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Bienvenue sur le site de Bertrand Lemennicier  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (Article 2 de la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789)  "Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas, et qu'on ne peut pas davantage en vivre une autre que celle qu'on perd". Marce Aurèle, Pensées, Livre II, maxime 14  "La vertu de la rationalité signifie la reconnaissance et l'acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d'action" Ayn Rand , La vertu d'égoisme,  J'ai le pouvoir d'exister sans destin, Entre givre et rosée, entre oubli et présence. Médieuse de Paul Eluard 1939 
la question de l'immigration
 


La question de l'immigration
par Bertrand Lemennicier
 2000


Les vues naïves sur l'immigration sont nombreuses. Retenons en trois pour l'instant.

1) Un immigrant évince d'un emploi un travailleur déjà installé dans le pays concerné.

2) Les immigrants travaillent dans des emplois que les nationaux ne veulent pas faire.


3) La concurrence des immigrés fait pression à la baisse sur les salaires.

Ces trois arguments sont faux ou tout au moins simplistes parce qu'ils ignorent un fait fondamental: le salaire auquel les gens travaillent est égal à la valeur actuelle de leur productivité marginale.

Pour mieux voir pourquoi ces trois arguments sont faux, reportons nous au graphique suivant :

img_499_fr.gif


Prenons les emplois de balayeurs de rue ou de ramassage des ordures. Ces emplois sont souvent considérés comme sales ou peu valorisant pour la personne humaine. En absence d'immigrés l'offre de travailleur dans ces emplois est faible. Le salaire est élevé, 0W1. Un certain nombre de travailleurs nationaux acceptent ces emplois à un tel salaire: ON1 exactement. Si les immigrés peuvent rentrer sur le marché, l'offre de travail augmente. Le salaire baisse au niveau 0W2. Est-ce qu'à ce salaire on trouve beaucoup de nationaux? Non. Seuls ON3 nationaux sont prêts à travailler à ce salaire. En revanche, N2-N3 immigrés acceptent de travailler pour le salaire OW2. En absence d'immigration le salaire serait plus élevé et on trouverait des nationaux pour faire le travail. Le deuxième argument est donc faux.

L'interdiction de l'immigration ne permet pas de créer N2-N3 emplois, car entre temps le salaire réel augmente. En fait N2-N1 emplois vont être détruits par cette interdiction. Le premier argument est faux.


On peut chercher à comprendre pourquoi il existe une opposition de court terme à l'immigration en regardant d'un peu plus près ceux qui gagnent et ceux qui perdent à l'afflux des immigrants sur le marché du travail.


En absence d'immigration la masse des salaires est mesurées par le rectangle OW1bN1. Les profits sont mesurés par le triangle W1ab. L'arrivée des immigrants modifie la répartition des revenus des nationaux qui travaillent dans ces emplois. La masse des salaires se contracte au rectangle OW2dN3. Les travailleurs nationaux qui restent dans ces emplois se retrouvent pénalisés par la concurrence des travailleurs étrangers. Les syndicats qui opéraient dans ces secteurs perdent leur pouvoir et leur base électorale car les travailleurs étrangers sont plus difficiles à mobiliser. En revanche, les propriétaires des firmes bénéficient de l'immigration puisque les profits augmentent du montant représenté par W2W1bc. Le dernier groupe à bénéficier de l'absence de restriction à l'entrée du marché sont les immigrés eux mêmes puisqu'ils reçoivent N3dcN2 revenus. On imagine que ce montant excède le revenu net des coûts de mobilité qu'ils recevaient dans leur pays sinon ils n'émigreraient pas. La hausse des profits dans ce secteur joue le rôle de signal et incite des investisseurs à diriger leur épargne ou leur capital vers ce secteur. Cela peut même inciter des gens à devenir entrepreneurs. Il va en être ainsi tant que les profits ne redeviendront pas identiques à ceux observés dans d'autres secteurs. Enfin, les consommateurs bénéficient directement de l'immigration puisque les services de balayage des rues comme ceux du ramassage d'ordure seront désormais moins onéreux. On pourrait aussi imaginer que les immigrants (définitifs) sont des gens qui vont consommer sur le territoire. Ils augmentent la demande de produits et services dans d'autres secteurs d'activité. Ainsi les travailleurs nationaux qualifiés vont avoir de plus grandes opportunités de travail.


