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"Jamais,
en vérité, au cours de l'histoire entière, les gouvernements n'ont été comme
aujourd'hui dans la nécessité de se plier aux desiderata spéciaux d'un grand
nombre d'intérêts particuliers"
"Le résultat de cette évolution est.. que le concept de loi, lui-même,
a perdu toute signification."
F.
Hayek 1979, Law, Legislation and
Liberty, Routledge and Kegan Paul, London
La privatisation du contrat de mariage une solution au mariage
« gay »
par Bertrand Lemennicier
Adapté du chapitre "Le
contrat de mariage" dans Le
marché du mariage et de la famille Paris PUF 1988
Les
homosexuels devraient y regarder à deux
fois avant de militer pour bénéficier du
statut de marié offert aux hétérosexuels. Peuvent-ils
épouser un homme pour une durée déterminée de dix ans non renouvelable, le
temps d'élever un enfant que vous avez adopté ou coproduit par procréation
artificielle avec une femme que vous
avez payé pour cela, une mère porteuse ou bien une de vos amies homosexuelles
et désirant elle aussi un enfant? Non. Vous voulez épouser un Français ou une
Française pour obtenir la nationalité française, le juge ne vous suivra pas car
il s’intéresse aux motifs du mariage. Vous ne voulez pas entretenir votre compagnon
ni vos enfants ou les siens. Vous estimez qu'à leur âge ils peuvent travailler
pour se nourrir ou se payer leurs études. Vous pouvez toujours passer un tel
accord implicite. Cependant, vous êtes tenu, par la loi, à l'obligation
alimentaire vis-à-vis de vos enfants et de votre conjoint. Les premiers peuvent
être majeurs et le second peut ne pas
désirer travailler parce qu'il a un penchant prononcé pour la paresse (art.
203). Cette obligation alimentaire, comble de paradoxe, s'étend au-delà du
contrat de mariage qui, une fois rompu, ne la supprime pas pour autant. Si vous
êtes presque libre de vous marier, vous ne pouvez pas, en revanche, rompre ce
contrat comme vous le désirez.
Dans
certains pays Il est interdit de
divorcer, et si le divorce est autorisé, le consentement mutuel est exigé et le
divorce unilatéral interdit (ce que le PACS autorise). Vous voulez, par
exemple, conserver une certaine liberté dans votre vie amoureuse et vous
désirez inclure une clause dans votre contrat de mariage (avec l'accord
nécessaire de votre conjoint) autorisant la présence temporaire d'un amant sans
rupture automatique du contrat. Une telle clause est interdite car vous avez
l'obligation de fidélité (art. 212) ! Vous voulez assurer par vous-même, et
sans partage, la direction morale et matérielle du ménage, la loi vous
l'interdit (art. 213). Vous ne redistribuez pas suffisamment d'argent à votre
compagnon parce que vous jugez qu'il
fait mal son travail à la maison ou ne rapporte pas assez d’argent au foyer. Ce
comportement sera réprimé. Votre conjoint pourra exiger une pension et vous faire
obligation de lui donner de l'argent en proportion de votre capacité à payer et
non pas en proportion du travail domestique qu'il fournit (art. 214). Vous voulez vivre par commodité
dans deux logements séparés, l'article 215 du Code civil vous l'interdit ! Vous
avez le devoir de cohabiter. Vous désirez vous marier avec un homme beau, musclé
et affectueux mais vous le jugez un peu trop tête de linotte. Vous voulez donc
passer un contrat de mariage où vous ne serez pas solidaire des dettes futures
de votre compagnon. La loi vous l'interdit (art. 220) sauf si vraiment ces
dépenses sont excessives. Enfin, si vous ne voulez pas que votre conjoint
travaille ou bien que votre compagne (si vous êtes une femme) décide d'une
interruption volontaire de grossesse sans votre consentement, la loi ne vous
suivra pas. Le conjoint a droit sans votre consentement à prendre un emploi
(art. 223) ou à tuer son propre enfant (loi du 17 janvier 1975).
Il
faut être aveuglé par l’amour pour accepter d’entrer dans un tel contrat type
offert par le législateur. On comprend alors mieux, indépendamment du monopole
de l’État, pourquoi personne n'est intéressé à se marier à l’image du premier
magistrat de France? Une véritable révolution dans ce domaine impliquerait
l'abolition totale du statut standard de mariés, de concubins ou de couples
Pacsés que le législateur offre aux gens qui veulent vivre ensemble. Ces
derniers sont capables de régler leurs affaires privées contractuellement sans
interférence de tiers : les hommes politiques qui exécutent les « modifications
de la loi» commandités par leurs électeurs et qui ne peuvent faire autrement s’ils
veulent se faire réélire. Ce n'est pas
avec eux que l'on se marie, ni avec les groupes de pression féministes,
syndicalistes, catholiques ou homosexuels, aux intérêts
particuliers, leurs commanditaires. Le mariage est une institution trop
importante pour la laisser dans les mains des hommes politiques et des groupes
de pression qui les soutiennent.
