)
|
24.8
|
|
constante
|
54.18 (57.21)
|
-13.81 (-4.26)
|
|
|
R2 ajusté
|
0.95
|
0.70
|
|
|
Nombre d’observation 96
|
Erreur de prédiction :1. 38
|
Erreur de prédiction 2.6
|
|
|
T student entre parenthèses
|
1)%Votes(FH)i
=54.18–1.18(Distance à l’électeur médian global)i+0.244(% de votes à l’extrême
droite)i +e1 où i varie de 1 à 96 départements pour lesquels nous avons des
données complètes.
2) % (votes d’extrême droite)i= -13.81+2.6(Inégalité)i + 0.0025 (impôt
moyen)i +0.46(Tx de chômage)i -0.0015 (densité)i+ 0.73 (% manages
ouvriers)i+0.071 (radars par mille hab)i+e2
On
remarquera que sans l’apport des voix du FN, François Hollande, avec une
distance moyenne de 5.78% à l’électeur médian global sur l’ensemble des
départements, n’obtient que 47.3 % des votes (54.18-1.18*5.78%). La présence du
Front National lui apporte alors, selon l’équation, un supplément de 4.8% de
votes. Ce supplément lui permet d’atteindre 52,1% des votes et de l’emporter.
Le score moyen réalisé sur 96 départements de l’échantillon sur 107 départements
y compris l’outre-mer est de 52.04%. La seconde régression confirme le
caractère de rejet du vote FN. Une augmentation de 100% du nombre de radars
pour 1000 habitants augmenterait le vote FN de 7.1%, Une hausse de 10% des ménages
ouvriers augmenterait le 7.3% les votes FN. Il est intéressant de remarquer que
passer d’une zone de densité des habitants au Km2 de 537 en moyenne à 5000
ramène le vote FN à un niveau de 7% au
lieu des 19,6% en moyenne observé sur l’ensemble des départements.
____________________________________________________________
La fiabilité
du modèle spatial des votes.
Pour résumer l’intérêt du modèle de Downs et Hotelling,
le tableau 12 suivant compare les prédictions faites à partir de 1965 par
l’analyse spatiale et les sondeurs.
Tableau 13: Estimation des résultats du second tour de 2012 à
partir de ceux obtenus sur les présidentielles de 1965 à 2007 et comparaison
avec les prédictions du modèle et celles des sondages quelques mois avant les élections.
|
Candidat de gauche
années
|
% de votes obtenus au premier tour de l’élection présidentielle 1965-2007 et
prévu en 2012
|
Distance du mode le plus élevé à gauche à celui de
l’électeur médian de l’ensemble de la distribution (en %)
|
% de votes prévu au second tour de l’élection
présidentielle 1965-2007-2012
Par notre équation
|
% de votes obtenus au second tour de l’élection
présidentielle 1965-2007 et prévu en 2012
|
Ecart de prédiction
|
|
1965
|
34,7
|
15,3
|
45,1
|
44,8
|
+0,3
|
|
1974
|
47,94
|
2,06
|
51,3
|
49,2
|
+2,1
|
|
1981
|
50
|
0
|
52,3
|
51,7
|
+0,6
|
|
1988
|
47,74
|
2,26
|
51,2
|
54
|
-2,8
|
|
1995
|
38,99
|
11,01
|
47,15
|
47,4
|
-0,25
|
|
2007
|
38,1
|
11,9
|
46,7
|
46,9
|
-0,2
|
|
2012 DSK
Avant l’affaire DSK
|
49,5
|
0.5
|
52
|
-
|
|
|
2012 FH
|
44,5
|
5.5
|
49,7
|
51,6
|
-1,9
|
|
2012 MA
|
44,5
|
5.5
|
49,7
|
-
|
|
|
2012 SR
|
43,5
|
6.5
|
49,2
|
-
|
|
|
2012 FH
Après l’affaire DSK
|
43,5
|
6.5
|
49,2
|
51,6
|
-2,4
|
|
2012 MA
|
42
|
8
|
48 ,5
|
-
|
|
|
2012 SR
|
36,5
|
13.5
|
45,9
|
-
|
|
|
2012 FH
après les primaires socialistes janvier
|
40
|
10
|
47,6
|
51,6
|
-4
|
|
2012 fin mars
|
43,56
|
6,44
|
49,3
|
51,6
|
-2,3
|
|
2012/ 6-12 avril
|
45,5
|
4.5
|
50,2
|
51,6
|
-1,4
|
|
22 avril 2012 résultats premier tour
|
44
|
6
|
49,5
|
51,6
|
-2,1
|
A la lecture de nos
estimations, le seul candidat de gauche qui était susceptible de l’emporter
sans l’appui du centre et de l’extrême droite, avec notre méthode de prévision,
était Dominique Strauss Khan (DSK) [52% avec notre méthode et 60% dans les
intentions de votes du second tour]. Ce candidat se trouvant dans
l’impossibilité de se présenter, aucun candidat de gauche, avant les primaires
socialistes, n’était dans la capacité de remporter l’élection présidentielle de
2012. Le score de François Hollande (le mieux placé des candidats socialistes selon
les électeurs socialistes) de 49,27% prédit par notre modèle un mois avant le
premier tour des élections restait proche de celui prédit en mai 2011 où
François Hollande atteignait 49,25% des votes au second tour avec une erreur de
prévision de 0,55 [22F].
Sur la période 1965-2007-2012 c’est-à-dire sur 7
élections présidentielles, le modèle échoue deux fois : en 1974 où il
prédit le succès de Mitterrand alors que Giscard d’Estaing l’emporte de peu [23F] et en 2012 où il prédit
Nicolas Sarkozy alors que Hollande l’emporte grâce finalement aux voix de
l’extrême droite. L’écart de prédiction entre le modèle ex post de 1965 à 1995
et ex ante en 2007 et 2012 est faible 4 fois sur 7. L’écart de prévision n’est
relativement élevé qu’en1974, 1988 et 2012 mais il inférieur aux erreurs de
prédiction des sondeurs pour les élections de 2012 qui prédisaient une semaine
avant le premier tour un score au second tour de 55% pour François Hollande et
45 % pour Nicolas Sarkozy soit une
surestimation de 3,6% alors que le modèle a sous-estimé le score de
FH que de 2,3%, à un mois du premier tour! A trois mois du premier tour le
modèle sous-estime le score de FH de 4%, mais les sondeurs le surestiment de
5,4%. L’analyse spatiale des votes est plus proche de la cible que la méthode
des sondeurs et le score réalisé est resté dans la fourchette des estimations.
En fait, si l’on se reporte à l’analyse du
modèle sur les données départementales, la théorie spatiale des votes prédit
94% du score réalisé par FH dans les départements avec un biais de
sous-estimation systématique de 2.21 %. Si le score prédit est de 50%, le score
réalisé est de 52.21% ! Ce que confirme notre erreur de prédiction sur les
présidentielles.
Tableau 14
|
OLS
|
coefficients
|
T de Student
|
|
Score réalisé par F.Hollande par département
|
|
|
|
Score prédit par le modèle
|
2.2
|
40
|
|
Constante
|
-57.83
|
-21
|
|
R2 ajusté
|
0.94
|
|
|
Nombre d’observation
|
107
|
Erreur d’estimation= 1.8
|

Graphique 3 relation
entre score réalisé et celui prédit.
Sur les 96 départements de la métropole, le
modèle échoue dans 23% des cas. Une des sources de ces erreurs vient des départements
où le FN est fort et fait jeu égal avec la droite voir dépasse la droite et/ou
la gauche. La régression logistique suivante permet d’affirmer que dans ces départements,
il y a 9.33 fois plus de chance de se
tromper que lorsque le FN est proche de son score moyen. Ceci renforce bien
l’idée présentée plus haut du rôle décisif du FN dans la victoire de FH et du
non-respect de l’hypothèse 3 du modèle qui, comme nous l’avons signalé plus
haut, invalide nos prédictions compte tenu du pouvoir de nuisance du FN. Une
autre source d’erreurs que nous avions déjà décelée sur les législatives de
2007 vient de l’équidistance
des deux candidats PS-UMP à l’électeur médian global. Dans un tel cas la
prédiction du modèle est incertaine. Ce dernier a 7 fois plus de chances de se
tromper que lorsque l’un des deux candidats est franchement plus éloigné ou pus
proche de l’électeur médian global.
Tableau 15
|
Régression logistique
Nombre d’observations 107
|
Odd ratio
|
z
|
|
Erreur du modèle : si oui=1, sinon =0
|
|
|
|
Equidistance des deux candidats à l’électeur
médian global
|
7
|
2.52
|
|
Département où le FN fait jeu égal avec l’UMP
(% de votes proche ou supérieur)
|
9.33
|
4
|
|
Pseudo R2
|
0.184
|
Log Likehood=-47.7
|
|
LR chi2(1)
|
21.19
|
Prob > chi2 = 0.000
|
En fait, les trois cas de
« surprise potentielle » ont été 1969 lorsque le parti communiste
appelle à l’abstention de la gauche au second tour entre Poher et Pompidou,
1974 lorsque le parti communiste trahi le programme commun de gouvernement du
PS et le couple Chirac Le Pen en 2002. Dans le premier cas la position de l’électeur médian entre
les deux tours s’est déplacée brutalement vers la droite et dans le dernier cas
le candidat du parti socialiste a été doublé par le candidat d’extrême droite.
