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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
Qu'est-ce qu'une nation ?
 

La France, l’État, Dieu ou la Nation sont des non existants.

Par Bertrand Lemennicier, 18/02/2018

La question de la préservation de l'Unité de la Nation grâce au service militaire n'est pas propre au Président de la République actuelle, en 2015 suite aux attentats, un groupe de députés de droite a proposé de rétablir un service national obligatoire.

Xavier Bertrand, et d’autres députés[i] avec lui, ont proposé une  loi le 8 avril 2015 [ii]visant à instaurer un nouveau service national obligatoire. L’exposé des motifs, ci-dessous, est très clair quand aux objectifs poursuivis et mérite un arrêt sur image : 

« Le sentiment d’appartenance à la Nation française s’est délité, et avec lui, la perte des valeurs et des repères qui font la République. Les actes de terrorisme qui ont si durement touché notre pays ont montré entre autres qu’il y avait une faillite dans la manière dont se bâtit la cohésion de notre société. Les causes de cette dérive sont multiples, et les plus exposées sont les nouvelles générations.

Plusieurs réponses existent, en matière de sécurité bien sûr, en matière d’éducation, mais aussi en matière de citoyenneté. Et il apparaît qu’il n’y a plus de moment obligé, dans la vie de tout citoyen où le service de la Nation devient une réalité concrète, depuis la disparition du service militaire en 1997. Celle-ci répondait à l’époque à un enjeu simple : la professionnalisation des armées. Mais l’intérêt qu’il y avait pour les jeunes citoyens à trouver une forme d’engagement au service de leur pays et de leurs concitoyens a été sous-estimé.

Face à ce constat, il faut rétablir un temps dans la vie de chaque jeune Français où celui-ci se voit rappeler ses droits et ses devoirs vis-à-vis de son pays ; un moment de creuset national qui permette de dépasser les appartenances sociales, culturelles ou religieuses ; un moment de partage républicain.

C’est pourquoi nous proposons l’établissement d’un service national obligatoire :

– un service d’une durée d’au moins 3 mois, pour permettre à la fois un temps d’apprentissage des droits et de devoirs du citoyens, la détection de l’illettrisme pour retrouver le sens de la vie en communauté nationale, pour accomplir des missions d’intérêt général dans la sphère publique ou associative ;

– national, parce qu’il doit concerner chaque jeune Français, sans distinction de genre, de classe ou d’origine

– obligatoire, parce que l’appartenance à la Nation n’est pas une option, et que l’intérêt national doit justement retrouver une valeur supérieure par rapport aux contraintes personnelles.

La dernière phrase est symbolique « l'appartenance à la Nation n’est pas une option ».


[i] Xavier BERTRAND, Jean-Pierre DECOOL, David DOUILLET, Gérald DARMANIN, Jean-Pierre BARBIER, Jean-Claude BOUCHET, Marcel BONNOT, Alain CHRÉTIEN, Olivier DASSAULT, Bernard DEBRÉ, Bernard DEFLESSELLES, Dominique DORD, Daniel FASQUELLE, Georges FENECH, Marc FRANCINA, Bernard GÉRARD, Michel HEINRICH, Michel HERBILLON, Patrick HETZEL, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, Thierry LAZARO, Laurent MARCANGELI, Philippe Armand MARTIN , Alain MARLEIX , Franck MARLIN, Patrice MARTIN-LALANDE, Damien MESLOT, Pierre MORANGE, Alain MOYNE-BRESSAND, Dominique NACHURY, Bernard PERRUT, Axel PONIATOWSKI, Paul SALEN, Jean-Pierre VIGIER, Michel VOISIN, Marie-Jo ZIMMERMANN, Élie ABOUD,

[ii] http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion2712.asp

__________________________________

La principale illusion qui fausse le jugement de nos députés vient du mot "Nation" qui est un concept sans contrepartie dans la réalité. La France, l’État, Dieu ou la Nation  sont des constructions intellectuelles, des abstractions, qui ne prennent une existence que dans notre esprit. On rencontre des gens qui parlent au nom de la France, de l’État, de la Nation ou de Dieu, mais nous n’avons jamais rencontré Dieu, ni la France encore moins la Nation ou l’État. Ce ne sont pas des personnes, et les personnes qui parlent au nom de ces abstractions n’ont aucune autorité morale ou intellectuelle pour le faire et encore moins pour imposer, par « la force de la loi », aux autres leurs conceptions intellectuelles du vivre ensemble.