Normalement
le mariage entre deux (ou plusieurs) partenaires est un contrat d'échange
volontaire qui, comme pour tout contrat commercial, définit les droits et les
obligations que chacun a envers les autres. Mais ces droits et devoirs sont-ils
négociés librement entre les intéressés? La liberté contractuelle impose une
absence de vice du consentement ou d'adhésion forcée. Chacun doit être libre de
se marier ou de s'en abstenir. Les clauses du contrat doivent être librement
fixées entre les parties et non limitées par un contrat type prévu par la loi.
Ce contrat peut être explicite (pas nécessairement conclu devant un officier
public on peut imaginer qu'il soit conclu devant un arbitre privé spécialisé
dans les affaires de familles, un prêtre, ou un tiers quelconque qui témoigne
de l'acte) ou implicite (il suffit comme dans un concubinage que les volontés
s'expriment de façon saisissable). Les mobiles des contractants doivent être
indifférents aux juges. Enfin, le contrat a force obligatoire. Il s'impose aux
parties, au juge et au législateur et n'a pas d'effet sur des tiers non
contractants. Cela s'appelle la liberté contractuelle. Le code civil en ait l'expression inverse.
Liberté
contractuelle et mariage
Il
est vraisemblable qu'une plus grande liberté contractuelle en matière de droit
de la famille serait un progrès considérable. Un contrat de mariage de droit commun offrirait des avantages non négligeables aux couples
homosexuels ou hétérosexuels comme aux
autres membres de la société.
Un
contrat de mariage permet de faire des ajustements non conformes au droit
existant mais plus conforme à la réalité du marché du mariage contemporain
(contrats prénuptiaux et contrat de mariage avec clauses de sorties comme le proposent certaines religions: juive, chiite ou sunnite). Il permet ensuite d'échapper à la discrimination légale
qui pèse contre l’un des conjoints (comme la garde (partagée ou non) des enfants attribuées à l'un ou l'obligation
alimentaire imposée à l’autre). Il autorise la polygamie ou la traduction juridique
des relations entre couples de même sexe ou qui désirent plus simplement
cohabiter. Enfin, il permet aux partenaires de régler leur vie privée et leurs
relations personnelles comme ils le désirent. Les couples adhérents à une église se marient
selon le contrat standard de leur religion. Les Prêtres ou les Imam et Rabbins
font office de notaires et d’arbitres devant les tribunaux ecclésiastiques pour
régler les conflits familiaux. Ces contrats religieux standards sont reconnus
par l’Etat sans que les religions, en tant
que groupes de pression, puissent empêcher les non croyants de contracter
librement un contrat de mariage civil comme malheureusement elles le font au
Liban ou en Israël. La reconnaissance mutuelle des contrats de mariage
individualisés devrait être la règle pour assurer une compétition entre les divers types désirés par les couples.
Un
véritable contrat de mariage exigerait la suppression de l'article 226 du code
civil. Il permettrait aux couples d'échapper à la conformité du contrat d'adhésion
type proposé par la loi. Il offrirait la possibilité de moduler la codification
des relations selon la situation et les besoins du couple. Au lieu d'imposer
l'obligation alimentaire à l'homme, le contrat peut imposer un partage de cette
obligation lorsque les deux conjoints sont engagés dans une double carrière. Au
lieu d'escompter du juge aux affaires matrimoniales un règlement au moment du
divorce, on peut spécifier à l'avance des clauses de pénalité en cas de rupture
abusive ou unilatérale ou le montant des dommages que les deux époux se devront
dans une telle situation. L'avantage d'un tel contrat est qu'aucune des deux
parties ne se voient imposer des clauses auxquelles elle n'a pas consenti; ce
que le code civil fait aujourd'hui en obligeant l'ex-mari à payer une pension
alimentaire pour des enfants dont il n'a plus la garde.
Ce contrat de mariage librement
négocié offre l'opportunité pour des couples à cheval sur l'égalité des sexes
de mettre en œuvre leur idéal d'égalitarisme. De la même manière, il offre
l'opportunité d'assurer aux communautés, aux homosexuels ou aux fanatiques de
la polygamie ou de la cohabitation de satisfaire leurs goûts en établissant des
contrats qui stabilisent leurs relations. C'est vrai que ces contrats rendent
légitimes des styles de vie peu conformes à la tradition ou aux préférences de
la majorité des couples, mais pourquoi les interdire ou les désavantager par
rapport à d'autres formes d'union ?