Cette analyse n'est pas encore complète. La valeur de la productivité marginale d'un facteur de production dépend aussi des autres facteurs, en particulier du capital. Si les profits s'élèvent et que les gens investissent dans ce secteur cela veut dire que les techniques deviennent plus intensives en capital. En conséquence la valeur de la productivité marginale d'un employé dans ce secteur, immigré ou non, augmente. La droite de demande de la part des entreprises du secteur se déplace vers la droite.
 

Mais nous avons vu aussi qu'une firme qui augmente sa demande de main d'œuvre (ici d'une main d'œuvre non qualifiée) modifie la productivité marginale (si les facteurs ne sont pas indépendants) des autres facteurs, en particulier des facteurs capital ou main d'œuvre qualifiée. Elle augmente la productivité marginale des autres facteurs s'ils sont complémentaires et la diminue si au contraire ils sont substituables.


La condition d'égalité n'est plus respectée pour ces autres facteurs de production. Restaurer la condition d'équilibre pour les autres facteurs veut dire augmenter la quantité utilisée des autres facteurs, s'il y a complémentarité et la diminuer au contraire s'ils sont substituables.

Mais augmenter ou diminuer l'utilisation des autres facteurs de production revient par un effet de réverbération à augmenter la productivité marginale du travail! A long terme la courbe de demande de travail non qualifié se déplace vers la droite. Il faut donc pour porter un jugement équitable sur l'impact de l'immigration sur la répartition des revenus prendre en compte cette possibilité. Si le déplacement de la courbe de demande est suffisamment fort, il se peut qu'après la vague d'immigration la compatibilité des plans individuels soit telle qu'elle conduit à un salaire supérieur à celui qui existait avant l'ouverture des frontières. Au pire ce déplacement de la demande atténue fortement les effets négatifs escomptés sur le groupe des travailleurs nationaux non qualifiés. Le troisième argument est donc faux, tout au moins est sujet à caution.


Si le déplacement de la courbe de demande est celui représenté sur la figure les profits passent de W1ab à W3fe. La masse des salaires passe de 0W1N1 à 0W3eN4! Le gâteau s'est accru! Tout le monde bénéficie de l'ouverture des frontières à l'immigration y compris les nationaux non qualifiés. Les seuls perdants seraient les syndicats d'ouvriers non qualifiés privés en partie de leur pouvoir du fait de la présence d'ouvriers immigrés peu enclin à l'action collective.

Qu'il y ait ou non effet de réverbération, l'ensemble des revenus, profits et salaires distribués est supérieur à celui observé en absence d'immigration. Mais si les ouvriers non qualifiés constituent un groupe de pression organisé et sont politiquement puissants, ils vont s'opposer à l'immigration s'ils pensent perdre des revenus dans l'opération ouverture des frontières. Comme par définition les étrangers (non encore immigrés) ne votent pas, ils ne peuvent faire contrepoids aux mesures de restriction à l'immigration. Les propriétaires des firmes sont trop peu nombreux et les consommateurs ont des intérêts trop dispersés pour contrebalancer par leur vote la pression des syndicats. L'immigration contrôlée sert donc les intérêts des ouvriers non qualifiés du secteur mais aussi les immigrés légaux, c'est à dire ceux qui ont le privilège d'être acceptés sur le territoire. Pour démontrer ce point il suffit d'introduire des quotas d'importation de main d'œuvre ou d'immigration.

Reportons nous à la figure suivante :



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L'imposition de quotas d'immigration ne veut pas dire que l'on résout les problèmes. En fait, on les accroît.

