Accueil
Vidéo conférences
 
Autres universes
Curriculum Vitae
 
Voir Panier
Connection client :
   
 
Nouveau compte ?
 
Evènements à la une
Les transplantation d'organes
Terrorisme
Le déclin des Etats Nations
la déchéance de la nationalité
Réformer le droit du travail
 
Recherche
 
Nous contacter
Liens
Plan du site
 
 
  
 
Powered by
BWM Mediasoft
Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
La notion de guerre juste : un point de vue critique
 
La notion de Guerre Juste : un point de vue critique
Par Bertrand Lemennicier
22-23 Mars 2003, Libertarian International Spring Convention, Krakow, Poland.


Les interventions au Vietnam, au Kosovo, à Panama, en côte d'Ivoire, en Afghanistan ou en Irak en 1991 étaient -elles justifiées ou plus exactement étaient-elles "justes ?" Si la guerre annoncée contre l'Irak est juste, comment doit-elle être menée ? Quelle différence existe-t-il entre la guerre annoncée contre le gouvernement irakien et celle contre les combattants islamistes ? En quoi les incursions israéliennes dans les territoires occupés par les Palestiniens sont-elles justifiées ? Autant de questions qui agitent les commentateurs et les gouvernements alliés des Etats Unis. Ces questions reçoivent normalement une réponse cohérente si l'on se reporte à la notion de "guerre juste".
La théorie de la guerre "juste" traite de la justification de la guerre (jus ad bellum) et comment elle doit être menée (jus in bello ) pour respecter les principes moraux qui sous tendent nos actions individuelles ou collectives. Il s'agit donc d'une réflexion morale sur les buts et les moyens de la guerre. On devine immédiatement que les désaccords auront pour origine les différentes visions que l'on a de la morale. On peut brièvement rappeler cette doctrine de la guerre juste développée par saint Augustin et saint Thomas D'Aquin.

En effet la théorie de la guerre juste a une longue histoire. Sans remonter à la Bible, ni à Aristote ou Cicéron, on peut créditer saint Augustin puis saint Thomas Aquinas de la première présentation systématique de cette théorie. Thomas d’Aquin discute non seulement de la justification de la guerre mais aussi du type de comportement qui doit être adopté dans de telles circonstances. Les arguments de saint Thomas d'Aquin vont devenir un modèle pour les scolastiques et les juristes. Les plus importants sont : Francisco de Vitoria, Suarez, puis Grotius et Pufendorf.

Au siècle dernier, avec le développement de l'armement nucléaire et les interventions militaires au Vietnam, à Panama ou au Kosovo ou encore dans le Golf cette théorie de la -guerre juste- a connu un renouveau grâce à l'ouvrage de Michael Walzer. Le langage même de "la théorie de la guerre juste" s'est répandu in dans les débats publics . M.Walzer dans la préface de la seconde édition de son livre mentionne que l'intervention au Panama fut baptisée "Opération juste Cause". A l'aube de la deuxième guerre du Golfe, baptisée "opération liberté" il est bon de revenir sur cette théorie. On peut la résumer brièvement de la façon suivante.


La doctrine classique de la guerre juste
Le "jus ad bellum" implique une cause "juste" (-empêcher un gouvernement criminel de nuire pour protéger la vie d'innocents et sécuriser les droits fondamentaux de l'homme) pour faire la guerre. Celle-ci doit être déclarée comme telle par une autorité légitime responsable de l'ordre public international et non par des individus ou des groupes privés, (-le Conseil de Sécurité de l'ONU), ceux qui font la guerre doivent avoir des intentions "droites" ( n'ayant aucun intérêt dans l'issue de la guerre autre que la paix), On doit avoir épuisé toutes les autres alternatives pacifiques de résolution du conflit (- diplomatie), ils doivent avoir une chance raisonnable de succès (guerre courte contre un adversaire plus faible) et usant de moyens proportionnés aux fins (n'utilisant pas l'arme atomique). Le "jus in bello" implique des règles de comportement pendant la guerre qui respectent les deux principes suivants : celui de la discrimination et de la proportionnalité. La discrimination veut dire que l'on sépare les combattants des non combattants ou des personnes innocentes, civils, femmes, enfants, prisonniers, etc. Le principe de proportionnalité implique que les effets collatéraux de la violence comme ses effets directs en termes de destructions de biens matériels ou de vies humaines soient minimisés (frappes militaires chirurgicales). L'idée est que la bataille s'arrête avant que cela ne devienne un massacre. Le "jus in bello" requiert que les intervenants dans la guerre soient responsables de leurs actes. Ils ne peuvent tuer des civils ou des combattants qui se rendent (-Tribunal de Nuremberg, création d'un tribunal pénal international). Il est frappant de remarquer que les guerres récentes ou à venir semblent satisfaire ces pré-requis édictés par des théologiens vivants au moyen âge. D'où l'intérêt d'une réflexion sur l'actualité de cette notion de guerre juste.





Tableau 1

Doctrine classique de la guerre juste

Contenu

Jus ad Bellum

Cause juste

Sont injustes les guerres d’expansion territoriales et celles liées aux ambitions politiques

Autorité légitime

Dans les mains d’hommes politiques, d’Etat ou d’organisations internationales .

Honnêteté des intentions

Pas d’intérêts privés sous jacent

Action en dernier ressort

Diplomatie

Chance raisonnable de vaincre

On ne fait pas la guerre contre un Etat sachant qu’on va la perdre : simple prudence

