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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
Paris School of Economics
 

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La Paris School of Economics (PSE) et l'orgueil blessé des "ingénieurs économistes" français issus des Grandes écoles

Par Bertrand Lemennicier /2017/ 2019


L'orgueil blessé des "ingénieurs économistes" français issus des Grandes écoles (Polytechnique, Mines, Ponts, Normale sup), appartenant à des centres de recherches publics indépendants des universités a conduit à la création de la "Paris School of Economics"  (PSE) en référence à la "London School of Economics" (LSE). Les partenaires fondateurs sont l’école des Ponts et Chaussées (EPC), l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS), le centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’institut national de la recherche agronomique (INRA), l’école normale supérieure de la rue d’Ulm (ENS) et in extremis l'université de Paris 1, grâce à notre collègue Pierre-Yves Hénin ex-directeur du Centre pour la recherche économique et ses applications  (CEPREMAP) et Président de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne entre 2004 et 2009 qui a réussi à négocier la participation de l’université de Paris 1 au pôle de PSE. A ses membres fondateurs, on peut ajouter des franchisés : le Centre Maurice Halbwachs (sociologie) et le Centre d’histoire économique et sociale François Simiand qui a rejoint cette fédération de centres de recherche et d'enseignement et des créations internes, l’Institut des politiques publiques (IPP), Le Laboratoire d’Economie Expérimentale de Paris de l’Université de Paris 1 (LEEP), et les conglomérats de centres de recherche internationaux auxquels PSE est associé comme J-PAL Europe – Laboratoire  d’action contre la pauvreté – ou le World Inequality Lab – une base de données sur les inégalités.

 

1. La création de PSE : un désordre institutionnel ?

La création de PSE mérite quelques réflexions sur l’art de nos collègues de capter les rentes et privilèges étatiques à des fins personnelles. L’objet initial était de créer un centre de recherche et d’enseignement d’excellence de premier plan international en économie pour accroître la visibilité et la réputation internationale de leurs membres. Ce centre devait être dégagé des contraintes étatiques qui interdit aux grandes écoles de délivrer des diplômes de doctorat (dont le monopole est encore réservé aux universités publiques[1]), et d’échapper à la gestion publique des établissements universitaires. Cette École Économique de Paris a donc pris le statut d’une fondation. Les initiateurs de ce projet ont fait appel massivement à l’Etat pour constituer une dotation initiale non consomptible et pour financer les locaux où elle abrite enseignants chercheurs et étudiants de Master. En contre partie de cette aide, ils s’engageaient à collecter des fonds privés, via l’appel à des mécènes, pour assurer son fonctionnement. Ce mélange de fonds publics et privés, auquel s’ajoute le privilège d’être exempté des contraintes étatiques qui pèsent sur les universités publiques , est objectivement la source d’un désordre institutionnel.

Le premier désordre, qui n’est guère souligné par les créateurs de cette institution, est celui du transfert de la réputation (internationale) des membres de chaque centre de recherche ou d'enseignement pris séparément vers la réputation de PSE. Quand l’école des Ponts et Chaussées ou l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne investit[2] dans la matière grise de ses enseignants chercheurs et que ceux-ci vont utiliser le Label PSE dans leurs publications, la réputation internationale se déplace de l’Ecole des Ponts ou de l'université Paris 1 à celui de PSE, sans que PSE compense l’école des Ponts (ou Paris 1) pour ce transfert, alors qu’elle n’a pas contribué aux investissements de la matière grise dont elle bénéficie. En fait, elle siphonne, sans droit de propriété[3], la réputation acquise par les enseignants chercheurs de leur centre de recherche et d’enseignement partenaire à sa fondation.

Le second désordre est lié à la rémunération des membres affiliés ou associés à PSE. Pour attirer ces enseignants chercheurs, d’une part il faut leurs donner des moyens financiers supplémentaires pour développer leurs réseaux au niveau international afin d’augmenter leurs publications dans des revues dites de haut niveau ; d’autre part il faut leur offrir une rémunération suffisante pour les conserver dans le giron de PSE. Ces moyens financiers permettent de promouvoir les carrières au niveau international mais aussi d’ajuster les rémunérations aux standards américains car la presque totalité des membres de cette petite élite bénéficient déjà du statut de fonctionnaire. Cette double rémunération soulève un problème car les membres associés et/ou affiliés doivent respecter les règles de la fonction publique concernant le cumul de rémunérations et le cumul de fonction[4]. Or ces règles sont incompatibles avec un ajustement aux rémunérations selon les standards internationaux. Il faudra donc les détourner ou renoncer au statut de fonctionnaire pour un contrat privé avec PSE[5].

Le troisième désordre institutionnel est lié directement aux motivations initiales des fondateurs d’acquérir une réputation internationale en grimpant dans les classements internationaux des universités et centres de recherche au niveau mondial. L’arrangement contractuel entre ces entités disparates par leur thème de recherche et la formation de leurs membres évoque normalement une stratégie de fusion ou de fédération. Les motivations habituelles d’un tel arrangement contractuel peuvent être d'acquérir une position de monopole sur le marché des idées scientifiques en économie, de diversifier ses compétences en évitant une spécialisation méthodologique ou thématique qui peut devenir à terme obsolète, de réaliser des économies de coûts de transaction et d’échelle dans la production d’idées scientifiques et dans leur distribution ou plus simplement de permettre une croissance de ces institutions partenaires qui sans la fusion auraient des difficultés à étendre leurs parts de marché sur les idées scientifiques.