Mais, dans un cas comme dans l’autre, celui qui l’a emporté était le plus
proche de l’électeur médian global ! Reste 1974 et finalement 2012. Dans
le premier cas le candidat de gauche est le plus près de l’électeur médian
global mais est battu, dans le second c’est le candidat de droite qui est le
plus près de l’électeur médian et qui lui aussi échoue. Le fait que Marine le
Pen appelle à voter « blancs ou nuls » rappelle l’élection de 1969,
lorsque le parti communiste a appelé au second tour à l’abstention entre Poher
et Pompidou sur le thème « Bonnet blanc, blanc bonnet ». Cet
appel a pu modifier, de manière identique, la
distribution des votes entre les deux tours en déplaçant l’électeur médian
global vers la gauche. L’analyse spatiale des votes décrit une contrainte dans
un système à scrutin majoritaire. La distance à l’électeur médian y joue un
rôle quasi tautologique comme peut le faire une contrainte de revenu inter
temporelle. Sur les dix présidentielles qui ont eu lieu seules deux d’entre
elles contredisent finalement le modèle. Or,2 cas sur 10 font 20% des cas,
chiffre proche de celui obtenu sur les départements en 2012 qui est de 23%.
Les
anomalies liées à la méthode d’estimation et leurs explications
Revenons à notre estimation du
second tour. 47,6% pour FH en janvier 2012, de 49,27 fin mars 2012 ou de 50,2 au 12 avril sont
fort éloignées de celles avancées par les différents sondages (54% dans la
vague de fin mars). Ces derniers annoncent François Hollande largement
victorieux en 2012 avec un écart de 5% en moyenne au-dessus de la prédiction de
l’analyse spatiale des votes. Les prévisions des sondeurs entraient en
contradiction avec l’analyse spatiale
des votes.
La plupart des commentateurs interprétaient
cette différence comme le signe d’un rejet de la personnalité de Nicolas
Sarkozy qui s’étendrait au-delà du camp de gauche. Cet argument nous a semblé
un peu court car il repose essentiellement sur un comportement émotif et
irrationnel prêté aux électeurs de droite à propos de la personnalité d’un
candidat alors que les électeurs de gauche ne le serait pas, puisqu’eux se
reportent sur le candidat adjacent si le leur n’est pas sélectionné. Deux
pistes peuvent être suivies : l’une insistant sur la fausseté des
sondages, l’autre sur la fausseté d’une ou plusieurs des hypothèses de
l’approche spatiale des votes. Les deux pistes ne sont pas mutuellement
exclusives.
1) Par
définition, les sondés affichent publiquement leurs opinions, mais ces opinions
exprimées publiquement ne sont pas nécessairement celles qui sont les opinions
« vraies » et qui seront révélées au moment du vote (ce qui a souvent
justifié les erreurs des sondages sur le vote FN et qui ont été encore
significatives en 2012). On peut penser que, devant la campagne médiatique, et
orchestrée par les réseaux du camp de gauche, contre le candidat Sarkozy et sa
personnalité, les électeurs de droite n’osent plus afficher publiquement leur
soutien à ce candidat. Il y aurait manipulation de l'opinion, les sondés
n'osant pas aller à l'encontre de ce que tous les autres font croire qu'ils
pensent. C’est l’interprétation classique que l’on peut avancer pour expliquer
l’effet de surprise qui aurait résulté de l’élection de Nicolas Sarkozy [].
Pourquoi en aurait-il été ainsi ? Parce que les électeurs sont des
« ignorants rationnels ». Il ne faut pas confondre l’hypothèse que
l’électeur vote pour son candidat préféré ou celui qui est à proximité de celui
qu’il préfère avec l’hypothèse d’un comportement rationnel. L’hypothèse de
rationalité fait référence à la comparaison des candidats et à la cohérence des
choix : si un électeur préfère François à Marine et Marine à Nicolas et qu’il choisit in fine Nicolas dans une
élection où Nicolas et François sont opposés, il sera jugé incohérent. Les
économistes non seulement démontrent que les électeurs ne sont pas rationnels
dans ce sens-là mais qu’ils le sont rationnellement. Les électeurs choisissent
leur candidat par « ignorance rationnelle ». Comme il en coûte de
s’informer sur les programmes des candidats et sur les promesses qu’ils n’ont
jamais respectées [24F];
que le poids du vote de chaque électeur ne peut fondamentalement pas modifier
l’issue du vote, le gain attendu de s’informer pour voter d’une manière
rationnelle (comparer les alternatives et être cohérent dans ses choix) est nul
alors que le coût est positif. Cette ignorance rationnelle des électeurs laisse
alors une place importante à la formation des croyances par des campagnes
médiatiques et peut influer sur les opinions affichées publiquement [25F].
Si les électeurs votent en fonction de la personnalité des candidats, les médias peuvent influer sur les
opinions affichées publiquement en dévoilant (respectivement en cachant) les
aspects « obscurs » de la personnalité des candidats. (pensant à DSK
dont ils ont caché pendant longtemps la personnalité et à Nicolas Sarkozy où sa
personnalité a été dénigrée en permanence depuis le début de son mandat). Cette
cascade d’opinion peut alors tromper les sondeurs. Les sondages eux-mêmes
peuvent participer à cette influence des autres électeurs sur son propre
comportement. Les indécis peuvent être plus sensibles aux. Cascades d’opinion
qu’ils n’ont justement pas d’opinion. Si cette interprétation n’est pas
erronée, le modèle donne d’une manière contrefactuelle une estimation du coût
d’opportunité pour le candidat sortant de laisser cette cascade d’opinion se
développer. Cela coûte pour une estimation haute des intentions de votes
affichées publiquement de 58% : 58%-49%= 9% des votes. C’est considérable.
2) Il
va de soi que si une ou plusieurs des hypothèses mentionnées plus haut ne sont
pas respectées, le théorème de l’électeur médian ne tient plus et notre
estimation en termes de distance à l’électeur médian non plus. L’une d’entre
elles intéresse les sondeurs : celle des reports de voix qui ne se font
pas sur le candidat proche des préférences exprimées au premier tour. En effet,
si une fraction des électeurs de droite choisit son représentant sous l'empire
de la passion et préfère voter pour le camp adverse, la distance du candidat de
gauche à l’électeur médian global n’est plus mesurable. Revenons à notre modèle.
Le score de François Hollande avec le sondage IFOP du 9 mars donne avec notre
estimation un score de 48,5% au second tour. Dans ce sondage les intentions sur
les reports de voix au second tour sont mentionnées. En prenant les reports de
voix sur le second tour du centre et de l’extrême droite, on peut proposer
leurs prédictions minimales à partir du premier tour. 50% des électeurs de
François Bayrou se reporterait sur FH, et 23% des électeurs du FN se
reporterait sur FH. (A l’extrême gauche de FH, 78% des électeurs se
reporteraient sur François
Hollande). Cela signifierait que FH
recevrait 3,91% des voix du FN, 6,25% des voix de Bayrou et seulement 10,14% de
Mélenchon, soit un total de 10,41% des
voix sur sa droite et 10,14 sur sa gauche. François Hollande devrait l’emporter
au moins avec 29%+10,41%+ 10,14%= 53,46%. Ce chiffre est très éloigné des
intentions de votes du second tour du
même sondage qui est de 58% pour FH et 42% pour Nicolas Sarkozy !
On voit la
fragilité de ces estimations par les sondeurs. Les résultats du 6 mai 2012
montre que 33% des électeurs de François Bayrou ont voté FH soit 3% de vote
supplémentaires pris au centre (sondage réalisé par le CSA le 6 mai 2012 sur un
échantillon de 2612 personnes âgées de 18 ans et plus et inscrites sur les
listes électorales) mais cela ne suffit pas puisque François Hollande n’atteint
que 47% des voix avec l’apport du Modem (44%+3%=47%). Il faut donc l’apport des
voix du Front National ! Pour 28% d’entre
eux les électeurs qui ont voté FN au premier tour des élections disent qu’ils
avaient voté pour FH. Ce qui nous donne 5,5% des électeurs du FN [26F.]
(Chiffre proche des 4.8% calculé plus haut par notre estimation sur les
résultats des départements) Ce qui nous
fait 47%+5,5%= 52,5% des votes. Le score obtenu a été plus faible puisqu’il est
finalement de 51,6% soit un écart de 1% environ Il est clair que :
:1) la victoire de Hollande est
essentiellement due à la marge à l’apport des voix de l’extrême droite ;
2)
l’effet cascade d’opinion des médias pour influencer les croyances des électeurs
en faveur de FH a sans doute eu un impact positif sur le succès de Hollande.
