Accueil
Vidéo conférences
 
Autres universes
Curriculum Vitae
 
Voir Panier
Connection client :
   
 
Nouveau compte ?
 
Evènements à la une
les élections présidentielles de 2017
80 km/h sur les routes départementales
Emigrer n'est pas la solution à la tyrannie fiscale
les Etats généraux de la bioéthique 2018
Paris school of Economics PSE
 
Recherche
 
Nous contacter
Liens
Plan du site
 
 
  
 
Powered by
BWM Mediasoft
Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
 

A la recherche d’un grand parti centriste : le piège du pacte républicain

Par Bertrand Lemennicier

___________________________________________________

La peur s'installe au PS ....

sarkos_pia.jpg - 3.89 KbFran_ois_Hollande.jpg - 2.06 Kbmarine_le_Pen_1.jpg - 14.25 Kbhollande_Le_Pen_1.jpg - 6.52 Kb

            2007....           2012...           2015          ..... 2017

 la passation de pouvoir ?

La tentation de créer une grande coalition entre François Hollande-Manuel Valls d’un côté et François Bayrou-Alain Juppé de l’autre apparaît pour certains hommes politiques comme la solution face à un front National aux portes du pouvoir. 70% des français approuverait un tel, projet selon un sondage récent. Est-ce un « hoax » pour reprendre le langage d’internet ou une proposition honnête ou une ignorance des lois d’airain des démocraties représentatives contemporaines ? Les trois en même temps pourrions-nous répondre.

Dans les démocraties représentatives contemporaines où plusieurs factions politiques convoitent le pouvoir suprême, la façon dont la vie politique d’une nation se développe est décrite par la distribution des votes le long d’un axe mesurant de la gauche vers la droite les préférences politiques. Or, de cette distribution, on déduit deux leçons principes élémentaires que les hommes politiques n’ignorent pas : le vainqueur d’une élection ne peut pas proposer une programme politique éloigné des préférences de l’électeur médian et le type de scrutin adopté, majorité simple (à un ou deux tours) ou proportionnelle intégrale[1] change les stratégies à mener pour emporter les élections. En ayant à l’esprit ces deux principes, nous pouvons porter un jugement sur l’idée de former une grande coalition entre l’aile droite du parti Socialiste et l’aile gauche du parti Les Républicains..

Concentrons-nous d’abord sur la distribution des votes le long d’un axe gauche-droite telle qu’elle a été révélée dans les élections passées, lors d’un scrutin où les électeurs peuvent exprimer leurs préférences[2]. Muni de cette distribution localisons l’électeur médian. La figure ci-contre[3]présente la distribution des votes, France entière, aux élections régionales de décembre 2015. Nous avons classé les partis sur un axe gauche-droite le plus possible en fonction de leurs préférences politiques telles qu’elles sont perçues par les personnes en charge de présenter les résultats des élections sur le site du gouvernement. Nous avons simplement regroupé, tant faire se peut, les petites listes avec les plus grandes formations en fonction de leur proximité idéologique. La figure 1 ci-dessous décrit cette distribution :

 

Que donne cette distribution ? Le pourcentage de votes de l’extrême gauche avoisine 13,11% des suffrages exprimés (nous avons inclus les verts dans l’extrême gauche), l’union de la gauche capture 23,12% des votes et le centre gauche 4,56% des votes[4] A droite, l’union du centre droit et du parti Les Républicains (LR) capturent 26,71% des suffrages exprimés, les divers droites[5] font le score le plus faible avec 3,81%, enfin le Front National sort vainqueur de ce premier tour avec 28,55% des votes. La caractéristique majeure de cette distribution des votes est la multi modalité. On repère quatre modes (les quatre bosses de la courbe en trait plein ombré) : extrême gauche, gauche, droite et extrême droite. La courbe en trait plein ombré décrit fictivement cette distribution multi modale. Elle contraste singulièrement avec une distribution traditionnelle en traits discontinus, uni modale et symétrique (Courbe Gaussienne). L’électeur médian (50% des votes plus une voix) se situe alors au centre ou sur l’aile droite de la coalition entre l’UDI et le LR. La droite, en effet, totalise 59 % des votes contre 41% à la gauche. L’électeur médian est à 9 % du candidat de gauche[6].La théorie de l’électeur médian dans sa version élémentaire[7] est aisée à comprendre : les partis politiques qui désirent gouverner doivent nécessairement capturer 50% des votes, plus un vote supplémentaire, pour emporter l’élection. Sur cette base et à un an des élections présidentielles, il manque 9,21% de votes plus 1 au candidat de gauche pour l’emporter. 31,89% au candidat d’extrême gauche pour avoir une chance un jour de gouverner le pays. Le candidat du Front National, quant à lui, doit capter : 21,45% des votes plus 1 pour être vainqueur dès le premier tour. Le candidat de gauche est donc plus proche de l’électeur médian que le candidat du FN. Il devrait donc affronter au second tour le candidat du parti de droite, situé juste sur l’électeur médian.