 

Prenons l’exemple du mot « la France » pour expliquer simplement pourquoi le mot "France" est une représentation de quelque chose qui n'existe pas et rend opaque la vérité sous-jacente à ce concept.

 

 « […] Mesdames et Messieurs, la France est fière de l'action de ses soldats en Afghanistan parce que les soldats français servent une cause juste, celle de la paix et de la dignité humaine. »

  

Nous avons extrait cette phrase du discours du Président de la République le 12 juin 2008 lors d’une visite à Kaboul [[1]]. Il parle de la France comme s’il s’agissait d’une personne. Il en parle comme si lui-même incarnait la France. Mais le Président n’est pas la France, au mieux il représente, via un mandat électif, une faction politique, la plupart du temps minoritaire, des français.

 

Cette façon de procéder cache la vérité sur la réalité de la concentration du pouvoir dans une seule main. Elle fait oublier que le Président de la République française peut déclarer la guerre ou envoyer des troupes sans l’aval du parlement. Ce pouvoir de disposer des armées est même constitutionnel. Il peut en user ou abuser comme bon lui semble. Le Président Jacques Chirac refuse d’engager les armées françaises dans la coalition internationale contre Saddam Hussein et le Président François Hollande engage celle-ci unilatéralement pour sauver le pouvoir de son ami, camarade de promotion à l’ENA, Président du Mali avec lequel des accords spéciaux de coopération militaire ont été passés pour dégager l’armée française de toute responsabilité sur des tiers innocents lors de ses interventions militaires. Que ces engagements de l’armée française le soient pour une cause juste ou non n’est pas la motivation principale de la projection des forces françaises dans le monde.

 

Cette pratique de la personnification est particulièrement dangereuse car elle use du concept de personne, pourtant si difficile à définir, comme un moyen de nous faire tous adhérer à des actions que pris individuellement nous refuserions ou nous désapprouverions. Déjà, en 1848, Frédéric Bastiat [[2]], dans son pamphlet contre l’État, soulignait la dangerosité de cette pratique :

 

« Je prétends que cette personnification de l'État a été dans le passé et sera dans l'avenir une source féconde de calamités et de révolutions ».

 

Cette réflexion de Frédéric Bastiat sur l’État [[3]], comme beaucoup d’autres d’ailleurs,  a été prémonitoire quand on pense aux massacres perpétrés par les États-nation sur leurs propres citoyens au XXème siècle [[4]].

 

L’historien Parker Thomas. Moon (1936) [[5]] de l’université de Columbia a explicité, il y a longtemps, cet argument lorsqu’il a écrit sur l’impérialisme des États au XIX siècle.

 

" Le langage rend souvent opaque la vérité. Plus souvent qu’on le croit, nos yeux sont aveugles aux phénomènes des relations internationales par de simples artifices de la langue. Quand quelqu’un utilise la monosyllabe : " France ", il pense la France comme une unité, une entité. Quand il s’agit d’éviter une répétition, nous utilisons un pronom personnel en se référant au pays - quand par exemple nous disons-la France a envoyé ses troupes pour conquérir la Tunisie- nous imputons non seulement l’unité mais aussi la personnalité au pays. Les mots mêmes cachent les phénomènes et font des relations internationales un drame glorieux dans lequel des nations personnalisées sont des acteurs, et on oublie trop facilement la chair et le sang des hommes et des femmes qui sont les véritables acteurs. Combien cela serait différent si l’on n’avait pas de mot tel que la -France-, et si on devait dire au lieu - 38 millions d’hommes de femmes et d’enfants aux intérêts et aux croyances les plus divers, habitant un territoire de 218 000 miles au carré ! Alors on devrait décrire plus précisément l’expédition de Tunis de la façon suivante : - un petit nombre des 38 millions de personnes ont envoyé 30 000 autres personnes pour conquérir Tunis- Cette façon d’écrire suggère une question, ou plutôt une série de questions. Qui est le petit nombre ? Pourquoi envoie-t-il 30 000 personnes à Tunis ? Et pourquoi obéissent-ils ? "

 

On peut, par analogie, reprendre l’argument de Moon à propos de l'intervention française au Mali. Si nous n'avions pas de mot tel que « la France », alors on pourrait décrire plus correctement l'intervention militaire française comme suit : une petite poignée d'hommes, les membres du gouvernement, a envoyé un corps expéditionnaire composé de milliers d’hommes dans ce pays. Cette manière de poser les faits suggère des questions différentes.

