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  Gradualisme contre thérapie de choc, le débat de fond des prochaines élections présidentielles.

Par Bertrand Lemennicier/25 novembre 2016/ octobre 2017

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Le débat entre les deux finalistes de la primaire à droite, Alain Juppé et François Fillon, puis l'élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la RF, illustre un problème classique du passage d'une économie socialisée et planifiée à une économie de marché. Ce problème a été le cauchemar des hommes politiques des pays de l’Est, dans les années 1990 après l’effondrement de l’Union Soviétique. Transformer une économie planifiée et très socialisée en une économie de marché ne s’est pas fait sans douleur.

 A court terme, la réforme diminue transitoirement le niveau de vie. Les fruits de ce sacrifice permettront dans le long terme d’assurer une croissance permanente du niveau de vie. Comme tout investissement, cette politique est risquée. Les hommes politiques de ces pays en transition, comme ceux des pays occidentaux qui ont fait une transition entre un modèle d’économie socialiste, ou social-démocrate vers une économie de marché, ont réfléchi à la façon dont il fallait réformer le pays pour minimiser les coûts transitoires attendus ? La réponse tient en quelques principes entre lesquels il faut arbitrer.

1.  Les principes de la transition

Le premier principe est de savoir si la réforme doit être menée sous forme graduelle ou sous forme de thérapie de choc[1]. Le deuxième principe est de savoir si cette transition se fait dans un régime démocratique ou autocratique. Enfin, le troisième principe consiste à savoir comment penser cette transition : faut-il façonner les nouvelles institutions d’une manière constructiviste (ou planifiée), en se transformant en ingénieur social, ou au contraire faut-il laisser les individus créer spontanément les institutions compatibles avec les nouvelles règles du jeu du nouveau modèle social ?

Les 2 tableaux suivants illustrent ce dilemme pour deux transitions : celle en direction du marché ou en direction d’une économie réglementée où des pans entiers de l’économie sont collectivisés, et/ou nationalisés.







Les transitions au socialisme se sont toujours faites dans un cadre autocratique. Le C.N.R. en 1943 et l’application de son programme en 1946 dans le cadre d’un gouvernement provisoire issu de la guerre ou encore sous la Ve République.  Quand François Mitterrand arrive au pouvoir, la transition au socialisme s’opère par une thérapie de choc contrairement à Salvador Allende au Chili qui prend le pouvoir dans un régime parlementaire.

Alain Juppé exprime un courant de la droite pragmatique et mesuré dans ses objectifs de telle sorte de ne pas trop perturber l'économie et la société. Il propose de faire une transition en procédant par ordonnances et 49.3, durant l'Etat de "grâce" sans remettre semble-t-il en cause les privilèges légaux des groupes de pression (par exemple syndicaux) qui facilitent la réaction des groupes de pression. À l’inverse, François Fillon choisit la thérapie de choc en exploitant au mieux le caractère démocratique de la Ve République (utilisation du référendum) et il semble prêt à remettre en cause les privilèges légaux des groupes de pression pour affronter les syndicats ouvriers lors de la déréglementation de ce marché et son ouverture à la concurrence.

Le rythme de la croissance du pays s’arrête et devient négatif à court terme, 2 ans en moyenne. Il redémarre à un rythme plus élevé avec un profil temporel plus stable et un niveau de vie plus élevé. Là encore l’expérience des transitions dans les pays de l’Est confirme ce constat empirique sur les thérapies de chocs. Ce choix pourrait-être considéré comme pragmatique en se fondant sur son efficacité empirique. La question qui vient à l’esprit est alors la suivante : pourquoi les hommes politiques n’adoptent-ils pas cette technique de transition ?

La thérapie de choc peut être menée aisément dans un cadre autoritaire c’est beaucoup plus compliqué et risqué dans le cadre démocratique où les groupes de pression peuvent assez impunément s’opposer à la transition (expérience de Madame Thatcher avec le syndicat des mineurs mené par Arthur Scargill). Il faut alors penser la transition dans ce cadre démocratique et prévoir assez tôt une stratégie pour circonvenir les oppositions. 