Que donne cette distribution ? Le pourcentage de votes de l’extrême gauche avoisine 13,11% des suffrages exprimés (nous avons inclus les verts dans l’extrême gauche), l’union de la gauche capture 23,12% des votes et le centre gauche 4,56% des votes[4] A droite, l’union du centre droit et du parti Les Républicains (LR) capturent 26,71% des suffrages exprimés, les divers droites[5] font le score le plus faible avec 3,81%, enfin le Front National sort vainqueur de ce premier tour avec 28,55% des votes. La caractéristique majeure de cette distribution des votes est la multi modalité. On repère quatre modes (les quatre bosses de la courbe en trait plein ombré) : extrême gauche, gauche, droite et extrême droite. La courbe en trait plein ombré décrit fictivement cette distribution multi modale. Elle contraste singulièrement avec une distribution traditionnelle en traits discontinus, uni modale et symétrique (Courbe Gaussienne). L’électeur médian (50% des votes plus une voix) se situe alors au centre ou sur l’aile droite de la coalition entre l’UDI et le LR. La droite, en effet, totalise 59 % des votes contre 41% à la gauche. L’électeur médian est à 9 % du candidat de gauche[6].La théorie de l’électeur médian dans sa version élémentaire[7] est aisée à comprendre : les partis politiques qui désirent gouverner doivent nécessairement capturer 50% des votes, plus un vote supplémentaire, pour emporter l’élection. Sur cette base et à un an des élections présidentielles, il manque 9,21% de votes plus 1 au candidat de gauche pour l’emporter. 31,89% au candidat d’extrême gauche pour avoir une chance un jour de gouverner le pays. Le candidat du Front National, quant à lui, doit capter : 21,45% des votes plus 1 pour être vainqueur dès le premier tour. Le candidat de gauche est donc plus proche de l’électeur médian que le candidat du FN. Il devrait donc affronter au second tour le candidat du parti de droite, situé juste sur l’électeur médian.

Si la distribution des votes avait été uni-modale avec un électeur médian au centre, au lieu d’être multimodale comme le suggère les élections régionales, les stratégies politiques seraient différentes. L’électeur médian, avec une distribution Gaussienne[10] des votes (courbe en traits discontinus), serait situé entre le centre gauche et le centre droit. Les partis politiques auraient alors une forte incitation à déplacer leur programme vers le centre gauche pour la droite et le centre droit pour la gauche. En effet, en le rapprochant de l’électeur médian, ici du centre, les partis politiques gagnent plus de votes qu’ils n’en perdent sur leur gauche (pour l’union de la gauche) ou sur leur droite (pour le parti Les Républicains)..

La deuxième loi d'airain est celle du scrutin majoritaire à un tour ou deux tours. Un grand parti du centre, comme la tentative faite par le Modem, dans ce type de sélection des candidats est toujours appelé à disparaître. En effet, ce parti va être absorbé par les partis politiques adjacents de droite comme de gauche qui déplace leur programme politique vers l’électeur médian. La base électorale du parti centriste se resserre pour chuter entre 4% et 9%.  Un grand parti du centre est viable si et seulement si le scrutin est proportionnel avec une distribution uni modale. Or, si le pacte républicain est une tentative de recréer un parti du centre, il est voué à l’échec avec un scrutin majoritaire à un ou deux tours, aucun homme politique ne misera sur une opération qui ne lui assure pas une carrière politique longue[11]. Les partisans de cette alliance ou pacte républicain mettent en avant un sondage d’opinion où 70% de français souhaite une telle alliance. Ils ont tort de s’y fier. Les électeurs commettent un contresens sur le fonctionnement de notre vie politique en présence d’une distribution multimodale des votes et un scrutin majoritaire à deux tours. La distribution actuelle des votes est le produit du comportement et de leurs préférences politiques. Ils ne peuvent donc à la fois réclamer un parti centriste et par leur comportement révéler une distribution des votes qui traduit un faible consensus entre les citoyens sur leurs préférences politiques, sinon la distribution des votes aurait une forme normale, et le parti centriste gouvernerait en adoptant un scrutin proportionnel intégral.