 

Qui est la poignée d'hommes? Des militaires, des hommes politiques, une coalition d’hommes politiques de différents pays ? Eux-mêmes agissent-ils comme des mandataires ? Et qui sont les mandants, des citoyens, des factions politiques ou des groupes de pression ?  Pourquoi a-t-on envoyé un corps expéditionnaire composé de milliers hommes? Pourquoi ces derniers obéissent-ils à cette poignée d’hommes ? Ce sont, en fait, ces milliers d’hommes qui sont les acteurs et qui vont agir sur le terrain. Les autres n’ont fait que commanditer ces actions. Par quel mystère obéissent-ils? Pour la solde et les primes ou l’avancement de leur carrière, par goût d’aventure, parce qu’ils ont pris l’habitude d’obéir au supérieur hiérarchique ? Par fraternité de combat, comme l’ont fait leurs aînés qui, à la chute de Dien Bien Phu, se portent volontaires pour sauter sur le camp retranché sachant qu’ils vont mourir avec leur frère d’armes ? Est-ce que faire la guerre pour une cause juste est juste [[6]]? Pourquoi « faire la paix » serait une cause juste ? D’ailleurs quelle paix ? Qu’est-ce que la dignité humaine ? Paix, Cause juste, dignité humaine sont des mots, des abstractions, qui prennent corps dans la réalité sociale, politique et économique par le fait même de nos actions guidées par ces croyances intériorisées dans nos esprits.

 

Il en va de même avec le concept de nation. Ernest Renan (1882) [[7]] est fameux pour avoir donné une définition de la nation que nous reprenons ici pour l'analyser: 

« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. » (p.33 Renan op.cit.)

Ou encore :

"Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez- moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de la vie" ((p.34 Renan op.cit.)

Renan est on ne peut clair quant à l’usage d’une métaphore tirée d’un organicisme affiché. Il traite le concept de nation comme si celle-ci était une personne. Les mots solidarité, sentiment de sacrifice, de consentement, de désir de continuer la vie commune s’appliquent à des êtres humains, mais la nation n’est pas un être humain. Elle est simplement un agrégat d’êtres humains. Comment un groupe en tant que groupe peut-il agir ? Quel peut être le comportement propre d'un groupe, si ce n'est le comportement des membres qui composent ce groupe ? Comment une société peut-elle avoir des valeurs ou des préférences indépendamment des membres qui la constituent? Elle n’en a pas. Ce dont on parle est nécessairement les valeurs et préférences de certains de ses membres. Pourquoi devrait-on adopter leurs valeurs et préférences? Elles ne sont pas supérieure à d'autres préférences ou valeurs morales. En quoi devraient-elles être imposer à tous ? Pour cela il faut démontrer que ces valeurs sont "objectivement" supérieures aux autres. Or on ne le peut pas. La seule chose que l'on puisse faire c'est de trouver un moyen  pour que chacun puisse conduire sa vie avec ses valeurs et préférences sans empêcher les autres de faire de même grâce à un état de Droit.  Comment  des députés, surdiplômés,  sont-ils amenés à croire au concept de Nation et à imposer par la force ce concept comme eux le pensent.

Comment se fait-il qu'ils croient en la Nation et avec eux une grande partie de la population de la même manière qu’ils croyaient au Père Noël quant ils étaient dans leur prime enfance? Ce n’est pas par hasard qu’ils y croient. Le mécanisme est bien connu à la fois des sociologues, des politologues et des économistes. Le raisonnement est le suivant. 

Tous les faits sociaux, économiques ou politiques résultent, par définition, des actions humaines. C’est ce qui les différencie les sciences sociales des sciences de la nature. Or, le caractère subjectif des données en sciences sociales est essentiel à la compréhension des phénomènes économiques et sociaux. Le Prix Nobel d’économie Friedrich Von Hayek (1953) [[8]] écrit :

« La plupart des objets de l'action humaine ou sociale ne sont pas des " faits objectifs " au sens spécial et étroit où ce terme est utilisé par les sciences et opposé aux " opinions " ; ils ne peuvent en aucune manière se définir en termes physiques. Pour ce qui est des actions humaines, les choses sont ce que les gens qui agissent pensent qu'elles sont. »