Les exemples abondent. L'affaire du CPE sous le gouvernements de Villepin et la tentative récente de réformer le marché du travail sous le gouvernement du premier ministre Walls illustrent ce phénomène. Il a échoué pour deux raisons : la majorité dont il dispose est divisée et la réforme n’a pas été menée avec une stratégie d’affrontement ou de contournement de ces groupes de pression, mais au contraire en essayant d’obtenir leur consentement et leur participation à la mise en œuvre de la réforme.

La leçon est simple, il faut impérativement disposer d’une majorité unie pour faire passer des lois qui suppriment tous les privilèges exorbitants des groupes de pression qui représentent des intérêts particuliers (Lois Auroux, par exemple) et préparer une stratégie d’affrontement avec ces groupes de pression en abolissant leurs privilèges (financement, immunité de la fonction et du droit de grève).

 La Ve République qui est régime présidentiel où tous les 5 ans, le système politique concentre quasiment tous les pouvoirs dans les mains d’un seul homme (si la majorité parlementaire est de la même couleur politique que celle du Président) offre un cadre où une transition par la thérapie de choc est parfaitement réalisable comme la transition au socialisme sous Mitterrand l’a démontré  avec le gouvernement Mauroy.

 

2.  Les instruments de la transition

Toute transition au marché n’est qu’un art de l’exécution. Les maîtres mots sont ; privatisationsstabilité monétaire, déréglementation et ouverture au commerce international.

Il est plus difficile de privatiser que de nationaliser, de stabiliser la monnaie (si l’on juge qu’il faut une monnaie centrale avec un monopole d’émission et un cours forcé ce qui n’a rien d’évident, excepté pour des raisons d’illusion fiscale) que de dévaluer, de réglementer que de déréglementer ou encore de taxer les transactions internationales que de les supprimer. 

Il existe une profonde asymétrie entre une transition au socialisme et une transition à l’économie de marché. La transition au socialisme à court terme apporte des bienfaits, mais à long terme elle devient néfaste sur tous les plans économiques et sociaux et ce d’une manière permanente. Par définition, la démocratie majoritaire crée des obstacles endogènes à une transition au marché. Les hommes politiques, dont l’horizon se limite à la prochaine élection, ont toujours une vision à court terme : celle de la prochaine réélection. Ils préfèrent une transition vers le socialisme ou l’étatisme qui procure des bénéfices à court terme et de différer à d’autres générations d’élus le soin de la faire. 

L’existence d’un étatisme de droite et d'extrême droite néo-conservateur et d’une gauche révolutionnaire socialiste et étatiste résulte d'une histoire de la formation des croyances par l'éducation nationale et "républicaine" et les institutions médiatiques, (presse, télévision, cinéma, réseaux sociaux sur le web) qui jouent un rôle crucial dans la formations de fausses croyances et superstitions. La forme des institutions démocratiques dans lequel les hommes politiques et leurs électeurs évoluent fait jouer à un électeur médian anonyme un rôle pivot dans le choix de la faction politique qui aura le pouvoir. Or, l'électeur moyen ou médian (qu'il soit de droite ou de gauche) a une réticence, bien répertoriée par les enquêtes statistiques, à l'égard d'une économie de marché (d'autant plus qu'ils sont fonctionnaires de l'éducation nationale ou journalistes des grands médias).  Elle résulte de fausses croyances et d'une profonde méconnaissance de son fonctionnement. Comme dans un système démocratique, il fait et défait les majorités, les hommes politiques n'osent pas aller à l'encontre de cette réticence.

Une grande partie de la transition de la France à une économie de marché n’a donc pas été faite par les hommes politiques français, ni avec le consentement des électeurs français mais sous l’impulsion de de la construction d’un État européen dont l’un des objectifs est l’intégration économique et monétaire européenne : la stabilisation financière est assurée par une banque européenne la B.C.E. indépendante par statut des pressions des hommes politiques. Les privatisations et déréglementations des grands services publics, ont été imposées par la communauté européenne via les autorités administratives de la concurrence européenne sur lesquels les hommes politiques français ont peu de prises. Par ailleurs, l’intégration européenne a ouvert la France à la mobilité des personnes et des capitaux vers des cieux plus clément. La construction européenne, dans un cadre non démocratique, a fait plus pour la transition à une économie de marché que nos propres hommes politiques.