De cette absence de consensus dans les préférences des électeurs, un système de partis multiples émerge. Il génère une instabilité politique fondamentale car tout parti politique au pouvoir qui gouverne est minoritaire et pratique des politiques rejetées par une majorité de la population et ce en dépit d’une remarquable stabilité de l’institution de la Vème République. Elle réalise ce tour de force en concentrant des pouvoirs hors du commun dans les mains d’un clan souvent lui-même minoritaire dans son propre parti, qui permet de contrecarrer à court terme cette instabilité fondamentale qui résulte d’une distribution multi modale[12].  Contrairement à une distribution normale, tout déplacement du programme politique vers le centre n’assure plus avec certitude un gain positif en termes de votes. Ce qu’on gagne d’un côté, on peut le perdre de l’autre dans l’hypothèse où chaque électeur reporte sa voix sur le candidat le plus proche de son camp..

Maintenant imaginez-vous à la place de Hollande ou de Marine Le Pen. Quelle stratégie l’un et l’autre doivent-ils adopter pour emporter l’élection présidentielles de 2017 si l’on conserve le mode de scrutin majoritaire à deux tours[13] ?

Premier scénario. Scrutin majoritaire à deux tours

Premier scénario. Scrutin majoritaire à deux tours

 Pour capturer l’électeur médian, le Front National doit capter 21,45% des votes plus 1 sur sa gauche. Il lui faut donc absorber d’une part les diverses droites (y compris la le parti Debout la France, une émanation du RPR pour capter des électeurs du FN) et d’autre part situer son programme à la droite du parti LR (Vanneste, Mariton, Novelli ?) pour combler les 17,34% des votes manquants. Si le candidat de gauche veut emporter les élections, il doit attirer au moins 10% des électeurs plus 1 sur sa droite en absorbant une fraction de la gauche du parti de droite (UDI) et situer son programme proche de la droite libérale du parti appelé Les républicains (LR).

 

Chacun de ces deux camps, dans cette opération, risque de fragmenter non seulement le parti de droite, but de la manœuvre, mais aussi leur propre parti comme on l’observe avec la mandature de François Hollande. Valls en positionnant le programme politique et économique de son gouvernement au plus proche qu’il peut de l’électeur médian de droite, a pu gagner quelques voix sur sa droite, mais en a perdu sur sa gauche au point où le parti socialiste ne tient que par le contrôle centralisé du parti sur les investitures des candidats au moment des élections. La fracture à gauche s’est constituée rapidement après l’élection présidentielle de 2012 et s’accentue en 2015 devant le déplacement du programme politique de François Hollande en direction de l’électeur médian de droite voir du FN en prévision des prochaines élections présidentielle de 2017. Le front de gauche s’est créé et les frondeurs ont cassé le parti socialiste. Le pacte républicain est donc un piège pour le parti socialiste, car si un tel parti voyait le jour, on assisterait à une implosion du parti socialiste en faveur de l’aile gauche du parti socialiste se coalisant avec le front de gauche. Souvenons-nous des primaires de 2011, le courant de Valls a obtenu un faible score et ne représentait pas la préférence médiane des gens qui votent habituellement pour le parti socialiste. De son côté, le FN peut subir le même sort dans cette opération délicate de conquête du pouvoir. Le déplacement du programme du FN en direction de l’aile droite du LR peut engendrer une scission du parti comme il en a déjà connu du temps de Mégret.

L’attaque étant la meilleure défense pour les uns comme pour les autres, François Hollande et Marine Le Pen ont un objectif en commun : briser le parti de droite en le fragmentant le plus possible de telle sorte que Hollande et Marine Le Pen sortent tous les deux vainqueurs du premier tour. Chacun pensant qu’il tirera les marrons du feu au second tour.