Jus in Bello

Discrimination

Combattants, non combattants,

Proportionnalité

Proportionnalité en réponse à l’attaque

Responsabilité des combattants

Responsabilité de ceux qui commandent





Les problèmes soulevés par la doctrine de la guerre juste
Une telle théorie n'est pas sans soulever de problèmes. Ainsi la notion d'une cause juste pour faire la guerre n'est pas aussi simple à définir que cela. Entre l'invasion d'un territoire, le Koweit, par une armée irakienne publique et nationale comme avec la première guerre du Golfe ou l'attaque des Twin Towers par des bandes armées privées, il y a de sérieuses différences. Dans un cas il s'agit de restituer un territoire envahi par un agresseur à ses occupants, dans l'autre cas il s'agit de poursuivre des agresseurs pour qu'ils rendent des comptes et qu'ils réparent le crime qu'ils ont commis ou pour les empêcher de nuire à nouveau. Si la cause semble juste, la façon de mener la guerre n'est pas du tout la même. Une guerre peut être "juste" mais la façon de la mener peut ne pas l'être. Mais est-ce qu'une cause juste s'arrête uniquement à la destruction de biens ou au vol d'un territoire ? Si la notion de bien s'élargit à des biens non tangibles comme l'honneur, le sentiment d'être menacé, le sentiment d'injustice sociale ou à des idéaux religieux ou nationaux, toutes les guerres ne deviennent-elles pas "justes" ? Quand les islamistes font la guerre "sainte", (la Jihad) font-ils la guerre pour récupérer un honneur perdu ou venger une "injustice" ou pour instaurer leur souveraineté ou leur conception de la vie au reste du monde ? Quand les Américains se lancent dans une expédition militaire pour punir un récalcitrant, qui refuse de rendre les armes qu'il cache sur son territoire parce que la possession de ces armes est ressentie par eux comme une menace, font-ils une guerre juste ou plus simplement luttent-ils pour préserver leur quasi-monopole militaire sur le reste du monde qui pourrait être mis à mal par la dissémination de l'arme nucléaire ? (voir B.Lemennicier)
Cette doctrine chrétienne et classique de la guerre juste rejette les guerres qui visent à augmenter la taille d’un territoire ou à satisfaire une ambition politique. Mais elle ne rejette pas une guerre qui vise à préserver les droits fondamentaux de l'homme. "Si les violations des droits fondamentaux de l'homme sont criantes .. une telle intervention dans la défense de droits de l'homme serait acceptable" écrit J. Rawls qui suit cette doctrine traditionnelle. Les quelques Français en faveur de l'intervention militaire Américaine soutiennent ce point de vue (voir Alain Madelin, Bernard Kouchner ou André Gluskman) . Mais accepter le principe d'une intervention humanitaire pour restaurer les droits fondamentaux de l'homme n'est pas sans défauts.

En premier vous devez définir ce qu’est un droit de l'homme, deuxièmement, si un gouvernement viole ces droits, pourquoi le peuple ne désobéit-il pas ou ne se révolte-t-il pas? Est-ce que nous devons attendre une demande de ce peuple opprimé ? Qui sera le vrai représentant de la résistance, s’il y en a une? En 1942 sous l'occupation allemande en France, qui était le représentant principal de la résistance française: les partisans de De Gaulle ou les communistes français? Entre les deux groupes lequel était le plus opposé aux droits individuels? Comment interpréter le fait que ce peuple opprimé n'émigre pas, n’entre pas dans une révolte ou dans une désobéissance civile massive? En 1956 à Budapest, quand les Hongrois se révoltent contre leur propre gouvernement, qui les aide à l'Ouest lorsque les chars Russe entrent dans le pays pour mater la révolte ? Si les Corses entrent en révolte parce qu'ils se sentent opprimés par l'autorité centrale de Paris et qu’ils demandent la protection de l'Armée Britannique, est-ce que le Président de la République Française acceptera une telle "intervention humanitaire" des Anglais? Peut-on intervenir militairement pour sauver des individus ou des populations qui n’appellent pas au secours ? Est-ce que l’obligation d’assistance à une personne en danger, qui est imposée par la loi sur notre territoire, peut être étendue à l’assistance à peuple en danger ?

Par ailleurs si dans cette doctrine il semble que l'on rejette les guerres qui ont pour objet d'agrandir un territoire ou satisfaire une ambition politique, il n’est pas si facile de dire qu’elles sont injustes. La guerre menée par Bonaparte en Egypte était alors "injuste" car elle servait ses ambitions personnelles et celles de Hitler ou Saddam Hussein l'étaient aussi lorsqu'ils cherchaient tous deux à agrandir leur territoire. Mais ces derniers prétendaient reprendre possession de territoires leur appartenant ! Et le premier prétendait délivrer les Egyptiens de l'oppression des anglais. Que dire lorsque les deux camps prétendaient soutenir une guerre "juste" comme en ce moment entre les islamistes et les Américains ? Est-ce qu'une atteinte à l'honneur est une injustice ? Est-ce que le fait de ne pas partager les us et coutumes du pays est une insulte ? Un embargo est-il une agression ? On voit tout de suite que celui qui "dit" ce qui est juste ou "injuste" ne peut pas être celui qui initie la force.

Mais qui (ou quelle institution ) est habilité à dire qu'une guerre est "juste ?" La notion d'autorité légitime, qui dit ce qu'est une cause juste, n'est pas non plus évidente. Est-ce le gouvernement d'un Etat, expression de la souveraineté populaire qui doit dire que la cause est juste (les USA à l'heure actuelle) en vertu du fait que ce sont ses concitoyens qui ont été victimes d'une agression ou qui se sentent menacés par une agression comme pour Israël en 1967 et qui fait une guerre préventive ? Est-ce le droit international ou une organisation internationale expression d'un cartel d'états comme l'ONU qui doit en décider comme le suggère le Président de la République française ? Pourquoi pas les individus eux-mêmes, victimes d'une injustice commise par des agresseurs puisque les hommes politiques ne sont normalement que leurs délégués ? Quelle valeur accorder à la voix d'un cartel d'Etat comparée par exemple à celle d'un juge ?
La "droiture" des intentions n'est pas toujours aussi simple à déceler. Quand Bonaparte fait sa campagne en Egypte, il prétend délivrer les Egyptiens du joug des Mamelouks et des Anglais, il veut aussi apporter la civilisation aux Egyptiens.
Les intentions seront jugées comme "droites", s'il n'y a pas d'intérêts privés des gouvernants derrière l'intervention. Or, dans les débats publics en Europe, beaucoup de journalistes ou d'hommes politiques soupçonnent les Américains d'avoir des intérêts "privés" dans le Golfe qui justifieraient une intervention militaire. Celle-ci deviendrait "injuste" parce que biaisée par des intérêts particuliers des pétroliers américains, intérêts non partagés par le reste de la communauté internationale. On oubli vite que par exemple les puits de pétrole en Irak ont été nationalisée en 1972 par le gouvernement de l’époque. Une nationalisation reste toujours un vol si les propriétaires des puits de pétrole avaient acquis d’une manière juste les champs sur lesquels ont été construits ces puits.

En fait, cette doctrine de la guerre juste, qui fait appel à des principes moraux, rencontrent plusieurs types d'opposition que nous allons reprendre.