Reste à comprendre pourquoi
les électeurs de droite seraient plus indisciplinés que ceux de gauche. La
réponse est immédiate si l’on se souvient de la façon dont François Mitterrand
a diabolisé le FN avec l’aide des médias, de Chirac et de Le Pen lui-même. Il a créé une fracture entre les deux
camps conservateurs de la droite en introduisant en 1985, sous le gouvernement
de Fabius, la proportionnelle ce qui a permis l’accès du FN au parlement avec
plus de députés que le PC. Une fois premier ministre Chirac l’a alors supprimé.
Les électeurs du FN, ont bien compris qu’en politique la capacité de nuisance
est essentielle pour affirmer son pouvoir et être respecté. En cela, ces
électeurs agissent rationnellement en sanctionnant à toutes les élections l’ex
parti gaulliste. Cette rupture entre les deux droites conservatrices étatistes
et protectionnistes, qui perdure jusqu’à maintenant [28F], est le produit, peut-être, intentionnel de cette
manœuvre politique du camp socialiste. Elle perdurera tant que le parti
conservateur de droite n’absorbera pas l’extrême droite comme cela a été fait
dans d’autres pays ou comme le parti socialiste l’a fait avec le parti
communiste, sous Mitterrand.
Que l’on adopte l’une des
interprétations ou l’autre, l’approche spatiale des élections contrairement à
toutes les autres approches apporte une information contrefactuelle
cruciale : une mesure chiffrée de la réussite de cette campagne médiatique
ou du rejet passionnel suscité par N. Sarkozy chez les électeurs de droite. De
49, 5 % des votes environ qu’Hollande aurait dû avoir, les sondages et les
prédictions par les indices de popularité créditaient FH d’un score très élevé
au second tour (55,2% en moyenne). Cet écart de 6% entre la prédiction du
modèle et les chiffres proposés par les sondeurs ou les indices de popularité,
s’ils s’étaient réalisés, c’est-à-dire si François Hollande avait obtenu 55 à
56% des votes comme les sondeurs le prédisaient, auraient donné une information
sur le coût d’opportunité en termes de votes perdus pour le candidat sortant
(ou rapporte au challenger) de la formation d’une cascade d’opinion. Il est
intéressant de faire remarquer que, en un mois, la campagne politique de Sarkozy
a fait échouer en grande partie cette cascade d’opinion puisque l’écart s’est
réduit à 3,6 % (différence entre 55,2% et 51,6%). Réduire de 60% (3.6/6) l’impact de la cascade
d’opinion en un mois est une performance en soi. Cependant puisqu’il a perdu,
cela révèle aussi qu’il est parti trop tard dans la campagne électorale. Il
serait parti un mois plus tôt peut-être aurait-il gagné les élections. Ses
conseillers n’ont pas diagnostiqué suffisamment tôt l’émergence de cette
cascade d’opinion qui demande du temps pour la fragiliser. Nous avons
simultanément une preuve de l’importance des campagnes politiques dans le
succès ou non d’un candidat.
______________________________________________________________________________
Encadre
3 les autres méthodes de prévision « politico-économétriques » et
leurs prédictions
Dans le volume 10, d’Avril 2012, la revue French Politics consacre un symposium aux élections
présidentielles françaises. Trois articles proposaient des prédictions « politico-économétriques »
fin 2011 simultanément à celle que nous avions faite et que nous avons publiée
dans cette même revue en décembre 2011.
Tous les articles proposent une estimation du score au second tour de
Nicolas Sarkozy à partir des indices de satisfaction ou de popularité à l’image
de ce qu’avaient fait Lafay, Facchini and Auberger, (2007) [29F]
pour 2007. Le premier,
celui de Nadeau R., Didier T. et Lewis
Beck M. (2012)[30F]
travaille sur les seules présidentielles où les candidats sont des sortants :
1965 (Général de Gaulle), 1981 (VGE), 1988 (Mitterrand) et 2002 (Chirac) pour
comparer ce qui est comparable en imputant à Chirac le score que les intentions
lui prédisaient 4 mois avant au lieu du score effectif puisqu’il n’y avait pas
de candidat socialiste au second tour. Le tableau suivant reprend leurs
données.
Tableau 17
|
indice de satisfaction
(t-4) source IFOP
|
% votes au second
tour, source officielle
|
|
1965
|
60
|
55
|
|
1981
|
40
|
48
|
|
1988
|
56
|
54
|
|
2002
|
51
|
51*
|
|
2012*
|
37
|
-
|
* estimation contrefactuelle
Le modèle sous- jacent est celui de l’électeur
rétrospectif qui récompense ou sanctionne la gestion du candidat sortant. La régression simple suivante des auteurs:
Vote= f(indice
de satisfaction en (t-4))
a été recalculée par nos soins et est représentée
sur le graphique suivant
Graphique 5

En substituant X par
l’indice de satisfaction obtenu par NS en novembre 2011 (37 tableau E3,1)),
dans l’équation du graphique, on obtient un score au second tour, pour le
candidat sortant de 46,7 % des votes. NS est battu et FH l’emporterait avec
53,3% des votes. Les auteurs nuancent leur résultat en abordant la thèse du
vote prospectif en analysant l’image des deux candidats principaux dans les
sondages. Si l’image volontariste de Nicolas Sarkozy l’emporte sur l’image
sympathique de François Hollande le score prévu peut être différent. Cette
méthode comme la nôtre est parcimonieuse puisque le score du second tour est
prévu uniquement à partir de la variable popularité du sortant. Le score final
de 51,6 % des votes montre un écart de prédiction de 1,7%. Le deuxième article
de Nadeau R., Lewis Beck M. et Bélanger E. (2012) [31F]
travaille sur les 8 présidentielles en prenant la variable : popularité du
parti qui gouverne (en incluant le chef de l’État et le premier ministre) 6 mois avant l’élection.
Tableau 18
|
indice de satisfaction de la gauche*
|
score du camp de gauche au premier tour
|
|
1965
|
42
|
33,4
|
|
1969
|
42
|
32,6
|
|
1974
|
56
|
47,6
|
|
1981
|
60
|
51,2
|
|
1988
|
56
|
49,1
|
|
1995
|
47
|
40,9
|
|
2002
|
46
|
42,9
|
|
2007
|
47
|
36,4
|
|
2012
|
61
|
53,2**
|
|
* estimée par 1-% de satisfaction pour le
gouvernement sortant ;**
prévision
|
Graphique 6

Le chiffre de
53,2 % au premier tour pour le camp de gauche apparaît comme surestimé, car le
camp de gauche se situe entre 36 et 46% des intentions de votes selon le poids
de l’extrême gauche. En prenant le
tableau suivant ou l’on met en corrélation l’indice de satisfaction tel qu’il
est estimé par les auteurs et le % de votes obtenu par le candidat de gauche au second tour, on peut ré estimer leurs
prévisions. (en excluant 1969 et 2002 où il n’y a pas de candidat de
gauche au second tour).
Tableau 19
|
indice de satisfaction de la gauche*
|
% de vote au
second tour pour le candidat de gauche
|
|
1965
|
42
|
44,8
|
|
|
1974
|
56
|
49,2
|
|
|
1981
|
60
|
51,7
|
|
|
1988
|
56
|
54,02
|
|
|
1995
|
47
|
47,36
|
|
|
2007
|
47
|
46,9
|
|
|
2012**
|
61
|
53,06
|
|
|
* estimée par 1-% de satisfaction pour le candidat
sortant, ** prévision
|
L’équation qui nous donne la
prévision est représentée par le graphique ci-dessous :
Graphique 7

En substituant X par sa valeur 61 (
qui est une moyenne des indices de satisfaction en novembre 2011 proposée par les auteurs) dans l’équation, on obtient
un score pour FH de 53,06% au second tour. Chiffre proche de celui des auteurs
précédents.
Le
dernier article, dans cette revue, qui fait une prédiction est celui de Jérôme
B. et Speziarri V.(2012) [32F].
L’estimation est plus complexe que celles des auteurs précédents. JB et SV ont
construit un échantillon composé de séries temporelles (2002 et 2007) et
transerversales en prenant deux niveaux d’analyse celui des régions et celui
national. Du premier trimestre 2009 au quatrième trimestre de 2011 les auteurs
utilisent une fonction de vote pour simuler les résultats qu’obtiennent la
gauche, la droite et le Front national en les comparant aux résultats des
intentions de votes. L’estimation résulte de trois équations, les deux
premières simulent les pourcentages obtenus par la droite et le FN au premier
tour en fonction d’une ensemble de variables liées à l’économie, (chômage et
credibilité du gouvernement y inclus sa popularité) et aux implantations
géographiques selon les zones de force de chaque parti droite, gauche et FN.
Une dernière équation fait une estimation de la transformation des votes du
premier tour au second tour en estimant le pourcentage de votes du second tour
en fonction des résultats du premier et des transferts révélés par les
élections passées. C’est le seul article qui prédit le succès de Nicolas
Sarkozy avec 50,6% des votes contre 49,4% à François Hollande, score assez
proche de celui de l’analyse spatiale des votes qui est un modèle très
parsimonique comme ceux des auteurs précédents.
