L'HABITUS ÉCONOMIQUE
Par Bourdieu
tiré de
Les structures sociales de l'économie
Seuil collection Liber.
Mai 2000

L'homo ceconomicus tel que le conçoit (de manière tacite ou explicite) l'orthodoxie économique est une sorte de monstre anthropologique : ce praticien à tête de théoricien incarne la forme par excellence de la scholastic fallacy, erreur intellectualiste ou intellectualo-centrique, très commune dans les sciences sociales (notamment en linguistique et en ethnologie), par laquelle le savant place dans la tête des agents qu'il étudie, ménagères ou ménages, entreprises ou entrepreneurs, etc., les considérations et les constructions théoriques qu'il a dû élaborer pour rendre compte de leurs pratiques. Gary Becker, auteur des tentatives les plus osées pour exporter dans toutes les sciences sociales le modèle du marché et la technologie, supposée plus puissante et plus efficiente, de l'entreprise néo-classique, a le mérite de déclarer en toute clarté ce qui se masque parfois dans les présupposés implicites de la routine scientifique:
" The economic approach (. ..J now assumes that iradividuals maximize their utility from basic preferences that do not change rapidly over tune and that the behavior of différent individuals is coordinated by explicit or implicit markets (...J. The economic approach is not restricted to material gonds and wants or to markets with monetary transactions, and conceptually does not distinguish between major or minons decisions or between "émotional" and other décisions. Indeed [ ..J the economic approach provides a framework applicable to all human behavior- to all types of decisions and to persons for all walks of life (32). "
Rien n'échappe plus à l'explication par l'agent maximisateur, ni les structures organisationnelles, les entreprises ou les contrats, ni les parlements et les municipalités, ni le mariage (conçu comme échange économique de services de production et de reproduction) ou la maisonnée, ni les rapports entre parents et enfants ou l'État. Ce mode d'explication universel par un principe d'explication lui-même universel (les préférences individuelles sont exogènes, ordonnées et stables, donc sans genèse ni devenir contingents) ne connaît plus de limites. Gary Becker ne reconnaît même plus celles que Pareto était obligé de poser dans le texte fondateur où, identifiant la rationalité des conduites économiques à la rationalité tout court, il distinguait les conduites proprement économiques, qui sont l'aboutissement de " raisonnements logiques " appuyés sur l'expérience, et les conduites " déterminées par l'usage ", comme le fait de lever son chapeau en entrant dans un salon (33) (reconnaissant ainsi un autre principe de l'action, usage, tradition ou habitude, à la différence de l'individualisme méthodologique qui ne veut connaître que l'alternative du choix conscient et délibéré, satisfaisant à certaines conditions d'efficacité et de cohérence, et de la " norme sociale ", dont l'efficience passe aussi par un choix).
C'est peut-être en rappelant l'arbitraire de la distinction fondatrice (et encore présente aujourd'hui dans les têtes des économistes qui laissent aux sociologues les curiosa ou les ratés des fonctionnements économiques) entre l'ordre de l'économique, régi par la logique efficiente du marché et voué aux conduites logiques, et l'ordre incertain du " social ", habité par l'arbitraire " non logique " de la coutume, des passions et des pouvoirs, que l'on peut le mieux contribuer à l'intégration ou à l'" hybridation " des deux disciplines, sociologique et économique, dramatiquement séparées, malgré les efforts en sens inverse de certains grands fondateurs, de Pareto et Schumpeter par exemple vers la sociologie, de Durkheim, Mauss ou Halbwachs et surtout Weber vers l'économie (34).