Le salaire des ouvriers non qualifiés nationaux augmente et se situe à W3 entre W1 et W2. Les travailleurs nationaux occupent à ce salaire W3 davantage d'emplois: ON5, en excès de ce qu'il faudrait d'un montant N3N5. Le quota d'importation, ef, diminue les profits du trapèze W2W3fc. Cette perte de profits est redistribuée de la manière suivante: les immigrés légaux obtiennent une rente du montant efih. En effet en absence de politique d'immigration le salaire perçu par les immigrés serait de 0W2. Les immigrés légaux perçoivent donc un revenu supérieur. Les ouvriers non qualifiés nationaux obtiennent un revenu plus élevé du montant W2W3eh. Mais il faut déduire de ce montant l'excès de salaire versé mesuré par le triangle deh. Il n'est pas efficace d'embaucher des nationaux au delà de ON3. Finalement le triangle fic est perdu pour tout le monde. Le rectangle N3dhN5 est effectivement distribué aux nationaux mais l'aurait été même en absence de politique d'immigration non pas aux nationaux mais aux immigrés. Le rectangle N6icN2 n'est plus distribué. Mais ce sont des économies pour les firmes. Elles utiliseront ces fonds à autre chose. Finalement les pertes observées sont mesurées par les deux triangles deh et fic. On pourrait rajouter le rectangle efih dans les pertes. En effet les immigrés légaux savent que la réglementation leur profite. Ils sont prêts à acheter le droit d'être accepté au prix de la rente. S'ils le font ces dépenses sont perdus pour les immigrés et vont dans la poche du bureaucrate ou de l'homme politique. L'inconvénient principal de ces mesures n'est pas concentré uniquement sur ces pertes de gains à l'échange mais aussi sur l'effet pervers suivant. La politique des quotas d'importation de main d'œuvre revient à créer une immigration clandestine d'une ampleur sans précédent. Au taux de salaire 0W3, il y a eg travailleurs étrangers qui désire entrer sur le marché mais seuls ef d'entre eux seront acceptés. Nous avons donc une immigration clandestine d'un montant de fg. Si la lutte contre l'immigration clandestine est inefficace, on aura alors plus d'immigré qu'en absence de restriction à la libre entrée sur le marché du travail. Si elle est efficace il faut alors rajouter aux pertes de gains à l'échange mesurées par le trapèze efcd, les dépenses consacrées à la lutte contre l'immigration clandestine. Cette immigration clandestine rejette une population illégale vers le marché de la criminalité, ce qui ajoute encore un effet pervers à ces restrictions. Ces effets pervers disparaissent si l'on ouvre les frontières. Pourquoi? Parce que le salaire baisse, et à un salaire plus faible, émigrer devient moins rentable. Finalement le nombre d'immigrés sera plus faible, dc est inférieur à eg en particulier si l'offre de travail des immigrés est plus élastique au prix que celle des nationaux!

Cette vision optimiste de l'ouverture des frontières peut être considérée elle aussi, en poursuivant l'argumentation un peu plus loin, comme naïve et ce pour deux raisons fondamentales:

1) l'existence de subventions ou d'aides diverses proposées par l'État attire des immigrés qui veulent être éligibles à l'aide et qui ne désirent pas entrer sur le marché du travail.


2) les immigrés augmentent la population sur un territoire donné. Cette arrivée d'une population supplémentaire affecte la valeur des terrains et les loyers des terrains. Les ouvriers non qualifiés ne sont pas les seuls pénalisés par l'immigration, les locataires nationaux, auprès desquels s'installent les immigrés, sont aussi victimes de l'immigration.


L'impact de l'immigration sur les charges fiscales.


La présence de subventions ou d'aides à la pauvreté suffisamment conséquentes (surtout si elles sont cumulables avec un travail légal ou au noir) peut rendre rentable une émigration des étrangers dans ce seul but. Dans un tel cas l'immigration constituerait un transfert net du revenu des nationaux vers des étrangers. En effet, les programmes d'aides couvrent la santé, la pauvreté, les allocations familiales et l'allocation de chômage. Or, si les immigrés sont facilement éligibles à ces aides parce qu'ils sont pauvres, ont des familles nombreuses ou sont plus facilement au chômage, ou bien encore malades, ils peuvent venir dans le seul but de bénéficier de l'aide, un séjour dans les hôpitaux ou à l'université devrait convaincre de la réalité de ce phénomène S'ils peuvent bénéficier de l'aide sans travailler. Ils ne contribuent pas à son financement.

Ils peuvent aussi induire des dépenses publiques en excès de ce que l'on observerait s'il n'y avait pas d'immigration. Il en est ainsi si les immigrés constituent une population plus criminogène que celle des nationaux ou plus atteintes par des maladies contagieuses (tuberculose)..