Une
dernière estimation a été proposée par Auberger A (2012)33F à
partir des données départementales pour 4 présidentielles. L’indice de
popularité y joue un rôle fondamental dans la prévision. Le seul intérêt de la
méthode est d’augmenter artificiellement le nombre de d’observations
statistiques. Cet auteur prédit un score de 46,8% de votes au second tour pour
Sarkozy et donc de 53,2% pour Hollande.
Les trois prédictions en faveur de
François Hollande font jouer à la variable popularité du sortant (et son
complément pour son concurrent principal) un rôle majeur dans la prévision. En
revanche, l’analyse spatiale des votes, que nous présentons, ne donne aucun
rôle à la variable popularité (ou impopularité du candidat sortant) autre que
contrefactuelle (différence entre le score prédit et celui effectif). De
manière identique l’analyse politico-économétrique de Jerôme et Speziari fait
jouer un rôle important aux variables chômage et zones de force géographique
comparée à la variable popularité. Dans ces deux approches Nicolas Sarkozy
l’emporte.Paradoxalement ces prévisions apparaissent complémentaires car la
variable popularité du sortant est une opinion affichée publiquement auprès des
sondeurs. Or, si celle-ci ne réflète pas les opinions vraies qui se révèleront
dans les urnes, ces prévisions seront donc faussées. Ces méthodes donnent un
résultat meilleur que l’approche par l’analyse spatiale des votes en termes
d’erreurs plus faibles, mais elles ne disent rien sur la stratégie de la
campagne et ne révèlent pas ce que l’on peut tirer de l’observation de la
distribution des votes : la bi modalité traduisant l’absence de consensus
sur une politique sociale et économique des électeurs français et l’aspect
minoritaire des partis de gouvernement qui empêchent de réaliser toute réforme
en profondeur.
______________________________________________________________________________
La stratégie
des campagnes politiques
Si les hommes politiques sont rationnels, ils
comprennent la structure d’interaction dans laquelle ils sont immergés. Ils
comprennent donc les contraintes imposées par la structure bimodale de la
distribution des votes à laquelle ils font face compte tenu du mode de scrutin
majoritaire à deux tours. Au premier
tour, ils doivent repérer la localisation de l’électeur médian de leur propre
camp et situer leur programme politique en référence à cet électeur médian. En
effet, par définition de la bi modalité, le mode et la médiane de chaque camp sont proches l’une de l’autre. Se
rapprocher de l’électeur médian de son
camp permet alors de gagner plus de votes qu’en situant son programme politique
à proximité de l’électeur médian global
car dans ce mouvement on perd plus de vote sur sa gauche (respectivement sur sa
droite) que l’on en gagne. En revanche, au deuxième tour, il faut gagner le
vote de l’électeur médian global et donc avoir un programme politique qui
permette de perdre moins de voix que son adversaire de l’autre camp (contraint
lui aussi à la même manœuvre) dans ce déplacement vers l’électeur médian
global. Tout dépend de la forme et
l’épaisseur du point-selle (saddle point) de cette distribution bimodale au
centre de la distribution. Le candidat de gauche va-t-il perdre plus de voix en
déplaçant son programme vers l’électeur médian global que son adversaire de
l’autre camp ?
1 -quelle stratégie pour la gauche ?
Pour passer le premier tour, François Hollande doit se
positionner à proximité de l’électeur médian de son camp (gauche et extrême
gauche), qui se trouve à peu près à 20%
à partir de l'axe de gauche. Face à lui, si l'extrême-gauche parvenait à
proposer une candidature unique se situant sur l'électeur médian de gauche –
positionnement de Jean-Luc Mélenchon, Montebourg et Aubry –, il se retrouverait
alors en situation défavorable sur sa droite. En « gauchisant » son
discours, donc en se rapprochant de l'électeur médian de son camp, François
Hollande laisserait le centre récupérer jusqu'à 15% des votes (la moitié de 30%
qui est la distance entre l’électeur médian de gauche et celui global qui se
situe au centre). Dans l'hypothèse d'une candidature unique du centre (François
Bayrou), il risquerait de ne pas franchir le premier tour au profit du parti
centriste. Auquel cas son dernier François Bayrou risquerait de devenir
Président de la République en 2012. S’il
colle trop son programme politique sur l’électeur médian global, il peut se
faire dépasser par le candidat qui est sur sa gauche, le Front de gauche capturant
l’aile gauche du Parti socialiste et être éliminé au premier tour.
Face à ces deux
pièges, on comprend mieux rétrospectivement la tactique de François Hollande:
pratiquer ce que, depuis les remarques de Downs, les politologues appellent
l’ambigüité. C’est-à-dire être le plus obscur possible sur sa position
partisane entre l’électeur médian global et l’électeur médian de son camp. Cela
permet d’expliquer la critique qui lui est faite par les médias et la
droite. François Hollande est rationnel
dans son attitude. Ce qui est vrai de François Hollande l’était aussi de
Dominique Strauss Khan avant son incarcération à New York. En fait, pour tout
candidat de gauche, le piège est identique. Il a cultivé cette ambiguïté tout
au long de la campagne [34F].
2-Quelle stratégie
pour la droite ?
L'UMP, si l'on en reste aux
sondages, avait des chances infimes de remporter les élections présidentielles
de 2012. Au-delà de cette vue assez simple donnée par les sondages, l'analyse
spatiale permet une compréhension plus fine des mécanismes en jeu, à trois
niveaux au moins. Premièrement, elle permet de mieux comprendre le piège dans
lequel Nicolas Sarkozy est tombé au lendemain des élections de 2007, et qui
explique la faiblesse relative de sa popularité au moment des élections de
2012. En outre, elle permet de
comprendre la stratégie de « re-droitisation » de Nicolas Sarkozy,
qui sera poursuivie au cours de la campagne. Enfin, l'approche spatiale permet
de relativiser fortement l'avance que certains sondages donnaient au candidat
de gauche en cas de second tour gauche-droite.
Revenons en arrière. En 2007, Nicolas Sarkozy a gagné
les élections par un discours ancré à droite qui, plutôt que de partir à la
« chasse aux voix » du Front National, lui permettait de se situer
exactement sur l'électeur médian de droite. Ainsi notamment s'expliquait son
score élevé au premier tour (31,18%, bien au-delà des 19,88% réalisés par
Jacques Chirac en 2002, qui se situait plus loin de l'électeur médian de
droite). Dès le soir du premier tour, Nicolas Sarkozy a recentré son discours,
avec pour objectif de se rapprocher de l'électeur médian global. Au lendemain
de son élection, il a poursuivi ce mouvement en pratiquant
l'« ouverture » à plusieurs personnalités venues du PS (Bernard
Kouchner, Jean-Pierre Jouyet ou Eric Besson, dont le rapprochement s'est opéré
avant l'élection) ou de la gauche plus largement : Fadela Amara, Martin Hirsch.
En outre, cette stratégie de récupération a eu pour conséquence de déstabiliser
profondément le Parti Socialiste. En ce sens, Nicolas Sarkozy a commencé dès
2007 la campagne de 2012 en affaiblissant le parti adverse. Ce qui peut
expliquer rétrospectivement la haine que va lui porter le parti socialiste.
Si l'on songe à la distribution bimodale de l'électorat
français, un tel recentrage a eu pour conséquence nécessaire une baisse de la
popularité de Nicolas Sarkozy sur sa droite. Alors que le Front National avait atteint en 2007 son étiage sur le cœur de son
électorat (10,44%), il est logiquement remonté dans les intentions de vote
jusqu’à 21%. Une partie de ses électeurs de 2007 s'est retournée vers
Jean-Marie Le Pen, puis aujourd'hui vers sa fille. Dans le même temps, Nicolas
Sarkozy a fortement baissé dans les sondages : il a perdu sur sa droite une
popularité qu'il n'a pas regagnée sur sa gauche. D’une part, d'autres candidats
potentiels incarnent mieux que lui les idées du centre-droit (Français Bayrou), d’autre part, comme la
distribution bimodale le suggère, en se rapprochant de l'électeur médian global,
il perd plus de voix qu’il n’en gagne.
La seconde partie du mandat marque un revirement. Depuis le remaniement du
14 novembre 2010, l'ouverture est terminée et le gouvernement s'est recentré
sur quelques personnalités historiques de la droite (Alain Juppé, Gérard
Longuet). Le discours gouvernemental a été également plus marqué à droite,
ainsi qu'en témoignent les déclarations de Claude Guéant sur l'immigration ou
la présence musulmane en France, ou le débat polémique sur la laïcité initiée
par Jean-François Copé. Par cette stratégie nouvelle, il apparaît clairement
que Nicolas Sarkozy entend se situer à nouveau sur l'électeur médian de droite,
ce qui lui avait permis de l'emporter en 2007.