On ne peut réunifier une science sociale artificiellement divisée qu'en prenant conscience du fait que les structures économiques et les agents économiques ou, plus exactement, leurs dispositions sont des constructions sociales, indissociables de l'ensemble des constructions sociales qui sont constitutives d'un ordre social. Mais cette science sociale réunifiée, capable de construire des modèles dont on ne saurait plus s'ils sont économiques ou sociologiques, aura sans doute beaucoup de peine à s'imposer, à la fois pour des raisons politiques et pour des raisons qui tiennent à la logique propre des univers scientifiques. Il est certain en effet que nombreux sont ceux qui ont intérêt à ce que le lien ne soit pas fait entre les politiques économiques et leurs conséquences sociales ou, plus précisément, entre les politiques dites économiques dont le caractère politique s'affirme dans le fait même qu'elles refusent de prendre en compte le social et le coût social, et aussi économique - qui, pour peu qu'on le veuille, ne serait pas si difficile à chiffrer -, de leurs effets à court et à long terme (je pense par exemple à (accroissement des inégalités économiques et sociales résultant de la mise en oeuvre des politiques néo-libérales et aux effets négatifs de ces inégalités, sur la santé, sur la délinquance et le crime, etc.).
Mais si l'hémiplégie cognitive à laquelle sociologues et économistes sont aujourd'hui condamnés a de fortes raisons de se perpétuer contre toutes les tentatives, de plus en plus nombreuses, pour en sortir, c'est aussi que les forces sociales qui pèsent sur les univers supposés purs et parfaits de la science, à travers notamment les systèmes de sanctions et de récompenses incarnés par les revues scientifiques, les hiérarchies de caste, etc., favorisent la reproduction des espaces séparés, associés à des structures de chances de profit et des dispositions différentes, voire inconciliables, qui sont issues de la coupure initiale.
Le concept d'habitus a pour fonction première de rompre avec la philosophie cartésienne de la conscience et d'arracher du même coup à l'alternative ruineuse entre le mécanisme et le finalisme, c'est-à-dire entre la détermination par des causes et la détermination par des raisons; ou encore entre l'individualisme dit méthodologique et ce que l'on appelle parfois (chez les " individualistes ") le holisme, opposition demi-savante qui n'est que la forme euphémisée de l'alternative, sans doute la plus puissante de l'ordre politique, entre l'individualisme ou le libéralisme, qui considère l'individu comme ultime unité élémentaire autonome, et le collectivisme ou le socialisme, supposé accorder le primat au collectif.
L'agent social, en tant qu'il est doté d'un habitus, est
un individuel collectif ou un collectif individué par le fait de l'incorporation des structures objectives. L'individuel, le subjectif, est social, collectif. L'habitus est subjectivité socialisée, transcendantal historique dont les schèmes de perception et d'appréciation (les systèmes de préférence, les goûts) sont le produit de l'histoire collective et individuelle. La raison (ou la rationalité) est bounded, limitée, non seulement, comme le croit Herbert Simon, parce que l'esprit humain est génériquement limité (ce qui n'est pas une découverte), mais parce qu'il est socialement structuré, déterminé et, partant, borné. Ceux qui seront les premiers à objecter que tout cela n'a rien non plus d'une découverte devraient s'interroger sur les raisons qui font que la théorie économique est restée si parfaitement sourde à tous les rappels de ces constats anthropologiques.
C'est par exemple Veblen qui défendait déjà l'idée que l'agent économique n'est pas " un paquet de désirs " (a bundle of desires), mais " une structure cohérente de propensions et d'habitudes (35) " (a coherent structure of propensities and habits); c'est James S. Duesenberry qui observait aussi que le principe de la décision de consommation ne doit pas être cherché du côté de la planification rationnelle (rational planning) mais plutôt du côté de l'apprentissage et de la formation des habitudes (learning and habit formation) et qui établissait que la consommation dépendait du revenu passé autant que du revenu présent (36). C'est encore Veblen qui, anticipant l'idée d'interactive demand, a, comme Jevons et Marshall, énoncé depuis longtemps les effets de la structure ou de la position dans la structure sur la définition des besoins et, par là, sur la demande. Bref, s'il est une propriété universelle, c'est que les agents ne sont pas universels parce que leurs propriétés, et en particulier leurs préférences et leurs goûts, sont le produit de leur placement et de leurs déplacements dans l'espace social, donc de l'histoire collective et individuelle.
La conduite économique socialement reconnue comme rationnelle est le produit de certaines conditions économiques et sociales. C'est à condition de la rapporter à sa genèse individuelle et collective que l'on peut comprendre les conditions économiques et sociales de possibilité et, par là, à la fois la nécessité et les limites sociologiques de la raison économique et de notions, apparemment inconditionnées, telles que besoins, calcul ou préférences.