Mais l’idée de base de ce regroupement n’était pas liée à ces motivations. Elle était d’additionner les publications des centres de recherche et d’enseignement pour grimper dans les standards de réputation internationale en exploitant la façon dont ces « classements » sont construits. Si le seul but était cette motivation[6], cette opération coûte cher aux contribuables pour satisfaire les « ego » d’une toute petite élite. En 2019, PSE a atteint le 6ième rang du classement IDEAS/REpec[7]. Ce classement n’ajoute rien à la production d’idées scientifiques (nombre de publications par exemple) en économie puisqu’elles sont déjà produites séparément dans chaque centre de recherche partenaire à la fédération des institutions fondatrices. PSE n’a pas encore démontré que pris ensemble ce regroupement  d‘établissements produit plus de recherche de qualité pris ensemble que pris séparément. Elle a de manière factice combiné les publications des membres de chaque centre de recherche partenaire sous un seul Label. Le plus amusant est de voir la direction exécutive de PSE se vanter d’avoir grimpé en 6 ans de la 20ième position à la 6ième du classement alors que l’école économique de Toulouse, sa rivale, restait toujours à la 11ième position. Citons le rapport d’activité de 2017-2018 :

« À fin 2018, selon RePEc, les classements internationaux des départements d’économie et des institutions placent PSE respectivement au 6e et 12e rang mondial. En Europe, PSE occupe respectivement la 1ère et 2ème place ; en France, PSE arrive en 1re position dans les deux classements. » (p.22)[8]

La dernière distorsion que nous pouvons signaler est celle qui fait le plus peur aux chefs d’entreprises. Le sentiment général des chefs d’entreprises est résumé par Nicolas Chanut d’Exane dans une conférence réunissant chefs d’entreprises et universitaires : il est compliqué de contracter et d’établir des liens de confiance avec le monde de la recherche parce que les droits de propriété de ces institutions (y compris les fondations) sont mal définis et l'irresponsabilité institutionnelle y est la règle. Il aurait été plus simple de supprimer le monopole des grades des universités publiques (doctorat) offrant ainsi la possibilité aux grandes écoles et à des universités privées d’émerger et de se développer en situation de concurrence pour accroître la production, la diversification et la distribution des idées scientifiques en économie. PSE, comme le précisait en 2014 le journaliste Daniel Bastien dans les Echos, reste : « une institution atypique et singulière, fortement nourrie des écoles prestigieuses qu'elle fédère ». Revenons en détail sur cette opération de capture de rente publique. Ce diagnostic est toujours pertinent en 2019.

2. Les origines

Le principal artisan de la création de PSE, avec Daniel Cohen[9], a été Thomas Piketty (Normale Sup.) dont les affinités politiques marquées à gauche sont de notoriété publique, ce qui a entaché la crédibilité scientifique et qui a conduit fin 2010 début 2011 deux bailleurs de fonds privés, Henri de Castries patron d’AXA et Nicolas Chanut, patron d’Exane, à renoncer à leurs mandats de membre du conseil d’administration de PSE tant que Piketty serait à la tête de PSE. François Bourguignon, au demeurant un chercheur d'une grande qualité intellectuelle et morale, statisticien économiste de l'ENSAE, jugé moins marqué politiquement, lui a succédé. En 2013, Pierre-Yves Geoffard (membre du cercle des économistes et soutien de Macron en 2017), lui aussi normalien, a pris sa relève. L’actuel directeur Jean Olivier Hairault, ancien conseiller économique de Pierre Moscovici, est un universitaire pur, issu de Paris I.

Daniel Cohen, Thomas Piketty et Roger Guesnerie, les initiateurs du projet, ont réussi à convaincre le pouvoir politique de centre droit (le Premier Ministre était alors Dominique de Villepin) de créer cette institution en décembre 2006 et de la financer. Aujourd’hui, et ce depuis février 2017, elle est installée dans les nouveaux locaux du Campus Jourdan.

En fait, cette opération a débuté bien avant 2006 par la création autour de François Bourguignon du Département et Laboratoire d'Économie Théorique Appliquée (DELTA) de la rue d’Ulm et par la suite avec l'axe Paris Jourdan qui préfigurait les premiers regroupements tel celui avec le CEPREMAP. Selon une interview de Roger Guesnerie, en 1988, le DELTA, le Centre d’Économie Quantitative et Comparative de l’EHESS et le Laboratoire d’Économie Politique de l’ENS, s’installaient sur le campus Jourdan, et avec lui la formation doctorale Analyse et Politique Économique. Ils y furent successivement rejoints par le Laboratoire d’économie appliquée de l’INRA (1998), le Laboratoire des Sciences Sociales de l’ENS (1998), puis après le CEPREMAP (2001) et le CERAS (2002). En 2001, Roger Guesnerie créait la Fédération PARIS-Jourdan et quelques années plus tard, en 2005-2006, Thomas Piketty devenait le directeur d’une association préfigurant PSE.

La rencontre entre Piketty et Dominique de Villepin a été essentielle pour la création de PSE précise Roger Guesnerie dans la même interview. On ne connaît pas, malheureusement, la genèse de cet événement crucial ; les circonstances de la première rencontre avec le premier Ministre de l’époque ayant été omises dans les interviews de l’un ou de l’autre. Comment Thomas Piketty, ce chercheur, directeur d'études à l'EHESS, proche du parti socialiste, qui écrit des articles virulents contre la politique fiscale de Dominique de Villepin dans le journal libération arrive-t-il à rencontrer ce premier Ministre et à le convaincre de lui confier la direction de PSE ? Comment Dominique de Villepin, qui avait autre chose à faire, a pu être abordé par un inconnu et surtout comment celui-ci a-t-il pu être écouté par un Premier Ministre? Difficile à comprendre pour tous ceux qui sont éloignés des arcanes du pouvoir.