Le parti socialiste comme le Front National ont tous deux la stratégie de fracturer le parti de droite en deux camps l’un en direction de la gauche du parti (l’option Juppé-Bayrou) ; l’autre en direction de la droite du parti (Vanneste, Mariton, Novelli ?). Ils peuvent le faire puisque d’une certaine façon l’union de la droite se situe sur l’électeur médian[14]. Il suffit de déplacer les programmes politiques de ces deux formations pour combler leur distance à l’électeur médian global en évitant de se fragmenter eux-mêmes, c’est-à-dire, en ne perdant pas leurs propres électeurs tentés par recréer un parti concurrent[15] sur leur gauche (pour le PS) ou sur leur droite (pour le FN). En effet, plus on éloigne son programme politique de l’électeur médian de son camp, pour se rapprocher de l’électeur médian global, plus on perd des électeurs sur la gauche (respectivement sur la droite) pour un parti de gauche (respectivement pour un parti de droite). C’est toute la difficulté de l’opération avec une distribution bi modale.

Imaginons un déplacement du programme de la gauche vers la droite, avec le pacte républicain, pour séduire la partie gauche de l’union de la droite (Bayrou, Juppé)[16] qui rapporte 10% des votes sur sa droite, mais ce déplacement fait perdre 15% des votes à la gauche de son parti. Votes qui se reportent sur le front de gauche, l’extrême gauche monte à 23% des votes et le parti socialiste tombe à 18% des votes. Mélenchon serait susceptible d’être sélectionné au deuxième tour à la place de Hollande[17]. Comme Les Républicains seraient privés de leur aile gauche (10 % des votes) le candidat du parti de la droite conservatrice tomberait à 16 ;71 % ! Si par ailleurs, Marine Le Pen fait la même opération sur sa droite en gagnant les votes des divers droites et d’une fraction de l’aile droite du parti soit aux environs de 5 % Les Républicains, en ne perdant sur sa droite que 2,5% des votes de ses électeurs avec une nouvelle scission du parti, elle engrange 2,5% de votes en plus et franchit la barre des 30%. Le deuxième tour opposerait Mélenchon à Marine Le Pen et le pays se retrouve avec une bi modalité aux extrêmes. Le pays devient alors ingouvernable parce que les deux partis ont des idéologies totalement opposées sans pour autant que les programmes politiques soient opposés. Seulement aux extrêmes, ce qui domine c'est l'idéologie et non le pragmatisme qui devrait inciter Mélenchon à se coaliser avec Le Pen. Dans cette spéculation les conditions objectives pour une révolution à la mode française sont présentes car la moindre étincelle peut mettre le feu au poudre. Ce que certains concitoyens à l’extrême gauche pourraient souhaiter en votant Marien le Pen au second tour, ce qui, pour l’instant ils n’ont jamais fait.

Comment le parti de droite peut-il prévenir cette situation ? Nicolas Sarkozy a déjà tracé la bonne stratégie : maintenir l’unité du parti et déplacer son programme politique sur l’aile droite du LR. Cette stratégie est la plus rationnelle, elle devrait même être accentuée vers une droite plus libérale pour bien se démarquer des stratégies de fractures du couple Hollande-Valls sur son aile gauche et de Marine Le Pen sur son aile droite. Sous cet angle-là, les primaires à droite sont un désastre[18]. Pour emporter les primaires le candidat de droite doit positionner son programme politique sur l’électeur médian de son camp qui peut être éloigné de l’électeur médian global et en un an ne pas pouvoir rapprocher son programme exprimant celui de l’électeur médian de son camp vers celui de l’électeur médian global sans risquer de perdre des votes au lieu d’en gagner.

 

Ces stratégies imposées par la distribution multimodale des votes empoisonnent la vie politique et économique des français. On pourrait imaginer d’autres scénarios.