3.  Les Limites et le rôle de l’État

La France détient le record du ratio dépenses publiques, transferts inclus, sur le Produit National Brut, 56,3% contre 43.2 % au Royaume Uni, 44 % en Allemagne, 35% en Australie et 37,8 aux États Unis[1]. Si l’on sépare les dépenses de transfert et prestations sociales des dépenses régaliennes, le point de vue change. En 2015, le poids des transferts (prestations sociales comprises) est de 32,5% du PIB alors que les dépenses de fonctionnement de l’État atteignent seulement 20,2% du PIB et les salaires des fonctionnaires pèse 12,8% du PIB.  Diminuer le poids de ces deux catégories de dépenses nécessite deux stratégies distinctes : externalisation, privatisation, et réorientation des objectifs comme du rôle de l’État.

La première stratégie est simple et a été graduellement mise en œuvre par les divers gouvernements de droite (J. Chirac) et de gauche (Lionel Jospin). Il faut la continuer et c’est semble-t-il la position de François Fillon. La deuxième stratégie, en revanche, est beaucoup plus délicate à mener. Il s’agit de réorienter les objectifs de l’État.  Par exemple faut-il changer de modèle social : passer d’un système de retraite par répartition à celui d’un système de capitalisation en supprimant le lien intergénérationnel de solidarité forcée entre les anciens et les jeunes.


Fédéralisme et compétition entre États locaux

Il ne faut pas être dupe de la nature de l’État. Il suit sa loi propre. Cette institution qui détient le monopole "légitime" de la violence sur un territoire repose sur deux principes simples : extension du pouvoir et concentration de celui-ci dans les mains de quelques-uns.  Pour rompre ce processus et avoir une idée de la taille « optimale » d’un État en termes de dépenses et recettes publiques, il faut enclencher un processus de fragmentation des États en plus petites entités sous forme de gouvernements locaux[4] . Chaque entité est mise en concurrence en matière fiscale et de production de biens collectifs avec les autres par ce que l’on appelle le vote avec ses pieds. En laissant la possibilité à chaque gouvernement local de « se marier » (intégration, union) avec une autre ou d’en divorcer (sécession) naît un certain nombre d’États de taille variée. 

Cette compétition entre États locaux limite le rôle des gouvernants en matière de législation à propos des questions sociétales. Le vote avec ses pieds réduit considérablement les tensions et conflits ouverts entre groupes d’individus aux idéologies et morales différentes qui désirent imposer à tous leur vision de la vie en société. Dans certains États locaux, les Etats A, les citoyens votent pour faire cesser toutes les législations en matière sociétale. Dans d’autres, les Etats B, la majorité impose aux gouvernants une législation (l’interdiction de l’avortement, du mariage gay, de la G.P.A. etc.). De ce fait la minorité opprimée a le choix entre modifier la loi par des pressions sur l'opinion publique ou d'émigrer dans un État local où le mariage gay, la G.P.A. et l’avortement sont autorisés[5]. Cette mobilité, à l'extrême, conduit a une homogénéité des préférences dans les Etats A comme dans les Etats B, chacun choisissant l'Etat dont le législation satisfait ses préférences sociétales. Ce qui vaut pour les questions de société vaut tout autant pour les interférences législatives dans les affaires économiques et fiscales. La taille de l'Etat local doit-être tel que les coûts de mobilité n'empêchent pas les individus et leur famille de se déplacer d'un Etat à l'autre.

 


[1] Philip Booth, 2016, Taxation, Government Spending and Economic growth, IEA, London, p.2.

[2] Dès qu’un fonctionnaire part à la retraite et dès qu’il est remplacé par une nouvelle embauche, le nouveau est recruté avec un contrat de droit commun.

[3] Les candidats de droite manifestement préfèrent réduire les effectifs ou les ré-allouer et améliorer leur productivité sans comprendre que la croissance des effectifs et la faible productivité est le résultat du statut privilégié et de leur rente à vie en termes de protection contre le chômage et la chute des revenus au moment de la retraite. Les taux de syndicalisation dans la fonction publique sont deux à trois fois plus élevé que dans le privé. L’origine de ces taux élevés de syndicalisation dans la fonction publique est intimement liée avec la progression de la carrière.

[4] On peut être plus radical encore en privatisant les gouvernements locaux.

[5] C’est très exactement ce qui se passe avec la G.P.A. en Europe, les individus concernés obtiennent satisfaction à un coût de mobilité plus élevé. On comprend mieux le désir de ces individus pour faire pression auprès du législateur pour qu’il autorise la G.P.A., le but inavoué est d’économiser ces coûts de mobilité, quitte à taxer le contribuable pour offrir dans des hôpitaux publics le service disponible dans un autre Etat.