La rumeur évoque une rencontre fortuite dans un avion concrétisée sans doute par un rendez-vous à Matignon pour finaliser le projet proposé par Piketty. Vraisemblablement les réseaux de la bonne société parisienne de gauche et ceux des camarades de promotion à l’ENA de Dominique de Villepin ont dû être activés. En cherchant sur Internet, il y a au moins une connexion qui a pu jouer un rôle décisif. Le Premier Ministre, Dominique de Villepin, a pour directeur de cabinet, à cette époque, en 2005-2006, un préfet dénommé Pierre Mongin (ENA promotion Voltaire, comme Villepin). Ce dernier est le beau-frère de Jean Michel Charpin, ancien commissaire au plan, socialiste notoire, ancien directeur de cabinet du ministre Jean Le Garrec (PS) qui a occupé divers postes au sein des gouvernements Mauroy et Fabius, membre du Conseil d'analyse économique (comme Piketty). Charpin, grâce à son beau-frère, directeur de cabinet de Villepin, a pu jouer le rôle d’entremetteur entre Piketty et Mongin. Grâce à cette connexion, le directeur de cabinet auprès de Villepin a pu recommander Thomas Piketty au Premier Ministre. Ex-post, l’hypothèse apparaît plausible puisque Jean Michel Charpin est aussi membre, à titre de personnalité qualifiée, du Conseil d’administration de PSE. Mais ce ne sont que des supputations. D’autres mentionnent que Thomas Piketty et Daniel Cohen avait beaucoup poussé leur projet auprès de Bruno Le Maire, conseiller spécial de Dominique de Villepin à l’époque où le préfet Mongin est son directeur de cabinet[10]. Bruno Le Maire, ami de Piketty, normalien comme lui, aurait décroché la dotation de 20 millions d’euros pour PSE auprès du Premier Ministre avec sans doute des arrières pensés à l’encontre de Nicolas Sarkozy, rival de Dominique de Villepin, pour les présidentielles de 2007[11] ; les relations entre les deux hommes s’étant tendues suite à l’affaire Clearstream et à l’épisode du CPE.

Le résultat final est qu’en 2006, Dominique de Villepin, par le fait du Prince[12], annonce la création de PSE dans le passage suivant de sa conférence du 29 septembre 2006 qui semble être écrit par Thomas Piketty lui-même :

« Je souhaite aussi favoriser l'émergence de quelques grands campus de recherche autour d'un projet spécifique scientifique, avec une véritable attractivité internationale. Ces campus auront un statut de fondation, qui leur garantira une gestion souple et réactive. Ils bénéficieront d'une dotation initiale et d'une subvention annuelle pour financer des chaires d'excellence, recruter des scientifiques reconnus et, par conséquent, faire revenir en France certains de nos meilleurs chercheurs aujourd'hui expatriés. Je vous confirme la création en 2006, sous ce statut de campus de recherche, de l'École d'économie de Paris. Ce projet rassemblera, sous la conduite de Thomas PIKETTY, l'École normale supérieure, l'École des hautes études en sciences sociales, l'Université Paris I et l'École nationale des ponts et chaussées, ainsi que le CNRS, l'INRA, des agences publiques et d'autres instituts de recherche qui seront également associés. Cette école sera installée sur le site du pôle d'économie de Jourdan et bénéficiera d'une première dotation de 10 millions d'euros. En rassemblant ces compétences, la France pourra disposer d'une École d'économie qui se situera d'emblée au premier rang européen. Je sais que d'autres projets sont prêts à être engagés. J'ai demandé au ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche de lancer un appel à projets afin de mettre en place quelques grands campus de recherche à visibilité internationale en 2006. »[13]

 

3. La gouvernance de PSE

Ceux qui contrôlent PSE sont les membres de son conseil d’administration. Sur les 17 membres, 6 représentent les établissements fondateurs (Directeur de l’École des Ponts, Paris Tech, Président de EHESS[  ; Président de l’Université Paris 1, Directeur de l’ENS, et de l’Institut SHS, CNRS) ; 3 représentants des partenaires scientifiques (GENES, INED, IRD), 2 membres des partenaires privés (AFPSE et AXA) ; 3 personnes qualifiées (Banque centrale européenne, Ministère des finances, Président de PSE) et 2 membres du personnel enseignants de PSE (1 Paris et 1 PSE). Le décompte est vite fait, la majorité est dans les mains des Établissements fondateurs (6) et des partenaires scientifiques (3) et/ou de l’ENS-PSE (3 membres). Le Conseil scientifique est présidé depuis plusieurs années par Pierre-André Chiappori, normalien, Professeur à l’université de Columbia à New York. Ce Conseil est composé uniquement de professeurs extérieurs qui donnent un avis (une réunion annuelle) mais qui, étrangers, ne portent aucune responsabilité dans les carrières et la rémunération des enseignants-chercheurs. Ils sont choisis pour cautionner l'image de marque de réputation internationale (avec 3 Prix Nobel : MacFadden, Mirrlees[14] et Hart) et entretenir l’image d’une neutralité "scientifique" de l’école et de sa gouvernance.