La real politik
Dans des circonstances exceptionnelles comme les guerres, la notion même de morale n'a plus de sens. La morale est faite pour les circonstances ordinaires et non pour des situations d'urgence ou exceptionnelles comme les guerres. En effet le concept de moralité n'a pas de sens quand les guerres sont menées par des hommes des États. En raison du monopole du Pouvoir, de la concentration de ce Pouvoir dans la main de quelques uns et de l’extension de ce Pouvoir à de nouveaux "territoires" (guerres contre passeurs de drogue, cancer, mauvais conducteurs, chômage, souteneurs, sectes religieuses, terroristes, mafia, et Saddam Hussein ) ceux-ci l’utilisent pour accroître davantage leur pouvoir. La Moralité est faite pour les hommes ordinaires dans les circonstances ordinaires et pas pour des hommes qui sont hors de la loi ou au dessus des lois. On retrouve cette position, qui consiste à s'affranchir de considérations morales dans l'étude des guerres, comme dans leur justification, chez les réalistes en politique ou chez les holistes qui considèrent l'Etat souverain comme une entité métaphysique. Par exemple voir De Jouvenel et M.Olson qui, en appliquant la métaphore criminelle au pouvoir contraignant de l'État, montrent bien que par définition, la morale ne s’applique pas à des gens hors ou au dessus des lois comme en atteste la notion de " raison d’Etat" .


Variéties des points de vue moraux
L'autre opposition ou réticence que l’on peut avoir sur cette notion de guerre juste provient du fait qu'il y a une grande variété de points de vue éthiques qui sont souvent antinomiques. Par exemple, seul le résultat compte pour un conséquencialiste: la fin (gagner la guerre) justifie les moyens (l'usage de la bombe atomique). Pour un déontologue seules les règles comptent, même si cela revient à perdre la guerre. Et même à l'intérieur de ces deux grandes visions de la moralité il y a des façons différentes de juger du "bien" et du "mal", qui ne mènent pas aux mêmes préceptes. Cette diversité ou cette absence de consensus nous fait douter de l'utilité d'une réflexion morale sur la guerre.
Un conséquencialiste utilisera les moyens les plus efficaces pour atteindre son but: par exemple libérer le citoyen d'Irak d’une dictature.. Mais est-ce que nous pouvons mettre en avant la "liberté" du citoyen d'Irak en violant la "liberté" des citoyens américains ( par le prélèvement de l’impôt sur le citoyen Américain qui devra financer cette guerre)? Que signifie le mot "liberté": la liberté politique (démocratie), les libertés économiques (libre-échange) ou la liberté personnelle (par exemple pour les femmes dans les pays islamistes)? La démocratie n'est pas la liberté parce que ce régime politique viole les droits fondamentaux des individus car c’est un régime politique qui organise la compétition entre des factions politiques pour avoir le droit d’exercer le pouvoir à leur propre profit. Est-ce qu'il est acceptable pour des gens qui défendent une conception déontologique de la moralité, que le but ne puisse pas être atteint parce que les moyens utilisés violeraient par exemple leur sens de devoir? Si un tyran ne peut pas être éliminé parce que le faire impliquerait des dégâts collatéraux, cela veut dire aussi que le tyran continuera à faire du mal à sa population.


Individualisme méthodologique
La troisième opposition à la doctrine classique de "la guerre juste " vient de la question suivante: qui est le souverain sur un territoire? En fait la doctrine Classique de la guerre juste est enracinée dans le concept de "sécurité collective". Nous devons revenir à la discussion de M.Rothbard pour comprendre cette critique.

"Quand un gouvernement (Irak) agresse un autre (Koweit), c'est une obligation morale pour les autres gouvernements du monde de se grouper pour défendre l’Etat victime de cette attaque .
M.Rothbard
Il y a au moins deux fautes de raisonnement dans ce principe nous rappelle cet auteur .

1) L'entrée dans guerre de la part de tout gouvernement implique plus d'impôts, donc une violation des droits de propriété sur les citoyens des États qui entrent en guerre au nom d’une guerre juste et toute guerre implique aussi des dégâts collatéraux sur des gens innocents non partie prenante aux conflits. Dans ce cas les Etats qui viennent au secours de l’Etat victime sont aussi des agresseurs

2) Les hommes d’Etat prétendent "posséder " le territoire sur lequel ils exercent leur contrôle. C’est la notion de souveraineté territoriale ou nationale. Cette prétention de la part des hommes politiques est illégitime du point de vue de droits individuels si un processus de consentement à cette délégation de souveraineté n'est pas mis en place, ( droit de sécession individuelle ou collectif, droit de divorcer d’avec l’Etat, droit d’ignorer l’Etat etc.) ce qui est toujours le cas. Cette question est cruciale pour décider de la légitimité de l’action des hommes politiques.

La dynamique de la coercition
La quatrième et dernière critique que nous pouvons faire à la notion de "guerre juste" résulte du principe de coercition. Même si une guerre est juste, l e moyen pour atteindre le but n'est pas une armée privée (en compétition avec d’autres) louée par les victimes ou une compagnie d'assurances à leur nom.. Il s’agit d’une institution militaire avec un monopole de la force sur un territoire. Ce monopole de la force a ses propres défauts. Les défauts sont bien connus. Le monopole réduit le niveau de protection et ce avec un niveau de taxation plus élevé. Ceux qui donnent les ordres ne sont pas contraints par les concurrents et n’ont donc aucune incitation à donner satisfaction aux victimes. Ils poursuivent leurs propres intérêts, c’est-à-dire étendre et concentrer leur pouvoir ou par compromis le partager avec d’autres États. Comme la force militaire obtient ses ressources par la taxation il ne s’agit pas d’un contrat libre, elle peut étendre le nombre de ses soldats et de ses armes au delà de ce qui est nécessaire pour gagner une guerre juste. Comme les ressources ne proviennent pas des propres poches des combattants mais de la taxation, la guerre dure plus longtemps et est plus intensive. Elle fait plus de mal qu'autrement. L'usage de contrainte pour atteindre les buts que l’on s’est fixés a d'autres implications: l’une d’entre elles est importante dans notre cas. L’usage de la contrainte, par définition, veut dire que les gens soumis à cette contrainte auraient fait un autre usage de leurs ressources si la violence n'avait pas été utilisée pour les en empêcher. Alors les gens soumis à la contrainte contre leur volonté essaieront d'éliminer ou de minimiser la perte qui en résulte pour eux (et ce de leur point de vue). Cela mène à des effets inattendus et latéraux qui souvent aggravent le problème auquel le gouvernement fait face pour atteindre ses objectifs. Alors pour faire face à ces effets secondaires, le gouvernement accroît son usage de la coercition au lieu d’abolir la précédente intervention source de l’effet pervers parce que son intérêt est toujours d’accroître et de concentrer ce pouvoir. La dynamique est alors la suivante. Un pays A sous l’emprise d’un tyran envahit le pays B. Une coalition d'autres gouvernements se regroupe pour défendre B et arrête l'agresseur. Pour contrôler l’agresseur un embargo est imposé sur A. Le résultat de l'embargo est tel que le gouvernement du pays A est de plus en plus amené à diriger l'économie et à la planifier . Le gouvernement local est alors renforcé dans son pouvoir et peut opprimer et appauvrir sa population. Au lieu de supprimer l’embargo, on préfère une nouvelle intervention pour protéger les citoyens de pays A contre son propre tyran. Cette nouvelle intervention mènera à nouveau à des effets inattendu qui impliqueront de nouvelles interventions et ainsi de suite.