__________________________________________

Le programme de Fillon est-il libéral et adopte-t-il la thérapie de choc ? La réponse à ces deux questions est négative.

Nous n'examinerons pas tout le programme de ce candidat à la Présidentielle. Son programme fourmille de mesures détaillées franchement constructivistes (visant sans doute une fraction des électeurs) à l'exemple de celles concernant l'éducation.

Il estime nécessaire de réaliser régulièrement des tests afin de déterminer quels sont les élèves en difficulté [comme si les enseignants ne le faisaient pas]. Par ailleurs, il veut revenir sur la réforme des rythmes scolaires [pour satisfaire une clientèle électorale ?]. Il est en faveur du retour des devoirs à la maison et souhaite supprimer l'interdiction actuellement en vigueur. Il veut modifier les dates de passage du brevet et du baccalauréat pour allonger la durée d'étude au niveau annuel, il est pour le retour de l'uniforme à l'école, il veut introduire la sélection des étudiants au niveau des mastères, etc.

Est-ce à un premier ministre ou un ministre de l'Education nationale de décider ce genre de chose au lieu et place du directeur de l'Ecole, d'autant plus que le même programme propose l’autonomie aux Ecoles, Collèges, Lycées et Universités en donnant aux chefs d'établissements un réel pouvoir sur les enseignants, et donc sur le programme effectivement traité et sur les élèves. Ce type de réforme est très éloignée d'un programme libéral. Il ne remet pas en cause le Collège Unique, allonge la durée de scolarité en avançant l’âge d'entrée dans l'école mais oublie de diminuer l’âge de fin de scolarité en le ramenant à 14 ans. La scolarité entre 14 et 16 ou 18 ans est un grand facteur d'absentéisme et de violence à l'école. L’idée de renforcer l’apprentissage en alternance par un rapprochement dès l’âge de 14 ans ou 15 ans entre l’école et l’entreprise par des contrats d’apprentissage avec une formation en alternance, mesure déjà appliquée par certains directeurs d’établissements et massivement au niveau universitaire avec les mastères est une bonne idée pour résoudre l’absentéisme et la violence à l’école. Une telle décision est plutôt du ressort du chef d’Etablissement. On demande à l’Etat la liberté d’agir ainsi.  Le programme de François Fillon ne dit rien de la carte scolaire et donc de la cartellisation des établissements publics pour éviter la concurrence que les familles leur imposeraient. Il n'aborde pas la question de la concurrence entre établissements privés et publics via le chèque éducation ou par la déduction fiscale des frais des familles qui paient la scolarité de leurs enfants dans les établissements privés. En fait dans ce domaine, le programme n'est pas libéral et n'a rien à voir avec un traitement de choc. Pour en prendre un exemple supplémentaire prenons trois propositions phares du programme : la suppression de 500 000 fonctionnaires, le sauvetage du système de retraite par répartition, et le code du travail.

François Fillon prévoit dans son programme une série de mesure pour réduire la taille de l'Etat, l'une d'entre elles est la réduction du nombre de fonctionnaires de 500 000 en 5 ans, soit 100 000 par an. Il estime à 15 Md€ l'économie réalisée. 

Que vaut cette mesure, en quoi est-elle une stratégie de choc ?

Réduire la taille de l’État proprement dit et de sa bureaucratie implique l’externalisation et/ou la privatisation massive des services régaliens (police, justice, armée) et non régaliens (P.T.T., Électricité, transports aériens ou ferroviaires, infrastructures, éducation, universités comprises, et santé pour en nommer quelques-uns dont on a oublié que certains d’entre eux étaient des services publics, il y a quelques années). 

Cette politique a déjà été entamée, graduellement avec la R.G.P.P., via l’externalisation et le recentrage dans le cœur du métier des bureaucraties au service de l’État. Mais il n'y a rien de radical dans ce processus. Il est graduel. Si l'on prend la police et la sécurité et si l'on décompte le nombre total de personnes travaillant dans le secteur de la sécurité et de la police, on sera surpris de constater qu'il y a plus de policier et agent de sécurité privé que de fonctionnaires. En 2011, on dénombrait 250 000 salariés dans les entreprises de sécurité privée et 262 000 policiers et gendarmes fonctionnaires de la sécurité publique plus gardes champêtres et policiers municipaux.  La défense comporte 61,5% de personnel contractuel contre 37,5% de fonctionnaires titulaires.