Le Conseil d’administration vote le budget et sélectionne les programmes scientifiques après avis du Conseil scientifique. Mais, sans doute comme dans beaucoup de conseil d’administration, celui-ci devient vite une chambre d’enregistrement. Les décisions scientifiques réelles sont dans les mains de ceux qui font vivre PSE  au travers des comités d’orientation, de pilotage et la direction exécutive. Celle-ci à l’heure actuelle est formée du directeur, Jean-Olivier Hairault (depuis janvier 2019), de la secrétaire générale, Marie Philipon (pilier de l’administration depuis le début de la création de PSE), du directeur de la recherche, Jean-Marc Tallon qui est aussi directeur du PjSE (Paris Jourdan Sciences Economique) et du directeur des relations internationales, Andrew Clark. Le comité d'orientation est un organe consultatif sur toutes les questions scientifiques et académiques qui rassemble toutes les composantes de PSE : Direction, Direction de l’UMR Paris Jourdan sciences économiques, enseignants-chercheurs, représentants des doctorants et des personnels administratifs. Cette « assemblée générale », comme toutes les assemblées générales est dans les mains de la direction exécutive et de ceux qui prennent la parole et sont capables d’impressionner les collègues. En cela PSE ne diffère pas du fonctionnement d’un département d’économie ordinaire.

 

4. Le financement

L'école repose sur une dotation composée essentiellement de fonds publics d'un montant total de 20 millions d'euros non consommables[15] et investis en produits financiers qui rapportent un revenu annuel moyen de 1 million d’euros par an. À cela s’ajoutent 4 millions d'euros de la part des quelques malheureux partenaires privés : American Foundation for the Paris School of Economics[16], AXA[17], Boussard et Gavaudan Gestion[18] , Exane[19], Air France, Total, Banque de France Euro system, Comité Colbert (industrie du Luxe), la compagnie Ecrehous (dont le dirigeant est aussi Emmanuel Boussard) et le réassureur SCOR, dont on se demande bien comment ses bailleurs de fonds privés se sont laissés embarquer dans une telle opération de prestige sinon par des amitiés de réseaux (comme Emmanuel Boussard un ancien de Normalien ou encore Henri de Castries camarade de promotion de Dominique de Villepin à l’ENA ou encore le PDG de SCOR Denis Kessler, proche de Dominique Strauss-Khan).

À ces sommes, il faut ajouter 49 millions d'euros, au titre de la restructuration et de l’extension du campus Paris Jourdan construit en 1940, somme payée par la région île de France pour un montant de 31 millions d'euros, par l'Etat pour un montant de 14,5 millions et le reste, 3,5 millions d’euros, par le Département de Paris. Le Président Huchon[20] a signé le projet de convention de cofinancement et la politique de subventions destinées à cette institution a été continuée par la droite sous la présidence de Valérie Pécresse. Comble de l'ironie, les bureaux des associés à PSE en provenance de Paris 1, sont loués à l’Université de Paris 1 au profit de PSE et non de la région qui a financé la réhabilitation. PSE est en effet régulièrement en déficit depuis sa création, déficit absorbé par le revenu des intérêts du capital de la fondation à la hauteur de 1 million d'euros. Notons que l’apport des fonds privés à PSE est ridiculement bas si on le compare avec celui de la Toulouse School of Economics, aujourd’hui présidée par le Prix Nobel Jean Tirole[21].

En 2015-2016, les recettes de PSE avoisinaient 8,4 millions d'euros en provenance des partenariats scientifiques, des contrats de recherche et des subventions étatiques en particulier de la région île de France. Les dépenses se sont montées à 9,4 millions d'euros soit un déficit de 1 million d'euros comblé par les recettes des produits financiers. Ce mode de gestion perdure depuis la création de cette institution. Ces frais sont sous estimés au sens où les personnels sont payés par les établissements d’origine qui se sont regroupés, PSE se contentant d’ajouter un supplément de rémunération[22] à ceux qui participent au fonctionnement de cette institution : enseignants-chercheurs et étudiants (sous forme de bourses).

Le tableau 1 ci-dessous illustre notre argument :

Tableau 1. Évolution des résultats d’exploitation de PSE entre 2008 à 2018 (en milliers d’euros


Direction : Mandat 5 ans

Bourguignon


Geoffard


Hairault


2008-2009

2009-10

2013-2014

2016-17

2017-18

1- Dotation non consomptible

20739

18840

20280

20215

20215

2 - Dotation consomptible

3460

3460

3785

3720

3720

3 - Dotation consommée

1765

1386

1435,8

1033

1020,5

4 - Apport d'actifs sans droit de reprise

NC

315

305

305

305

5 - Total Fonds propres

22434

21229

22934,2

23207

23219,5

6 - Recettes

2 404

4602

7319

8625

10825

7 - Dépenses

4 677

5900

8058

9564

11515

8 - Résultat d'exploitation

-2 273

-1298

-739

-939

-690

9 - Résultat financier

1317

1989

902

894

599

10 - Résultat exceptionnel

955


-2

70

103

11 - Excédent ou perte

0

691

161

25

12

Sources : Rapports d’activité entre 2008 et 2018. Les résultats financiers présentés dans les rapports d’activité sont succincts avec des variations dans la présentation, mais les lignes 8 et 9 montrent clairement la faiblesse intrinsèque de l’institution, c’est la gestion du portefeuille de la dotation initiale qui maintient à flot PSE. Deux épées de Damoclès pèsent sur cette École : une crise financière sévère et la suppression de la dotation non consomptible par le fait du Prince.