 

Deuxième scénario. Scrutin à la proportionnelle intégrale

 Nous avons raisonné dans la configuration d’un scrutin majoritaire. Un grand parti centriste n’est pas viable avec un scrutin majoritaire mais avec une configuration où la distribution des votes est uni modale et le scrutin est une proportionnelle intégrale. Les institutions de la 5ème République ont été créés en réaction à la 4ème République ou justement le scrutin était à la proportionnelle et le Président sans pouvoir réel était élu par le parlement. La multi modalité qui existait aussi sous la quatrième république a engendré une instabilité gouvernementale qui ne permettait pas une décolonisation sans heurt. Si on introduisait un scrutin proportionnel intégral dans le contexte d’une distribution multimodale des votes, la donne change de manière significative mais à l’encontre du Parti Socialiste qui serait le grand perdant de cette opération. Comme l’électeur médian est à l’aile droite du parti LR, il ne pourrait pas participer à une coalition gouvernementale entre les deux partis dominants. Comme l’électeur médian est celui de l’assemblée nationale, le gouvernement sera à la droite du parti conservateur à condition que la représentation des députés à l’assemblée nationale reflète la distribution des votes du premier tour des régionales. Notre électeur médian est toujours le même, si on suppose qu’à court terme le scrutin proportionnel ne change pas la position de cet électeur médian. S’il est localisé entre le parti Les Républicains et le FN, sur l’aile droite « libérale » du parti de Nicolas Sarkozy, cette aile droite peut jouer un rôle pivot non négligeable pour orienter la politique[19]. Ils seront faiseurs de Roi.[20] Dans cette configuration, le parti qui risque le plus de se fragmenter sera le Parti socialiste. Face à une assemblée nationale plus qu’à droite, une cohabitation entre un Président de gauche (comme de droite) sera difficile avec un parlement qui n’est pas à la botte du Président élu[21]. Cependant on peut faire évoluer le système politique français sans être aussi révolutionnaire par exemple en modifiant l’ordre des échéances électorales. Par exemple, en inversant les élections législatives avec un scrutin proportionnel intégral et une élection présidentielle au suffrage universel avec un scrutin majoritaire à deux tours, qui aurait lieu après les législatives comme certains le souhaitait dans le parti de Démocratie Libérale en 2002., On peut aussi suggérer de supprimer l’élection présidentielle au suffrage universel et retourner à un régime parlementaire. 

Tous ceux qui militent pour une 6ème République doivent proposer une refonte de nos institutions pour assurer une distribution des votes tendant vers l’uni modalité c’est-à-dire vers un consensus beaucoup plus grand que celui observé dans notre pays, autrement cela ne sert à rien de se lancer dans un réforme institutionnelle de ce type et changer de constitution, la France a connu, faut-il le rappeler : Déclarations des Droits de l’Homme de 1789, 1793,  Constitutions de 1791, 1793,1795 (an III), 1799 (An VIII), 1802 (An X), 1804 (An XII), Charte constitutionnelle, 1814,1830, Constitution Républicaine 1848, Constitutions de 1852, 1875, 1940,1946, 1958 et ses diverses révisions, 24 au total entre 1962 (élection du Président de la République au suffrage universel),1974, 1999, 2008 et cela continue à chaque mandat présidentiel ! 

A vrai dire avons-nous vraiment besoin d’un Président de la République ? Vraisemblablement non[24]. Ce type d’élection bloque la vie politique et économique du pays, le Président, compte tenu des pouvoirs hors du commun qu’il détient dans ses mains, se croît obligé de se mêler de tout, de compatir à tous les événements dramatiques qui frappent ses concitoyens, fait la guerre comme bon lui semble sans le consentement de ceux qui paient : les contribuables, fait la morale avec un ton de curé des années 1950 etc. Le mieux qu’on puisse lui demander c’est de ne rien faire. Un Roi fainéant est un bon Roi. En fait, on peut vivre facilement sans Président de la République à la rigueur avec un monarque ou un Président sans pouvoir comme dans beaucoup de régimes parlementaires, monarchies parlementaires comprises. Les Australiens ont refusé d’avoir un Président préférant davantage la Reine d’Angleterre, une étrangère qui ne se mêle pas des affaires australiennes.