Mais les immigrés "non clandestins" travaillent et consomment autant que des nationaux. Ils paient des impôts direct ou indirect et paient aussi les charges sociales comme les nationaux. Les clandestins quant à eux travaillent et consomment, mais comme ils ne sont pas éligibles aux aides, ils ne sont pas un fardeau pour les nationaux comme le rappelle fort à propos Gérard Bramoullé.


Si un tel transfert existe, il n'est pas difficile de faire en sorte que les immigrés ne bénéficient pas de ces diverses aides, ou bien encore de leur faire payer un droit d'entrée sur le territoire suffisamment élevé pour compenser ce transfert (proposition du Prix Nobel Gary Becker).


A vrai dire si ces aides constituent un fardeau pour la collectivité lorsqu'elles sont données à des immigrés, elles sont aussi un fardeau lorsqu'elles sont données à des nationaux. Outre les effets pervers qu'elles engendrent, ces aides sont en général payées par des nationaux qui n'en profitent pas et reçues par des nationaux qui ne contribuent pas à leur financement en tout cas à la hauteur de ce qu'ils touchent. Ce qui serait vrai alors des immigrés n'a aucune raison de ne pas l'être pour les nationaux. En fait, nationaux et étrangers devraient être traités également. Ni l'un, ni l'autre ne devraient bénéficier de ces aides qui sont payées par d'autres.


L'impact de l'immigration sur la valeur des terrains et le développement urbain

Les partisans d'une immigration libre ont une vue naïve des choses parce qu'ils oublient très souvent l'impact de l'arrivée d'une population étrangère sur la localisation des activités des nationaux.

Imaginons un espace libre et homogène avec un centre ville ou un centre des affaires. L'ensemble des terrains dans cette ville est la propriété d'un ou de plusieurs individus et ces derniers n'y résident pas. Les propriétaires des terrains désirent rentabiliser leurs ressources et allouer leurs terres à des usages qui rapportent un profit élevé. Admettons deux usages: l'agriculture ou la résidence. Aller au centre ville implique des dépenses de transport. Il existe une demande d'espace de la part des gens pour se loger quand ils travaillent au centre ville. Pour l'instant on admettra que tous les individus sont identiques. Ils sont prêts à payer, pour un niveau donné de satisfaction, un loyer de plus en plus élevé, plus ils sont logés près du centre ville. En effet, en se rapprochant du centre ils économisent des coûts de transport. Ce prix maximum qu'ils sont prêts à payer varie avec la distance. Plus ils s'éloignent moins ils sont prêts à payer un loyer élevé. Représentons cette relation dans l'espace Prix et Distance.


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La droite be, que l'on appelle habituellement une "Bid Rent Curve", mesure le prix maximum que l'on est prêt à payer pour se loger en fonction de la distance, et ce pour le niveau d'utilité U*. Il y a autant de droite be qu'il y a de niveau d'utilité maintenu constant. Plus on se rapproche de l'origine plus le niveau d'utilité est élevé.


Le propriétaire compare alors la rentabilité proposée par les gens qui désirent se loger à la rentabilité du même terrain si celui-ci est consacré à l'agriculture. Si 0Ra mesure le rendement des terres consacrées à l'agriculture, on voit que pour ce niveau d'utilité les terres situées au delà de d* seront allouées à l'agriculture alors que celles qui sont situées en deçà seront allouées aux résidences.

Un premier résultat saute aux yeux : les gens ne se répartissent pas uniformément dans l'espace. La concentration des résidences autour du centre ville contraste avec le vide de l'habitat en zone rurale.

Si les propriétaires trouvent des locataires distribués uniformément le long de 0d*, ils perçoivent une rente mesurée par le triangle bcRa en fonction de la distance.