Diminuer les effectifs de 500 000 le nombre des fonctionnaires, même sur 5 ans, apparaît aux socialistes, mais aussi à Juppé qui proposait un chiffre plus modeste, comme une gageure. Rappelons quelques faits. On dénombre 5,45 millions dont 2,4 millions dans la fonction publique d'Etat (F.P.E.) 1,9 million dans la fonction publique territoriale (F.P.T.) et 1,15 million dans la fonction publique hospitalière (F.P.H.) avec un salaire mensuel moyen net de 2185 euros (soit 142 Md€ de dépenses annuelles). A ces chiffres, il faut ajouter 2,7 millions de retraités percevant une pension civile d’un montant moyen net de 1760 euros par mois (soit 57 milliards de dépenses annuelles pour les retraités du public).  8,15 millions de personnes vivent d'un salaire ou d'une pension de l'Etat sur une population active de 25 millions (non compris les chômeurs au nombre de 3 millions). 32% de la population active a pour employeur l'Etat. C'est aussi un électorat qui ne risque pas d'être favorable à une économie de marché. Luc Rouban du CEVIPOF[2] sur une enquête de 2016 d’intention de vote chez les fonctionnaires pour la prochaine présidentielle de 2017 en prenant pour hypothèse Nicolas Sarkozy [3] vainqueur de la primaire, on obtient les résultats suivants :

2016 IFOP/ Luc Rouban




 

 

 

 

Hypothèse Sarkozy

FPE

FPT

FPH

E P

Extrême gauche

22,4

22,8

20,1

20,9

Gauche (FH)

21,3

20

17

16

Centre gauche (Bayrou)

15

14,6

15,2

13,2

Droite

18,9

19,7

22

20,6

Extrême droite

22,5

23

25,6

29,4

Les fonctionnaires se sont radicalisés si l’on somme les extrêmes FPE 44,9, FPT 45,8 et FPH 45,7. Maintenant si on interprète le vote FN comme une défense de l’Etat régalien (souveraineté nationale), l’extrême gauche comme étatiste révolutionnaire auquel on ajoute Hollande du parti socialiste, les fonctionnaires votent massivement pour l’Etat ; FPE 66,2% ; FPT  65,8% et FPH 62,7%.  5 Millions de fonctionnaires sur 8 millions s’opposeraient à toute transformation de l’Etat. De quoi faire reculer n’importe quel homme politique de gauche ou de droite. C’est une force de frappe qui peut bloquer toutes velléités de transition au marché. Il faut savoir la diviser et la convaincre que l’abandon du statut est mutuellement bénéfique non seulement à l’Etat mais aussi aux fonctionnaires eux-mêmes. L’exemple des maîtres de Conférences et professeurs d’université titulaires de leur poste est emblématique. Les carrières sont bloquées, la liberté de créer est freinée par l’absence d’incitations financières. Les conflits sont permanents entre enseignants-chercheurs pour accéder à des ressources rares. Elles conduisent à la jalousie et à l’aigreur car ces ressources rares sont souvent abondantes pour certaines minorités en fonction de leurs amitiés professionnelles, syndicales, fraternelles ou politiques mais totalement tarie pour d’autres qui forme la majorité.

Chaque année, l'Etat débourse 199 Md€ en frais de personnel. Par comparaison en 2016 l'impôt sur le revenu a rapporté 76,5 milliards d'euros. L'impôt sur le revenu ne suffit pas à financer la rémunération du personnel de l'Etat. Il faut reconnaître que diminuer le nombre de fonctionnaires de 500 000 en 5 ans, soit 100 000 par an, est une goutte d'eau dans l'ensemble des frais de personnel (1,3% d'économie chaque année). Elle ridiculise ceux qui poussent des cris d'orfraie. Cette mesure n'est pas libérale et n'est pas non plus une mesure de choc.