Autre scénario : la fragmentation du pays en régions autonomes

Un scrutin majoritaire à deux tours et une élection présidentielle au suffrage universel ont engendré un régime où le pouvoir est concentré tous les 5 ans dans les mains d’un petit clan[22] du parti politique arrivé en tête. Ce régime politique ne peut pas perdurer. Il n’apaise pas les passions, il les exacerbe. Pour casser cette distribution des votes et donc apaiser le pays, il faut dépolitiser la vie française et suivre le courant général qui annonce la fin des états nations : la fragmentation du pays en grandes régions, non pas dessinée sur un coin de table à la va vite par un Président, mais choisie par les intéressés eux-mêmes via des référendums locaux de telle sorte qu’il y ait une homogénéité de la distribution des votes, c’est-à-dire une distribution des votes dans chaque région qui soit uni modale.selon le modèle de Tiebout (C. M. Tiebout , 1956, A Pure Theory of Local Expenditure , Journal of Political Economy, october).. 

 

Le mécanisme est simple : les électeurs non satisfaits des programmes politiques mis en application dans leur région déplacent leur domicile dans la région correspondant à leurs préférences politiques[23]. Une forte dévolution des pouvoirs (taxer, réglementer ou dépenser) donnée à ces nouvelles entités transformeraient en parlement locaux les conseils régionaux. Le pouvoir concentré dans ces régions permet à leurs représentants de mettre en œuvre leur politique sur une base électorale révélant un plus fort consensus qu’au niveau national et avec un scrutin qui leur convient au mieux. D’une région à l’autre le système électoral diffère (comme en Allemagne). C’est une des vertus de la fragmentation du pouvoir au niveau régional comme à l’image de la Grande Bretagne avec l'écosse, de l’Allemagne avec les Landers ou de l’Espagne avec la Catalogne. Le risque pris est celui de la sécession de ces régions, tentations qui sont plus fortes en Catalogne, Corse, et finalement en Nouvelle Calédonie qui se prononcera en 2016 par référendum pour l’indépendance.

Mais si un droit de sécession et de remariage des régions comme pour les cantons suisses améliore le bien-être des citoyens, pourquoi aller contre ? Pour les partisans d’une Europe fédérale, une telle solution irait même dans la bonne direction. A vrai dire, François Hollande a entamé ce processus. La taille choisie des régions ne l’a pas été sans arrière-pensée. C’est le premier pas vers la dévolution du pouvoir aux Présidents de régions. Trois des Présidents de régions (PACA, Corse et Nord pas de Calais) ne se sont pas trompés sur l’enjeu. Ils ont déjà affirmé haut et fort leur pouvoir et leur indépendance pour les uns vis-à-vis de leur propre parti et pour l’autre vis-à-vis de la république française. Ils suivent en cela une loi inaltérable du pouvoir : sa concentration dans les mains de quelques-uns et son extension verticale et horizontale sur le territoire qui leur a été dessiné aléatoirement ou non par le pouvoir central.

Peut-on juger de la fiabilité de ce processus au regard de l’hypothèse soulevée : la fragmentation du territoire et du pouvoir en plusieurs unités très autonomes quant au pouvoir de taxer et de réglementer.  Si l’homogénéité de la distribution des votes est plus fréquente au niveau local, il devrait être possible de dépolitiser et d’apaiser la société française qui depuis la révolution de 1789 est en conflit permanent entre des factions qui ne partagent aucune valeurs en commun. Rappelons que les Montagnards, dont nos républicains de droite et de gauche sont les héritiers, ont tué 21 Girondins le 31 octobre 1793 et procédé au génocide de la Vendée ; c’est aussi cela les valeurs de la république ! Il faut encourager les corses indépendantistes à briser le slogan : la République une et indivisible. Ils vont ouvrir la voie à un confédéralisme régional et rendre un immense service à l’ensemble des français qui sont saturés de ces combats politiques dont finalement ils n’ont rien à faire.

 

Annexes : Description brute des distributions de votes dans les régions

 



[1] Et non pas un scrutin majoritaire à deux tours, déguisé en proportionnelle, avec une prime en termes de sièges au vainqueur, comme avec les élections municipales ou régionales.

[2] Proportionnelle intégrale ou premier tour d’un scrutin majoritaire à deux tours, ce qui exclut les élections à scrutin majoritaire à un tour.

[3] Sources : http://elections.interieur.gouv.fr/regionales-2015/FE.html. Il y a des aléas liés au regroupement des petites listes (égales ou inférieures à 1% parfois inclassables). Ainsi nous avons mis la liste Modem (0.66%) avec le centre gauche en faisant l’hypothèse que ce qui ont voté cette liste rejetaient la liste Union de la droite) Nous avons inclus les listes régionales (1,26%) dans le centre gauche.