 

5. Un département d’économie de taille modeste

PSE compte 220 étudiants en Master dont 58% d'étrangers pour 4 Masters et 140 enseignants chercheurs. Ce qui est peu comparé à l’Université de Paris Dauphine qui compte 307 doctorants, 585 enseignants chercheurs, 22 maitrises et 4514 étudiants dans cette filière. PSE n'a pas la dimension de Sciences po ni de Dauphine. Elle n’est pas adossée à une institution plus importante comme Harvard ou le MIT où on y trouve toute les disciplines rappelle Francis Kramarz, professeur à Polytechnique et directeur du CREST (Centre de recherche en économie et statistique)[23].

L'ambition d'être « conseillère du Prince » et guide de l'action politique fondée sur une méthodologie "scientiste" est affichée clairement par PSE. La plupart des contrats et des partenariats, et donc du financement, viennent d'organismes publics nationaux, internationaux ou de chaires d’organismes publics : Banque de France-euro system,  

 

Hospinnomics (financé par les Hôpitaux de Paris sous l’impulsion de Martin Hirsch). La chaire Travail (financée par la Mairie de Paris, Pôle Emploi, l’Unédic et deux directions du Ministère du travail : la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) et la DGEFP (Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle). La chaire Economie de la dépendance des personnes (financée par la banque postale, MuRé, Mutex et la fondation Medric).

 

Deux projets financés par la politique d’investissement dans la recherche publique (Labex OSE et Equipex) de l’Etat ont apporté des ressources supplémentaires sur dix ans de 14,5 millions d’euros soit 1,4 million d’euros par an et ont permis de créer l’IPP et le LEED. Les partenaires scientifiques : tels GENE (INSEE, CREST etc.) l’Instituts Quételet, Louis Bachelet, IODS INSEAD ; CEPII, CEPREMAP ou J-PAL, concourent plus modestement au financement. Tous ces partenaires sont des établissements publics. La région de l'Île de France et l’État central complètent ce tableau en versant des subventions.

Dix ans après sa création, l'apport des entreprises privées est toujours minime dans le financement du budget de cette institution en dépit des efforts faits ou prévus pour augmenter la présence de partenaires autre que l’État français. Ainsi 10 projets de partenariat sont en cours de prospection dont les thèmes sont liés à la recherche appliquée :

1) Green-Win, projet financé sur fonds européen, pour inciter les entreprises à investir dans la maîtrise du climat ;

 2) « Rendez-vous des Droits » est une évaluation menée par PSE sur le non recours aux prestations sociales. Ce programme est en appel d’offres et financé par la direction « Emploi, affaires sociales et inclusion » de la Commission européenne dans le cadre de son programme PROGRESS avec la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du Ministère des affaires sociales, la Caisse nationale des allocations Familiales (CNAF) et Pôle emploi, il est réalisé au sein de J.PAL Europe, l’initiative européenne d’inclusion sociale (ESII) de J-PAL est un programme pluriannuel de recherche et de vulgarisation des politiques qui vise à générer les programmes efficaces d’inclusion des migrants en Europe ;

3) « Ageing Europe : An application of National Transfer Accounts for explaining and projecting trends in public finances », ce projet a reçu un financement de l'Union européenne n ° 8217, septième programme-cadre de recherche, de développement technologique et de démonstration au titre de la convention de subvention n ° 613 ;

4) Projet européen porté par l’Université de Bern et intitulé « Productivity, Non-Tariff Measures and Openness » dont le financement vient de la commission européenne via l’European Union's Research and Innovation funding programme ;

5) Institutions et développement économique, financé par DFID, le département ministériel britannique dédié au développement international ;

6) L'environnement en partenariat avec le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie visant à mobiliser la recherche à PSE sur les thématiques de prédilection du Ministère ;

7) Risque macroéconomique, en partenariat avec la fondation SCOR-Risques qui finance essentiellement les conférences et colloques de PSE sur les thèmes concernant le risque et l’assurance ;

8) le Think-Tank G-MonD créé par PSE sur le thème Développement mondial durable et inclusif dont on ne connaît pas le financement, mais qui est un paravent qui regroupe tous les chercheurs de PSE et des associés spécialistes de l’économie internationale ;

9) Active Citizenship Projects Ce projet, financé par Erasmus+, porte sur la pédagogie de la citoyenneté.

10) Le master Gouvernance et lutte contre la corruption résulte d’une convention de coopération entre la faculté de Droit de l’Université de Tunis Carthage et l’Ecole d’économie de Paris visant à développer et réaliser un programme de master pluridisciplinaire sur la thématique de la corruption dont le financement est assuré par la banque mondiale et l’université de Carthage .

 Ces projets sont disparates et révèlent l’hétérogénéité des chercheurs et de leurs réseaux personnels. Ils ne participent pas d’un paradigme scientifique ayant pour but de développer la science économique dans ses fondamentaux.

6. L’enseignement

La formation dispensée à PSE est centrée sur 4 Master : analyse et politiques économiques, politique publique et développement, analyse coûts bénéfices des décisions économiques, économie et psychologie. De fait, des pans entiers de cette discipline sont absents de la formation des futurs doctorants. Le programme de master APE propose une formation généraliste à la recherche en économie théorique et appliquée. Le cursus est révélateur des options méthodologiques de PSE : en première année nous avons des cours de 36 heures chacun portant sur la  Microéconomie, Macroéconomie, Économie internationale, Économétrie, Histoire économique, Théorie des jeux, cours obligatoires et au choix 1 cours parmi : économie industrielle, démographie, économie du travail, économie du développement, économie publique, politique macroéconomique. En deuxième année, il s’agit de choisir 4 cours de 36 heures parmi 21 au premier semestre et 6 cours sur 30 au second semestre. La seule originalité du cursus réside dans un programme de cours sur l’économie comportementale et/ou le béhaviorisme et la psychologie économique. L’analyse des décisions économiques par le prisme de la psychologie (ou des sciences cognitives neurologie incluse) est le seul programme de recherche qui le distingue des autres d'épatements d’économie. En soi ce n’est pas un point négatif loin de là.