Pour Nicolas Sarkozy, cette re-droitisation est indispensable s'il entendait
passer le premier tour, car elle lui permet d'approcher de l'électeur médian de
droite. Cependant, cette stratégie n'est pas sans coût. Ainsi, elle accroit la
distance de Nicolas Sarkozy avec la partie gauche de son électorat. La
candidature de François Bayrou (13.5% des votes en janvier, 12% en mars et 9,5%
en avril au soir du premier tour) démontre cependant que Sarkozy ne perdait pas trop de votes dans ce
déplacement. Mais comme nous l’avons mentionné plus haut, si l’hypothèse 3 ne
tient pas ce qui a été le cas, il a besoin des votes des deux partis adjacents
pour l’emporter. Or ces deux partis avaient le même pouvoir de nuisance. C’est
l’erreur commise par le candidat sortant et son équipe en pensant que le
pouvoir de nuisance du parti sue sa droite (ie le FN) était plus élevé que le
parti adjacent sur sa gauche (ie le Modem).
3-Quelle stratégie pour le centre ?
Il est toujours
étonnant de voir qu’un homme politique (François Bayrou) cherche à se
positionner au centre, à proximité de l’électeur médian global, avec un scrutin
majoritaire à un ou deux tours et une distribution bi modale des votes !
Par définition, ce mode de scrutin est fait pour éliminer les partis centristes
qui sont contraints d’intégrer les partis de droite ou de gauche pour avoir des
élus par opposition à un scrutin proportionnel qui fait du parti centriste
celui qui retrouve ses représentants au parlement dans tous les gouvernements
car dans cette configuration le député centriste est le décideur médian.
Par ailleurs, la bi modalité fait que si
François Bayrou était élu, il n’obtiendrait pas de majorité stable pour
gouverner. Même si 15 à 20% des électeurs souhaiteraient que l’on gouverne au
centre, ces derniers oublient qu’ils ne représentent qu’une minorité de
citoyens dans l’arène politique et ne pourraient dégager une majorité
parlementaire pour pouvoir gouverner. Si François Bayrou déplace son
positionnement idéologique à gauche, il va perdre des votes sur sa droite. Il
suffit alors à François Hollande de faire un petit pas vers le centre pour
éliminer ce candidat dès le premier tour. Ce qui est vrai d’un déplacement à
gauche est vrai aussi pour lui à droite. On voit donc que lui aussi cultive l’ambigüité quant à son positionnement
pour maximiser le nombre de ses votes. En effet, même avec un petit
parti, peu représentatif (puisqu'absorbé en majorité par les deux
grands partis PS et UMP), Bayrou est en mesure de tirer un
bénéfice privé pour lui-même et son petit parti du fait du mode de financement
public des partis politiques en France fondé sur leurs résultats aux élections[35F]. Ce peut-être une explication
"rationnelle" de la présence d'un candidat centriste (comme de la
multiplicité des candidatures) qui sait que "normalement" dans un
régime électoral avec scrutin majoritaire à un ou deux tours, les chances de
l'emporter sont faibles.
4-Quelle stratégie pour les extrêmes ?
A l’inverse des
partis proches du centre, les partis à l’extrémité (gauche ou droite) de l’axe
droite gauche, pour le premier tour des présidentielles, cumulent 35% des votes soit plus du tiers de l’électorat. L’extrême gauche
(respectivement l’extrême droite) n’a aucune crainte de voir un parti
s’installer sur sa gauche (respectivement pour l’extrême droite sur sa droite).
Chacun de ces partis peut afficher clairement son programme. En revanche, pour
gouverner ou peser sur le futur gouvernement, ils doivent se rapprocher de
l’électeur médian de leur propre camp (gauche ou droite). Comme dans chaque
camp la distribution des votes est à un seul sommet, ils gagnent plus de vote à
se rapprochant de cet électeur médian qu’ils n’en perdent sur leur gauche
(respectivement sur leur droite). Se rapprocher de l’électeur médian de chaque
camp impose une ressemblance entre les programmes de gauche et d’extrême gauche
(respectivement de droite et d’extrême droite) accentuant ainsi pour
l’électorat la bipolarité de la
distribution des votes. Le point crucial, dans cette histoire est la montée des
extrêmes facilitée par l’abstention. 2007 a été exceptionnel en termes d’un
taux d’abstention très faible à la présidentielle et à une diminution du poids
des extrêmes. Si la tendance observée avant 2007 se prolonge, le poids des extrêmes peut excéder celui des partis du
gouvernement. Nous entrons alors dans une période d’instabilité politique où
les partis de gouvernement sont devenus minoritaires. Comme le souligne A.
Downs [36F] nous entrerons alors dans une période
révolutionnaire.
Le graphique 8 suivant illustre cette éventualité Comme
nous l’avions prédit, plus d’un mois avant le premier tour des élections, Si l’on suppose que la tendance des
présidentielles 1974 à 2007 se prolonge en 2012 le poids des extrêmes
devrait-être de 39% des suffrages exprimés avec un taux d’abstention de
23,27% !

Graphique 8, Estimations de la montée
des extrêmes et de l’abstention en 2012
Il va de soi qu’il s’agit là d’un
prolongement des tendances passées qui aurait pu être contredites par les faits comme en 2007, car
les êtres humains ne sont pas des automates mais des individus qui agissent en
anticipant le comportement des autres. L’abstention a été de 19,67%, plus
faible que celle prédite, mais si l’on ajoute les blancs et nuls qui sont plus
élevés que dans le passé nous arrivons à un chiffre de 24,33% proche de celui
prévu par la tendance. Il n’est pas inutile de revenir sur les chiffres
absolus. Ce résultat veut dire que sur 43 millions de personnes inscrites sur
les listes électorales, 10,5 millions
d’entre elles s’abstiennent ou votent blancs et que sur les 33,5 millions qui
votent, 35% votent aux extrêmes, soit 11,7 millions d’électeurs. Cela fait 22
millions d’électeurs qui rejettent les deux grandes formations politiques qui
prétendent gouverner le pays. Le parti socialiste avec le score des votes
exprimés au premier tour en sa faveur, gouverne soutenu par seulement 10 millions d’électeurs. L’ensemble des
français sera donc gouverné par une faction
minoritaire des électeurs. Si NS l’avait emporté, cela aurait été la même
chose, il aurait représenté seulement 10 millions des électeurs. Les
institutions sont telles que cette faction
minoritaire disposera d’un pouvoir quasi absolu pendant 5 ans pour mener une
politique désapprouvée plus ou moins fortement par 31,3 millions d’électeurs (les 11,7 millions qui votent
aux extrêmes plus les 9,4 millions du parti perdant (UMP) auquel on peut ajouter les 10,5 millions qui
s’abstiennent ou votent blanc!) soit 73, 4 % des électeurs !
Nous sommes dans une situation où
aucun consensus n’existe et où un choc extérieur [] peut provoquer une implosion du
pays comme on l’observe en Grèce à l’heure actuelle. La bi modalité de la distribution des votes qui
caractérise si bien l’absence de consensus des français sur le comment vivre
« ensemble » depuis de nombreuses générations, la montée des extrêmes
qui risquent de s’accentuer dans les années à venir et un socle des abstentions
et blancs ou nuls cumulés élevé prouvent cet état de fait. Le graphique 8
suivant illustre à l’extrême cette incompatibilité avec la circonscription du
Hénin Beaumont où s’affrontent pour les législatives de 2012, deux candidats
emblématiques : Marine le Pen et jean Luc Mélenchon. Un sondage de mai
2012 de Fiducial nous donne la distribution attendue des votes. Chaque
camp doit gagner le vote de l’électeur
médian global qui se situe juste à 50%, à la bordure du PS et du candidat du
centre qui tous les deux sont minoritaires dans le circonscription!

Les partis extrêmes sont dominants et constituent 66% des
électeurs qui expriment une opinion contre 34% qui appuient les partis dits de
gouvernement. Cette circonscription est plus qu’un cas d’école car elle peut
préfigurer ce que l’on observera à plus grande échelle en 2017.
On peut terminer cette réflexion sur quelques
questions de méthodologie que politologues et économistes se posent souvent à
propos de la prévision ou de la prédiction. Ainsi à quoi servent les
prédictions ? Ces prévisions qui s’appuient sur des méthodes
politico-économétriques peuvent-elles vraiment s’appliquer à des comportements
humains sachant que ceux-ci ont fondamentalement un libre arbitre, n’est-ce pas
du scientisme? Pourquoi les auteurs ne
prennent pas de paris sur leurs prévisions s’ils sont convaincus que leur
méthode est la bonne ?
A quoi servent
les prédictions
En fait, électeurs, candidats, non
électeurs et abstentionnistes sont tous intéressés à prévoir les résultats
d'une élection.
1. Si les candidats ou les leaders des
partis politiques ont une bonne connaissance des variables qui affectent le
résultat des élections et permettent de le prédire, ils peuvent évaluer et
corriger leurs campagnes politiques et leurs buts politiques pour emporter les
élections. Cette stratégie est d'autant plus facile à mettre en œuvre que les
candidats sont au pouvoir.