[4] Les listes régionalistes font un score faible au niveau national, mais pas nécessairement au niveau régional comme en Corse.

[5] Comme son nom l’indique, il s’agit d’une catégorie disparate, cependant le score de Debout la France domine largement les autres petites listes dans ce regroupement,

[6] Au présidentielle de 2012, la gauche totalisait 43,8% des votes et le centre de Bayrou 9,1%. En gros, 4% des électeurs du Modem s’est reporté sur Le candidat de gauche et 5% sur le candidat de droite. La gauche et le centre gauche ont donc totalisé 47,48% des votes. Aux présidentielles de 2007, la gauche totalisait 36,4% des votes, le centre 18,4% et la droite plus l’extrême droite 45,2 % des votes. Si on ajoute le centre droit à la droite en comptant comme de droite les électeurs du Modem qui se sont reportés au second tour sur Nicolas Sarkozy, en gros 8% des votes du Modem, et de centre gauche ceux qui se sont reportés sur Ségolène Royal, 10,5%, l’ensemble de la gauche n’a totalisé que 46, 9% des votes. A chaque scrutin Présidentiel, la gauche est toujours minoritaire en termes de suffrages exprimés. Le gouvernement socialiste doit donc toujours gouverner contre la majorité des suffrages exprimés !

[7] Pour cette analyse, nous nous appuyons sur l’ouvrage de Anthony Downs, (1957), An Economic Theory of Democracy, Addison Wesley et plus particulièrement sur son chapitre 8. 

4 hypothèses majeures sous-tendent cette analyse :

1) La position des candidats peut être identifiée le long d'un axe gauche-droite.

2) Les électeurs votent pour leur candidat préféré, et non de manière stratégique. La distribution des votes représente les préférences réelles des votants.

3) Les électeurs, dans un scrutin majoritaire à deux tours, se reportent au second tour sur le candidat le plus proche de leur préférence exprimée lors du premier tour. 

Le mode de sélection des candidats est un scrutin majoritaire à deux tours.

[8] Cela n’a pas été suffisant en 2012 pour voir Nicolas Sarkozy l’emporter. Le camp de gauche était à 6% de l’électeur médian en comptant 100% de reports des votes de l’extrême gauche et de la gauche sur François Hollande. La liste Modem (centre droit) a obtenu 9,1%. Selon l’IFOP, 40% des électeurs du Modem aurait voté Hollande, et 21% des électeurs du FN aurait voté Hollande, soit un apport de voix de 3,64% pour le Modem et de 4,18% du FN. Le total de 7,81%, permet à Hollande d’être finalement élu avec un score de 51,6%. (7,81 % + 43,6% font 51,6%). Les reports de voix du FN ont donc joué un rôle essentiel dans l’élection de François Hollande, sans ces votes Sarkozy était élu comme nous l’avions prédit si cette hypothèse du modèle de Downs avait été respectée par le FN. En effet, l’une des hypothèses du modèle de Downs pose par principe que le report des voix  se fait sur les partis adjacents et non pas sur les partis ennemis. Sources : http://www.ifop.com/media/poll/1859-1-study_file.pdf, et B. Lemennicier (2013), L’analyse spatiale des votes et les présidentielles de 2012 : bilan et réflexions méthodologiques, ‘CRED /ICER.

[9] L’extrême gauche, en réalité devrait reporter ses votes sur le candidat d’extrême droite si l’on comparait les programmes politiques de ces deux formations. Cependant l’expérience montre que les électeurs d’extrême gauche suivent ceux de la gauche. Ils sont plus concernés par la pureté de leurs préférences politiques que par la conquête du pouvoir et la réalisation d'un programme commun de gouvernement avec l'extrême droite. Ce qui vaut à l'extrême gauche vaut aussi à l'extrême droite. Gouverner veut dire proposer un programme désiré par l'électeur médian.