Même si ces points de vue sont intéressants et nous disent que cette discussion sur la notion de la guerre juste n’a guère de sens, nous devons étudier cette théorie car les considérations morales rejoignent la rhétorique et la persuasion. En effet, le support ultime de tout gouvernement, dans une démocratie ou une tyrannie, reste toujours l’opinion publique. Or les gouvernements doivent convaincre leurs opinions respectives qu’ils ont raison de faire la guerre.

Ce rappel n’est pas inutile pour mieux comprendre la contribution de la pensée libertarienne à ce débat. La pensée libertarienne est différente de la théorie de la guerre juste et son principal mérite provient de la cohésion et de la clarté avec laquelle elle définit la notion de guerre juste. Nous prouverons ceci dans les paragraphes suivants.

Doctrine libertarienne et Théorie de la guerre juste

Dans une société où les individus sont libres, l’organisation de la protection des droits individuels est dans les mains de chacun puisque chacun a la pleine "souveraineté" sur lui-même. L'organisation de cette protection n'a qu'un objet : la protection de la propriété de l'individu sur lui-même et sur les biens qu'il a acquis "justement", il ne peut pour des raisons de compatibilité des droits individuels user de la violence ou du principe d'agression ou de coercition pour atteindre ses fins privées. Le principe de non-agression ou de non-coercition est à la base d'une théorie de la liberté individuelle et donc aussi d'une théorie de la guerre juste.

Cela implique deux choses : d'une part toute guerre "offensive" ne peut avoir pour objet que la récupération des biens tangibles ou territoires privés appropriés "injustement" par les agresseurs et / ou la réparation des dommages causés par eux lors de leurs actions ; d'autre part une organisation militaire qui respecte un principe général de non-coercition laissant la possibilité pour chaque individu d’assurer sa propre défense comme il l’entend. En effet, lorsque cet individu s’associe avec d’autres pour protéger ses droits fondamentaux, il s’engage dans une société politique, et le fait dans l’esprit de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :

"Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété et la résistance à l'oppression"

Ce point est important vis-à-vis de la question de savoir qui doit dire quand une guerre est juste ou non. Il va de soi que, dans cette approche, ce ne sont pas les gouvernants, quel que soit le régime politique sous lequel ils administrent leurs concitoyens, (dictatorial ou démocratique) ni un cartel de gouvernants sous le couvert d'une bureaucratie internationale qui dictent les termes d'une guerre "juste". Lorsque cet individu détient des armes ou paye des gens d’armes, c’est pour assurer la protection de ces droits fondamentaux et non pour assurer la pérennité d’un gouvernement en place. Il accepte de verser son sang pour préserver sa liberté, sa vie ou sa propriété ainsi que celles des êtres qui lui sont chers et non pour préserver la vie des membres d’un groupe particulier d’individus au pouvoir. Il peut ainsi mener une guerre "juste" contre son propre gouvernement. Dans cette vision, ce sont les victimes ou leurs ayant droits qui demandent réparation non pas d'une manière arbitraire mais au travers d'un système privé et concurrentiel de justice arbitrale. Ce sont donc les juges ou les arbitres qui dictent ce qui sera une "guerre juste" et le principe immédiat qui se dégage de ce système est celui de la légitime défense.

Le principe de légitime défense : "Jus ad bellum"

L’usage des armées implique donc la protection contre une agression créant un tort de la part d’autres bandes armées. Cette agression se caractérise par un manquement grave à l’obligation de respecter les droits fondamentaux des individus (par exemple le pillage d’un territoire qui est la propriété ou la copropriété des individus qui y habitent), par la création d’un dommage mesurable, et par une connexion entre les manquements à l’obligation et le dommage. Le premier - le manquement à une obligation - doit causer le second - le dommage -. Ceci exclut les "agressions" comme l'atteinte à l'honneur, les insultes, les injustices autres que celles qui impliquent une violation des droits individuels. Cela exclut les guerres dont les buts sont d'imposer un idéal spirituel, social ou religieux. Cela exclut aussi toute intervention sous le seul prétexte que l'agresseur supposé aurait l'intention d'agresser autrui ou détiendrait des armes dangereuses. L’armée intervient donc en cas de légitime défense et s’il y a dommage. Pour obtenir réparation, elle poursuit les agresseurs (droit de suite). Il n’y a pas fondamentalement de différence entre une agression individuelle et une agression organisée par une masse d’individus. Nous avons là une réponse simple et non ambiguë à l'intervention annoncée par les USA en Irak en 2003 comparativement à celle de 1991 dénommée "tempête du désert" suite à l'invasion en 1990 de l'émirat du Kuweit par les armées de Saddam Hussein. Il n'y a pas encore d'"agression" de la part de l'Irak ni de dommages causés à autrui contrairement par exemple à l'affaire des Twin Towers.

La mission des armées est simple et claire. Il s’agit d’un corps de professionnels des armes spécialisés dans une protection particulière : la protection contre des prédateurs qui viendraient en masse et que l’on ne pourrait arrêter autrement. Les autres types de menaces font appel à d’autres professionnels en charge de la sécurité et de la protection des droits fondamentaux des individus ou à l'abolition d'un ensemble d'interférences de l'Etat dans la vie économique et sociale qui produisent de manière non attendues ses menaces.

Les principes de légitime défense et de poursuite des agresseurs responsables des dommages causés constituent les piliers de toute intervention militaire. C’est la raison pour laquelle la décision de l’intervention militaire devrait être mise dans les mains de juges et non pas dans les mains d’hommes politiques prêts à user d’une armée de citoyens ou de professionnels pour satisfaire les intérêts privés de ceux qui les ont portés au pouvoir et très souvent pour conforter leur propre pouvoir politique. C'est aussi une différence essentielle avec la théorie de la guerre juste. Le "juge" ou l'"arbitre" et les assureurs dictent les termes de la "guerre juste" et du principe de réparation qui s'ensuit. Il n'y a pas de différence entre un crime ordinaire et une agression par des hommes d' Etat.