Maintenant, un accroissement de la population dans la zone considérée a des conséquences non négligeables. D'une part, la courbe de demande de résidence se déplace vers la droite, puisqu'il y a désormais davantage de gens qui désirent se loger, d'autre part ce déplacement veut dire que, pour une distance donnée, il faudra payer plus cher le logement. Les nouveaux arrivants font concurrence aux anciens. Les locataires actuels supportent une perte de bien être du fait de la hausse des loyers. En revanche, les propriétaires des terrains qui louent les terres pour des résidences voient leurs gains à l'échange augmenter puisque maintenant davantage d'espace est consacré à un usage qui rapporte des revenus plus élevés que les rendements agricoles. Un conflit d'intérêt apparaît entre les locataires et les nouveaux immigrants. L'arrivée de nouveaux habitants pousse les loyers à la hausse.

Nous avons supposé que les gens qui cherchaient à se loger étaient les mêmes. Imaginons maintenant deux catégories d'individus se différenciant uniquement par la richesse et la couleur de la peau: les riches sont blancs et les pauvres sont noirs. La fonction d'utilité est toujours la même. Par définition, le prix maximum que les pauvres noirs sont prêts à payer pour se loger à une distance donnée du centre ville est beaucoup plus faible que celui des riches blancs à utilité constante. Imaginons aussi que les pauvres noirs sont tous des immigrants. Nous avons maintenant le graphique suivant:



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Les propriétaires des terrains louent leur terre à ceux qui offrent la rentabilité la plus élevée à chaque distance au centre ville. Du centre ville à d*r les propriétaires louent à des riches: les nationaux de couleur blanche, de d*r à d*p, ils louent à des pauvres immigrants de couleur noir et au delà de d*p, il consacre les terres à l'agriculture!


Une ségrégation de l'espace apparaît spontanément. Les quartiers riches sont proches du centre ville et la couleur de la peau est plutôt le blanc, les quartiers pauvres sont éloignés du centre ville et sont de couleur noire.

Lorsque la population était homogène, elle était répartie uniformément le long de 0d*. L'habitat n'était pas différencié puisque tous les individus étaient semblables. L'arrivée d'immigrants pauvres et de couleur noire change l'habitat. Cependant dans notre modèle, ils ont les mêmes goûts que les nationaux. Il n'y a aucun racisme. Ils sont seulement moins riches et leur peau est de couleur différente. La ségrégation n'est pas le résultat du racisme mais d'une différence de revenu. Le prix maximum qu'ils sont prêts à payer est plus faible à distance donnée du centre que pour la population des nationaux. C'est le résultat de leur pauvreté présente.


Revenons à la droite fg. On remarque alors la chose suivante. De 0 à d*r, les propriétaires ont intérêt à louer aux riches blancs. La population des nationaux est homogène. En revanche de d*r à d*, les propriétaires ont intérêt à louer aux immigrés pauvres et noirs de peau parce que ceux-ci sont prêts à payer plus cher que les blancs à cette distance du centre ville. Il apparaît un phénomène nouveau: les riches, qui sont aussi les nationaux et qui se logeaient entre d*r et d*, c'est à dire aux marches de la ville, se retrouvent :


1) d'une part avec des loyers plus élevés et,


2) d'autre part avec une population environnante non homogène puisque entre d*r et d*p les pauvres noirs entrent en concurrence avec les riches blancs pour se loger! La zone devient grise.

Au delà de d*, c'est à dire de d* à d*p, les quartiers sont occupés uniquement par les immigrés pauvres et noirs.


Si les riches nationaux ne désirent pas vivre à coté des immigrés pauvres et noirs, ils vont chercher à se loger plus près du centre ville ou bien ils vont quitter la ville pour une autre. Une telle migration vers les quartiers riches entraîne une augmentation de la demande de logement à proximité du centre. Cette augmentation fait pression à la hausse sur les prix maximum que les gens sont prêts à payer. Les riches nationaux paient plus chers les loyers. Leur utilité diminue. La zone pauvre, après ajustement, devient homogène de d*r à d*p. La concurrence sur les loyers, dans cette zone, est moins vive et les prix baissent. Le niveau d'utilité des immigrés augmente.