[10] Les préférences sont distribuées symétriquement à gauche comme à droite selon une loi statistique normale. Le mode le plus élevé et la médiane se confondent au centre

[11] La carrière politique de Bayrou en est un exemple. On est toujours surpris de ces hommes politiques qui, devant un scrutin majoritaire à un ou deux tour, poursuive le rêve d’une grande coalition politique au centre de l'axe gauche -droite des préférences politiques. Comment se fait-il qu’ils ne comprennent pas cette leçon  élémentaire ? On finit par croire que, cyniquement, ils exploitent la crédulité des électeurs qui expriment des préférences politiques au centre de l’axe gauche droite comme si la distribution des votes était une loi normale.

[12] C’est une preuve indirecte du caractère dictatorial de notre régime politique et de la culture bonapartiste (de droite comme de gauche) de la population française. L’onction du suffrage universel autoriserait tous les excès en matière de concentration du pouvoir et d’extension démesurée de celui-ci. On en est rendu, en 2016, à réglementer, la nourriture des habitants, l’air qu’ils respirent, l’usage des ustensiles ordinaires de la maison, voiture comprise, sans parler de toutes les contraintes légales imposées aux individus qui désirent gagner leur vie à leur façon et la spoliation massive organisée par l’Etat toujours à cours d’argent et des organismes privés de la sécurité sociale ou de la société des droits d’auteurs qui disposent du droit régalien de prélever un impôt qui va directement dans leur poche. On se demande parfois si l’extension du marché noir à toutes nos activités n’est pas la solution la plus simple et la plus enviable.

[13] Un scrutin majoritaire à un tour ne garantit pas au candidat de gauche d’être sélectionné puisque la totalité des voix de gauche culmine depuis de nombreuse années aux alentours de 35 à 40 % des votes.

[14] L’Union de la Gauche et le Front National, en positionnant leur programme politique sur l’aile droite et l’aile gauche du LR peuvent manger l’électorat de ce parti et réduire drastiquement sa base électorale..

[15] Comme l’a fait  Mélenchon avec le front de gauche.

[16] Au sens où ils se sont proclamés eux-mêmes être l’aile gauche du parti, car on ne voit pas trop ce qu’il a de gauche chez eux.

[17]  L’extrême gauche tirerait un bénéfice immédiat de cette implosion du PS.

[18] L’erreur majeure du parti de la droite conservatrice a été d’organiser des primaires pour le choix de leur candidat en voulant être plus démocrate que les socialistes eux-mêmes. Or, les primaires à gauche ont engendré une lutte fratricide en 2011, dont les plaies ne sont toujours pas refermées. La perversité de ce système, dans le contexte de la 5ème république, est tellement évidente qu’on se demande pourquoi  l’UMP s’est lancé dans cette aventure, si ce n’est par imitation servile des conceptions socialistes de la démocratie.

[19] Ce qui manifestement n’est pas souhaité par les partis politiques de droite ou de gauche tant ces derniers sont viscéralement étatistes et anti-libéraux. Ce qui ne veut pas dire que les électeurs y seraient opposés. En 2002 le parti Démocratie Libéral de Alain Madelin a fait 4% en moyenne sur la France entière et dans les Hauts de Seine a fait  11% des votes, un nombre suffisant de voix dans un scrutin proportionnel pour jouer le rôle de pivot dans un parlement

[20] Les libéraux conservateurs, comme le FN devraient donc militer pour revenir à la proportionnelle intégrale, or on n’entend pas beaucoup la droite libérale s’exprimer sur ce sujet.

[21] Le premier ministre Jospin, sous la présidence de Chirac, a pu mener la politique qu’il désirait.

[22] Les hommes de l’ombre.

[23] Les gens de gauche vont habiter en Bretagne ou élise leur domicile dans cette région, les électeurs qui votent FN vont dans le Nord pas de Calais ou dans la région PACA et ainsi de suite. La distribution des votes dans chaque région s’homogénéise et prend une forme uni modale (symétrique ou non), qui accroît et stabilise considérablement le consensus entre les habitants qui courent après le programme politique de leur choix.

[24] Nous ne sommes même pas certain qu’il faille un gouvernement s’il s’agit de satisfaire les groupes de pression les plus divers qui quémandent des prébendes auprès du premier ministre au détriment du reste de la population.

 
   
 top
Vidéo conférences - Autres universes - Curriculum Vitae
Nous contacter - Liens - Plan du site - Conditions Générales de Vente

Copyright © 1996-2008 Bertrand Lemennicier. Tous droits réservés.