2. Les électeurs, de leur point de vue,
ont intérêt à connaître comment votent les autres. En effet, les électeurs d'un
camp votent souvent pour annuler le vote des électeurs qui soutiennent leurs
ennemis politiques. C'est le paradoxe du votant. Il est donc utile de
comprendre et d'expliquer le comportement des électeurs.
3. Du point de vue des tiers
abstentionnistes, étrangers ou non et de ceux qui risquent de se retrouver dans
la minorité, il est important de prévoir le résultat des élections pour
anticiper ce que sera l'avenir avec l'équipe dirigeante élue. Car celle-ci a
déjà annoncé dans son programme comment elle va infléchir l'environnement
politique, économique et social pour satisfaire les intérêts privés de ceux qui
vont les porter au pouvoir. Ils peuvent alors protéger leurs intérêts par
anticipation en mettant à l'abri leurs capitaux (y compris leur capital humain)
ou en organisant la résistance pour empêcher que le programme de la majorité
soit appliqué. Résistance qui a été annoncée par des candidats comme moyen de
pression sur le vote des électeurs : résistance des syndicats et de la rue
pour les uns, résistance des marchés financiers pour les autres.
4. Il ne faut pas non plus exclure la
curiosité intellectuelle ou le désir de gagner de l'argent en faisant des paris
sur les futurs vainqueurs des élections.
Prédictions
électorales et scientisme.
Les économistes ou les politologues qui les suivent
dans leur quête de quantifier le non quantifiable n’ont-ils pas des prétentions
scientistes comme le soulignerait le Prix Nobel Hayek (1953) [37F] ? Les économistes cherchent à
découvrir des lois causales politiques et ou économiques à partir des élections
passées. Connaissant ces lois, ils ont la prétention de prédire le futur mieux
que des experts ou non experts, non pas parce qu’ils auraient une connaissance
supérieure mais parce que leurs méthodes sont reproductibles, indépendantes des
jugements de valeurs, faciles à mettre en œuvre et qu’elles sont raisonnablement précises. Après tout, c’est
exactement ce que nous avons fait dans ce texte. La loi causale est la distance
à l’électeur médian dans une constellation de bi modalité de la distribution
des votes le long d’un axe unidimensionnel gauche droite. Nos collègues
canadiens et américains nous proposent comme loi causale la popularité du
candidat sortant quelques mois avant les élections. Notre approche fondée sur
l’analyse spatiale des élections prédit NS vainqueur, en revanche l’analyse
fondée sur les indices de popularité prédit FH vainqueur. L’une des deux lois
causales sera contredite par les faits [38F]. Encore que l’une comme l‘autre des théories ne sont pas aussi
mutuellement exclusives l’une de l’autre et que l’on peut toujours sauver une
théorie en révélant une hypothèse auxiliaire qui n’a pas été respectée (dans
notre cas qu’il n’y a pas de modification de la distribution des votes entre
les deux tours du fait d’une montée des blancs et nuls ou que les reports ne se
font pas sur les partis adjacents).
Il existe au moins deux raisons fondamentales pour avoir des doutes ontologiques
sur ces techniques de prévisions.
1) Les données historiques observées sont le résultat des actions et
interactions des êtres humains. Chacun d’entre nous poursuit intentionnellement
des buts et adapte ses moyens pour les
atteindre compte tenu des contraintes de rareté et du comportement anticipé des
autres individus qui peuvent contrarier l’atteinte des buts poursuivis. Ainsi
l’électeur a la liberté de voter ou de ne pas voter, de voter pour un candidat
ou pour un autre, il a la liberté de voter même pour quelqu’un qui n’est pas
candidat (le vote sera nul). Il a fondamentalement un libre arbitre y compris ne pas se laisser influencer par l’opinion des
autres. Est-ce alors approprié de quantifier par des techniques statistiques ce
qui semble être non quantifiable ?
Que veut dire le mot prédire ? Quand une personne
de 100 kg saute du premier étage de la tour Eiffel, sans parachute, la loi de
la gravité nous enseigne qu’il sera mort dans quelques secondes, le temps
d’arriver au sol. Il va de soi que si cette loi ne tient pas, il aura du mal à
atterrir sur le sol. Un
sondage sorti des urnes est de ce type. Les lois statistiques nous enseignent
qu'un échantillon représentatif de taille modeste d'un ensemble d'individus va
donner avec une grande précision ce qu'un recensement exhaustif
peut donner. Les choses sont différentes si on cherche à prédire si cette personne va sauter ou
non du premier étage de la tour Eiffel (s’il va voter pour FH ou pour Marine Le
Pen). Jusqu’à la dernière seconde, il peut choisir une
autre alternative. Un événement fortuit peut survenir et le faire changer
d’avis. Il a rencontré la femme de sa vie, une japonaise qui passait par là. Si
un événement fortuit peut changer le cours des actions humaines, la question du
traitement de l’incertitude devient cruciale. C’est là où la question de la
signification de ce que veut dire le concept de probabilité et d’inférence
statistique prend de l’importance.
Depuis Knight (1921)
et Mises (1963) [39F], on a l’habitude de faire la distinction entre risque ou probabilité de
classe et incertitude ou probabilité de cas. Dans le cas de la probabilité de
classe on connaît le comportement d’une classe d’individus, mais on ne connaît
pas le comportement d’un individu. On sait simplement qu’il appartient à cette
classe d’individus. Ainsi un médecin peut diagnostiquer une dépression nerveuse
chez l’une de ses patientes et pronostiquer qu’elle a 70 chances sur 100 de
s’en sortir compte tenu de l’expérience passée qu’il a acquis avec ses propres
patients. En revanche, quand il s’agit de voter, il est difficile de faire
l’hypothèse que l’on connaît tout sur la classe des individus. Car chaque
élection est un événement unique et non répétable. Chacune d’entre elles
contient des surprises potentielles. On ne connaît pas le nombre de gens qui
votent pour FH et on ne connaît pas le
nombre de gens qui ne voteront pas pour lui pour une cause fortuite. D’une
élection à l’autre, l’électeur ne vote pas de la même façon et la classe des
jeunes, des vieux, des ouvriers etc. varient d’une élection à l’autre d’où les
erreurs récurrentes des sondages par quota. Les méthodes économétriques présupposent que les erreurs de prévisions commises
suivent une probabilité de classe. On suppose que l’on peut séparer les erreurs
systématiques (oubli d’un facteur explicatif important) des erreurs non
systématiques liées à des évènements fortuits qui se compensent. Mais les
élections de 1969 et 2002 démontrent que les erreurs ne se compensent pas et
même qu’elle résulte de comportements intentionnels. Poher aurait dû être élu
mais le PC a prôné l’abstention modifiant la distribution des votes en faveur
de Pompidou. En
2002, devant le fractionnement des candidatures à gauche, Jospin n’est pas
sélectionné au second tour. Les comportements politiques seraient plus proches
des probabilités de cas que celle de classe. L'enquête menée par IPSOS pour le
CEVIPOF démontre qu'un électeur sur deux a changé d'intention de votes en six
mois. (Le monde du mardi 17 avril 2012 p. 18). Les comportements
politiques seraient plus proches des probabilités de cas que celle de classe.
Ce qui expliquerait le scepticisme « raisonné » des politologues et
économistes [40F ] à l’égard des méthodes de prévisions
« politico-économétriques ».
2) Plus que d’autres experts, les économistes prêtent aux individus un
comportement non seulement intentionnel mais aussi rationnel. Ils sont censés
comparer les alternatives et être cohérent dans leur choix tant que les coûts
de ces actions n’excèdent pas les bénéfices attendus. Ils ont aussi la capacité
d’anticiper rationnellement le comportement des autres. Mais cette dernière aptitude
détruit toute loi causale. L’existence même d’une prédiction peut affecter le
comportement des individus (ce que les sondeurs savent depuis longtemps
lorsqu’ils publient leurs résultats). Les individus peuvent alors contredire la
prédiction en votant dans un sens qui la rend fausse (ou vraie si elle est
fausse) comme le rappelle Merton K (1957) [41F]. Cette prévision qui se contredit elle-même une fois rendue publique,
crée une impossibilité de prédiction dans le domaine des sciences sociales. Si
la prévision est prise pour argent comptant par tous les individus et qu’ils adoptent
la même croyance sur le succès d’un candidat, alors la prévision devient une
prophétie créatrice. Dans un tel cas un modèle politico-économétriquement
« faux » peut fournir une bonne prévision du résultat ! Mais si
cela est vrai personne ne peut avoir confiance en ces approches si de manière
patente, par le comportement des individus, des modèles « faux »
donnent de bonnes prévisions et des modèles « vrais » sont contredits
par des comportements d’anticipations rationnelles.