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Les immigrés gagnent à cette homogénéité puisqu'il y a moins de concurrents nationaux sur les marches de la ville. Les propriétaires des terrains perdent sur les immigrés, mais se rattrapent sur les nationaux. En fait, seuls les locataires nationaux, riches et blancs perdent à cette cohabitation. Si, en effet, ils restent dans les quartiers où ils habitaient, ils vont supporter une hausse de loyer jh au lieu de jc. Il est clair que s'ils se déplacent vers les quartiers plus près du centre, ils vont payer non pas jb mais ib' alors qu'ils n'étaient pas près à payer plus cher que jf. Il apparaît plus rentable pour eux de rester là où ils habitaient et de côtoyer les pauvres noirs. Si certains d'entre eux émigrent vers les beaux quartiers, c'est que la différence de prix vaut le déplacement. Ils ressentent alors la cohabitation avec les pauvres noirs comme un coût supérieur aux coûts qu'ils vont supporter en habitant plus près du centre à un prix supérieur à celui qu'ils souhaitaient.


Les raisons pour lesquelles les nationaux ne veulent pas vivre dans une population non homogène sont liées soit à la discrimination par les goûts, ils n'aiment pas les gens de couleur, ils sont racistes et c'est leur droit tant qu'ils ne violent pas les droits individuels des pauvres noirs, soit aux externalités négatives qu'impliquent cette nouvelle population sur les habitudes de vie des riches blancs. Les enfants d'immigrés vont dans les écoles des enfants blancs. Ceux-ci fréquentent des enfants de pauvres et noirs dont les mœurs sont peut être dissemblables. Cet environnement peut ne pas être souhaité par les parents qui pensent à l'avenir de leurs enfants (les filles blanches peuvent épouser des hommes noirs et réciproquement). D'autres externalités peuvent apparaître: du fait de la pauvreté la criminalité peut se développer dans le quartier et les blancs plus riches en souffrent. Les immigrés eux mêmes peuvent désirer une population homogène parce qu'ils ont, grâce aux anciens, une meilleure connaissance de l'environnement et du marché du travail, ce qui réduit d'autant les coûts d'émigration.

Cependant il faut pousser l'argument un peu plus loin. En effet, nous avons supposé que la seule alternative pour les locataires blancs vivant dans les quartiers immigrés étaient d'aller se loger dans les quartiers proches du centre ville dont les loyers sont plus élevés et d'autant plus élevés qu'ils vont s'y loger. Or, ces locataires blancs ont d'autres alternatives moins onéreuses. Rien ne les empêchent de choisir d'aller travailler dans une autre ville où les salaires sont identiques et où il n'y a pas d'immigrés, auquel cas, ils ne vont pas aller habiter près du centre ville dans les beaux quartiers blancs. L'immigration dans la ville concernée n'impose plus de coûts aux locataires autres que les coûts transitoires de déménager dans une autre ville.


ATTENTION

Nous avons fait l'hypothèse d'un espace homogène et on ne tire aucune utilité d'habiter loin du centre ville. Abandonner ces deux hypothèses conduit à une plus grande diversité dans la localisation de l'espace. Les quartiers riches peuvent se situer sur des collines près du centre. Si la verdure est désirée et que celle-ci est éloignée du centre on peut trouver des quartiers de riches un peu plus éloignés du centre ville. Des moyens de transport plus rapide peuvent modifier le coût du temps et faire d'un quartier éloigné du centre mais où il y a de la verdure un quartier désiré parce qu'il procure autant d'utilité que si l'on était dans le centre ville.

Revenons à notre hypothèse de départ. Les propriétaires des terrains sont motivés uniquement par les profits ou les rentes qu'ils tirent de leurs ressources. Peu importe à qui ils louent. Cette hypothèse est simplificatrice. On peut imaginer d'autres structures de droits de propriété:

1) les propriétaires sont aussi les résidents.


2) les terrains sont la propriété de la municipalité (tous les immeubles sont des HLM) et la municipalité partage la rente entre les locataires.

Quand les résidents sont propriétaires (y compris les immigrés), la rente va directement aux propriétaires selon leur localisation vis à vis du centre ville. La différence par rapport au cas où le propriétaire ne réside pas dans la zone concernée est le suivant: quand les immigrés arrivent, la perte d'utilité qu'implique cette modification de la population est compensée par une valeur plus grande du terrain en proportion de la rente déjà perçue. Dans une telle structure de droits de propriété sur l'espace, l'immigration n'entraîne aucune redistribution de revenu. En effet, même si les propriétaires riches blancs qui vivaient entre d*r et d* se déplacent vers le centre ville certes les loyers augmentent mais la valeur des terrains aussi. S'ils restent entre d*r et d*, les immigrés en faisant pression sur les prix augmentent la valeur des terrains. Les propriétaires ne sont jamais pénalisés par l'immigration.