Cette question en soulève une autre : celle de la responsabilité des hommes politiques qui engagent les agressions ou qui commanditent des guerres. Ils n'agissent pas par eux-mêmes mais commandent, donnent des ordres. Cette responsabilité est-elle pleine et entière ou bien réside-t-elle partiellement ou en totalité dans les mains de ceux qui exécutent leurs ordres ? La réponse est que cette responsabilité repose entièrement dans les mains de ceux qui exécutent les ordres et non dans les donneurs d'ordre. Là aussi il existe une différence essentielle avec la théorie de la guerre juste. Ce sont les exécutants qu'il faut sanctionner parce qu'ils sont responsables de leurs actes et qu'ils doivent désobéir aux ordres quand ceux-ci violent les droits individuels de tiers innocents. La désobéissance civile ou militaire est la règle que les individus doivent suivre pour empêcher un gouvernement de se lancer dans une guerre "injuste".

Des principes généraux, "jus ad bellum" on peut passer aux règles pratiques de l’usage des armes "jus in bello". Comme le fait remarquer E. Mack les choses ne sont jamais aussi simples qu’on le voudrait ! L’usage d’une armée dans sa frappe n’est jamais aussi sélectif qu’on le souhaite. Une armée en campagne n’est pas comme un fusil à lunette. Est-il admissible de tuer des innocents (ou de menacer de tuer des innocents), qui ne sont pour rien dans le conflit, pour combattre (ou dissuader) les agresseurs ?
Ainsi l’usage d’une bombe nucléaire, (ou la menace de son utilisation) comme de n’importe quelle bombe, fut celle posée par un "terroriste" a des effets collatéraux sur des innocents. Peut-on tuer des soldats irakiens qui envahiraient notre sol sachant qu’ils ont été enrôlés de force ? Ne sont-ils pas innocents eux aussi ? Peut-on faire une intervention militaire préventive comme le souhaite les Etats Unis contre le dictateur irakien ou celui de Serbie comme certains a posteriori l’auraient souhaité contre l’Allemagne hitlérienne ? Peut-on sacrifier tous les principes moraux dans le seul but de gagner la guerre ? Peut-on torturer des agresseurs, des complices ou des innocents pour obtenir des renseignements que l’on suppose vitaux pour la poursuite du combat ? Peut-on exécuter ses propres soldats s’ils refusent d’obéir aux ordres ? Doit-on intervenir militairement pour sauver des individus ou des populations qui ne vous ont rien demandé et avec lesquelles vous n’avez aucun lien, par simple souci humanitaire ? Peut-on pratiquer au niveau militaire l’assistance à personnes en danger ?

Les limites de la légitime défense : "Jus in bello"
La légitime défense est une riposte à une agression contre des biens et/ ou des personnes. Il s’agit d’empêcher l’agression ou de poursuivre l’agresseur pour qu’il restitue ou répare les torts causés à des victimes.
La première contrainte morale imposée par la légitime défense est la proportionnalité de la riposte. Imaginons une invasion de Tahiti par les Australiens. Ceux-ci excédés par nos essais nucléaires dans leur sphère d’influence décident d’agir militairement. L’armée française peut-elle atomiser Sydney, à l’arme nucléaire, pour protéger Tahiti d’une invasion australienne ?
La seconde contrainte morale imposée par une légitime défense est que la riposte ne frappe pas des tiers innocents (principe de discrimination). La victime d’une agression ne peut être tenue pour responsable des effets collatéraux non prévisibles induits par sa riposte mais il peut l’être si ces effets sont prévisibles. Il est clair que si vous savez que dans la riposte, vous pouvez blesser ou tuer quelqu’un, tiers innocent à l’agression, vous devenez agresseur à son égard. Le principe de légitime défense ne s’applique qu’aux agresseurs. L’action de légitime défense sera alors injustifiée. Cependant, si la victime d’une agression doit mettre en balance sa vie et celle du tiers innocent ou si l’agresseur recherche l’impunité en commettant son forfait au voisinage d’innocents, la décision de riposter ou non, reste dans les mains de la victime. Quand l’agresseur recherche cette impunité, il prend des innocents en otage. Les otages, de tiers innocents, deviennent victimes.

Cependant peut-on prendre en otage quelqu’un pour dissuader un agresseur éventuel d’agir ou un agresseur réel de continuer son agression ? Qui agresse qui ? Peut-on menacer un inspecteur des impôts de vitrioler ses enfants pour qu’il cesse ses agressions permanentes sur le portefeuille des contribuables ? Peut-on prendre en otage une population pour dissuader les terroristes (ou les résistants) d’agir ? La réponse semble clairement négative. Quand les Allemands prennent en otage la population française pour dissuader les résistants d’agir et de tuer des militaires allemands, leur comportement est immoral parce que ce sont eux les agresseurs. Si le gouvernement français prenait en otage la population musulmane pour dissuader les intégristes de poser des bombes dans le métro parisien, clairement le gouvernement français serait l’agresseur. Et si les intégristes musulmans prenaient en otages des français pour libérer leurs compagnons emprisonnés, ils se comporteraient comme des agresseurs à l’égard de ces populations. La pratique de la dissuasion nucléaire ressemble beaucoup à ce type de dilemme. Les victimes - ceux qui sont pris en otages ou leurs ayants droits- sont alors en état de légitime défense. Ils peuvent donc riposter à l’agression.
C’est la raison pour laquelle les armements, comme leur utilisation, doivent être sélectifs. Ces armes doivent dans la mesure du possible frapper les agresseurs. Un usage de la dissuasion nucléaire dans une stratégie anti-cité semble profondément immoral. Les bombardements à haute altitude aussi. Sous cet angle, l’évolution de la technologie militaire a fait de gros progrès puisque l'on peut frapper un ministère dans une grande ville comme Belgrade sans dommages collatéraux.

Mais que vaut cette approche déontologique face à un prédateur pour qui les êtres humains peuvent être traités comme des animaux et éradiqués en masse comme on le fait actuellement pour des poulets ou des vaches folles au nom de la protection du consommateur ou de la protection d’un peuple, d’une race ou d’un idéal religieux ou d’une classe sociale ? Il semble difficile alors de rejeter une argumentation conséquencialiste nous disent les partisans de la dissuasion.

La légitime défense doit être efficace c’est-à-dire aboutir au résultat souhaité : la protection des droits individuels. Et si la seule manière d’arrêter l’agresseur est de prendre en otage des tiers innocents auquel il tient, doit -on se priver, au nom d’une certaine déontologie, de cet instrument radical pour stopper l’agression ? C’est justement le propre d’une argumentation déontologique que de s’interdire l’usage d’un instrument qui, même s’il est très efficace, viole les droits de propriété sur soi de tiers innocents. La cause semble entendue.