En fait, réduire le nombre de fonctionnaires n’est pas la solution. C'est une mesure graduelle et non une thérapie de choc. Par ailleurs, elle est aléatoire et dépend du gouvernement en place qui arbitrairement augmente ou diminue le nombre de fonctionnaires en fonction de ses objectifs électoraux. Une mesure libérale et de choc consisterait à supprimer le statut privilégié[2], hors du commun, que constitue le statut de fonctionnaire. Réforme qui ne coûte rien et qui met sur le même pied d’égalité les personnels des emplois publics avec ceux du secteur privé (comme en Suisse ou Nouvelle Zélande).  Elle rend inutile les concours d’entrée dans ces emplois, elle ferme les accès de l’État aux chercheurs de rente et elle diminue la puissance des syndicats de fonctionnaires puisqu'ils sont implantés essentiellement dans ce secteur public protégé de la concurrence[3]. L’Etat n’aura plus à payer les pensions civiles et rémunèrera les salariés au prix de marché (le salaire moyen dans le privé est plus faible du fait de niveau de diplôme plus élevé dans la fonction publique suite à la variété des concours nécessaires pour y devenir titulaire).

François Fillon veut Supprimer les régimes spéciaux de retraite pour les faire basculer vers le régime général.Faire converger les règles de calcul entre régimes publics et régime privé. La retraite des fonctionnaires devra donc être calculée sur les 25 meilleures années de leur carrière, comme c’est le cas pour tous les salariés; Reculer l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans.

Fillon de se cache pas, il veut sauver le système retraite par répartition. Voilà au moins une proposition anti-libérale. On peut taxer Fillon de socialiste dans sa volonté de maintenir un système fondamentalement inefficace, pervers dans ses effets sur la croissance, l'épargne et la fécondité et profondément injuste et inéquitable à l'égard des individus.  

Compte tenu de l'émergence historique de ce système, François Fillon se prive d'un moyen politique radical pour éliminer la puissance des syndicats et de l'ensemble  des organisations parasites qui en vivent. La proposition libérale est fort simple : restituer aux individus leur salaire plein, celui correspondant à la valeur de leur productivité sur le marché et laisser les individus choisir les moyens de se protéger contre les aléas de la vie au lieu de compter sur des tiers bureaucrates qui prennent les décisions à votre place en fonction de leurs propres objectifs par exemple augmenter la taille de leur bureaucratie. Votre feuille de paie vous montre le prix que vous valez sur le marché et l'Etat ou les organismes sociaux prélèvent directement sur votre salaire les revenus que vous auriez encourues pour votre protection sociale, santé, retraite, assurance. Comme dans toute privatisation on espère diminuer de moitié de coût de ces prélèvements forcés si on restitue aux individus d'assurer leur santé et leur retraite par eux-mêmes en s'adressant au marché au lieu de subir les oukases d'une bureaucratie qui s'intéresse plus à sa propre croissance qu'à votre bien-être. Une transition  du système de retraite vers la capitalisation et la concurrence au premier euro pour s'assurer contre les aléas de la vie pour libérer notre système de santé de ce carcan bureaucratique qui étouffe les médecins n'est pas à l'ordre du jour avec ce programme. Là encore Fillon n'a rien d'un libéral, encore moins d'un ultra-libéral.

Le gros morceau est celui de la réforme du contrat de travail. Que propose le vainqueur de la primaire de droite ?

Relever les seuils sociaux de 10 à 50 et de 50 à 100 salariés.  Recentrer le code du travail sur les normes sociales fondamentales, qui ne représentent qu’environ 150 pages sur 3 400. Renvoyer tout le reste à la négociation au niveau de l’entreprise ou des branches et instaurer le référendum d’entreprise en cas de blocage du dialogue social. Mettre en place un contrat de travail avec des modalités de rupture prédéfinies et progressives.  Introduire le motif de réorganisation de l’entreprise dans les procédures de licenciement collectif pour faciliter l’adaptation des entreprises à leur contexte concurrentiel.Supprimer la contrainte des 35 h et laisser les salariés et chefs d’entreprise négocier librement la durée de travail hebdomadaire dans la limite des 48 h posée par le droit européen. Développer le travail indépendant et encourager l’ensemble des Français à devenir entrepreneurs.

Bien que le code du travail soit grossi par les arrêts de jurisprudence, dans la tradition des rédacteurs de code, le candidat ne nous dit rien des normes sociales fondamentales. Le droit du travail est une police publique de l'entente des offreurs sur ce marché. 