Cela dit, l'habitus n'a rien d'un principe mécanique d'action ou, plus exactement, de réaction (à la façon d'un arc réflexe). Il est spontanéité conditionnée et limitée. Il est ce principe autonome qui fait que l'action n'est pas simplement une réaction immédiate à une réalité brute mais une riposte " intelligente " à un aspect activement sélectionné du réel: lié à une histoire grosse d'un avenir probable, il est l'inertie, trace de leur trajectoire passée, que les agents opposent aux forces immédiates du champ et qui fait que leurs stratégies ne peuvent se déduire directement ni de la position ni de la situation immédiates. II produit une riposte dont le principe n'est pas inscrit dans le stimulus et qui, sans être absolument imprévisible, ne peut être prévue à partir de la seule connaissance de la situation; une réponse à un aspect de la réalité qui est distingué par une appréhension sélective, partielle et partiale (sans être pour autant " subjective ", au sens strict) de certaines stimulations, par une attention à la face particulière des choses dont on peut dire indifféremment qu'elle " suscite l'intérêt " ou que l'intérêt la suscite; une action que l'on peut sans contradiction dire à la fois déterminée et spontanée, puisqu'elle est déterminée par des stimulations conditionnelles et conventionnelles qui n'existent comme telles que pour un agent disposé et apte à les percevoir.
L'écran que l'habitus introduit entre le stimulus et la réaction est un écran de temps, dans la mesure où, issu d'une histoire, il est relativement constant et durable, donc relativement affranchi de l'histoire. Produit des expériences passées, et de toute une accumulation collective et individuelle, il ne peut être compris adéquatement que par une analyse génétique qui s'applique à la fois à l'histoire collective - avec par exemple l'histoire des goûts, que Sidney Mintz a illustrée en montrant comment le goût pour le sucre, d'abord produit de luxe exotique réservé aux classes privilégiées, est devenu peu à peu un élément indispensable de l'alimentation ordinaire des classes populaires (37)- et à l'histoire individuelle - avec l'analyse des conditions économiques et sociales de la genèse des goûts individuels en matière d'alimentation, de décoration, d'habillement et aussi de chansons, de théâtre, de musique ou de cinéma, etc. (38), et, plus généralement, des dispositions (au double sens de capacités et de propensions) à accomplir les actions économiques ajustées à un ordre économique (par exemple, calculer, épargner, investir, etc.).
Le concept d'habitus permet aussi d'échapper à l'alternative du finalisme - qui définit l'action comme déterminée par la référence consciente à une fin délibérément posée et qui par conséquent conçoit tout comportement comme le produit d'un calcul purement instrumental, pour ne pas dire cynique - et du mécanisme - pour qui l'action se réduit à une pure réaction à des causes indifférenciées. Les économistes orthodoxes et les philosophes qui défendent la Théorie de l'action rationnelle balancent, parfois dans la même phrase, entre ces deux options théoriques logiquement incompatibles: d'un côté, un décisionisme finaliste selon lequel l'agent est une pure conscience rationnelle agissant en pleine connaissance de cause, le principe de l'action étant une raison ou une décision rationnelle déterminée par une évaluation rationnelle des chances; de l'autre, un physicalisme qui en fait une particule sans inertie réagissant de manière mécanique et instantanée à une combinaison de forces. Mais ils ont d'autant moins de mal à concilier l'inconciliable que les deux branches de l'alternative n'en font qu'une: dans les deux cas, sacrifiant à la scholastic fallacy, on projette le sujet savant, doté d'une connaissance parfaite des causes et des chances, dans l'agent agissant, dont on suppose qu'il est rationnellement incliné à poser comme fins les chances que lui assignent les causes (le fait que ce soit en pleine connaissance de cause que les économistes sacrifient, au nom du " droit à l'abstraction ", à ce paralogisme, ne suffit pas - faut-il le dire ? - à en annuler les effets).