Cependant il faut encore démontrer que la dissuasion nucléaire viole les droits de tiers innocents. Revenons à la prise d’otage d’un individu, tiers au conflit (les enfants de l’inspecteur des impôts ou l’ensemble des moscovites dans une stratégie nucléaire anti-cité aux temps de la guerre froide entre l'Ouest et L'Est). La caractéristique principale de la dissuasion par la prise d’otages, tiers au conflit entre le prédateur et la victime, est que la victime, qui cherche à se protéger de l’agresseur, annonce qu’il a l’intention conditionnelle de provoquer la mort d’innocents par dizaine de millions, (innocents auxquels le prédateur est supposé tenir) si l’agresseur agit. Mais avoir l’intention conditionnelle de commettre un crime, ce n’est pas commettre le crime. Ce qui est mal c’est de commettre le crime, non d’en avoir l’intention. Quand la victime prend en otage des innocents auxquels le prédateur tient, pour faire cesser l’agression, et que sa menace est crédible, il signale à l’agresseur le coût d’opportunité réel de son acte d’agression. Il signale aussi aux otages ayant un lien avec l’agresseur que c’est à eux, aussi, de discipliner l’agresseur avec lequel ils ont des liens. Cette dissuasion est là pour empêcher une violation de droits individuels non pour la provoquer ou menacer la vie des otages. Elle signale à l’avance le prix qui sera demandé, à titre de compensation du dommage créé, à l’agresseur. On remarquera que les otages en question ne sont pas des tiers innocents. Ce sont des tiers qui acceptent dans leur rang des prédateurs ou qui acceptent de remettre leur destin entre leurs mains. Il n’y a donc pas nécessairement incompatibilité entre une morale déontologique et une certaine efficacité.

Cependant cela nous indique la direction des recherches en matière d’armements. Il faut trouver des armes précises sans effets collatéraux sur des tiers effectivement innocents.

Il est intéressant aussi de remarquer que les armes servant à neutraliser, sans tuer, les agresseurs ont un rôle important à jouer dans une vision individualiste des conflits entre Etats, car d’une certaine manière les véritables agresseurs sont les gouvernements, pas les hommes qu’ils envoient pour commettre le crime. Bien que ces derniers puissent déserter, se révolter contre leurs supérieurs lorsque ceux-ci commanditent un crime, on peut supposer qu’ils sont des tiers innocents au conflit qui les dépasse. Des armes qui les neutralisent, sans les tuer, ont un intérêt stratégique évident dans le cadre de la légitime défense, même si ces militaires doivent être sanctionnés pour avoir exécuté des ordres qui violent les droits individuels fondamentaux de leurs victimes.

Les armes non mortelles
Il existe aujourd'hui même une grande variété d’armes non mortelles que les gouvernements développent de plus en plus : armes chimiques, biologiques, aux lasers ou à micro ondes, armes acoustiques ou électromagnétiques. Gaz poivré, gaz lacrymogènes, bombes malodorantes, à somnifères sont des armes bien connues des manifestants. Les armes aux lasers ou au micro ondes le sont moins, mais sont développées actuellement par l'armée américaine. Les armes électromagnétiques comme les lasers qui éblouissent et les vagues microscopiques qui donnent une sensation de brûlures sont au stade d’essai. On teste des images holographes. Les matraques électriques ou les fusils électriques sont déjà opérationnels comme les balles de caoutchouc. Ou en bois. Les armes acoustiques font l'objet d'expérimentation. Les vibrations acoustiques sont utilisées par exemple contre les chiens, ils peuvent l’être aussi contre les êtres humains. Finalement les substances adhésives, corrosives ou affaiblissantes sont utilisées pour prévenir le déplacement des véhicules. Les mousses glissantes, les produits à glu, les modificateurs de combustibles, les lubrifiants qui collent constituent une panoplie d'armes utiles pour stopper le déplacement de troupes hostiles. Toutes ces armes ont cessé d'être la science-fiction.
Bien qu'on ne puisse garantir si elles sont sans risque, elles n’ont pas pour objet de tuer. Les gouvernements les utilisent ou les développent pour contrôler les manifestants ou les individus dangereux ou a jugé tel. Leur développement inquiète aussi les gouvernements parce qu'elles sont facile à produire et très individualisables. N’importe qui pourrait en acheter quelques-unes et donc résister à l'Etat. Imaginez deux minutes que chaque conducteur sorte son faisceau laser ou une mousse glissante ou un petit canon à glu pour échapper à un agent de police parce qu’il ne porte pas sa ceinture de sécurité ou fait un excès de vitesse, où irait-on dans un tel monde? Dieu merci, l'état est là, il veille.... à son monopole. Il interdira bientôt aux citoyens d’acquérir ou de porter des armes de ce style.


Quel type d'intervention est admissible ?

On peut terminer par un retour sur le "jus ad bellum". Les interventions de l’armée française pour les motifs les plus divers, de la cause humanitaire en Yougoslavie à l’assistance de gouvernement qui agresse ses propres citoyens en Afrique, à la participation à des opérations de police internationale comme en Irak, en Bosnie ou au Kosovo, ne rentrent pas dans le cadre des principes de la légitime défense ni de la poursuite d’agresseurs pour réparation de torts causés à des Français. S’il n’y a aucune menace contre des Français et s’il n’y a pas de contrat de protection offert à des étrangers, l’intervention est moralement bien difficile à justifier. En effet de quel droit peut -on s'ingérer dans la vie privée (ou publique) d'autres individus sans que ces derniers appellent au secours. Même s'ils appellent au secours de quel droit peut-on agresser ses propres concitoyens par l'impôt pour financer une protection à des gens qui appellent au secours ? Les contribuables désapprouvent le paiement des secours à des sportifs qui prennent des risques inconsidérés pour leur vie et qui mettent en danger la vie d'autres personnes pour leur propre plaisir alors qu'ils peuvent s'assurer et faire appel à une protection privée. Est-ce vraiment différent avec des populations opprimées par leur propre gouvernement qui appellent au secours ? N'ont-ils pas à un moment donné accepté une dictature ou un gouvernement qui les opprime ?

Les contribuables du pays qui portent secours aux opprimés d'un autre pays sont des tiers innocents au conflit. Ils sont donc agressés par leur propre gouvernement et doivent résister à cette agression. Les seules voies légitime, nous rappelle M.Rothbard , consistent dans :

1)le soulèvement populaire contre l'oppression,
2)l'assistance de groupes privés, y compris des Français qui voudraient intervenir pour protéger les populations agressées par leur propre gouvernement, assistance qui peut prendre diverses formes, équipements, combattants volontaires, argent pour financer une armée privée de protection etc.