Casser un cartel revient à abolir tous les articles qui donnent des privilèges hors du commun aux syndicalistes pour mener leurs actions dont le principe est simple : réduire par la violence légale l'offre de travail afin d'augmenter les salaires. Supprimer les conventions collectives pour renvoyer la négociation au niveau de l'entreprise est un pas essentiel dans l'élimination du pouvoir syndical au niveau de la branche. Le candidat favorise les comportements de "cavalier seul" des entreprises et salariés qui brisent l'entente au niveau interne. Le référendum d'entreprise est aussi une arme pour protéger les "cavaliers" solitaires des menaces traditionnelles des syndicalistes pour empêcher ses comportements déviants de leur point de vue. Supprimer les quota d'heures de travail (35 h ou 48 heures par semaine) et de congés rémunérés joue un rôle identique. Réduire les coûts d'entrée sur le marché du travail et les barrières légales (4 ans d’apprentissage pour devenir coiffeur autant que pour diplôme universitaire) sont aussi des mesures pour briser le cartel cette fois de manière externe. Enfin supprimer les immunités et privilèges des syndicalistes dans l'exercice de leurs actions syndicales et leur financement en provenance de fonds publics va de pair avec les autres abolitions. Ce programme est le seul me semble-t-il qui puisse être catalogué de libéral.

 Cependant le candidat ne nous dit rien sur la stratégie et la tactique qu'il va employer pour réussir là où le gouvernement socialiste a échoué.

La stratégie de réformer le droit du travail avec le consentement des syndicats utilisée par le gouvernement socialiste est d'une naïveté désarmante. Avec les syndicats français la seule stratégie à suivre est celle de l'affrontement avec en tête la destruction, non pas des syndicats en tant que tel, mais des pouvoirs exorbitants que les parlements, avec le droit de travail bien mal nommé (il s'agit d'un droit corporatiste de cartellisation d'un marché) leur ont donné. Cet objectif est facile à écrire sur un papier, mais il faut dès à présent préparer la tactique de l'affrontement (sans la divulguer). 

Dans une telle stratégie d'affrontement, les syndicalistes vont utiliser leurs armes habituelles: grèves, manifestations de rue, prises d'otages, blocage des villes pour les affamer, destructions de biens publics ou privés. Le chantage exercé est simple : retirer la réforme ou bien subissez les dommages que nous allons causer. Comment circonvenir ce chantage à la violence ?  La capacité à mener de telles actions pendant de long mois implique pour chacun des protagonistes de constituer des réserves financières  suffisantes pour tenir de long mois. Le gouvernement de Fillon s'il arrive au pouvoir, doit prévoir la constitution de ces réserves (énergie électrique, transport de substitution, fonctionnement des services dits publics) pour faire face à ses adversaires. Simultanément il doit réduire la puissance financière des syndicats et de ceux qui participent aux actions syndicales. Frapper au portefeuille a toujours été une bonne tactique. Le gouvernement peut le faire. La constitution de réserves de charbon et d'énergie électrique par Madame Thatcher et la suppression du closed shop ont été deux fondements de sa lutte contre Scargill. La division des adversaires est aussi un moyen de réduire la puissance syndicale. L'achat des syndicalistes (tout homme est achetable y compris un syndicaliste) est aussi une tactique. On peut aussi résister aux actions des syndicalistes par un double chantage.


 

 

 



[1] Pour illustrer la thérapie de choc, prenons la métaphore suivante. Vous êtes atteint de manière permanente d’arythmie cardiaque. Le cardiologue vous propose un traitement graduel médicamenteux ou un traitement radical : un choc électrique qui arrête les battements de votre cœur et les relancent instantanément. Après ce choc, le rythme cardiaque redevient normal. L’électrochoc est efficace sur l’arythmie cardiaque mais aussi sur le cerveau pour les dépressifs. C’est un constat empirique, en revanche avec le traitement chimique reposant sur le gradualisme, la réussite est moins assurée et les épisodes d'arythmie sont récurrents. Il en irait de même avec une économie.

 

[2] Luc Rouban, 2016, Les fonctionnaires face à l’élection présidentielle de 2017, LA NOTE / #20 / vague 4

 

[3] Luc Rouban n’envisage pas l’hypothèse de François Fillon.

 

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L'abolition des lois sur le céréales en Angleterre: une transition réussie dans un cadre démocratique et la ligue de Richard Cobden
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