L'habitus est un principe d'action très économique, qui assure une énorme économie de calcul (notamment du calcul des coûts de recherche et de mesure) et aussi de temps, ressource particulièrement rare dans l'action. Il est donc particulièrement adapté aux circonstances ordinaires de l'existence qui, soit du fait de l'urgence, soit en raison de l'insuffisance des connaissances nécessaires, ne laissent guère de place à l'évaluation consciente et calculée des chances de profit. Directement issu de la pratique et lié à la pratique dans sa structure comme dans son fonctionnement, ce sens pratique ne peut pas être mesuré en dehors des conditions pratiques de sa mise en oeuvre. C'est dire que les épreuves auxquelles l"heuristique de la décision" (39) soumet les sujets sont doublement inadéquates, puisqu'elles essaient de mesurer dans une situation artificielle une aptitude à l'évaluation consciente et calculée des chances dont la mise en oeuvre suppose elle-même une rupture avec les inclinations du sens pratique (on oublie en effet que le calcul des probabilités s'est construit contre les tendances spontanées de l'intuition première).
Pratiquement obscure, parce que située en deçà du dualisme du sujet et de l'objet, de l'activité et de la passivité, des moyens et des fins, du déterminisme et de la liberté, la relation de (habitus au champ, dans laquelle l'habitus se détermine en déterminant ce qui le détermine, est un calcul sans calculateur, une action intentionnelle sans intention dont on a mainte attestation empirique (40). Dans le cas particulier (mais particulièrement fréquent) où l'habitus est le produit de conditions objectives semblables à celles dans lesquelles il fonctionne, il engendre des conduites qui sont parfaitement adaptées à ces conditions sans être le produit d'une recherche consciente et intentionnelle de l'adaptation (c'est en ce sens qu'il faut se garder de prendre ces " anticipations adaptatives ", au sens de Keynes, pour des " anticipations rationnelles ", même si l'agent dont l'habitus est bien ajusté est en quelque sorte une réplique de l'agent comme producteur d'anticipations rationnelles). Dans ce cas, l'effet de (habitus reste en quelque sorte invisible, et l'explication par l'habitus peut paraître redondante par rapport à l'explication par la situation (on peut même avoir l'impression qu'il s'agit d'une explication ad hoc, dans la logique de la vertu dormitive). Mais l'efficacité propre de l'habitus s'observe en toute clarté dans toutes les situations où il n'est pas le produit des conditions de son actualisation (de plus en plus fréquentes au fur et à mesure que les sociétés se différencient) : c'est le cas lorsque des agents formés dans une économie pré capitaliste se heurtent, désarmés, aux exigences d'un cosmos capitaliste (41), ou encore lorsque des personnes âgées perpétuent, à la façon de Don Quichotte, des dispositions déplacées et à contre-temps; ou lorsque les dispositions d'un agent en ascension ou en déclin dans la structure sociale, nouveau riche, parvenu ou déclassé, sont en dissonance avec la position qu'il occupe. De tels effets d'hystérésis, de retard à l'adaptation et de décalage contre-adaptatif, trouvent leur explication dans le caractère relativement durable, ce qui ne veut pas dire immuable, des habitus.
A la constance (relative) des dispositions correspond la constance (relative) des jeux sociaux dans lesquels elles se sont constituées : comme tous les jeux sociaux, les jeux économiques ne sont pas des jeux de hasard; ils présentent des régularités et des récurrences de configurations semblables en nombre fini qui leur confèrent une certaine monotonie. En conséquence, l'habitus produit des anticipations raisonnables (et non rationnelles) qui, étant le produit de dispositions issues de l'incorporation insensible de l'expérience de situations constantes ou récurrentes, sont immédiatement adaptées à des situations nouvelles mais pas radicalement insolites. En tant que disposition à agir qui est le produit d'expériences antérieures de situations semblables, il assure une maîtrise pratique des situations d'incertitude et fonde un rapport à l'avenir qui n'est pas celui du projet, comme visée de possibles pouvant également advenir ou ne pas advenir, mais celui de (anticipation pratique: découvrant, dans l'objectivité même du monde, ce qui se présente comme la seule chose à faire, et saisissant l'à venir comme un quasi-présent (et non comme un futur contingent), l'anticipation de l'à venir est tout à fait étrangère à la logique purement spéculative d'un calcul des risques, capable d'attribuer des valeurs aux différentes possibilités en présence. Mais l'habitus est aussi, on fa vu, un principe de différenciation et de sélection qui tend à conserver ce qui le confirme, s'affirmant ainsi comme une potentialité qui tend à assurer les conditions de sa propre réalisation.