Quand la municipalité est propriétaire et redistribue la rente de manière égale entre les locataires, il en va autrement. En effet, les locataires situés aux marches de la ville avant l'arrivée des immigrés percevaient une fraction moyenne de la rente supérieure à ce qu'ils étaient prêts à payer. Ils bénéficiaient de la redistribution (puisqu’aux frontières de la ville les gains à l'échange ou les rentes des terrains en excès du rendement des terres agricoles sont proches de zéro). Maintenant, ils perçoivent une rente moyenne inférieure puisque celle-ci est partagée avec non seulement les nationaux mais aussi avec les immigrés. La redistribution perçue par les nationaux riches blancs qui vivent dans les HLM est plus faible.


Il va sans dire que ces trois structures de droits de propriété se retrouvent simultanément et de manière imbriquée sur l'espace concerné.

On mesure mieux, maintenant quelles sont les coalitions qui perdent à l'immigration: les ouvriers non qualifiés et les locataires riches blancs qui vivent au contact des immigrés. Si ce sont les mêmes, le cocktail devient explosif car non seulement les ouvriers blancs non qualifiés voient leur salaire être diminué du fait de la concurrence imposées par les immigrés sur le marché du travail mais aussi des loyers plus élevés, ce qui réduit encore plus leur niveau de vie.

Il n'est nul besoin de faire appel au racisme ou à la discrimination par le goût pour expliquer l'hostilité d'une fraction de la population à l'immigration. Les propriétaires d'entreprise et de terrain (ou de logement de résidence) sont favorables à l'immigration, les locataires et les ouvriers non qualifiés y sont opposés. Lequel des deux groupes l'emportera sur le marché politique est une question différente liée à la démocratie.

Cependant la structure des droits de propriété joue un rôle fondamental. En effet, si les résidents nationaux ou immigrés sont propriétaires il n'y a aucune perte de revenu. Si les résidents sont tous locataires et que les coûts de mobilité des locataires blancs vers d'autres villes identiques, mais sans immigrés, sont négligeables, il n'y a aucune perte de revenu. Les pertes de revenu viennent lorsque les locataires blancs vivent dans des résidences appartenant à la municipalité car la redistribution de la rente n'est plus la même pour eux. La mobilité vers une autre ville identique impliquera nécessairement une diminution de la rente redistribuée puisqu'ils seront des immigrants dans une autre ville, dont les terrains appartiennent à une municipalité, et que leur arrivée diminue pour tous la rente moyenne redistribuée. Les problèmes de l'immigration existent principalement parce que les municipalités se sont approprié les terrains.


Une grande partie, sinon la totalité des problèmes liés à l'immigration concerne le droit d'exclure autrui d'un territoire. Il est important de savoir dans quelles mains ce droit d'exclusion est mis. L'analyse précédente suggère que ce droit, si l'on veut une immigration optimale et sans conflit, doit être placé dans les mains des propriétaires des terrains sachant qu'aucune surface de la ville n'est d'accès libre. En effet s'il est placé dans les mains de la municipalité ou de l'Etat, les hommes politique en charge des affaires de la municipalité ou de l'Etat ne peuvent pas se comporter comme s'ils étaient les gérants des propriétaires puisqu'ils sont aussi les élus des locataires et donc aussi des immigrés français ou étrangers.

Discrimination à la Sud Africaine.