Deux exemples peuvent être présentés à l’appui de cet
argument. Premier exemple, les partis politiques dépensent des sommes
extrêmement importantes pour mener une campagne politique. S’ils le font c’est
qu’ils espèrent que ces sommes leurs feront gagner des votes supplémentaires,
sinon c’est de l’argent perdu. Si des campagnes publicitaires augmentent le
pourcentage de votes du parti qui fait ses dépenses et permet d’emporter les
élections, cette connaissance devient
rapidement une connaissance commune. Les autres partis vont alors s’engager
dans des dépenses identiques de telle sorte que l’avantage attendu s’annule
pour tous les partis. Le résultat empirique observé est que les campagnes
politiques sont sans effets sur la part des votes qu’ils reçoivent. Cependant,
c’est exactement ce que prédit la théorie économique lorsqu’il y a compétition
entre les partis politiques. Voilà une théorie « vraie » : les
dépenses de campagne ont un impact sur les votes si et seulement si les autres
partis ne font rien. Mais les compétiteurs sont rationnels et agissent de
manière identique en dépensant eux aussi des sommes faramineuses pour faire des
campagnes politiques afin d’annuler l’impact de leurs adversaires sur
l’électorat. La relation causale entre dépenses de campagnes publicitaires et
accroissement des votes disparait à l’observation et se trouve contredite par
les faits
Deuxième exemple, dans
le modèle rétrospectif du vote, les économistes et politologues démontrent dans
un premier temps que les électeurs sanctionnent le candidat sortant en votant
pour l’opposition si le taux de chômage a augmenté. Comme le candidat sortant
n’est pas irrationnel, s’il croît que la théorie postulée par les économistes
ou politologues est vraie, il va chercher à utiliser cette théorie pour la
contredire. Quelques mois avant les élections, il fait une politique économique
de relance en créant un cycle artificiel des affaires comme l’a suggéré en son
temps Nordhaus (1975) [42F]. En conséquence, au moment des élections, le taux de chômage baisse et le
candidat sortant devrait-être réélu. Si les électeurs sont rationnels, ils vont
comprendre cette stratégie et la contrecarrer eux aussi en trompant les
prévisions de ceux qui la mènent. Ils voteront pour l’opposition même si le
taux de chômage baisse [43F] ou pour le candidat sortant s’il monte! Si un tel mécanisme joue, la
théorie du vote rétrospectif est rapidement contredite par les faits dès que
les électeurs ont compris la manipulation de la politique économique à des fins
électorales. Cette théorie devient fausse selon les critères du positivisme,
alors, qu’en fait, elle est « vraie » !
Pourquoi les
auteurs ne prennent pas de paris sur leurs prévisions s’ils sont convaincus que
leur méthode est la bonne ?
Si les économistes et
politologues sont si sûrs de leur méthode pourquoi ne font-ils pas fructifier
leur talent en pariant sur leur prévision ? Pourquoi le théorème d’impossibilité de
prédiction en économie ne tient pas en politique ? La réponse est
immédiate avec les deux réflexions suivantes : l’une concernant les
acteurs politiques et l’autre les électeurs.
Nous venons de développer une analyse reposant
sur le modèle de Downs. Si ce modèle est « vrai » c’est-à-dire décrit
correctement la réalité de la compétition politique dans une démocratie. Il est
aussi connu des acteurs politiques. Ces derniers ont compris quelle est la
stratégie qu’ils doivent suivre pour l’emporter dans une situation où la
distribution des votes est bi modale. Les deux candidats doivent au premier
tour se situer à une distance proche de l’électeur médian de leur camp et au
second tour se rapprocher de l’électeur médian global. Pour pouvoir réaliser ce
tour de force, ils doivent se positionner entre l’électeur médian de leur camp
et celui global. Et ils doivent être au plus près de cet électeur médian global
de telle sorte que tout déplacement vers cet électeur leur coûte plus de votes que cela n’en rapporte. La distance entre les deux candidats devient
plus ou moins équidistante et le modèle lui-même prédit une impossibilité de
prédiction. Dans une telle constellation, normalement le modèle devrait se tromper
une fois sur deux. C’est la raison pour laquelle l’économiste ou le politologue
ne prend pas de paris sur ses propres prédictions. La théorie leur enseigne que
l’espérance de gain sur leur pari est nulle. Cependant, les faits montrent que le modèle ne
se trompe que 2 fois sur dix environ. Pour obtenir de bonnes prévisions, il
faut abandonner l’hypothèse d’acteurs politiques rationnels aptes à
comprendre l’interaction dans laquelle ils baignent. Il faut les supposer ignorants ou incrédules sur la capacité de
prédiction et d’explication d’une analyse économique de la démocratie à la
Downs. C’est sur cette base que l’on peut raisonnablement prédire l’issue d’une
élection.
Tournons-nous vers les électeurs
et imaginons la petite histoire suivante. Vous êtes un nuage. Lors des
prochaines courses de chevaux sur l'hippodrome de Saint-Cloud, un
météorologiste, qui prévoit avec une grande exactitude que les nuages vont
arroser le champ de course pour le tiercé de dimanche prochain, décide de
parier sur les chevaux qui courent vite en terrain lourd. Vous qui êtes un
nuage, vous avez eu vent de cette prédiction. Que faîte-vous, si vous êtes
rationnel ? Vous allez voir vos copains les nuages et vous décidez de
contourner l'hippodrome de Saint-Cloud et d'arroser le bois de Boulogne. Entre
temps vous pariez sur des chevaux qui courent vite en terrain sec. Vous déjouez
la prédiction et vous empochez les profits. Le météorologue peut prédire parce
que les nuages n'agissent pas et ne sont pas rationnels. La théorie financière
moderne a développé ce concept à la suite de tests empiriques sur l'évolution
des prix sur les marchés financiers. Les changements de prix d'une semaine à
l'autre sont totalement indépendants comme si on avait tiré au hasard le prix
d'une période à l'autre. Ce résultat est une surprise pour le statisticien et
l'a été un court instant pour l'économiste, le temps qu'il se rende compte
qu'un tel résultat est justement ce que prédit la théorie de l'arbitrage sur un
marché quelconque même si rappelons le la distribution des erreurs de
prévisions ne suit pas une loi normale du fait de comportement de prophétie
créatrice ou destructrice.
En fait, les prévisions électorales se situent entre
ces deux extrêmes. Les électeurs ne sont pas des nuages mais des êtres humains
rationnels. Cependant, pour des élections, faute
de profits prévisibles à la clef, (les électeurs peuvent, de manière non
intentionnelle, bénéficier individuellement des conséquences de la politique
menée par leurs ennemis idéologiques ou de classe), ils agissent
rationnellement de manière irrationnelle contrairement à ce qu'ils font sur un
marché boursier.
Ce sont ces différences essentielles qui laissent une
marge à notre méthode mais aussi aux astrologues comme aux prévisionnistes,
sondeurs, économètres et parieurs de tenter leur chance en prédisant l'avenir
et peut-être de réussir.
Notes et Références
[1] Ce texte doit beaucoup à
Lemennicier B. , Lescieux-Katir H. and Vuillemey G. (2011) «Mirror, mirror on
the wall, who is the best Socialist candidate of them all? The left-right
location of the candidates in the Socialist Party primary and the probability
of Socialist success in the presidential elections of 2012” French Politics,
Volume 9, Issue 4 (December 2011)
[2] La révision
constitutionnelle du 23 juillet 2008 n'interdit à un Président en exercice
d'être candidat que s'il sort de deux mandats consécutifs (article 6).
[3] Sondage
IFOP du 19 janvier 2012.
[4] http://www.oddschecker.com/specials/politics-and-election/french-election/next-president
[5] Jérôme B.
et Jérôme –Speziari (2010), L’analyse
économique des élections, Paris Economica
[6] Jones
R. (2008), “The State of Presidential Election Forecasting in 2004”, International Journal of Forecasting Vol.
24 N° 2, pp 308-319.
[7] Hotelling H. (1929), “Stability in competition”, Economic Journal 39, March, 41-57.
[8]Downs A. (1957),An Economic Theory of
Democracy, New York Harper & Row.
[9]Merrill S. et Grofman B. (1999), A
unified theory of voting: directional and proximity spatial models,
Cambridge: Cambridge University Press.
[10]Lemennicier B.,
Lescieux-Katir H. and Grofman B., (2010),” The 2007 Presidential election” Canadian Journal of Political Science,
volume 43, issue 01; Lemennicier B. and Lescieux-Katir H. (2010),”Testing the
accuracy of the Downs’ spatial voter model on forecasting the winners of the
French parliamentary elections in May–June 2007 », International Journal of Forecasting, Volume 26, Issue 1,
January-March 2010, Pages 32-41; Lemennicier B. , Lescieux-Katir H. and
Vuillemey G. (2011) «Mirror,
mirror on the wall, who is the best Socialist candidate of them all? The
left-right location of the candidates in the Socialist Party primary and the
probability of Socialist success in the presidential elections of 2012” French Politics, Volume 9, Issue 4
(December 2011)
[13]Duverger M.
(1951), Les partis politiques, Paris Armand Colin
[14] Hinich M. &Munger M. (1997) Analytical Politics, Cambridge
University Press, chapter 6
[15] Marge d’erreur de 3.1 %.
[16] La
méthode de quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage) et la
stratification par région et catégorie d'agglomération ont été utilisées.