Cependant, la stratégie consistant à investir dans l’analyse béhavioriste ou comportementale est risquée car, paradoxalement, ce programme va à l’encontre de plus d’un siècle d’efforts de la part des économistes pour construire leur discipline en s’émancipant de la psychologie.  Il y a, sans doute, des raisons pour cela. L’expérience dans notre discipline de ces phénomènes d’engouement pour l’application des méthodes de la physique (finance) ou des sciences expérimentales comme la médecine[24] ou de la psychologie aux phénomènes économiques sont souvent des voies mortes parce qu’elles se trompent sur les questions fondamentales que se posent les économistes.

Autre surprise, l'absence totale de cours sur la théorie des choix publics et de la bureaucratie alors que la recherche à PSE est largement centrée sur l’évaluation des politiques publiques. Cette réticence s’explique de diverses manières. Avinash Dixit (1996)[25] propose trois motivations pour rendre compte de cette anomalie.

La première est que les enseignants chercheurs de PSE, comme conseillers du Prince, travaillent pour l’État et les administrations qui mettent en œuvre les politiques publiques interventionnistes. Or, la théorie des choix publics démontre non seulement l‘inanité de ces interventions mais dévoile les groupes d’intérêts qui sont derrières elles, les hommes politiques en sont souvent les premiers bénéficiaires et même parfois les seuls. Or, être conseiller du Prince soulève des problèmes éthiques non négligeables incompatibles avec une analyse positive de l’État. De fait ils seraient conduits à déconseiller aux Princes qui nous gouvernent d’intervenir dans l’économie comme dans le social. Point qui va à l’encontre de leur idéologie pro étatique.

La deuxième motivation proposée par Avinash Dixit réside dans la moindre formalisation de cette théorie, or les enseignants chercheurs de PSE sont dans l’incapacité de concevoir le « correctement scientifique » en dehors d’une formalisation mathématique au prétexte que la formalisation verbale cache des hypothèses implicites. Un mauvais argument, au demeurant, tant la formalisation mathématique est pleine d’hypothèses implicites difficiles à détecter si l’on n’a pas reçu un bagage mathématique de haut niveau (par exemple en postulant sans justification des fonctions d’utilité quasi linéaires, ce qui élimine l’effet revenu des variations de prix et permet d’obtenir des résultats moins ambiguës mais incorrects du point de vue de l’analyse économique).

La troisième motivation porte sur l’aspect règles du jeu économique par opposition aux résultats du jeu lui-même. La théorie des choix publics, issue des travaux de James Buchanan et Gordon Tullock (1965)[26], déplace la question fondamentale de l’économie politique vers les raisons des règles de l’interaction sociale, politique et économique et non pas vers les résultats de ces interactions. Direction de recherche qui va à l’encontre de ce que les financeurs publics sont prêts à payer, puisqu’une évaluation d’une politique publique a pour objet justement de vérifier si les résultats d’une interaction ont été modifiés par l’intervention de l’État.

Ne soyons pas sévères, la compétition sur le marché des idées est indispensable et tous les courants de l'analyse économique et méthodologique, même les plus discutables comme celui du scientisme affiché de PSE, peuvent s’exprimer tant qu’ils n’ont pas pour but d’imposer un monopole étatique sur la pensée économique. Ce dont on peut douter en observant la création de cette école aux prétentions intellectuelles démesurées.

 

7. Conclusion

La dépendance de PSE à l’égard de l’État perdure et obère le prestige de cette institution sur deux points. Le premier donne une image de marque négative de PSE : celle d’un regroupement disparate d’économistes ou de chercheurs en sciences sociales issus des grandes écoles pour satisfaire un intérêt particulier : grimper dans les classements internationaux et ajouter des revenus supplémentaires au salaire de certains fonctionnaires. Cela permet aussi de gonfler l’orgueil des « insiders » qui sont affiliés ou associés à PSE en profitant des réseaux des grandes écoles dont ils ne sont pas issus tout en profitant de la réputation et des rémunérations supplémentaires offertes par PSE.

Le second fait de cette école une énième institution de recherche au service de l’État. Sous l’angle de la recherche appliquée, PSE n’est pas une innovation. Dans le paysage de la recherche publique en France, la stratégie de PSE a été mise en œuvre depuis très longtemps avec les appels d’offres des administrations adressées aux équipes d’enseignants-chercheurs de n’importe quel laboratoire de recherche dans n’importe quelle université. Cela a toujours constitué un moyen d’ajouter un complément de rémunération pour les économistes et d’établir un lien de dépendance entre l’administration et les équipes de recherche qui vivent de ces appels d’offres (économie de l’éducation, économie de la santé économie de la défense, etc.). Malheureusement, les travaux d’évaluation et d’expertise des politiques publiques de ces équipes de recherche n’aboutissent pas à une plus grande efficacité des politiques économiques pour la raison simple que la politique économique pratiquée par les hommes politiques n’a pas pour but premier d’améliorer le bien-être de la population mais plutôt de : 1) faire en sorte que les hommes politiques soient réélus et 2) permettre aux bureaucrates qui mettent en œuvre la politique économique de la détourner pour poursuivre l’extension de leur administration dont ils tirent pouvoir et revenu. La « fausse » naïveté des chercheurs de PSE comme de tous les autres qui pratiquent cette activité vient ou bien de leur méconnaissance de la théorie des choix publics ou de leur incrédulité à l’égard de cette discipline tant ils sont imprégnés de la mystique de l’État.