Si les gens croient à l’existence d’une Nation ou de l’État, alors qu’il s’agit d’abstractions et donc de non existants, comment  ces concepts prennent-ils corps dans la réalité sociale ? Le sujet humain croît à ces non existants  « simplement parce que c’est ce qu’on croit autour de lui; ce qu’on lui a appris. Il est, ici, effectivement sujet à l’illusion : il croit, à tort, que ce qu’il croit est objectivement fondé » [[9]? Or, la nation est ce que les gens qui agissent pensent qu’elle est. C’est de cette fausse conscience dont les individus sont victimes et qui offre aux hommes politiques une occasion d’exploiter cette croyance pour mettre en avant le sentiment national et exiger des sacrifices dont ils toucheront les bénéfices électoraux conjointement avec les factions qui les soutiennent.

Quand John Kennedy en 1960 se présente à la Présidence et affirme :

« Vous qui, comme moi, êtes Américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays » 

Il utilise aussi cette mystique de la Nation (ou du pays), un non existant, pour que l’on sacrifie nos vies à ses ambitions politiques, car on ne peut sacrifier nos vies à une abstraction qui n’a pas d’existence en soi. En conséquence, la seule réalité qu'il y a derrière cette phrase est que l’on sacrifie sa vie ou ses ressources au profit de celui qui parle au nom de la Nation (ou du pays).

C’est ce qu’on toujours fait les « croyants » contrairement aux mécréants. Ils sacrifient leur vie à des gens qui parlent au nom de leur Dieu, entité dont ils ne peuvent prouver « l’existence », mais qui leur font miroiter un paradis dans l’au-delà. Les hommes politiques ne sont pas différents des curés, rabbins, imams et autres cadres des diverses religions qui se sont développées de par le monde depuis des siècles à une exception, au lieu du Paradis dans l'au delà, ils promettent le paradis sur terre à  certains individus au détriment d’autres individus. Ce qui peut expliquer la forte résilience des religions encore aujourd'hui dans notre monde contemporain.

Le mot solidarité est aussi une abstraction vide de sens si on ne précise avec qui on est solidaire. On ne peut être solidaire de quelqu’un que l’on ne connaît pas ou qui peut être un criminel. Le sentiment de sacrifice nécessite de dire quels sont ces sacrifices dont on parle et pour qui on les fait : la mort, le sacrifice suprême, ce dont se targuent les militaires, l’impôt ce dont les contribuables se plaignent devant l’usage que les hommes politiques en font ? Qui les supportent et qui ne les supportent pas, à qui profitent-ils ? 

 Le consentement, là encore, n’est pas un fait tangible et ne peut être confondu avec l’obéissance civile induite par la peur ou sa menace, ni avec l’abstention lors d’un vote. Un désir clairement exprimé ne peut être déduit de l’abstention d’agir, mais d’une action affirmant le non consentement. Les hommes d’État reconnaissent eux-mêmes ce principe puisqu’ils exigent une preuve de non consentement quand il s’agit de prélever un organe à la transplantation en niant les droits de propriété de chaque individu sur lui-même. L’évasion fiscale exprime un désaccord avec le poids de la spoliation légale et l’usage qui peut être fait par les bénéficiaires de ce transfert. Les individus qui prennent les armes et entrent en rébellion contre la faction politique au pouvoir, ou contre la pression sociale exercée par leurs contemporains, révèlent le désir de cesser la vie commune par la partition ou sécession du territoire dans lequel ils résident.

On retrouve des « a priori » subjectifs dans la vision de Renan et de tous ceux qui adhèrent à sa conception de la Nation. Que veut dire, par exemple, la phrase : « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs » ?  Renan présuppose, par le mot « riche », que ces souvenirs sont de bons souvenirs partagés par tous. Mais ces souvenirs peuvent être particulièrement désagréables pour beaucoup de membres composant la société. En particulier, on ne peut pas déduire de la conscription militaire, du service universel obligatoire ( futur camp de rééducation à l'idéologie républicaine qui nous rappelle la même motivation des camps de rééducation dans les États ex communistes ou celle de la rééducation des conducteurs ayant perdu leurs points sur leur permis de conduire) ou du service de travail obligatoire (peine réservée aux petits délinquants ou bien à une classe d'âge sous le gouvernement de Vichy pour travailler dans les usines allemandes) que ces activités amènent de bons souvenirs du fait même de l’aspect non volontaire de l’engagement de l’individu qui le subit. En effet, les coûts d’opportunité de cette conscription sont supportés par le conscrit et les bénéfices sont saisis par des tiers n’en supportant pas les coûts. Cette dissociation entre coûts et bénéfices est une source fondamentale de conflits et d’exploitation d’un groupe par un autre. Évoquer l’unité nationale ne change rien à la réalité de cette externalité négative imposée par le pouvoir politique.  Ce cynisme tranquille de la part des hommes politiques qui considèrent comme naturelle une conduite contraire à la morale la plus élémentaire laisse pantois l’observateur.