[17] Le calcul
exclue tout électeur d’extrême gauche reportant ses voix sur un candidat
centriste de droite ou d’extrême droite et réciproquement –hypothèse 3
[18] http://www.sondagesenfrance.fr/sondages/Elections/Pr%C3%A9sidentielles%202012#pq3982
[19]Lemennicier B., Lescieux-Katir H. and Grofman
B.,(2010),” The 2007 Presidential election” Canadian
Journal of Political Science, volume 43, issue 01.
[20] Avec une extrême
gauche à 16%, FH n’a besoin que de 30% des votes au premier tour pour
l’emporter (sondage BVA)
[21] Les médias n’hésitent
jamais à mentionner les promesses non tenues de NS, mais sont silencieux sur
les promesses jamais tenues par les candidats de gauche comme de droite quand
ils ont été au pouvoir. Pourquoi en serait-il autrement avec François Hollande
comme Président ?
[22] La fraction de l'électorat qui vote de manière émotionnelle
créé une externalité négative sur l'ensemble des autres. Le suffrage universel
devrait donc être réglementé et limité aux électeurs « rationnels ».
Les médias aiment évoquer l'exubérance irrationnelle de certains spéculateurs
sur les marchés financiers. Que dire alors de la démocratie sachant que l’écho
des médias ajoute à cette exubérance irrationnelle de certains électeurs. Or,
personne ne propose d’appliquer au processus démocratique ce que les hommes
politiques cherchent à imposer aux marchés financiers : l’élimination des
spéculateurs. Comble de l’ironie, si beaucoup de commentateurs pensent
sérieusement que le choix des candidats est une affaire de passion, ont-ils
réfléchi aux conséquences normatives de ce qu'ils affirment? Si le choix d'un
Président de la République, qui concentre dans ses mains, sur une période de 5
ans, un pouvoir quasi absolu, est le résultat de passions et non de choix
raisonnés, le principe de précaution le plus élémentaire devrait les inciter à
proposer la suppression de l'élection présidentielle au suffrage universel.
[23] Il est intéressant de
faire la remarque suivante : FH au meeting du Bourget du 22 janvier 2012 propose
un programme proche de l’électeur médian de son camp en direction de l’extrême gauche et une semaine après propose
une version chiffrée de son programme proche cette fois du centre gauche, Cette
contradiction apparente dans les propositions de F.H. révèle l’existence
permanente de cette ambigüité qui résulte d’un comportement rationnel.
[24] Rappelons que le contribuable finance les partis
en fonction du nombre de votes obtenus aux élections
[25] Downs (1957) op.cit. pp 136
_________________________________________________________________________
Annexe
1
L'extension
à 2 ou n dimensions est un réflexe immédiat de l’observateur dans certaines
circonstances. Par exemple, le facteur religieux interfère avec les problèmes
sociaux économiques en Israël ou au Liban. Une représentation unidimensionnelle
apparaît inadéquate dans ce cas particulier. Cependant cette extension soulève
une question primordiale pour les politologues et les économistes : est-ce que
dans ces configurations, le théorème de l'électeur médian est toujours valable?
La réponse est négative sauf dans le cas particulier où les préférences idéales
des électeurs se situent (par exemple dans un espace à deux dimensions sur une
même droite). Mais alors dans ce cas le problème se ramène à celui d'une
dimension. Il a été démontré, pour faire court, que dans un espace à n
dimensions l'électeur médian doit être médian dans toutes les dimensions pour
retrouver le théorème de l'électeur médian que nous utilisons pour faire notre
prédiction! Ce qui complexifie considérablement le problème pour un gain de
compréhension supplémentaire quasi nul.
Par
ailleurs, les économistes, et le modèle de Downs, rappellent que l’idéologie
des partis politiques, être de droite ou de gauche, est un moyen de résumer en
une dimension cette complexité. Ce que chaque électeur comprend bien. Prenons
la dimension religieuse et la dimension redistribution des revenus. Sur l’axe
vertical gauche -droite de la dimension religieuse, on place à droite en haut
les non croyants ou laïques et à gauche près de l’origine les croyants et les
pratiquants d’une religion. Maintenant sur l’axe horizontal redistribution des
revenus, on procède de même, les individus qui préfèrent la redistribution
forcé à celle volontaire sont placés à gauche et ceux qui s’y opposent sont
placés à droite. Projetons maintenant sur un axe unidimensionnel gauche droite
les positions des uns et des autres. Le non croyant aux préférences marquées
pour la redistribution involontaire se situe à gauche, le croyant qui s’oppose
à la redistribution involontaire se situe à droite ; et les électeurs qui
sont non croyants mais qui s’opposent à la redistribution involontaire et ceux
qui sont croyants mais en faveur de la redistribution involontaire se
retrouvent au centre ! Le théorème de l’électeur médian tient toujours car
l’idéologie des partis de droite, de gauche ou centriste absorbe ces deux
dimensions.
Hotelling H. (1929), “Stability in
competition”, Economic Journal 39,
March, 41-57.
- 1 que la position des candidats puisse-t-être identifiée le
long d'un axe gauche-droite
-2 que les électeurs votent pour leur
candidat préféré, et non de manière stratégique. La distribution des votes doit
donc représenter les préférences réelles des votants.
-3que les électeurs dans un scrutin
majoritaire à deux tours se reportent au second tour sur le candidat le plus
proche de leur préférence exprimée lors du premier tour.
-4 Pour gagner, les candidats cherchent à se
rapprocher des préférences des électeurs.
-5 Enfin, nous ne tenons pas compte des
tentatives de manipulation du système de vote qui consistent à favoriser les
divisions à l’intérieur de son propre camp ou dans le camp de l’opposition.
Lemennicier B., Lescieux-Katir
H. and Grofman B., (2010),” The 2007 Presidential election” Canadian Journal of Political Science,
volume 43, issue 01; Lemennicier B. and Lescieux-Katir H. (2010),”Testing
the accuracy of the Downs’ spatial voter model on forecasting the winners of
the French parliamentary elections in May–June 2007 », International Journal of Forecasting, Volume 26, Issue 1,
January-March 2010, Pages 32-41; Lemennicier B. , Lescieux-Katir H. and
Vuillemey G. (2011) «Mirror,
mirror on the wall, who is the best Socialist candidate of them all? The
left-right location of the candidates in the Socialist Party primary and the
probability of Socialist success in the presidential elections of 2012” French Politics, Volume 9, Issue 4
(December 2011)
Jérôme B. et Jérôme –Speziari (2010), L’analyse économique des élections,
Paris Economica, Auberger A. (2004), » Les fonctions de vote : un
survol de la littérature », l’Actualité
Économique-Revue d’Analyse Économique, 80 : 95-107 « Popularity
and vote : forecasting the 2007 presidential election » Canadian Journal of Political Science,
43 : 123-136 ; Dubois E. (2007), « les déterminants
économiques du vote. 1976-2006 : trente ans de fonction de votes en
France. » Revue d’Economie Politique
117 : 243-270 ; Lafay, J. D., F.
Facchini and A. Auberger. 2007. “Modèles politico-économétrique et prévisions
électorales pour mai 2007.” Revue Française d’Economie 4 ~21!: 5–23.
Pour prédire les
résultats de 2017, on ajoute les résultats de
2012 à l’ensemble des données. On a 8 points au lieu de 7. On trouve une
relation fort semblable à celle que nous avons estimée sur la période
1965-2007. En effet, celle-ci donne : Y=-0.455X+52.6 avec un R2=0.74.
L’erreur d’estimation
est de 1.8%. Rétrospectivement, elle prédit un score de 49,87% à
François Hollande pour une distance de 6 points à l’électeur median global au
lieu des 49,3 à l’ancienne équation.
Lemennicier B. ,
Lescieux-Katir H. and Vuillemey G. (2011) «Mirror, mirror on the wall, who is the best Socialist
candidate of them all? The left-right location of the candidates in the
Socialist Party primary and the probability of Socialist success in the
presidential elections of 2012” French
Politics, Volume 9, Issue 4 (December 2011)
La fraction de l'électorat qui vote de manière émotionnelle
créé une externalité négative sur l'ensemble des autres. Le suffrage universel
devrait donc être réglementé et limité aux électeurs « rationnels ».
Les médias aiment évoquer l'exubérance irrationnelle de certains spéculateurs
sur les marchés financiers que dire alors de la démocratie sachant que l’écho
des médias ajoute à cette exubérance irrationnelle de certains électeurs. Or,
personne ne propose d’appliquer au processus démocratique ce que les hommes
politiques cherchent à imposer aux marchés financiers : l’élimination des
spéculateurs. Comble de l’ironie, si
beaucoup de commentateurs pensent sérieusement que le choix des candidats est
une affaire de passion, ont-ils réfléchi aux conséquences normatives de ce
qu'ils affirment? Si le choix d'un Président de la République, qui concentre
dans ses mains, sur une période de 5 ans, un pouvoir quasi absolu, est le
résultat de passions et non de choix raisonnés, le principe de précaution le
plus élémentaire devrait les inciter à proposer la suppression de l'élection présidentielle
au suffrage universel.
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