 

Épilogue

Comme le rappelle la Cour des comptes. La dotation initiale qui devrait permettre de
financer les dépenses, avoisinant 9 millions d'euros par an, n'est pas suffisante. Pour respecter le ratio actuel des revenus tirés des produits financiers, elle devrait s’élever à 200 millions d’euros. On en est très loin à moins de faire un holdup sur les stocks d'or thésaurisés dans les caves de la banque de France.
 

La dépendance de PSE à l'égard de ceux qui la financent, la course aux contrats et la chasse à la subvention pour échapper à la contrainte d’un déficit payé par les seuls intérêts de la dotation va inciter les chercheurs qui en vivent à sacrifier leur indépendance intellectuelle pour entrer dans une course effrénée à la recherche de rentes publiques ou aux chaires pseudo-privées. Cet environnement va stériliser leur créativité et les soumettre à la pensée unique. Le mode de financement, la structure fédérative et le mode de gouvernance ne sont pas adaptés aux ambitions des ingénieurs sociaux qui travaillent dans cette institution. La fusion des établissements fondateurs dans PSE et la privatisation de cette institution serait sans doute une solution alternative plus conforme aux ambitions de la Paris School of Economics.

 

« Qui gladio ferit gladio perit »[27] Qui se sert de l’épée périra par l’épée, c'est une leçon que devraient retenir tous ceux qui travaillent dans cet établissement.

 



[1] Ce qui explique l’entrée de l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne dans la fondation, les doctorats fait à PSE sont délivrés de droit par l’Ecole doctorale de Paris 1. Un non dit sur lequel nous allons revenir.

[2] Financement de voyages aux états Unis pour présenter des papiers, échanges de postes et coopération avec des étrangers pour lier des relations d'amitiés avec des chercheurs étrangers ayant déjà une réputation et offrant l’accès à des publications dans des revenus de haut niveau ; mise à disposition de base de données extrêmement coûteuse qu’un chercheur indépendant ne peut payer sur ses propres deniers, mise à disposition d’un bureau, d’un secrétariat, de techniciens, d’informaticiens et aussi d’une synergie avec des économètres, statisticiens etc.

[3] Les établissements fondateurs ont donné leur accord pour une signature commune sous la bannière de PSE à condition que l’institution d’origine de l’auteur soit mentionnée. Mais le lecteur retient PSE et non pas l’institution d’origine de telle sorte que la réputation internationale a été transférée totalement à PSE.

[4] Règles rappelées dans la charte déontologique de PSE.

[5] Malheureusement dans le cas d’une privatisation de PSE, puisque les 140 enseignants chercheurs de PSE sont presque tous fonctionnaires, la fondation serait contrainte de les payer au prix du marché des standards internationaux, soit en moyenne 150 000 euros par an et par chercheur, ce qui fait une dépense annuelle supplémentaire de 21 000 000 d’euros, plus que la dotation initiale non consomptible de la fondation. Il lui faudrait donc augmenter ses ressources annuelles de cette somme. Ce qui semble hors de portée de cette fondation et explique incidemment qu’elle ne fonctionne que parce le contribuable paie le salaire de la presque totalité des 140 chercheurs affiliés ou associés.

[6] Le choix d’une fédération et non pas d’une fusion révèle cette motivation.

[7] En 2019 PSE est aux 6ème rang des départements d’économie devant Toulouse School of Economics (TSE) qui en en 8ème positions, Harvard University est en tête du classement. Ce classement, parmi d’autres, dépend du nombre d’auteurs inscrits au service Auteur RePEc dans les institutions respectives. Le nombre total d’auteurs inscrits à ce classement est de 55 189. Les départements doivent être inscrits à l’ERDIC qui contient 14 270 départements d’économie ou centre de recherche de 232 pays ou territoires. PSE en fait partie mais aussi séparément les fondateurs de PSE. Les publications jouent un rôle essentiel dans ce classement. Le rang est mesuré en fonction d’une combinaison de critères : citations, nombre de papiers, nombre de coauteurs, etc. https://ideas.repec.org/top/top.econdept.html.

[8] A leur décharge, la direction exécutive cherche à montrer que l’objectif de ce regroupement a été atteint. Cependant le coût d’opportunité de grimper dans les standards internationaux est supporté essentiellement par le contribuable qui paie et les bénéficiaires sont les 140 enseignants chercheurs de PSE. Les dépenses moyennes de PSE sur les 6 dernières années ont été voisines de 9 millions d’euros par an. Si on mesure la performance en termes de réputation internationale dans les standards internationaux des départements d’économie, le coût pour le contribuable de permettre à PSE de gagner 2 rangs dans ces classements en 6 ans est approximativement de 55 millions d’euros (voir tableau 1). Maintenant les gains de réputation mesurés par 2 rangs dans l’échelle des classements sont partagés par les 140 chercheurs de PSE. Le gain de réputation de chaque chercheur coûte au contribuable 393 000 euros qui mesure aussi la rente publique distribuée à chacun pour accélérer sa carrière professionnelle.