La procédure consistant à rédiger un
contrat de mariage aide beaucoup le couple à clarifier ses attentes et à
prévoir les obstacles ou les difficultés qu'ils affronteront. Chacun peut se
référer à ce document exactement comme pour un contrat de travail, et rappeler
à son partenaire ce que l'autre attend de lui. Doit-il s'occuper des tâches
ménagères ? Doit-elle élever les enfants? Combien d'enfants le couple
planifie-t-il ? Est-ce que l'épouse veut s'arrêter de travailler pour les
élever ? Désire-t-elle travailler ? Désire-t-il mener des affaires de cœur extra
conjugales? Toutes ces questions constituent des conflits potentiels. Le
contrat ne les empêchera pas de survenir mais une procédure de résolution des
conflits peut être élaborée. Elle peut faciliter une redistribution des gains
du mariage, chacun acceptant au départ de remettre en cause certains acquis ou
bien de s'adresser à des tiers (conseillers et Psychologues conjugaux) qui
arbitreront ou mettront en pratique une thérapeutique. La rédaction de ce
contrat permet à beaucoup de jeunes de découvrir les droits et obligations
qu'ils se devront mutuellement. Une incertitude est levée et un sens de la
responsabilité développé à cette occasion. Enfin un tel contrat serait passé
devant un notaire et non un maire ce qui marquerait de façon irrémédiable que
le contrat de mariage est une affaire privée et non publique.
Les réactions négatives à ce type de
formalisation et de privatisation des contrats de mariage prennent leurs
sources dans la croyance suivante: le caractère formel et non sacré du contrat
détruirait le fondement émotionnel des relations intimes qui en font tout I
‘attrait et sur lequel s'établit un mariage durable. Il est vrai qu'un contrat
de mariage qui présente un étalage de clauses contractuelles, à la manière d'un
contrat d'assurance, peut vous couper toute envie... de vous marier. Spécifier
dans le contrat des clauses de pénalité en cas de divorce peut inciter les
partenaires à craindre cet événement et par cette précaution accroître la
probabilité de divorcer. La rédaction du contrat peut susciter des
anticipations créatrices. Une discussion ouverte sur tous les problèmes
familiaux susceptibles de survenir détruit la confiance accordée au futur
conjoint. Pourquoi épouser un individu
d'aussi peu de foi qui transforme une relation amoureuse en expertise comptable
!
Mais, on peut renverser le sens de la
causalité. C'est parce que le conjoint est généreux et prévoyant qu'il souhaite
un engagement de sa part vis-à-vis de son partenaire pour le protéger contre
ses propres faiblesses. Il s'agit-là d'une très grande marque de confiance et
d'amour qui prémunit chaque partie de tout comportement malhonnête.
Le contrat de mariage n'a pas non plus
pour objet de prévoir tous les événements qui surviendront et qui sont, par
nature, incertains au début du mariage. Une formalisation trop rigide pourrait
empêcher certaines formes d'adaptation aux circonstances imprévues. L'un des
conjoints peut devenir handicapé, rendant toute cohabitation difficile. L'autre
peut expérimenter une richesse inespérée et rompre un mariage avec un
partenaire qui n'est plus à la hauteur. Ce type d'incertitude est inhérent à
tout contrat de long terme. Il n'est pas spécifique au contrat de mariage; le
contrat de travail et beaucoup de contrats commerciaux sont de ce type. Aucun
contrat ne peut offrir de garantie sûre contre ces risques. Cependant certains
types d'événements peuvent être anticipés et une clause peut prévoir une
renégociation du contrat. Par ailleurs, la
jurisprudence d’un arbitrage privé peut
décider si les clauses du contrat, face à un événement particulièrement
imprévisible, sont exécutoires.
Si les groupes de pression homosexuels militaient pour la privatisation du contrat de mariage et pour l'abolition des articles du code civil qui concernent le mariage, au moins ils rendraient service à la communauté entière au lieu de cherche à satisfaire leurs intérêts particuliers. ________________________________________________________________________ Qui est concerné par cette loi ?
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| Nombre et répartition des personnes se déclarant en couple de même sexe |
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Total
des personnes en couple |
Hommes |
Femmes |
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Effectifs |
Part (%) |
Effectifs |
Part (%) |
Effectifs |
Part (%) |
| Pacsé |
85 500 |
43 |
54 000 |
47 |
31 500 |
38 |
| Union libre |
112 500 |
57 |
62 000 |
53 |
50 500 |
62 |
| Total |
198 000 |
100 |
116 000 |
100 |
82 000 |
100 |
| Cohabitant |
167 000 |
84 |
97 500 |
84 |
69 500 |
85 |
| Non
cohabitant |
31 000 |
16 |
18 500 |
16 |
12 500 |
15 |
| Total |
198 000 |
100 |
116 000 |
100 |
82 000 |
100 |
| Champ : France métropolitaine, population des ménages
ordinaires, personnes de 18 ans ou plus déclarant être actuellement en couple
avec un conjoint de même sexe. |
| Source :
Insee, enquête Famille et logements 2011. |
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