En revanche, on peut concevoir de vendre la protection militaire à des étrangers. S’ils font appel à l’armée française pour être défendus contre des agresseurs extérieurs et qu’ils paient les coûts des opérations militaires à l’extérieur, il n’y a rien à redire. S’il s’agit de protéger des français à l’étranger qui sont menacés par les gouvernants du pays où ils sont, une intervention militaire est concevable, à condition que ces français qui sont à l’étranger paient une prime d’assurance supérieure à ceux qui sont restés sur le territoire puisqu’une telle protection est plus coûteuse. Toutes les autres formes d’interventions ne semblent pas concevables dans cette notion de guerre "juste" revisitée par la doctrine libérale.

Remarques finales
Dans cet article nous ne prétendons pas résoudre tous les aspects de ce sujet complexe, mais expliquer la doctrine libertarienne de la guerre juste et en souligner ses traits les plus remarquables.
Le tableau suivante résume les différences observées entre les deux façons de voir la guerre juste.

Table 2

Notion de guerre juste

doctrine classique

doctrine libertarienne

cause juste

sont injustes les guerres d’expansion territoriales et celles à ambition politique

principe strict de légitime défense et de restitution.

autorité légitime

dans les mains d’hommes politiques d’Etat ou d’organisations internationales.

dans les mains de juges ou des victimes et de leurs asssureurs

intentions droites

pas d’intérêts privés sous jacents

crimes avec victimes et dommages réels.

guerre en dernier ressort

Diplomatie

jugement arbitral avec appel

chances raisonnables de succès

principe de précaution ou de prudence

pas de restriction car la guerre n’est pas menée contre un Etat mais contre des gens qui ont commis des crimes

Discrimination

Combattants, non combattants,

Agresseurs, non-agresseurs.

Proportionalité

Proportionalité dans la réponse comparée aux objectifs

Identique mais en plus usage d’armes non mortelles

Responsibilité des combattants

Responsibilité de ceux qui commandent

Responsibilité de ceux qui exécutent




Prenons par exemple le conflit entre Israël et les Palestiniens. En 1948 la première guerre est une guerre de légitime défense des Juifs attaquée par les Arabes. Mais ce n'est pas,semble-t-il, une guerre "juste" comme la doctrine le définit, parce que le territoire palestinien sous mandat britannique a été donné par une autorité internationale dont l'autorité "légitime" n'était pas légitime pour les Arabes. De plus, la demande d'un État juif sur la terre des ancêtres juifs a soulevé le problème délicat de restitution.Mais quelle restitution? Où était les droits de propriété? De fait la division du territoire n'a pas été acceptée par les Arabes, les deux camps pouvaient donc avancer la notion de guerre "juste." Les autres guerres ne sont pas "justes". En 1956 et 1967 le gouvernement israélien attaque de manière préventive les Égyptiens. La guerre de 1973 est une guerre défensive de légitime défense. Mais en 1982, les Israéliens envahissent le sud de Liban et la rive ouest de la Jordanie. Ils chassent les militants de l'OLP et occupent un territoire qui n'est pas le leur si l'on écoute les médias occidentaux. Ils ont une politique d’expansion territoriale. D'après la théorie de la guerre "juste" cette guerre est "injuste". L'autorité qui choisit la guerre en Israël n'est pas une organisation internationale mais le gouvernement d'Israël. Leur objectif dans cette guerre n'est pas la paix mais expansion territoriale ou des ambitions politiques. Les interventions ne suivent pas le principe du " en dernier ressort". Paradoxalement, le "jus ad bello" est davantage respecté : discrimination entre combattants et non-combattants, sélectivité des frappes et proportionnalité dans les frappes..
Du point de vue palestinien nous pouvons renverser les faits et évoquer une guerre "juste" ad "bellum" et injuste "ad bello". Les palestiniens ne pratiquent pas la discrimination (les civils innocents sont frappés, et c'est la caractéristique du terrorisme) et la proportionnalité n'est pas respectée puisque les bombes sont utilisées pour tuer des gens "désarmés."

La deuxième guerre d'Irak qui commence en mars 2003 a été vue par les Médias occidentaux et les gouvernements de l'Est européens ou Centraux comme une "guerre injuste " menée par le gouvernement néo-conservateur des USA contrairement à la première guerre de 1991. En 2003, le gouvernement d'Irak n'envahit pas de territoire, Le chef de l'État n'entre pas en guerre par ambition politique. Si Saddam Hussein est vraiment un tyran et le parti Baath est un clone des partis Nazi et Fascistes est-ce que nous pouvons accepter une telle tyrannie "à la Hitler"? Une intervention pour défendre les droits fondamentaux de l'homme serait acceptable dans la doctrine classique de la guerre juste. Mais une telle pratique, au niveau militaire, de l'assistance aux personnes en danger, qui est imposée ironiquement aux Citoyens français sur le territoire mais pas pour des personnes étrangères à l'extérieur du territoire français montre clairement où est le point d’achoppement : c’est celui de la Souveraineté de l'État. Cette souveraineté empêche que ce principe devienne universel.

Donc la guerre contre le parti Ba’ath n'est pas injuste dans cette doctrine classique. Elle est injuste du point de vue libertarien, principalement parce que la guerre ne suit pas du principe de légitime défense ou de restitution initié par des individus victimes du régime politique irakien. La guerre n'a pas été déclarée par une autorité légitime: un juge. Personne en Iraq ne se déclare comme victime du régime irakien et n’a demandé la protection des USA (où est la résistance irakienne interne?). La bataille n’est pas conduite par des armées privées sous la demande des victimes du gouvernement d'Irak ( y compris les compagnies pétrolières qui se sont vu expropriées par le gouvernement irakien en 1972). Paradoxalement la conduite de guerre (jus dans Bello) est juste. Les troupes britanniques et américaines suivent strictement les principes de discrimination et les principes de la proportionnalité. Ils cherchent les cadres du parti Ba’ath pour les arrêter et les punir. Exceptez qu’ils n'utilisent pas encore des armes non mortelles, nous pouvons dire que les troupes se battent en essayant de minimiser les dégâts collatéraux sur les civils.

Ces exemples montrent la difficulté de discuter de la moralité quand les politiciens, qui ont dans leurs mains le destin des individus, agissent comme des personnes immorales.

" Dans le monde que nous avons, chaque territoire est dominé par un état et un certain nombre d’Etats se partage la surface du Monde. Il n'y a pas cependant un Super État Super qui aurait un monopole de la violence sur le monde entier. Par conséquent, un état "d'Anarchie" prédomine entre les Etats"

M.Rothbard

Il est intéressant de constater que les relations entre Etats sont soumises de plus en plus à la doctrine de la guerre juste développée par les théologiens et les canonistes! Il est frappant aussi de remarquer que cette doctrine est relativement éloignée des doctrines libertariennes ou libérales de la guerre juste même si elles ont un point commun: les contraintes morales.