Par ailleurs, cette définition de la Nation par Renan est aussi applicable à tout groupe humain y compris à la cellule la plus petite : celle de la famille. Ce qui nuit à sa généralisation.  Elle peut s’élargir à la commune où l’on vit. Mais au-delà qu’en est-il ? Pourquoi un Parisien aurait en commun avec un Marseillais un riche legs de souvenirs s’il vit à Paris et non à Marseille ? Quel désir avons-nous de vivre ensemble avec des amish, des musulmans, des protestants, des catholiques ou des bouddhistes sans parler des socialistes et autres partageux ? Comment les individus expriment-ils leur consentement à vivre avec les autres sinon en choisissant librement de vivre avec des gens qui leur ressemblent ?

 La ségrégation spatiale, ethnique et religieuse en résulte, au grand désespoir des tenants de la mixité sociale. De la ségrégation spatiale à la sécession il n’y a qu’un pas. Or, les hommes de l’État abhorrent la sécession car  leur base fiscale se réduit drastiquement et donc leur pouvoir d’oppression avec elle. C'est sans doute de cette perte de pouvoir dont ont  peur  nos élus car l'émiettement des nations et leur fragmentation est la menace essentielle à l'unité de la nation, cette fiction qui leur permet, croient-ils, de compter sur l'obéissance civile du plus grand nombre au pouvoir.

 On ne peut nier le besoin qu’ont les individus d’appartenir à un groupe (celui des homosexuels), à un clan (celui des Siciliens), à un club de football (celui de Marseille), à une société de pensée secrète (celle de la Franc-maçonnerie), ou au contraire transparente (celle de la Mont Pèlerin), à des communautés (juive, musulmane, corse, bretonne) ou encore à des corps professionnels (les militaires, les enseignants, les compagnons de Lyon ou de Paris, les confréries vinicoles) ou une association d’usagers (les contribuables associés) ou charitable (Le Rotary Club). Les services rendus par ces groupes sont éminents : réputation, entraide en cas de difficulté, information privilégiée, recrutement pour un emploi, avancement dans la carrière professionnelle, réseau d’influence sur l’opinion, groupe de pression auprès des pouvoirs publics etc. Tous ces groupes répondent à la définition de notre auteur.

Il ne faut pas non plus se méprendre sur le sentiment d’appartenance. On n’appartient pas à une nation ni à un territoire, ni à un État, qui sont des non existants sans aliéner son libre arbitre et sa condition d’être humain en tant qu'être humain. Un territoire nous appartient au sens où des droits de propriété sont parfaitement définis sur les terres qui le constituent et dont on peut exclure autrui. On est propriétaire de son territoire et copropriétaire des parties communes à un ensemble de territoires adjacents parce qu’ils sont tangibles même si les services qu’ils rendent sont subjectifs. Mais que veut dire être propriétaire d’une Nation c’est-à-dire d’un agrégat d’individus, s’il n’est pas incorporée dans un territoire et si l’esclavage privé ou publique est exclu? Cela ne veut rien dire.

Toute cette discussion autour de ces concepts n'intéresse pas normalement les hommes au pouvoir tant que l’on obéit servilement aux ordres et lois qu'ils passent et que l'on accepte de sacrifier pour eux nos vies (conscription) et nos revenus (impôts).  En revanche, dès qu'ils sentent une montée de la désobéissance civile, un scepticisme sur leur capacité à offrir le paradis sur terre à quelques élus de l'ascenseur social, ils s'inquiètent et commencent leur propagande autour du concept de Nation. Ce qui prouve a contrario que l'émiettement du sentiment national et la fragmentation des États Nations a pris corps dans la  réalité sociale par nos actions "d'incroyants" en la Nation et qu'ils essaient d'endiguer un mouvement qu'ils ne maîtrisent plus, ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui aspirent à une alternative aux États-nations d'aujourd'hui.