Prenons deux sociétés une blanche (ou les nationaux) et une noire ( ou les étrangers). La société blanche (ou les nationaux) détient un capital abondant alors que la société noire (ou les étrangers) détient une main d'œuvre abondante. Reportons nous à la boite d'Edgeworth-Bowley.

img_504_fr.gif
Les courbes isoquantes représentent les technologies disponibles dans chacune des sociétés (elles sont les mêmes). On part d'une situation justement ou les techniques de production dans la société blanche sont intensives en capital alors que la société noire utilise des techniques intensives en travail: point A. Le prix relatif du travail par rapport au capital est représenté dans chaque société par les droites XX' et YY'. Pour la société blanche comme le travail est relativement rare le salaire est très élevé par rapport au prix du capital. A l'inverse dans la société noire, le salaire des noirs est bas mais le prix du capital est élevé. Les individus qui tirent leurs revenus principalement du capital sont riches dans la société noire et relativement plus pauvre dans la société blanche. A l'inverse les individus qui tirent leurs revenus de leur simple travail sont riches dans la société blanche et pauvres dans la société noire. Ces prix relatifs ne coordonnent pas les actions individuelles. Il est possible d'améliorer les revenus de tous en exportant du capital dans la société noire (ou la main d'œuvre est bon marché) et d'importer de la main d'œuvre dans la société blanche où celle-ci est chère! Au point de tangence des isoquantes IB et IN le prix relatif du capital et du travail permet de produire un maximum de biens dans l'économie avec des techniques de production équilibrée en main d'œuvre et capital. Seulement l'ouverture des deux sociétés au marché modifie la répartition des revenus. Les ouvriers blancs (ou nationaux) perdent des revenus et les capitalistes noirs (ou étrangers) aussi. Ces deux groupes s'opposent au mélange des deux sociétés.

Les syndicats ouvriers blancs avec le "colour bar act " de 1911 ont établit des quotas d'importation de main d'œuvre noire. Finalement en 1950 l'État lui même pratique un développement séparé des deux sociétés avec la notion d'apartheid, ce qui veut dire que le capital des blancs (ou des nationaux) ne peut être exporté vers la société noire (ou étrangère) et que l'importation de main d'œuvre noire ( ou étrangère) est contingentée vers la société blanche (ou nationale). . La société Sud Africaine se retrouve donc avec des prix relatifs capital main d'œuvre bloquant les deux sociétés dans un état social où les plans ne sont pas coordonnés et où la production et les gains à l'échange ne sont pas maximisés, la production en fait n'est pas maximisée.

 

On remarquera que les individus qui bénéficient de la fin de l'apartheid sont les capitalistes blancs (ou nationaux) et les ouvriers noirs (ou étrangers) ! Examinez maintenant la politique sud africaine. Qui soutient la fin de l'apartheid? Les sud africains d'origine anglaise (qui détiennent le capital dans la société blanche) et les noirs d'origine Xoshas (plutôt ouvriers pauvres). Ceux qui sont plutôt contre sont les afrikaners d'origine hollandaise (qui sont plutôt des ouvriers blancs) et les sud africains zoulous (qui détiennent le capital dans la société noire)! C'est une vision manichéenne, mais elle explique d'une part comment, grâce à la violence politique, un groupe de pression, les syndicats blancs, a pu discriminer pendant des années la population noire au nom du "civilized labour policy" en empêchant le marché du travail de fonctionner et d'autre part leur position politique dans la transition vers une société ou noirs et blancs vont cesser de vivre séparément.
La discrimination pénalise les deux sociétés. La discrimination est expliquée ici principalement par l'action syndicale auprès des pouvoirs publics pour empêcher l'importation de main d'œuvre noire et l'exportation de capital. C'est une politique protectionniste classique.

Lisez les journaux français d'aujourd'hui. Il faut empêcher les firmes de délocaliser leur usine c'est-à-dire d'exporter le capital vers les sociétés de couleur ou vers les pays étrangers à bas salaires. Il faut freiner l'immigration de main d'œuvre étrangère bon marché. Pour cela les syndicats français usent du pouvoir de l'État pour imposer un développement séparé des français d'avec le reste du monde. Nos hommes politiques, de gauche comme de droite, ou ceux qui votent pour eux, sont-ils si différents des afrikaners? Pourquoi ont-ils critiqué les Sud Africains, alors qu'ils pratiquent aujourd'hui et chez eux la même politique ?






 

L'immigration dans une société libre
par Pascal Salin



Pour le libre échange et une immigration limitée
par Hans Herman Hoppe

Natural Order, The State and the Immigration Problem
par Hans Herman Hoppe

Hommage aux immigrés clandestins
par Gérard Bramoullé

La question de l'immigration vidéo

par Bertrand Lemennicier

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