La doctrine libertarienne est fondée sur un principe d'autonomie individuelle alors que la doctrine classique de la guerre juste est basée sur le concept de souveraineté de l'Etat. Pour le libertariens la question principale est le contrôle de la délégation du pouvoir donné aux politiciens pour s’occuper de la gestion des parties communes du territoire sur lequel on vit. Les politiciens ont toujours été considérés comme des agresseurs potentiels et qu’il est nécessaire de les discipliner à l’égal des agresseurs potentiels d'un autre État. C'est à cause de la nature humaine, à cause du monopole de violence qu'ils ont sur un territoire et à cause de la concentration de ce monopole dans les mains de quelques uns d’entre eux que l’on se méfie. Souvenez-vous de ce que B.de Jouvenel et M. Rothbard ont écrit:


"Tout progrès du pouvoir sur la société qui a été initié pour faire la guerre ou pour tout autre objet, donne un avantage pour faire la guerre." de B. Jouvenel op.cit.

"C'est dans la guerre que l'État révèle sa vraie nature; il grandit en pouvoir, en nombre et en fierté, il finit par obtenir un contrôle absolu sur économie et société. " M.Rothbard op.cit.

Cet avantage décisif dans la concentration de pouvoir s'est étendu à tous les États pour équilibrer leurs pouvoirs dans la guerre.

Le mal est donc dans la concentration du pouvoir et de son monopole dans les mains de quelques un et non pas dans la guerre elle-même La seule façon d'avoir la paix n’est pas d’encourager la théorie de la guerre juste qu'une organisation internationale étatique ou para étatique devrait faire respecter, mais de réduire l'état ou en changer sa nature, ou même de le supprimer.

La théorie de la guerre juste devrait être une théorie de la protection individuelle et pas de celle de l'état. Il frappant de voir que la création et l'existence même de l'État d'Israël sont à la base des guerres et du terrorisme contemporain. Cette création et cette existence sont le produit d'hommes politique qui ne peuvent pas imaginer que les populations puissent vivre en paix et se protéger par d’ autres moyens que l'existence d'un "État Moderne."


Notes

1- M.Walzer 1977, Just and Unjust Wars, Basic Books
2- Par exemple Jimmy Carter, the 39th président des Etats Unis, chairman of the Carter Center in Atlanta and Prix Nobel de la paix 2002 Nobel utilise la doctrine de Saint Augustine. .Voir the New York Times, 10 Mars 2003. Voir aussi Saint Thomas D'Aquin, La Somme Théologique, 1266-1273.
3- B.Lemennicier 2003 "Nuclear Weapons: Proliferation or Monopoly ? " in Production of Defense: Public or Private ? ed.H.H.Hoppe ( to be published)
4- J.Rawls 1999 The Law of Peoples, Harvard University Press, pp. 93, footnote 6.
5- See Alain Madelin, Bernard Kouchner or André Gluskman.
6- B.De Jouvenel 1948, On Power : its Nature and the History of Its Growth, Hutchinson & Co, London, Reprint by Liberty Fund , 1993
7- M.Olson 2000, Power and Prosperity, Basic Books.
8- M.Rothbard 1973 For a New Liberty: the Libertarian Manifesto, Chap. 14 Fox & Wickle
9- E.Mack 1995, " Rights,Just War, and National Defense" in Liberty for the 21st Century, ed. T.Machan and D.Rasmussen, Rwoman & Littelfield, Inc.
10- M.Rothbard 1982, The Ethics of Liberty , Atlantic Highlands,
11- Les compagnies pétrolières pourraient lever une armée privée et récupérer leurs propriétés naturelles usurpées par le pouvoir local en place. Elles en ont les moyens financiers.
12- M.Rothbard op.cit.
13- N’oublions pas que la démocratie n’arrête pas la concentration ni l’extension du pouvoir. La démocratie divise le pouvoir et introduit une compétition entre factions politiques pour "Imperium" qui facilite la concentration et son extension comparée par exemple à une monarchie traditionnelle.H.H.Hoppe 2001 Democracy the God that Failed, Transaction Publisher
14- En fait si l'administration américaine de l'Irak d'après guerre était vraiement libertarienne et voulait la paix, elle devrait s'efforcer d'empêcher l'émergence d'un Etat Irakien en assurant simplement la sécurité et la liberté du commerce et de l'industrie. Ce n'est pas le chemin qui est pris
  " Dans le monde que l'on connait chaque territoire est dominé par un Etat et un certain nombre d'Etats se partage la surface de la terre.Il n'y a pas encore de Super Etat qui détiendrait le monopole de la violence sur le monde entier, en conséquence un état d'anarchie prévaut entre les différents Etats "

M.Rothbard 1973 For a New Liberty: the Libertarian Manifesto, Chap. 14 Fox & Wickle




La Doctrine classique de la guerre juste

Les problèmes soulevés par la doctrine de la guerre juste

Real Politik
Varieties des points de vue moraux
Individualisme méthodologique
La dynamique de la coercition



Doctrine libertarienne et Théorie de la guerre juste

Le Principe of légitime défense: “Jus ad bellum”
Les limites de la légitime défense: “Jus in bello”
Les armes non mortelles
Quel type d'intervention est admissible ?

Remarques finales





Once we understand why private property should be inviolable, troublesome notions fall by the wayside. There can be no "civil rights" apart from property rights, because the necessary freedom to exclude is abolished. "Voting rights" are also a fiction, which -- depending on how they are used -- can also diminish freedom. Even the "right to immigrate" is phony: "On whose property does someone else have the right to trample?" he asked.


"War," said Ludwig von Mises "is harmful, not only to the conquered but to the conqueror. Society has arisen out of the works of peace; the essence of society is peacemaking. Peace and not war is the father of all things. Only economic action has created the wealth around us; labor, not the profession of arms, brings happiness. Peace builds, war destroys." (Socialism, p. 59)

Costs of War on Iraq
By Christopher Westley
[Posted February 14, 2003]

Economists' Views on the Costs of War
by Morgan Rose

Iraq: The Economic Consequences of War
by William Nordhaus

The economics of war
by David Friedman

War and foreign Policy
par M.Rothbard
 top
Vidéo conférences - Autres universes - Curriculum Vitae
Nous contacter - Liens - Plan du site - Conditions Générales de Vente

Copyright © 1996-2008 Bertrand Lemennicier. Tous droits réservés.