N'oublions pas que ces États-nations utilisent toujours le sentiment national comme levier émotif pour nous faire accepter l’inacceptable : la violation de nos droits « naturels et imprescriptibles que sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». (Article 2 due la déclaration des droits de l’homme de 1789 au préambule de la Constitution de la Ve République).


[2] Frédéric Bastiat, 1848, « L’État » Journal des Débats, numéro du 25 septembre.

[3] Une erreur semblable est souvent commise à propos du marché. Taxer le marché " d'impersonnel " ou de parler de la moralité du marché ou traiter le capitalisme de sauvage n’a pas de sens. Le marché n'étant pas une personne consciente, il ne peut donc qu'être impersonnel. Les capitalistes sont peut-être des sauvages, mais le capitalisme ne peut pas l’être. Les ouvriers se plaignent souvent que le marché ne leur accorde pas les salaires qu’ils méritent. Si le marché ne paie pas assez les ouvriers, la réalité concrète dont se plaignent ces ouvriers, c'est que les employeurs Jean ou Sophie ne sont pas prêts à payer la somme qu'ils demandent. Ainsi Le prix Nobel d'économie J.Stiglitz écrit :

"Les économies de marché ne sont pas capables de s'autoréguler. Elles sont soumises à des chocs qui échappent à leur contrôle. Il leur arrive de perdre la tête et de paniquer, de passer de l'exubérance au pessimisme irrationnel, de virer à l'escroquerie, de prendre des risques tels qu'ils relèvent presque du pari, et les coûts des erreurs et des méfaits sont très souvent supportés par l'ensemble de la société."

Il est possible que certains capitalistes perdent la tête, mais une économie de marché n'a pas de conscience individuelle et ne peut donc perdre la tête. Stiglitz commet une faute de raisonnement en prêtant à un non existant " une économie de marché" un comportement propre à des humains. Ce sont les être humains qui échangent et qui constituent par leurs actions une économie de marché qui peuvent avoir de tels comportements pris individuellement mais pas le groupe lui même qui n'agit pas en tant que tel. Stiglitz fait un sophisme classique de généralisation hâtive en inférant du comportement de quelques capitalistes que le groupe entier se comporte de la même manière que ces personnages exubérants et irrationnels. Or, c'est cela qu'il faut démontrer. D'ailleurs, à la fin de sa phrase, notre Prix Nobel contredit son propre argument puisqu'il affirme que le coût des erreurs et des méfaits (sans doute de quelques capitalistes) sont très souvent supportés par les autres membres de la société. La question est donc comment se fait-il que les autres membres de la société puissent supporter le coût des erreurs ou des méfaits commis par d'autres? Habituellement cela relève du droit de la responsabilité civile.

 

[4] Rudolph Rummel, 1994, Death by Government, New Brunswick, Translation Publisher. Au XX ème siècle, sur l’ensemble du monde, plus de 4 milliards de personnes sont décédées toutes causes confondues, les hommes d’´État sont responsables, par l’usage de la violence politique, de la mort de 185 millions de personnes dans le siècle, soit un taux de mortalité de 462,5/100 000, la mortalité sur les routes en France est inférieure à 5/100 000. Vous remarquerez le paradoxe des hommes politiques qui justifient très souvent la mortalité de grande ampleur (l’avortement et les guerres) et s’efforcent par tous les moyens de réduire la petite mortalité (celle sur les routes, celle dues au tabac ou l’alcool.).

[5] Parker Thomas Moon1936, Imperialism and World Politics, New York, Macmillan. 

[6] Bertrand Lemennicier, ,2006 « La notion de guerre juste » dans L’homme libre, Mélanges en l'honneur de Pascal Salin, Edition les Belles Lettres 

[7] Ernest Renan, 1882, Qu’est-ce qu’une Nation ? Conférence à la Sorbonne du 11 mars 1882 parue le 26 mars 1882 dans le bulletin hebdomadaire de l'Association scientifique de France. 

[8] Friedrich Von Hayek (1953), Scientisme et sciences sociales Essai sur le mauvais usage de la raison. Traduit d’anglais par Raymond Barre Paris Pion, Chapitre 3.

[9] Pour reprendre une interprétation du culturalisme par Raymond Bondon (2004), Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme, Odile Jacob, Paris. P. 66.


   
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