[9] Daniel Cohen est un normalien, Professeur à l’école normale et à l'université de Paris 1, très engagé à gauche et Président du Conseil scientifique de la fondation Jean-Jaurès. Il a été aussi directeur du CEPREMAP, membre du Conseil d’Analyse Economique et « Senior Advisor » à la banque Lazard.

 

[10] Bruno Le Maire succédera au préfet Mongin comme directeur de cabinet de Dominique de Villepin.

[11] À l'époque, Le Maire est le collaborateur de Dominique de Villepin, Premier ministre de Chirac. Sarkozy est à Beauvau. Thomas Piketty s’engagera auprès de Ségolène Royal la candidate du Parti socialiste pour la campagne présidentielle de 2007.

[12] Guesnerie souligne le rôle essentiel de Dominique de Villepin dans la création de PSE tant il y avait des réticences à la fois dans le milieu universitaire et des grandes écoles et le milieu administratif pour concrétiser cette opération.

[13] Conférence de Presse de Dominique de Villepin du 29 septembre 2005- http://discours.vie-publique.fr/notices/053002645.html

[14] Décédé en Août 2018.

[15] À la demande de Thomas Piketty qui ne voulait pas que PSE dépendent des subventions publiques pour garder une autonomie en matière de recherche et pour contraindre les chercheurs à faire appel aux fonds privés au grand désespoir de Laurent Mauduit ? Voir Laurent Mauduit, Les imposteurs de l’économie, Don Quichotte (2012/2017).

[16] Fondation de droit américain présidé par Georges du Ménil, avec Pierre-André Chiappori et Pierre Yves Geoffard comme membres du Board, cette fondation américaine, au financement plutôt opaque, lève des fonds à l’américaine en organisant des dîners de gala, et finance, entre autres, des programmes d’échange de chercheurs de PSE avec leurs homologues américains sur des périodes courtes de 10 jours ce qui leur permet de constituer un réseau qui offrira à terme l'accès aux revues américaines de prestige, publications qui seront utilisées pour sélectionner et promouvoir la carrière des membres de cette Ecole. Elle lève aussi des fonds spécifiques pour des projets visant à améliorer l'enseignement de l’économie dans les lycées.

[17] AXA est la première marque mondiale d’assurance. L’AXA Research Fund finance des chaires avec une dotation de 200 000 euros chaque année sur 5 ans, des bourses post doctorales et des prix.

[18] Boussard & Gavaudan Holding Limited est un fonds de type fermé enregistré à Guernesey, un paradis fiscal. Le patron, Emmanuel Boussard, est un ancien normalien.

[19] Exane est une entreprise d’investissement spécialisée dans l’intermédiation d’actions, des dérivés d’action et de l'Asset management. Depuis 2006, Exane s’est engagé dans un projet citoyen de soutien à la recherche et à l’enseignement supérieur, un secteur désormais au cœur de la croissance mondiale. Le Groupe a déjà noué six partenariats avec l’École d’Économie de Paris, l’École d’Économie de Toulouse, Paris Tech, l’Université Paris Dauphine, HEC et l’ESSEC. Le PDG était à l’époque Nicolas Chanut. Exane, dans son programme d’aide à la recherche et l’enseignement supérieur, met 1 million d’euros sans condition sur les thèmes mais sur l'efficacité budgétaire du projet.

[20] Homme politique, condamné pour prises illégales d’intérêt à six mois d’emprisonnement avec sursis, 60.000 euros d’amende et un an de privation des droits civiques et civils, c’est-à-dire à un an d’inéligibilité qui l’empêchera de se représenter à la Présidence de l’Île de France. En 2015, son successeur sera Valérie Pécresse. Elle inaugurera, en février 2017, le Campus Jourdan, et en 2018 fera nommer Jean Paul Huchon, Président Honoraire de l’Île de France pour services rendus à l’Île de France.

[21] À titre de comparaison, l'école d'économie de Toulouse (TSE) a été dotée initialement par l’État de 13,6 millions d'euros dont 90 % étaient non consommables et a obtenu du secteur privé une dotation d'un montant de 33 millions d'euros dont 32 n'étaient pas consommables. L’État s'est alors engagé à mettre la même somme que le secteur privé en dotation non consommables ce qu'il a fait en apportant 30 millions d'euros. L'école de Toulouse se trouve alors à la tête d'une dotation de 63 millions d'euros non consommables qui produit un revenu annuel moyen sous forme d'intérêt de 3 millions d'euros (2,2 millions en 2016 et 4,5 millions en 2015 par exemple).

[22] Jugée par les enseignants chercheurs de PSE comme relativement faible comparée aux standards internationaux, voire à leurs collègues de l'école de Toulouse.

[23] Interview Daniel Bastien les Echos 23/06/2014.

[24] On peut se reporter à l’ouvrage de Pierre Cahuc et André Zylberberg (2016), Le négationnisme économique, Champ Actuel Flammarion, pour un plaidoyer pour la méthode expérimentale en économie.

[25] Avinash Dixit (1996), The Making of Economic Policy, CES MIT Press.

[26] James Buchanan et Gordon Tullock (1965) The Calculus of Consent, Ann Arbor Paper back. Voir aussi Geoffrey Brennan & James Buchanan (1985), The reason of rules, Constitutional political economy, Cambridge University Press.

[27] Renzo Tossi (2010), Dictionnaire des sentences latines et grecques, Jérôme Million, p.598.



 

   
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