De même que la vision intellectualiste de l'orthodoxie économique réduit la maîtrise pratique des situations d'incertitude à un calcul rationnel des risques, de même, forte de la théorie des jeux, elle construit l'anticipation des conduites d'autrui comme une sorte de calcul des intentions de l'adversaire, conçues par hypothèse comme intentions de tromper, en particulier sur ses intentions. En fait, le problème que l'orthodoxie économique résout par l'hypothèse ultra-intellectualiste de la common knowledge (je sais que tu sais que je sais) est résolu, dans la pratique, par l'orchestration des habitus qui, dans la mesure même de leur congruence, permettent l'anticipation mutuelle des comportements des autres. Les paradoxes de l'action collective trouvent leur solution dans des pratiques fondées sur le postulat tacite que les autres agiront de manière responsable et avec cette sorte de constance ou de fidélité à soi-même qui est inscrite dans le caractère durable des habitus.
Notes
32. G. S. Becker, A Treatise on the Family, Cambridge, Harvard University Press, 1981, p. ix; et aussi The Economic A¢¢roach ta Human Behavior, Chicago, The University of Chicago Press, 1976.
33. V. Pareto, Manuel d'économie politique, Genève, Droz, 1964, p. 41.
34. Cf ).-C. Passeron, " Pareto: l'économie dans la sociologie", in Le Centenaire du Cours d'économie politique, Turin. Fondazione Luigi Einaudi, Atti Paretiani, Olschki (ed.), 1999.
35. T Veblen, " Why is economics not an evolutionary science ? ", The euarterly Journal of Economics, July 1898, p. 390.
36. J. S. Duesenberry, Incarne, Saving and the Theory of Consumer Behavior, Cambridge, Harvard University Press, 1949.
37. S. Mintz, Sweetness and Power. The Sugar in Modern History, New York, Viking Penguin, 1985.
38. P Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, op. cit., et L. Levine, High Brow/Low Brow. The Emergence of Cultural Hierarchy in Americo, Cambridge, Harvard University Press, 1988. Comme on le voit dans le cas de l'analyse des déterminants économiques et sociaux des préférences pour l'achat ou pour la location d'une maison, on peut répudier la définition anhistorique des préférences sans se condamner à un relativisme, propre à interdire toute connaissance rationnelle, de goûts livrés au pur et simple arbitraire social (comme le laisse croire la vieille formule, invoquée par Gary Becker, de gustibus non est disputandum). On est conduit au contraire à établir empiriquement les relations statistiques nécessaires qui s'établissent entre les goûts dans les différents domaines de la pratique et les conditions économiques et sociales de leur formation, c'est-à-dire la position présente et passée (trajectoire) des agents dans la structure de la distribution du capital économique et du capital culturel (ou, si l'on préfère, l'état au moment considéré et l'évolution dans le temps du volume et de la structure de leur capital).
39. Cf. A. Tversky, D. Kahneman, loc. cit
40. On peut s'appuyer sur les acquis de la tradition behavioriste, représentée notamment par Herbert Simon, mais sans accepter sa philosophie de l'action Herbert Simon a mis l'accent sur le poids d'incertitude et d'incompétence qui affecte le processus de décision et sur la capacité limitée du cerveau humain; il rejette l'hypothèse globale de maximisation mais retient la notion de bounded rationolity:les agents peuvent ne pas être capables de rassembler et de traiter toute l'information nécessaire pour parvenir à des décisions globales de maximisation, mais ils peuvent faire un choix rationnel dans les limites d'un ensemble limité de possibilités. Les entreprises et les consommateurs ne maximisent pas mais ils cherchent à atteindre des minima acceptables (ce qu'il appelle sotisficing) étant donné l'impossibilité de rassembler et de traiter toute l'information nécessaire pour atteindre un maximum (H. Simon, Reason in Humon Afjoirs, Stanford, Stanford University Press, 1984).
41. Cf. P Bourdieu, Algérie 60, op. cit.